{"id":211534,"date":"2026-06-17T08:40:06","date_gmt":"2026-06-17T06:40:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=211534"},"modified":"2026-07-04T19:18:07","modified_gmt":"2026-07-04T17:18:07","slug":"testard_livre_06_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_livre_06_1\/","title":{"rendered":"#livre #06 | Temps des poches"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><a href=\"\/ateliers\/testard_livre_06_1\/#miroir\">\u2014 Le temps que vous lisez vous n\u2019\u00eates pas o\u00f9 vous \u00eates<\/a><br><a href=\"\/ateliers\/testard_livre_06_1\/#hiatus\">\u2014 Un hiatus de trente ans s&rsquo;est ouvert<\/a><\/em><br><em><a href=\"\/ateliers\/testard_livre_06_1\/#ernaux1\">\u2014 Ces livres sont des pages d&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e9ride arrach\u00e9es<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-709fdd93e31b9f0fdcd2ef2cb032c0c8 wp-block-paragraph\" id=\"pontalis\"><em>ce n&rsquo;est pas le souvenir, ce sont les traces<\/em><br>J.-B.\u00a0Pontalis<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:19px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"miroir\">Trois jours durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1995, autour du 15 juillet j&rsquo;ai encha\u00een\u00e9 la lecture des \u00e9ditions de poche (Folio) d&rsquo;Annie Ernaux. J&rsquo;ai lu, alors, la presque totalit\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rences disponibles, six sur les sept minces volumes se glissant sans l&rsquo;alourdir \u2014 un \u00e0 la fois,&nbsp;de 77 \u00e0 182 pages \u2014 dans la poche portefeuille de la veste. Non, trop chaud pour la veste. Malgr\u00e9 le r\u00e9pit qu&rsquo;offrait ce week-end entre les deux et troisi\u00e8me pics de chaleur de l&rsquo;ann\u00e9e \u2014 cela, ce sont les archives m\u00e9t\u00e9o internet qui me le disent&nbsp;\u2014, ce n&rsquo;\u00e9taient pas des temp\u00e9ratures \u00e0 me couvrir \u2014&nbsp;car je suis sorti, ou pass\u00e9 les acheter, ces livres \u2014 un \u00e0 la fois, je ne sais rien, mais je sais \u00e7a&nbsp;: je ne ressortais jamais des rayons alors avec plus d&rsquo;un livre. \u00c0 chacun son escapade, son aventure.&nbsp; Sa perc\u00e9e, aller, retour \u2014 et si je les avais lus dehors&nbsp;? Suis-je b\u00eate&nbsp;: c&rsquo;est probablement la nuit, au boulot, qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 <em>d\u00e9vor\u00e9s<\/em> \u2014&nbsp;moi, je dirais plut\u00f4t&nbsp;: <em>absorb\u00e9s<\/em> \u2014 car j&rsquo;\u00e9tais pass\u00e9 de nuit, plus oblig\u00e9 de porter de veste. En travaillant une nuit sur deux&nbsp;? le 14 et le 16&nbsp;? \u00c7a se pourrait \u2014 je ne sais plus. Les dates, ce sont les pages de garde qui me les fournissent \u2014 un signe que je me fais \u00e0 trente-et-un ans de distance&nbsp;: \u2014&nbsp;Eh, on se conna\u00eet&nbsp;? Quoique, pour qu&rsquo;il y ait signe, il faut un r\u00e9cepteur. Je ne sais pas si je me souciais d&rsquo;un destinataire \u2014 mais peut-\u00eatre, obscur\u00e9ment, je consid\u00e9rais les livres, d\u00e9j\u00e0, comme des miroirs&nbsp;? Miroirs de poche \u2014 des confidents&nbsp;? S&rsquo;envoyer des signaux comme dans les westerns, ou les films d&rsquo;espionnage \u2014 est-ce que \u00e7a porte un nom&nbsp;? Si je tape : signaux miroir, j&rsquo;obtiens&nbsp;: C&rsquo;est quoi le syndr\u00f4me du miroir&nbsp;? Miroirs d&rsquo;agglom\u00e9ration signalisation routi\u00e8re&nbsp;; Miroir R\u00e9flecteur de Signalisation R\u00e9fl\u00e9chissant&nbsp;; Les miroirs \u00e0 retournement temporel\u2026 Ah&nbsp;? J&rsquo;essaie&nbsp;: signaux miroir code, ce qui donne&nbsp;: Chiffres Miroir &#8211; D\u00e9chiffrer, Chiffrer, D\u00e9coder, Encoder&nbsp;; Miroir