{"id":2119,"date":"2019-06-20T23:12:42","date_gmt":"2019-06-20T21:12:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=2119"},"modified":"2019-06-20T23:12:44","modified_gmt":"2019-06-20T21:12:44","slug":"cles-du-sol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cles-du-sol\/","title":{"rendered":"Cl\u00e9s du sol"},"content":{"rendered":"\n<p>\nOn ne sait quel est vraiment l&rsquo;espace du\ngravier et l&rsquo;espace de l&rsquo;herbe, l&rsquo;herbe qui s&rsquo;appelle en ce temps\nchiendent et qui vient faire quelque chose qui ne s&rsquo;appelle pas\nencore dessin puisque les dessins se caract\u00e9risent par de\nmaladroites taches sur des feuilles alors qu&rsquo;ici le gravier pointe,\nbrille de certaines de ses facettes dures et blanches et s&rsquo;enfouit\nsous les brisures de tamaris, le bruit et la vision se m\u00ealent donc\nparfois, il y a comme un massif central mais loin au-del\u00e0 de l&rsquo;herbe\n\u0336 le penchant renvoie-t-il la lumi\u00e8re de ces passages de vent parmi\nl&rsquo;herbe et des jeux de nuages que j&rsquo;ai aim\u00e9s tr\u00e8s t\u00f4t, pas si\nlointains compagnons de jeu \u0336 et tout pr\u00e8s, il y a des traces\naussi, des traces fines car le v\u00e9hicule de la premi\u00e8re enfance est\ncette voiture de m\u00e9tal qui marche \u00e0 p\u00e9dales, qui ne marche pas\nbeaucoup, qui vaut surtout par les traces qu&rsquo;elle laisse que par un\nsillage de vitesse, respectueuse en cela des escargots \u0336 les\npremi\u00e8res coccinelles sont-elles alors remarqu\u00e9es ? \n<\/p>\n\n\n\n<p>Dire\nqu&rsquo;ils l&rsquo;appellent fromage de t\u00eate, ce carrelage \u00e0 gros morceaux\nqui se taille bien en marches d&rsquo;un escalier pisseux, d&rsquo;un escalier\naux odeurs de peinture encore fra\u00eeche et de moisissures pourtant\nd\u00e9j\u00e0 qui s&rsquo;installent \u0336 la rivi\u00e8re souterraine, para\u00eet-il, est\ntoute proche \u0336 un gravillon appelle juste au-del\u00e0 de la porte, un\ngravillon o\u00f9 vont devoir s&rsquo;essayer les premi\u00e8res roues de\nbicyclette, deux grandes et deux petites pour commencer dans ce\ngravillon incertain de son adh\u00e9sion au bitume sillonn\u00e9 parfois par\nles gros rats qui remontent de la rivi\u00e8re souterraine, rarement par\nla transports de jeux de ballon partag\u00e9, souvent par des jeux de\nballon solitaires qui vont m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;herbe parcimonieuse dont\ndes petits brins restent coinc\u00e9s dans la semelle et alors le fromage\nde t\u00eate s&rsquo;\u00e9gaye, comme si dans ses m\u00e9ninges, un brin de fantaisie\nainsi lui arrivait, pouss\u00e9 par quelque chose qui n&rsquo;est pas vent mais\njeu de jambes qui s&rsquo;essaient au passement d&rsquo;une enfance qui n&rsquo;est\nd\u00e9j\u00e0 plus tout \u00e0 fait la premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est\nun sol qui colle et qui sent, qui sent quand le soleil est assez haut\ndans le ciel pour chauffer la toile de plastique qui le recouvre, un\nsol de plastique alors que c&rsquo;est le sol des nuits cens\u00e9es se passer\npr\u00e8s de la nature -qu&rsquo;ils disent !