{"id":210481,"date":"2026-05-26T10:20:09","date_gmt":"2026-05-26T08:20:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=210481"},"modified":"2026-05-26T11:08:23","modified_gmt":"2026-05-26T09:08:23","slug":"4-le-livre-comme-fiction-ma-bibliotheque-mon-amour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/4-le-livre-comme-fiction-ma-bibliotheque-mon-amour\/","title":{"rendered":"# 4 Le livre comme fiction # Ma biblioth\u00e8que, mon amour"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00d4ME<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ferme parentale \/ l&rsquo;atelier du p\u00e8re \/ le pr\u00e9au pour entasser le bois et prot\u00e9ger les machines \/ la grange o\u00f9 l\u2019on tuait le cochon \/ la maison \/ au centre, la cour \/ moi, un enfant malingre \/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On m\u2019appelait &#8211; \u00ab\u00a0le m\u00f4me qui \u2026aime les livres\u00a0\u00bb. Je r\u00eavais d\u2019une biblioth\u00e8que. Je la r\u00eavais dans l\u2019entr\u00e9e, sur le mur de l\u2019escalier qui m\u00e8nerait aux chambres. J\u2019atteindrais les livres par paliers successifs. Je grimperais pour les atteindre, et toujours les livres seraient au-del\u00e0 de mon champ de vision.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ Chez nous, rien \/ sauf, l\u2019Atlas des champignons \/ celui des fleurs et des arbres \/ Mes livres d\u2019\u00e9cole, au plus vite \/ rang\u00e9s dans mon cartable \/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu \u00e0 peu, puis sans fin, mon r\u00eave grandissait. Rassembl\u00e9s dans des cartons imaginaires, j\u2019inventais des titres, les \u00e9crivais au gros feutre sur des cartons entrepos\u00e9s dans la grange. Ils auraient l&rsquo;odeur de salp\u00eatre, mais un jour &#8211; je vendrai mon \u00e2me au diable, mais &#8211; ils commenceraient \u00e0 vivre \u00e0 l\u2019air libre. Le soir dans mon lit, je n\u2019avais pas ferm\u00e9 les yeux que les mots de ma biblioth\u00e8que me parlaient. Leurs voix les d\u00e9poussi\u00e9raient, les p\u00e9trissaient, les faisaient gonfler comme un bon pain au levain, d\u00e9voilait leurs soupirs, leurs cris endormis ou timidement plaintifs. Derri\u00e8re leurs hoquets b\u00e9gay\u00e9s entre des souffles fant\u00f4mes, je ne distinguais jamais ce qu\u2019ils disaient. Ca flottait au-dessus de moi. J\u2019avais peur, me carapatais sous mon coussin, d\u00e9sirais les fuir et les saisir, dispara\u00eetre et leur chuchoter\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Besoin de vous,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Oh oui, combien besoin de vous \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Pour me r\u00e9jouir<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Oh oui, besoin de vous \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Pour braver l\u2019\u00e9vidence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Avec vous l&rsquo;incompr\u00e9hensible incompr\u00e9hension, frappe \u00e0 mon c\u0153ur,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l\u2019amour d\u2019eux, je m\u2019obligeais \u00e0 outrepasser le seuil de l\u2019au-del\u00e0, r\u00e9unissait tout mon courage pour les rejoindre outre-dire. J&rsquo;\u00e9coutais leur silence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effroi, jusqu\u2019\u00e0 perte de voix. Ils me disaient je crois, que tout n\u2019est pas \u00e0 dire et aussi, qu&rsquo;il me fallait partir pour les rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">PERMANENCE ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous l\u2019escalier, elle rentrera pile poil dans le renfoncement du mur de gauche. Ce sera mon coin biblioth\u00e8que. Des planches d\u00e9coup\u00e9es dans du bois de r\u00e9cup pos\u00e9es sur de vieilles briques rouges rest\u00e9es des ann\u00e9es dans le pr\u00e9au de la ferme. On atteint les livres en se baissant, on s\u2019accroupit, ou en s\u2019assied sur un prie Dieu bas de hauteur ou, sur la petite chaise en paille de mon enfance. En sortant, on se cogne \u00e0 l\u2019ar\u00eate de l\u2019escalier. \u00c7a fait mal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019abord un classement en vrac. