{"id":21151,"date":"2019-12-17T12:39:26","date_gmt":"2019-12-17T11:39:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=21151"},"modified":"2019-12-19T16:45:52","modified_gmt":"2019-12-19T15:45:52","slug":"fh-visages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fh-visages\/","title":{"rendered":"FH Visages"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/FH-adolescent.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-21152\" width=\"543\" height=\"723\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/FH-adolescent.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/FH-adolescent-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 543px) 100vw, 543px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ombre, la moiti\u00e9 du visage,&nbsp; d\u00e9coupe en noir de l\u2019adolescence&nbsp; face au photographe inconnu. L\u2019autre\npart&nbsp;: appara\u00eet \u00e0 la lueur des feuilles pos\u00e9es en contrebas, pr\u00eates \u00e0 \u00eatre\nsaisies ou venant juste d\u2019\u00eatre pos\u00e9es. Dans le creux, l\u2019aigu d\u2019un regard cern\u00e9.\nUn jeune homme debout, l\u00e8vres closes. Pr\u00e9sence sans tain.<\/p>\n\n\n\n<p>Visage quand le visage n\u2019est plus l\u00e0&nbsp;: vertige de tout ce qui pr\u00e9cipite pour le rappeler.&nbsp; Etre debout, &nbsp;dans la peau du sculpteur face \u00e0 la glaise,&nbsp; fermer les yeux,&nbsp; former ensuite&nbsp; avec les mains qui voient, une boule matrice, enfoncer dans la mati\u00e8re d\u2019abord&nbsp; le c\u00f4t\u00e9 vigoureux des pouces puis des autres doigts. Et l\u00e0 seulement chercher &nbsp;\u00e0 retrouver dans la terre&nbsp; pos\u00e9e sur la sellette l\u2019empreinte de ce qui est toujours pr\u00e9gnant. Saisir le voyage avec les mains, avec les yeux. Ailes du nez, un c\u00f4t\u00e9 aigle en plein vol dans la fi\u00e8vre et l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 qui redoute la perte du souffle.&nbsp; Paupi\u00e8res ferm\u00e9es sur le bleu d\u00e9cisif d\u2019une vie &nbsp;poursuivie \u00e0 la pointe du pinceau. Joues qui se creusent, pentes de la montagne inscrite \u00e0 l\u2019encre au sommet des corps travers\u00e9s. Bouche aux l\u00e8vres gonfl\u00e9es de paroles&nbsp; peinant \u00e0 sortir&nbsp; du silence,&nbsp; couronne de la voix grave rejoignant le livre des morts, lu en face, jusqu\u2019au chant. Oreilles fines, capteurs des musiques \u00e9clairant tous les traits saisis par le vertige. Creux secret de l\u2019oreille o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vers\u00e9s  dernier chant, dernier po\u00e8me, l\u00e0 o\u00f9 toutes \u00e9coutilles n\u2019\u00e9taient pas ferm\u00e9es, malgr\u00e9 l\u2019apparence. Chevelure de volcan sous la neige, et le visage r\u00e9siste au traitement des laves et des vents contraires avant de s\u2019\u00e9teindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Lunettes&nbsp; rondes, \u00e7a\ndonne quoi&nbsp;? &nbsp;Premi\u00e8re fois, les\nverres progressifs donnent le vertige. On repousse on repousse et puis un\njour&nbsp; il faut bien.&nbsp; ( Il entoure son cr\u00e2ne d\u2019un foulard et prend\nun pinceau) On dirait Chardin non&nbsp;? Mais lui c\u2019\u00e9tait des loupes &nbsp;et peut-\u00eatre qu\u2019en voyant mal certaines fois\nil voyait mieux. Quand on y pense, L\u00e9onard, Rembrandt, tant d\u2019autres ne\nportaient &nbsp;pas de verres progressifs. Et\npourtant, l\u2019atteinte du myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>-Ne bouge pas, je prends la photo. <\/p>\n\n\n\n<p>Lumi\u00e8re du nord dans la cuisine, Chardin dans la cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Film 1989 :&nbsp; dans le jardin des artistes,&nbsp; il parle avec Rios qui a connu la guerre civile en Espagne, a trouv\u00e9 refuge ici&nbsp; et fait maintenant pousser les acanthes un peu partout le long des all\u00e9es,&nbsp; laisse faire les plantes intruses ou le lierre invasif parce qu\u2019ils font partie de l\u2019histoire des lieux. Rios porte un chapeau de gangster. Les &nbsp;deux hommes parlent et rient&nbsp;: leur haleine, aur\u00e9ole