- et que le relief d&rsquo;ailleurs sous\nle tapis de sol rappelle qu&rsquo;il y a l\u00e0 de l&rsquo;herbe \u00e9cras\u00e9e, des\ncailloux et parfois de petits coussinets de sable, si l&rsquo;on fait\nfrissonner le bruit de la fermeture \u00e9clair, si jamais on laisse\nentrer l&rsquo;air frais, le vrai, car le soleil est maintenant assez haut,\nalors, on aper\u00e7oit ces fantastiques v\u00e9g\u00e9taux \u00e9lev\u00e9s que sont les\nbrins d&rsquo;herbe quand on les regarde \u00e0 vingt centim\u00e8tres au-dessus de\nla surface de la Terre, la t\u00eate \u00e0 peine lev\u00e9e, juste d\u00e9gag\u00e9e de\nl&rsquo;odeur ent\u00eatante du plastique chaud et la perspective est bien\ncelle d&rsquo;une mar\u00e9e de grandes herbes, de bases de troncs d&rsquo;arbres\nfigurant autant de piliers du temple des vacances, qui rec\u00e8le, \u00e0\nl&rsquo;int\u00e9rieur de la crypte de toile, dans les petits creux que forme\nle tapis de sol, quelques amoncellements de sable, parfois de bouts\nd&rsquo;herbe ou de bois s\u00e9ch\u00e9, les reliefs des passages des semelles de\npromenade et m\u00eame des premi\u00e8res soir\u00e9es tent\u00e9es hors du cercle de\nla famille, alors que l&rsquo;on se devrait adolescent. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Incroyablement\ninodorant quand on sait qu\u2019il est fait de bouse s\u00e9ch\u00e9e,\nincroyablement frais au temps d\u2019exposition pourtant de la plus\ngrande chaleur qui puisse \u00eatre, et incroyablement doux aux pieds qui\nse doivent d\u2019\u00eatre nus car c\u2019est la case de la m\u00e8re et donc\nc\u2019est la case des parents d\u2019adoption et l\u2019on vient l\u00e0 pour\nsaluer, pour parler, et l\u2019on vient l\u00e0 pour manger le soir quand on\nest rentr\u00e9 trop tard par les pistes de terre tass\u00e9e, s\u00e9ch\u00e9e qui\nram\u00e8nent de la ville avec le courrier du village, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on\npose ravi ses pieds nus sur la petite cro\u00fbte l\u00e9g\u00e8re, qui para\u00eet\n\u00e9lastique, qui offre le plus grand repos qui puisse \u00eatre, r\u00e9confort\ncompl\u00e9mentaire de celui du pot empli d\u2019eau parfum\u00e9e de <em>tamar\u00e9<\/em>,\nd\u2019eau fra\u00eeche juste sortie du grand canari de la case de la m\u00e8re\net on a les yeux riv\u00e9s au sol, non seulement parce que c\u2019est signe\nde respect mais parce que le sol est \u00e0 cette heure le plus grand\nbienfait qui puisse \u00eatre apr\u00e8s qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 parfois le sol\ntrop sablonneux de la piste pour rentrer au village, apr\u00e8s qu\u2019il\nait \u00e9t\u00e9 parfois le sol sec trop peu large entre les hautes herbes\no\u00f9 il fallait frayer le passage des deux roues de bicyclette, le sol\nest maintenant frais, souple, \u00e9lastique, alors on le savoure, alors\non est heureux d\u2019\u00eatre \u00e0 un endroit o\u00f9 le temps ne compte gu\u00e8re,\no\u00f9 la nuit n\u2019est jamais mang\u00e9e par la sonnerie des r\u00e9veils, on\nprend le temps du repos une fois la peine de la journ\u00e9e donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il\ny a certainement des bribes d\u2019herbe encore sur ce sol-l\u00e0, de\nciment grossier, le sol de ce qui fut un atelier, qui est maintenant\nl\u2019indiscernable espace o\u00f9 se stockent des choses qui servent et\nd\u2019autres qui ne servent pas, il y a beaucoup de sciure ou de petits\ncopeaux de bois sur ce sol du temps o\u00f9 les hivers peuvent \u00eatre\nfroids, o\u00f9 il faut faire provision de ce qui, en