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ 7 \u00e9tages \/  4 casiers dont 6 sans s\u00e9paration \/ une largeur de 20 cm \/ des hauteurs diverses entre les planches \/ des rang\u00e9es d\u2019ouest en est \/ des colonnes du nord au sud \/ Progressivement \/ mes tris et classements \/ des vagues successives de plus en plus cibl\u00e9es \/ une forteresse de litt\u00e9rature \/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ A l\u2019extr\u00eame nord, le temps familier jamais oubli\u00e9 &#8211; mes livres scolaires et des r\u00e9cits de cancres &#8211; <em>Chagrins d&rsquo;\u00e9cole<\/em> de Pennac, <em>Ah ! Ernesto<\/em> de Marguerite Duras&#8230; \/ Une tension jamais r\u00e9solue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la diagonale &#8211; nord-est&nbsp;\/ sud-ouest &#8211; mes livres d\u2019ann\u00e9es \u00e9tudes \/ mes bou\u00e9es &#8211; Flaubert, Zola, C\u00e9line, Tourgueniev, Camus, Sartre, Barjavel, Dino Buzzati, Scott Fidgerald &#8211; Ah\u2026 La C\u00e9lestine de Ferdinando de Rojas \u2026 Et, me manque Soljenitsyne\u2026 &#8211; Sur la m\u00eame ligne quoique \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, les beaux livres : Rabelais et Hugo, \u00e9dition L\u2019int\u00e9grale Seuil&nbsp;; <em>Contes et romans<\/em> de voltaire, \u00e9dition Baudelaire Paris; Dans la Pl\u00e9iade, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> d\u2019Albert Camus; <em>\u0152uvres romanesques<\/em> de Faulkner;<em> Romans<\/em> de Goethe; Pirandello, <em>Th\u00e9\u00e2tre complet <\/em>\u2026 etc&#8230;\/ Mon socle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ Plein ouest, juste au-dessous des&nbsp;beaux livres, deux alc\u00f4ves pour la litt\u00e9rature de la shoah &#8211; Une r\u00e9paration&nbsp;de plus que je me suis rajout\u00e9e, je passe\u2026 &#8211; entour\u00e9es par, la po\u00e9sie &#8211; <em>Je pense \u00e0 toi mon lou<\/em>, <em>Po\u00e8mes et lettres d&rsquo;Apollinaire \u00e0 Lou<\/em> \u2026; l&rsquo;art du conte &#8211; <em>La rue des canettes<\/em> d&rsquo;Eug\u00e8ne Green \u2026 ; ou la photo &#8211; <em>Donne moi quelque chose qui ne meurt pas<\/em>, Bobin-Boubat&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ A l\u2019est, deux \u00e9tag\u00e8res de BD, si si, elles aussi \/ au-dessus de la premi\u00e8re, au sommet de la biblioth\u00e8que, le th\u00e9\u00e2tre. Mon socle bis. Mes v\u00e9n\u00e9rables &#8211; Sophocle, Tchekhov, Brecht, Ionesco\u2026 Au-dessus de la deuxi\u00e8me, une seconde alc\u00f4ve th\u00e9\u00e2tre &#8211; mes maitres \u00e0 penser &#8211; Boal, Dario Fo, Brook, Yoshi O\u00efda \u2026 \/ Au centre de cette colonne, une \u00e9tag\u00e8re socio-politique et la litt\u00e9rature d\u2019auteurs hommes, Jean Rouaud, Erri de Luca, Michon, Perec\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ A hauteur de mes yeux, quand allong\u00e9 sur mon canap\u00e9, sur deux \u00e9tag\u00e8res pile au milieu de ma biblioth\u00e8que, la litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re et celle des femmes, infinies toutes deux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, au centre de l\u2019extr\u00eame sud, les livres inclassables ou qui ne m\u2019inspirent rien. L\u2019\u00e2ge avan\u00e7ant, j\u2019aurais d\u00fb en faire dispara\u00eetre, en oublier\u2026 Mais non. Dans l\u2019urgence, toujours plus. A la fois, mon envie de les garder et mon d\u00e9sir d\u2019\u00e9pure grandissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">IMPERMANENCE \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une g\u00e9ographie; un paysage; une carte sans rose des vents; un d\u00e9montage incessant, une (re)construction impermanente; foutoir de piles en escapade, ouvrages disparates entass\u00e9es; une logique ind\u00e9chiffrable, m\u00eame par moi. Impossibilit\u00e9 d\u2019en jeter aucun. Jamais. N\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en