routier : tout savoir sur la r\u00e9glementation fran\u00e7aise&nbsp;; Lecteur de codes-barres \u00e0 miroir oscillant&nbsp;; G\u00e9n\u00e9rateur de texte miroir&nbsp;; Liste des caract\u00e8res miroir\u2026 Relance ma recherche avec <em>signaux miroir langage<\/em>&nbsp;: L\u2019effet miroir pour communiquer avec les autres&nbsp;; La cl\u00e9 d&rsquo;une communication r\u00e9ussie : le mirroring&nbsp;; C&rsquo;est quoi les neurones miroir&nbsp;? \u00c0 court, je tente le tout pour le tout&nbsp;: signaux miroir western&nbsp;: 13 id\u00e9es de miroir western&nbsp;; Le western, un miroir de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;; Les jeux de miroir dans <em>No Country For Old Men<\/em>&nbsp;; How to replace mirror lights on a Western Star 57X&nbsp;? Miroir de survie pilote USAAF&nbsp;; \u00e7a devient int\u00e9ressant&nbsp;: Miroir de signalisation \u2014 Outil r\u00e9fl\u00e9chissant pour envoyer des \u00e9clats de soleil vers sauveteurs, avions, v\u00e9hicules ou observateurs lointains. Bref, je me suis perdu. Je ne me pensais pas le faire ce signe en travers du temps, je crois \u2014&nbsp;c&rsquo;est plut\u00f4t comme une trace, que ma lecture a laiss\u00e9&nbsp;: de mon passage. Le temps, j&rsquo;en d\u00e9bordais, j&rsquo;avais toutes mes journ\u00e9es, mes heures du jour libres alors. Cela n&rsquo;\u00e9tait pas tellement nouveau, ce qui l&rsquo;\u00e9tait, c&rsquo;\u00e9tait de les vivre sans la mauvaise conscience de s\u00e9cher les cours ou remettre au lendemain recherches et\/ou r\u00e9dactions. Je me vois plut\u00f4t concentr\u00e9 sur le fait de tenir mon temps entre les pincettes \u2014 la fourchette \u2014 de ces dates qui vont par deux&nbsp;: d\u00e9but et fin de la lecture, ouverture puis fermeture du livre \u2014 comme tout voyage, toute absence, toute fermeture, tout ce qui est temporaire a ses dates. Pour la moiti\u00e9 d&rsquo;entre eux \u2014 trois sur les six donc&nbsp;\u2014 une seule est inscrite, ce qui signifie&nbsp;: lus dans la journ\u00e9e \u2014 dont deux la m\u00eame, un samedi \u2014 l\u00e0 encore c&rsquo;est internet qui me le dit. Ils m&rsquo;auront fait, m&rsquo;auront tenu, la journ\u00e9e \u2014 \u00e9videmment cela ne fut qu&rsquo;une question d&rsquo;heures, d&rsquo;une heure pour le plus court&nbsp;: <em>Passion simple<\/em>, mon premier Annie Ernaux&nbsp;? Je lis et lisais lentement. Je disais&nbsp;: le prenant avec des pincettes, occup\u00e9 \u00e0 ce qu&rsquo;il \u2014 le temps \u2014 ne soit rien d&rsquo;autre que cela&nbsp;: du temps de lecture. \u00c0 cela le r\u00e9duire, ainsi le manier \u2014 en faire ma miniature. Lisais-je dans l&rsquo;optique de me (rappeler \u00e0 mon bon) souvenir&nbsp;? Et un livre, est-il un bibelot \u2014 dans le m\u00eame objet le voyage et le souvenir du voyage&nbsp;? Est-ce que je ne voyais pas le temps passer&nbsp;? C&rsquo;est \u00e0 31 ans d&rsquo;\u00e9cart, et je n&rsquo;appellerai pas \u00e7a du recul, que j&rsquo;invente ces questions, que je formule ce dont il \u00e9tait ou pas pour moi \u2014 ou pour celui-l\u00e0, l\u00e0-bas&nbsp;\u2014 alors question. Ce que je suppose et veux dire : j&rsquo;\u00e9tais sans doute, en inscrivant ces dates \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de ces livres \u2014 et en en parsemant les pages de mes cernes au crayon \u00e0 papier&nbsp;\u2014, trop occup\u00e9 \u00e0 tromper le temps, trop investi dans mes gestes de parade pour, en plus, en avoir conscience. \u00c0 faire semblant de ne pas voir peut-\u00eatre, en effet, je me laissais prendre, leurrer. On a beau dire, le temps que vous lisez, vous n&rsquo;\u00eates pas o\u00f9 vous \u00eates. C&rsquo;est pourtant bien \u00e0 