br\u00fblant,\nr\u00e9chauffera, le sol est marqu\u00e9 de tout \u00e7a et de traces de peinture\npeut-\u00eatre -on s\u2019est essay\u00e9 l\u00e0 \u00e0 bien des artisanats parfois\npour envoyer au loin- pour dire quelque chose de soi, dire les\npromesses du temps \u00e0 venir mais juste au-dessus du sol de ciment\ngrossier il y a le sol de bois celui des marches de l\u2019escalier,\ncelui du plancher, le sol que j\u2019ai en arrivant l\u00e0 pass\u00e9 des\nheures \u00e0 poncer, \u00e0 vitrifier, un sol alors que j\u2019aurai m\u00e9nag\u00e9\npour ne pas le rayer, pouvoir y marcher pieds nus bien s\u00fbr pas \u00e0 la\nsaison o\u00f9 le po\u00eale chauffe mais \u00e0 d\u2019autres, \u00e0 celles o\u00f9\nl\u2019odeur du foin frais entre par la fen\u00eatre grande ouverte, sol de\nparquet aux petits n\u0153uds encore, qui fait d\u00e9j\u00e0 \u00e9cho avanc\u00e9 \u00e0 ce\nsol de parquet \u00e0 grands n\u0153uds de pin dit scandinave pour bien\nm\u00e9langer les lieux et o\u00f9 je m\u2019essaierai \u00e0 dire, \u00e0 cr\u00e9er avec\ndes mots, \u00e0 traquer bien s\u00fbr les bribes de poussi\u00e8re, car le temps\nest venu o\u00f9 il faut \u00eatre propre et o\u00f9 il faut aussi s\u2019essayer \u00e0\nd\u2019autres cl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\nLes crevures du goudron renvoient la\nblessure de mon pneu, l&rsquo;herbe du bord du canal adoucit un peu le\npassage, le tr\u00e8fle particuli\u00e8rement vert et doux en cette saison,\nil y a pourtant encore les feuilles s\u00e8ches des platanes de la saison\npass\u00e9e et surtout et surtout ces bouts de branches bris\u00e9s par les\ngrandes bourrasques de l&rsquo;Autan de printemps, on aper\u00e7oit, crevant la\nsurface des hautes herbes l&rsquo;orchis bouc haute et parfois pench\u00e9e,\nj&rsquo;y suis les traces du bitume rehauss\u00e9es de la poudre de fruits de\nplatanes qui s&rsquo;est d\u00e9pos\u00e9e l\u00e0, mouill\u00e9e, qui a fait sa soupe,\njouant \u00e0 sa fa\u00e7on la partition d&rsquo;un canal postiche, l&rsquo;autre \u00e0\ncette heure encore, sombre, est tapi derri\u00e8re les massettes et le\nsoleil sur le sol marque par d&rsquo;infimes et infinis reliefs la\npossibilit\u00e9 d&rsquo;histoires gigantesques et d\u00e9risoires, dans\nl&rsquo;entrecroisement des langues possibles o\u00f9 l&rsquo;inspiration d&rsquo;un chemin\npropre essaie de r\u00e9sister \u00e0 la vibration du passage des autres\nv\u00e9los qui n&rsquo;en peuvent plus de vitesse alors que c&rsquo;est dans la\nlenteur, celle reproduite des pistes africaines, que l&rsquo;on pourrait\npeut-\u00eatre imaginer d&rsquo;autres cours, par centaines, par milliers. \n<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/56ca0a0c-c6b3-41b1-9859-375450a6dc3c\" class=\"wp-block-file__button\" download>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne sait quel est vraiment l&rsquo;espace du gravier et l&rsquo;espace de l&rsquo;herbe, l&rsquo;herbe qui s&rsquo;appelle en ce temps chiendent et qui vient faire quelque chose qui ne s&rsquo;appelle pas encore dessin puisque les dessins se caract\u00e9risent par de maladroites taches sur des feuilles alors qu&rsquo;ici le gravier pointe, brille de certaines de ses facettes dures et blanches et s&rsquo;enfouit <a class=\"more-link\" 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