des mots \u00e9chang\u00e9s. Et lui, t\u00eate nue, s\u2019\u00e9loigne&nbsp; vers la statue des coureurs de bronze. La cam\u00e9ra le suit, il se retourne &nbsp;vers l\u2019objectif, sourit dans le froid et&nbsp; s\u2019\u00e9loigne. Musique. Un peu plus loin, zoom profil&nbsp;: froncement des sourcils traduisant l\u2019intensit\u00e9 dans la lumi\u00e8re d\u2019hiver. Une vierge \u00e0 l\u2019enfant&nbsp; devient poreuse dans les buissons. Il \u00e9carte doucement&nbsp; les branches pour qu\u2019on&nbsp; voie la statue&nbsp; et ce que la cam\u00e9ra saisit de son regard inquiet prot\u00e8ge l\u2019image capt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Epreuve, le manque du visage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le r\u00eave&nbsp;: sensation du visage parcouru .La caresse\nest un conducteur&nbsp; et tous les volumes\nsont l\u00e0,&nbsp; grain de la peau et &nbsp;souffle aussi. C\u2019est comme la lettre sur les\naveugles, donn\u00e9e par Incarnat dans le noir total d\u2019une salle de la dalle.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce qu\u2019il a regard\u00e9&nbsp;: \u00e9tang prisonnier de la glace&nbsp;contenu des magasins de papier&nbsp;sourires des nouveaux-n\u00e9s&nbsp; fond de coul\u00e9e sur la table de travail&nbsp; traces du geste libre&nbsp; hauteurs vosgiennes proven\u00e7ales japonaises&nbsp; baies noires de la vigne-vierge autour de la fen\u00eatre avec merle moqueur qui picore mon visage&nbsp;s\u00e9rie de rochers dans les flaques sal\u00e9es quand la mer s&rsquo;est retir\u00e9e&nbsp; piles d\u2019ordonnances&nbsp;autres patients&nbsp; orbes&nbsp; des carpes lentes remontant \u00e0 la surface murs blanchis pour suspendre le temps et le travail visiteurs venus voir&nbsp; l\u2019exposition &nbsp;fleurs de l\u2019orchid\u00e9e pilulier jamais utilis\u00e9 ciel de tra\u00eene grappes de raisin insolites dans le jardin de l\u2019h\u00f4pital papier essuie-tout pour les derniers croquis.<\/p>\n\n\n\n<p>Voix, trace \u00e9crite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. &nbsp;Et aussi br\u00e8ve vid\u00e9o \u00e0 l\u2019\u00e9cran, il r\u00e9pond \u00e0 des questions qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 gard\u00e9es au montage. Pour&nbsp; \u00e9chapper au trop-plein, je ferme les yeux et&nbsp; en \u00e9coutant ce qu\u2019il dit au fil des inflexions graves, je le vois de pr\u00e8s. Il se penche bien au-del\u00e0 des explications.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces moments-l\u00e0, quand on attend ensemble&nbsp; des heures&nbsp; durant la remont\u00e9e des produits chimiques minutieusement dos\u00e9s dans ce qu\u2019ils nomment pharmacie, on se regarde. On absorbe tous les autres visages avant qu\u2019appel\u00e9s chacun par son nom ils ne disparaissent, aval\u00e9s par un couloir. Il est comme les autres, plong\u00e9 dans un \u00e9tat second, saisi par les corps&nbsp; en attente. &nbsp;On regarde l\u2019homme seul, peau cuivr\u00e9e, les yeux clos, si fier dans l\u2019acceptation de ce qu\u2019il ignore. &nbsp;Quatre femmes qui murmurent dans le coin&nbsp;: l\u2019une est assise par terre et fait minutieusement les ongles de celle qui porte une perruque entourant un visage diaphane. Et eux deux, pr\u00e8s du pilier froid,  si jeunes, &nbsp;d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment enlac\u00e9s sous les lumi\u00e8res crues&nbsp; comme avant une arrestation. On se regarde encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu reviens, je sais. Visage. Pr\u00e9sent .En vie. \u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019ombre, la moiti\u00e9 du visage,&nbsp; d\u00e9coupe en noir de l\u2019adolescence&nbsp; face au photographe inconnu. L\u2019autre part&nbsp;: appara\u00eet \u00e0 la lueur des feuilles pos\u00e9es en contrebas, pr\u00eates \u00e0 \u00eatre saisies ou venant juste d\u2019\u00eatre pos\u00e9es. Dans le creux, l\u2019aigu d\u2019un regard cern\u00e9. Un jeune homme debout, l\u00e8vres closes. Pr\u00e9sence sans tain. 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