lire dans un v\u00e9hicule en mouvement que l&rsquo;on risque la cin\u00e9tose ou mal des transports. Un livre, c&rsquo;est ce qui me fait tenir sage comme une image, cela depuis l&rsquo;enfance. Mon mal de mer, j&rsquo;ai plus tard \u2014 tellement plus tard \u2014 appris \u00e0 l&rsquo;associer au mouvement du temps lui-m\u00eame. J&rsquo;aurais dit tout \u00e0 l&rsquo;heure \u2014 avant de les extraire de la caisse des E et des F (tiens ! regardez qui j&rsquo;ai en double&nbsp;: <em>L&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em> \/ <em>L&rsquo;inqui\u00e9tant familier<\/em>) et de les rouvrir, ces six livres, et de non seulement les reparcourir, mais d&rsquo;\u00e0 nouveau, comme une autre premi\u00e8re fois, les \u00e9prouver, j&rsquo;\u00e9tais habitu\u00e9 \u00e0 cette id\u00e9e&nbsp;\u2014, qu&rsquo;au moment de leur acquisition, de leur d\u00e9couverte, en ce temps de ma vie le temps ne faisait pas question pour moi. Mais la simple ouverture d&rsquo;un livre, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;aveu contraire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"hiatus\">Trois jours durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1995, autour du 15 juillet j&rsquo;ai encha\u00een\u00e9 la lecture des livres alors publi\u00e9s d&rsquo;Annie Ernaux. J&rsquo;ai lu en l&rsquo;espace de ces 72 heures la quasi totalit\u00e9 des poches disponibles, six sur les sept Folio, cons\u00e9cutivement, de <em>Passion simple<\/em> \u00e0 <em>La femme gel\u00e9e<\/em>, en une esp\u00e8ce, non pas de boucle, de film peut-\u00eatre, un feuilleton, une saga \u00e0 la taille ordinaire, standard, \u00e0 la fois quelconque et singuli\u00e8re, exclusivement tout de l&rsquo;Annie Ernaux de l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 l&rsquo;exception des <em>Armoires vides<\/em>. Je ne sais pas ce qui m&rsquo;a arr\u00eat\u00e9. Je n&rsquo;y suis jamais revenu. Je n&rsquo;ai pas suivi l&rsquo;actualit\u00e9 \u00e9ditoriale d&rsquo;Annie Ernaux, je ne l&rsquo;ai pas suivie dans son \u0153uvre. Un hiatus de trente ans s&rsquo;est ouvert. Vingt-neuf ans. Vingt-huit ans et demi&nbsp;: en janvier 2024, titill\u00e9 par une consigne de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9criture du Tiers Livre&nbsp; \u2014 <em><a href=\"\/spip\/spip.php?article5278\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00e0 cause de la couleur<\/a><\/em> \u2014, j&rsquo;ouvre de nouveau un livre d&rsquo;Annie Ernaux. Je ne saurais dire que je reprends contact avec son \u0153uvre. Je savais en avoir d\u00e9j\u00e0 lu des livres. Je savais avoir des livres d&rsquo;elle serr\u00e9s dans mes caisses. Je savais vaguement qu&rsquo;il en avait \u00e9t\u00e9 pour elle comme pour certain\u00b7e\u00b7s avant elle \u2014 Marguerite Duras, Peter Handke, \u2026 \u2014, que j&rsquo;ai abord\u00e9\u00b7e\u00b7s par pics de lecture en s\u00e9rie, comme des acc\u00e8s de fi\u00e8vre \u2014 comme j&rsquo;ai abord\u00e9 aussi certaines filmographies \u2014 Fellini, Wenders, \u2026 \u2014, la programmation des salles d&rsquo;art et essai de la grande grande ville invitant \u00e0 ces incursions fa\u00e7on stage intensif, \u00e0 s&rsquo;improviser des cycles en en faisant la tourn\u00e9e. Je ne savais pas, ou plus, avec quelle intensit\u00e9 cela s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 \u2014 peut-\u00eatre trop vite. Ou parce qu&rsquo;une large c\u00e9sure dans ma vie a suivi, de dix mois alors, de celles dont on a l&rsquo;habitude de dire sinon de penser qu&rsquo;elles ont un avant et un apr\u00e8s. N&rsquo;importe, il n&rsquo;y a pas de continuit\u00e9. \u00c0 tel point que lorsque j&rsquo;ai relu <em>Passion simple<\/em>, je ne me