{"id":211725,"date":"2026-06-15T11:18:07","date_gmt":"2026-06-15T09:18:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=211725"},"modified":"2026-06-15T11:18:08","modified_gmt":"2026-06-15T09:18:08","slug":"le-livre-comme-fiction-06-meipe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-livre-comme-fiction-06-meipe\/","title":{"rendered":"# le livre comme fiction #06| M\u00e9\u00efpe"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il suffit parfois de deux pages, dans une police de caract\u00e8re bleut\u00e9e, \u00e0 la taille suffisamment grande, et l\u2019\u00e9pure d\u2019un dessin repr\u00e9sentant la silhouette d\u2019une fillette \u00e0 laquelle s\u2019identifier, pour hame\u00e7onner un regard d\u2019enfant. Le livre s\u2019ouvre encore de lui-m\u00eame \u00e0 la page pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, dans ce recueil de <em>Pages choisies et Lectures suivies<\/em> \u00e0 la destination des enfants du Cours \u00e9l\u00e9mentaire deuxi\u00e8me ann\u00e9e. Le livre avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9, froiss\u00e9, sali, car pass\u00e9 entre de nombreuses mains avant de se tenir dans les miennes qui l\u2019ont conserv\u00e9. Ces histoires qui \u00e9taient d\u00e9livr\u00e9es l\u00e0 tenaient en quelques pages et \u00e9taient sans doute \u00e9lues pour la qualit\u00e9 du fran\u00e7ais, la morale qu\u2019elles d\u00e9livraient, et l\u2019imaginaire qu\u2019elles ouvraient. Il y avait l\u00e0 des contes, des po\u00e8mes \u2013 Victor Hugo bien s\u00fbr ouvrait le bal avec sa <em>Ronde<\/em> apprise par c\u0153ur, et qui reste encore en m\u00e9moire. D\u2019autres auteurs se succ\u00e9daient dont je n\u2019ai gard\u00e9 aucun souvenir, des textes extraits des albums du p\u00e8re Castor \u2013 <em>Froux le li\u00e8vre<\/em> en plusieurs \u00e9pisodes pour la p\u00e9riode d\u2019automne \u2013 , des contes de r\u00e9gions, des auteurs dont je connaissais les noms puisqu\u2019ils faisaient partie de la biblioth\u00e8que paternelle\u00a0: Romain Rolland, Anatole France, Victor Hugo encore mais avec Cosette, Maurice Genevoix, Paul Fort et sa <em>complainte du petit cheval blanc<\/em> qui attirait mes larmes, un conte d\u2019Andersen pour No\u00ebl, et Andr\u00e9 Maurois, page 124, dont <em>Le pays imaginaire<\/em> ne pouvait que trouver son chemin en moi. \u00c9trangement les textes venant apr\u00e8s celui-ci ne m\u2019ont laiss\u00e9 que peu de souvenirs. Les pages \u00e9taient scotch\u00e9es \u00e0 la pliure centrale pour qu\u2019elles ne disparaissent pas dans les soubresauts du cartable. Le jaunissement du scotch s\u2019est harmonis\u00e9 avec la couleur du papier d\u2019impression. Des lignes en italique pour installer le r\u00e9cit\u00a0:<em> Une petite fille, Fran\u00e7oise, a invent\u00e9 un pays imaginaire, qu\u2019elle appelle M\u00e9\u00efpe. <\/em>\u00c0<em> <\/em>peine deux pages, quatre paragraphes num\u00e9rot\u00e9s, comme pour tous les r\u00e9cits propos\u00e9s afin de rythmer sans doute ce que l\u2019on devait travailler dans une lecture \u00e0 voix haute, assez a\u00e9r\u00e9s, car comprenant des dialogues. Sur le quart de page inf\u00e9rieur droit, des mots et tournures expliqu\u00e9s, des questions de compr\u00e9hension du r\u00e9cit, et un exercice \u00e9crit qui se voulait comme le lancement vers une \u00e9criture personnelle&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait tant d\u2019imaginaire en moi que j\u2019\u00e9tais cette petite fille avant m\u00eame son existence entre les pages de ce livre. Et savoir que ce monsieur Maurois, alors m\u00eame que je savais d\u2019autres livres de lui sur les rayonnages de la biblioth\u00e8que de mon p\u00e8re, avait pu \u00e9crire ces choses qui se passaient dans la t\u00eate de cette petite fille, alors j\u2019avais le droit de laisser libre cours \u00e0 ces m\u00eames pens\u00e9es. Cette lumi\u00e8re fra\u00eeche qui entrait en moi par ce r\u00e9cit et r\u00e9v\u00e9lait un monde invisible que je parcourais avec inqui\u00e9tude parfois, me donnait une force invisible, comme si des liens, trop fins pour les distinguer \u00e0 l\u2019\u0153il nu, nous reliaient avec des \u00eatres de papier. Quelqu\u2019un m\u2019avait rejoint dans cet \u00e9trange pays o\u00f9 un simple liser\u00e9 de lumi\u00e8re filtrant au travers de volets en bois suffisait \u00e0 me transporter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait comme une sororit\u00e9 qui r\u00f4dait entre les interstices des pens\u00e9es de l\u2019enfant de sept, bient\u00f4t huit ans qui d\u00e9chiffrait ces lignes jusqu\u2019\u00e0 les conna\u00eetre par c\u0153ur. Ma myopie n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte et je d\u00e9ambulais dans ce monde flou, ce monde de tous les possibles. Dans l\u2019exercice \u00e9crit qui \u00e9tait propos\u00e9, il \u00e9tait demand\u00e9 d\u2019imaginer des d\u00e9tails nouveaux \u00e0 la description de M\u00e9\u00efpe. \u00c0 M\u00e9\u00efpe\u2026 Et qu\u2019ai-je fait d\u2019autre depuis ce temps de l\u2019enfance o\u00f9 mon regard se perdait dans des m\u00e9tamorphoses d\u2019images, que de tenter d\u2019\u00e9crire le royaume de M\u00e9\u00efpe o\u00f9 je continue de vagabonder.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il suffit parfois de deux pages, dans une police de caract\u00e8re bleut\u00e9e, \u00e0 la taille suffisamment grande, et l\u2019\u00e9pure d\u2019un dessin repr\u00e9sentant la silhouette d\u2019une fillette \u00e0 laquelle s\u2019identifier, pour hame\u00e7onner un regard d\u2019enfant. 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