acqu\u00e9rir d&rsquo;autres, de les voir, d\u2019\u00e9crire dessus. Enfouis comme \u00e7a peut, ici, et bien au-del\u00e0. Fr\u00e9n\u00e9sie \u00e0 les retrouver, les marquer. Mon qui-vive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Intrusions sous mon escalier-\u00e0-livres de colocataires : punaises, papillons de nuits poussi\u00e9reux rentr\u00e9s par la fen\u00eatre ouverte les nuits d\u2019\u00e9t\u00e9. Rancune \u00e0 leur \u00e9gard &#8211; mon instinct de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; de leur besoin d\u2019un nouveau souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; de mes ardentes acquisitions, h\u00e9sitantes, par deux; trois; quatre exemplaires \u00e0 la fois; ou plus encore. Hoqu\u00e8tements d\u2019enfant; gestes compulsifs jusqu\u2019\u00e0 plus soif. Me faire entendre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment &#8211; qu\u2019on me lise un livre, qu\u2019on me le relise, encore, encore, encore\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui, <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mes bras enlacent leurs parfums d\u00e9compos\u00e9s, acceptent non sans mal leur r\u00e9ticence souvent \u00e0 \u00eatre r\u00e9veill\u00e9s. Sur mon tabouret, je me hisse, me risque pour le meilleur et pour le pire \u00e0 les \u00e9lever. Dans mes maigres bras, j\u2019embrasse les consentants \u2013 joue de leurs indociles abandons &#8211; m\u2019\u00e9panche &#8211; inavou\u00e9s peaux \u00e0 peaux \u2013 des compagnons de titre s\u2019opposent, se cabrent, s\u2019insurgent. Je m\u2019aligne, me range, me plie alors \u00e0 l\u2019impossible rapprochement. Un autre voudra peut-\u00eatre ? Ne pas pouvoir s\u2019aimer. Ne pas se sentir aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019inqui\u00e8te. Leur faire de la place. Oser leur pr\u00e9sence co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ Alors, j\u2019ai commenc\u00e9 \/ <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9chiqueter les mots, \u00e0 les couvrir au pinceau de mes couleurs, \u00e0 trouer une \u00e0 une chaque page, \u00e0 consentir \u00e0 en laisser certaines s\u2019envoler &#8230; Rarement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ Ces instants o\u00f9 mon amour les poin\u00e7onne, o\u00f9 ils disparaissent sous mes aiguilles, ma souffrance s\u2019efface&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\/ Ma biblioth\u00e8que, mon amour, excuse moi, tu n&rsquo;es plus que contours de paysage \/ Ma biblioth\u00e8que, mon amour \/ je te garde pr\u00e8s de moi \/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00d4ME La ferme parentale \/ l&rsquo;atelier du p\u00e8re \/ le pr\u00e9au pour entasser le bois et prot\u00e9ger les machines \/ la grange o\u00f9 l\u2019on tuait le cochon \/ la maison \/ au centre, la cour \/ moi, un enfant malingre \/ On m\u2019appelait &#8211; \u00ab\u00a0le m\u00f4me qui \u2026aime les livres\u00a0\u00bb. Je r\u00eavais d\u2019une biblioth\u00e8que. Je la r\u00eavais dans l\u2019entr\u00e9e, sur <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/4-le-livre-comme-fiction-ma-bibliotheque-mon-amour\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 4 Le livre comme fiction # Ma biblioth\u00e8que, mon amour<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":697,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-210481","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/210481","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/697"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=210481"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/210481\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":210538,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/210481\/revisions\/210538"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=210481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=210481"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=210481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}