suis plus souvenu le poss\u00e9der, je l&rsquo;ai emprunt\u00e9, toujours en Folio mais avec une autre couverture \u2014 je les compare aujourd&rsquo;hui et je d\u00e9duis de ma recherche image qu&rsquo;entre les deux et depuis, il y en a bien eu quatre ou cinq diff\u00e9rentes. Je n&rsquo;ai pas non plus reconnu dans <em>M\u00e9moire de fille<\/em>\u2014 qui m&rsquo;a fait la plus forte impression (lecture 2024) \u2014 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9, sous une forme romanc\u00e9e alors, dans <em>Ce qu&rsquo;ils disent ou rien<\/em> (lecture 1995). Aujourd&rsquo;hui seulement, remettant le nez dans ce que je pourrais presque appeler, puisque je me suis permis d&rsquo;y laisser mes marques, mes vieux papiers, je fais le rapport, et peux constater la diff\u00e9rence de cadrages, en prendre la mesure. Voil\u00e0 donc, ces six poches des ann\u00e9es 90, les seuls Annie Ernaux en ma possession. Aujourd&rsquo;hui \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire il y a deux ans et demi \u2014 j&#8217;emprunte les suivants dans une m\u00e9diath\u00e8que, je les lis donc dans leurs \u00e9ditions originales chez Gallimard \u2014 tr\u00e8s majoritairement. J&rsquo;en photographie alors des passages, des pages, images dont une fois le texte extrait je me suis constitu\u00e9 entre le d\u00e9but et la fin 2024 une compilation num\u00e9rique \u2014 mon floril\u00e8ge, document de et en travail. Je n&rsquo;ai pas rachet\u00e9 depuis, pas relu entre-temps <em>un<\/em> Annie Ernaux. Ce qui est deux fois faux. Faux (1)&nbsp;: deux fois je suis retourn\u00e9 au <em>Journal du dehors<\/em>. En 1998 (avril), puis dans les premiers jours du confinement. Le <em>Journal du dehors<\/em> est, de fait, et sans fait expr\u00e8s, ma premi\u00e8re lecture de confinement (viendront ensuite les <em>Veilles<\/em> de Bonaventura et l&rsquo;<em>Atlas<\/em> de Georges Didi-Huberman, d&rsquo;une autre densit\u00e9). N&rsquo;est-ce pas, d&rsquo;ailleurs, sur la seule foi de ce titre, <em>Journal du dehors<\/em> \u2014 alors que l&rsquo;\u00e9dition de poche en \u00e9tait parue cinq mois plus t\u00f4t, que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0, \u00e0 ma connaissance, sa seule actualit\u00e9&nbsp;\u2014, que j&rsquo;ai abord\u00e9 le territoire d&rsquo;Annie Ernaux&nbsp;? Mais ce <em>Journal du dehors<\/em> n&rsquo;est que le deuxi\u00e8me, apr\u00e8s <em>Passion simple<\/em>, de mes AE lus\u2026&nbsp;Je ne peux dire ce qui m&rsquo;a conduit \u00e0 ouvrir ses livres. Encore moins ce qui m&rsquo;y a retenu, qui m&rsquo;a fait y revenir \u2014&nbsp;et cinq fois de suite le temps d&rsquo;un week-end (certes prolong\u00e9 sans que cela influe encore sur mon emploi du temps \u2014 comme si son seul rythme n&rsquo;en \u00e9tait plus que celui de mes lectures, de leur battement) arpent\u00e9, \u00e0 la mont\u00e9e, \u00e0 la descente, au coup par coup, <a href=\"\/ateliers\/testard_livre_03_1\/#temple\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">le c\u00f4t\u00e9 pair de l&rsquo;avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/a> \u2014 et m&rsquo;a ainsi accroch\u00e9, entra\u00een\u00e9 dans cette lecture encha\u00een\u00e9e. Ce ne sont pas de ces livres dans lesquels on peut dire qu&rsquo;on se sent bien \u2014 ce n&rsquo;est pas Richard Brautigan, un autre de mes pics. Le miroir qu&rsquo;elle tend n&rsquo;est pas plaisant \u2014 n&rsquo;est pas charmant. Si je crois savoir ce qui m&rsquo;a conduit \u00e0 Handke \u2014 Wim&nbsp;Wenders \u2014 ou \u00e0 Duras \u2014&nbsp;<em>Hiroshima mon amour<\/em>, le film, via, passage oblig\u00e9, <em>L&rsquo;Officiel des spectacles<\/em>&nbsp;\u2014, pour Annie Ernaux je ne vois rien \u2014 rien d&rsquo;autre que ce titre.&nbsp;Ce titre me parle \u2014 me parlait-il alors&nbsp;? Autant je n&rsquo;ai cess\u00e9 durant ces trente ann\u00e9es de revenir \u00e0 Duras et Handke, autant AE est rest\u00e9e loin de moi. Se retrouve presque dans cette distance \u2014&nbsp;cet \u00e9cart&nbsp;\u2014, celle que l&rsquo;on peut observer \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la personne elle-m\u00eame \u2014 je pourrais dire&nbsp;: elle avait (a eu) sa vie, j&rsquo;avais (ai eu) la mienne. Esp\u00e8ce d&rsquo;assimilation impossible. On s&rsquo;\u00e9tait crois\u00e9s, c&rsquo;est tout. Mais je pourrais en dire autant de l&rsquo;ann\u00e9e 1995\u2026 Je n&rsquo;ai aucun souvenir de ces trois jours, de ces lectures, mais j&rsquo;ai les livres. J&rsquo;ai sous les yeux les marques et traces que ma lecture y a laiss\u00e9. Car j&rsquo;ai fait des traces de lecture. J&rsquo;ai laiss\u00e9 des signes de mon passage. Comme un graffiteur je me suis inscrit dans le livre. Certes elliptiquement. J&rsquo;ai fait des aur\u00e9oles \u2014 j&rsquo;en ai macul\u00e9 les pages. Cela a dessin\u00e9 sur le papier jauni d&rsquo;avance des contours comme de flaques ass\u00e9ch\u00e9es au milieu du chemin. Entourant au crayon \u00e0 papier des phrases, des passages, j&rsquo;y ai trac\u00e9 des cernes. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;elles pour r\u00e9pondre \u00e0 mes questions, qu&rsquo;elles pour me dire, dire ce qu&rsquo;il en fut cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 de mon enfance de l&rsquo;\u00e9criture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-0333db202191e8f77f11e88068858ed0 wp-block-paragraph\" id=\"ernaux1\"><em>Je ne veux pas expliquer ma passion \u2014 simplement l&rsquo;exposer.<\/em><br>A.&nbsp;Ernaux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"tombeaux\">Je n&rsquo;ai depuis ces trois jours de la mi-juillet 1995 ni rachet\u00e9, ni relu entre 95 et 2024 un tra\u00eetre livre d&rsquo;Annie Ernaux. Cela est deux fois faux. Faux (2) \u2014 Il me faut nuancer puisqu&rsquo;en ma possession est depuis entr\u00e9 <em>L&rsquo;Atelier noir<\/em> \u2014 acquis d&rsquo;occasion fin 2024, ce titre seul en dit assez sur le fait que d\u00e9sormais pour moi, dans <em>lire<\/em>, il est encore, il est d\u00e9j\u00e0 question d&rsquo;<em>\u00e9crire<\/em>. Cela \u00e9mergera sous la forme d&rsquo;une d\u00e9cision un peu plus d&rsquo;an apr\u00e8s le <em>week-end Annie Ernaux<\/em> (avec la r\u00e9serve d&rsquo;une probabilit\u00e9 forte pour que je ne l&rsquo;aie pas du tout v\u00e9cu sur ce mode \u00ab\u00a0festival\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque). \u00c0 la rentr\u00e9e 96 j&rsquo;entrais officiellement \u00ab\u00a0\u00e0 la Ville\u00a0\u00bb. J&rsquo;\u00e9tais \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9 de mes obligations militaires\u00a0\u00bb depuis le milieu de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, j&rsquo;avais r\u00e9alis\u00e9 un an plus t\u00f4t que j&rsquo;allais perdre, \u00e9tant vacataire jusque l\u00e0, ce planning de nuit qui me convenait&nbsp;: parce qu&rsquo;il me laissait \u00ab\u00a0mes journ\u00e9es libres\u00a0\u00bb. Un concours s&rsquo;\u00e9tait ouvert, que j&rsquo;ai pass\u00e9 le jour m\u00eame de mon incorporation pr\u00e9vue, ayant obtenu de la retarder d&rsquo;autant. Mon statut ainsi consolid\u00e9, de vacataire pass\u00e9 stagiaire, je d\u00e9cidai de faire un break dans mon cursus universitaire pour\u2026 Je raconte ma vie, l\u00e0 \u2014 non&nbsp;? Difficile de faire la part de ce qui vous fait vivre \u2014 vous tient en vie, vous rend vivant \u2014 et de ce que vous faites de votre vie. Question d&rsquo;existence \u2014 question de subsistance aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous viv(i)ez de quoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb L&rsquo;inconciliable aussi est une tension sur laquelle on peut vivre. Source d&rsquo;\u00e9nergie. D\u00e9cision donc&nbsp;: d&rsquo;arr\u00eater l\u00e0 \u2014 pour l&rsquo;instant. Pour voir. Et d&rsquo;\u00e9crire, \u00ab&nbsp;\u00e9crire pour \u00e9crire&nbsp;\u00bb, je disais \u2014 pour voir. Mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9, \u00e9tait soutenu&nbsp;: plus rien \u00e0 faire \u2014 que voir. C\u00e9libataire, fonctionnaire, on trouvait encore \u00e0 se loger \u00e0 Paris avec un salaire, au milieu des ann\u00e9es 90. On pouvait voir venir. \u00c7a n&rsquo;avait pas de rapport avec Annie Ernaux. Je ne me souviens pas que j&rsquo;en aie fait un. Que je l&rsquo;aie fait. Cette page-l\u00e0 \u00e9tait tourn\u00e9e, les livres ferm\u00e9s, renferm\u00e9s dans leur caisse dans ma chambre d&rsquo;enfant o\u00f9 l&rsquo;ensemble de mes biens, de mes effets avaient \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s le temps du service, attendant le premier deux-pi\u00e8ces que je trouverais pour me revenir. Une fois lue l&rsquo;histoire du livre \u00e9tait finie. Un souvenir peut-\u00eatre pas. Restait l&rsquo;objet. 2545 \u2013 2693 \u2013 1722 \u2013 2121 \u2013 2010 \u2013 1818 \u2014 Plus je les ai tous les six l\u00e0, leurs dos, debout sur le rayonnage du secr\u00e9taire devant mes yeux \u2014 je leur ai fait une place, ai retir\u00e9, entre <em>Les \u00e9clats<\/em> d&rsquo;Easton Ellis et <em>Seuils<\/em> de Genette, livres en cours, le galet de l&rsquo;Eyrieux pos\u00e9 plus bas \u2014 plus je les vois comme un \u00eelot \u00e9loign\u00e9 de tout, au rivage abrupt. Maintenant que j&rsquo;ai <a href=\"\/ateliers\/testard_livre_04_1\/#dispositif\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">retourn\u00e9 le contenu de chacune de mes caisses<\/a> (\u00d716), que j&rsquo;ai pass\u00e9 en revue la totalit\u00e9 des pages de garde qui me semblaient concern\u00e9es, je peux affirmer que cet \u00e9pisode Annie Ernaux est \u00e0 la fois le plus concentr\u00e9 et complet et quasiment le dernier de mes acc\u00e8s de fi\u00e8vre liseuse \u2014 il y aura Christine Angot, en l&rsquo;an 2000. Le temps qui s&rsquo;\u00e9tait autour d&rsquo;eux contract\u00e9, resserr\u00e9, le calendrier, ou ce qui m&rsquo;en parvient encore, s&rsquo;en red\u00e9tend, se d\u00e9ploie en avant, en arri\u00e8re, \u00e0 partir de ce n\u0153ud le temps avance, le temps recule, mais leur lecture, elle, demeurant dans son isolement, n&rsquo;y dessine aucune onde \u2014 n&rsquo;y a-t-il pas eu d&rsquo;impact&nbsp;? Ces livres sont des pages d&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e9ride arrach\u00e9es, d\u00e9tach\u00e9s, ils ne disent plus rien des jours suivants, des pr\u00e9c\u00e9dents. Exp\u00e9rience se mordant la queue, lue dans l&rsquo;instant, s&rsquo;avalant elle-m\u00eame comme je les ai <em>d\u00e9vor\u00e9s<\/em> \u2014 j&rsquo;ai dit <em>absorb\u00e9s<\/em>&nbsp;? J&rsquo;aurais pu me dire&nbsp;: \u2014 Six sur sept d&rsquo;un coup&nbsp;: tout lu d&rsquo;elle \u2014 ou presque. AE \u00e9tait \u00ab\u00a0cern\u00e9e\u00a0\u00bb \u2014 c&rsquo;est comme cela peut-\u00eatre que ces livres \u00e9taient si minces, irr\u00e9ductiblement&nbsp;: c&rsquo;est qu&rsquo;ils semblent \u00e9crits \u00e0 la stricte dimension de son existence, histoire, statut sociaux, y compris leur c\u00f4t\u00e9 transfuge. \u00c9crivant cela, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de voir le croque-mort qui dans les aventures de Lucky Luke \u2014 autre lecture un temps exclusive, si je me reporte quinze ans (?) plus t\u00f4t \u2014 prend les mesures de l&rsquo;homme que sa fin au milieu de la rue guette. C&rsquo;est ce que je me dis, l\u00e0, en retraversant <em>La place<\/em> et <em>Une femme<\/em>&nbsp;: que ce sont des tombeaux \u2014 mais pas comme on dit (disait) en musique&nbsp;: sans d\u00e9ploration. Hiatus plut\u00f4t, ou dissociation. Quand \u2014 quatre ans plus tard \u00e0 dix jours pr\u00e8s \u2014 je d\u00e9couvrirai le sexe sur le corps sans vie de mon p\u00e8re au milieu de l&rsquo;entr\u00e9e, je ne penserai pas \u00e0 la page 15 de <em>La place<\/em>. Pas plus les formalit\u00e9s administratives suivant le d\u00e9c\u00e8s et l&rsquo;inhumation, pourtant entour\u00e9es page 21, ne me laisseront d&rsquo;impression de d\u00e9j\u00e0-lu.<br><br><em>\u00ab M\u00eame, qu&rsquo;ils les vivent \u00e0 leur tour en oubliant qu&rsquo;ils les ont lues quelque part un jour.&nbsp;\u00bb<\/em><br><br>Comme si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 devin\u00e9 dans ce qu&rsquo;autour de 1990 AE \u00e9crit, sans que la page 66 de mon exemplaire de <em>Passion simple<\/em> n&rsquo;en ait rien cern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-bb267bc7ef92bea7ab9d317a05fe14ce wp-block-paragraph\" id=\"ernaux2\"><em>le cercle de craie \u00e9tait vide. Les gens \u00e9vitaient de marcher dedans<\/em><br>A.&nbsp;Ernaux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-e279e0225b515bd8aee7cd131e7d02a3 wp-block-paragraph\" id=\"ernaux3\"><em>Cet endroit d\u00e9sol\u00e9 est donc constamment fr\u00e9quent\u00e9, mais \u00e0 des heures ind\u00e9finissables<\/em><br>A.&nbsp;Ernaux<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&rsquo;ai pas plus de souvenir de mes lectures cons\u00e9cutives en trois jours de six sur les sept \u00e9ditions de poche disponibles r\u00e9sumant alors l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Annie Ernaux que je n&rsquo;en ai de tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9 95 \u2014 suis-je parti en vacances en ao\u00fbt&nbsp;?&nbsp;\u2014, mais j&rsquo;ai les livres. J&rsquo;ai gard\u00e9 les livres et ces livres, eux, en ont gard\u00e9 les marques (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:60px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois jours durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1995, autour du 15 juillet j&rsquo;ai encha\u00een\u00e9 la lecture des \u00e9ditions de poche (Folio) d&rsquo;Annie Ernaux. J&rsquo;ai lu, alors, la presque totalit\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rences disponibles, six sur les sept minces volumes se glissant sans l&rsquo;alourdir \u2014 un \u00e0 la fois,\u00a0de 77 \u00e0 182 pages \u2014 dans la poche portefeuille de la veste. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_livre_06_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#livre #06 | Temps des poches<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8020,8090],"tags":[],"class_list":["post-211534","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-livre-comme-fiction","category-le-livre-comme-fiction-06-annie-ernaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/211534","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=211534"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/211534\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214005,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/211534\/revisions\/214005"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=211534"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=211534"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=211534"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}