{"id":212191,"date":"2026-06-20T18:19:52","date_gmt":"2026-06-20T16:19:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=212191"},"modified":"2026-06-20T18:19:52","modified_gmt":"2026-06-20T16:19:52","slug":"livre-06-a-chacune-de-mes-naissances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-06-a-chacune-de-mes-naissances\/","title":{"rendered":"#livre #06 | \u00c0 chacune de mes naissances"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/06-SouvenirsLivresEcosse.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-212192\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/06-SouvenirsLivresEcosse.jpeg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/06-SouvenirsLivresEcosse-420x315.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap wp-block-paragraph\">Quand j\u2019\u00e9tais petite, je n\u2019avais pas de livres, on ne m\u2019en lisait pas, ou tout au moins, je ne m\u2019en souviens pas. Des albums pour enfants, j\u2019en ai peut-\u00eatre lu, vu, feuillet\u00e9s, mais je n\u2019en ai aucun souvenir. Pas d\u2019\u00e9tag\u00e8re avec des livres dans la petite pi\u00e8ce sous les toits o\u00f9 je dormais et qu\u2019on pourrait appeler ma chambre quand la m\u00e9moire m\u2019y ram\u00e8ne : un lit, une commode pour les habits, un coffre en bois avec des cubes et ce genre de jouets qui avaient d\u00fb appartenir \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre avant, quelqu\u2019un de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019avant. Le papier et les crayons de couleur, je n\u2019y avais droit que sur la table de la cuisine et sous le regard d\u2019un grand, c\u2019est-\u00e0-dire mon p\u00e8re, mon oncle, ou Anne, pour \u00e9viter que je ne dessine par terre, sur les murs ou sur les meubles. Ensuite, j\u2019ai eu une poup\u00e9e, Alba, que j\u2019emmenais partout, mais je ne lui lisais pas d\u2019histoire. Je lui racontais plein d\u2019histoires, mais des histoires que j\u2019inventais, pas des histoires que je lui lisais ou que j\u2019avais lues quelque part. Peut-\u00eatre que ma m\u00e8re me lisait des histoires, mais je ne m\u2019en souviens pas. Ma m\u00e8re a disparu quand j\u2019\u00e9tais encore toute petite. C\u2019est \u00e7a, je ne me souviens de rien ou de presque rien avant que ma m\u00e8re meure. J\u2019avais six ans.<br>Ma m\u00e8re a disparu au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9. \u00c0 la rentr\u00e9e de l\u2019ann\u00e9e scolaire suivante, je suis all\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole et j\u2019ai appris \u00e0 lire, c\u2019\u00e9tait un peu comme une naissance, la naissance d\u2019une lectrice. Mais les livres, pour autant que je m\u2019en souvienne, \u00e7a m\u2019a pris du temps. Au d\u00e9but, je lisais \u00e0 l\u2019\u00e9cole, lire c\u2019\u00e9tait les devoirs, \u00e7a m\u2019emp\u00eachait d\u2019aller courir dehors avec le chien, d\u2019\u00eatre avec les moutons, d\u2019aller au bord de la mer lui jeter des cailloux. Et puis la lecture a pris de plus en plus de place. Les voisines \u00e9taient trois s\u0153urs, trois vielles filles qui vivaient ensemble, Anne, Charlotte et Emily. Elles avaient des livres, des classiques, h\u00e9rit\u00e9s de leurs parents, un couple d\u2019instituteurs qui passaient leur temps \u00e0 lire. Alors apr\u00e8s avoir lu l\u2019\u00eele au tr\u00e9sor et presque tout Stevenson, Robin des bois, Ivanho\u00e9 et Rob Roy, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 lire des classiques plus classiques, moins aventuriers, et en premier lieu, les s\u0153urs Bront\u00eb, \u00e9videmment. Pride and prejudice \u00e9tait le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d\u2019Anne qui venait faire un peu de m\u00e9nage chez nous et m\u2019amenais des livres. C\u2019est elle aussi qui m\u2019avait fait ma poup\u00e9e, Alba, avec de vieux tissus et de la laine de moutons. J\u2019allais parfois chez elles, mais c\u2019\u00e9tait trop diff\u00e9rent de chez nous, j\u2019avais toujours peur de faire une b\u00eatise, de d\u00e9ranger quelque chose. Elles me pr\u00eataient des livres et me demandaient comment j\u2019avais trouv\u00e9 l\u2019histoire, la fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire. J\u2019aurais pu devenir critique litt\u00e9raire\u00a0! la premi\u00e8re fois que j\u2019ai lu pride and prejudice, il m\u2019a fallu beaucoup de temps, je relisais chaque phrase plusieurs fois, plein de mots nouveaux, \u00e7a me faisait perdre le fil, je devais revenir en arri\u00e8re alors je n\u2019avan\u00e7ais pas dans le bouquin mais je voulais savoir la fin. Alors j\u2019ai lu les derni\u00e8res pages, mais \u00e7a n\u2019a rien chang\u00e9 je voulais savoir comment on pouvait arriver \u00e0 cette fin-l\u00e0, comment on pouvait faire \u00e9voluer les personnages jusqu\u2019\u00e0 ce point. Alors j\u2019ai relu le livre doucement, avec d\u2019autres livre entre deux. Et je me suis rendu compte que dans ces autres livres, la fin m\u2019int\u00e9ressait toujours, mais elle m\u2019int\u00e9ressait moins, je voulais toujours savoir comment on pouvait en arriver l\u00e0. Ensuite, j\u2019ai commenc\u00e9 la photo et doucement, les images ont remplac\u00e9 les mots. J\u2019avais aussi lus tous les livres que les s\u0153urs d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 pouvaient me pr\u00eater, elles en avaient vendu beaucoup pour pouvoir financer les travaux dans leur maison et dans ma p\u00e9riode londonienne, je ne lisais pratiquement plus, ou seulement par p\u00e9riode, je me suis plong\u00e9e enti\u00e8rement dans la photo.<br>Quand je me suis install\u00e9e en France, sur Lavrec, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 apprendre le fran\u00e7ais avec les livres pour enfants et chaque jour, le premier titre en une du journal le monde et en une de la gazette locale que je d\u00e9cortiquais pour y trouver \u00e9galement toutes les r\u00e9f\u00e9rences et autres allusions cach\u00e9es dans ce genre de phrases tr\u00e8s courtes. C\u2019\u00e9tait bizarre, un peu comme une nouvelle naissance \u00e0 chaque d\u00e9couverte de la lecture dans une autre langue. Alors j\u2019ai commenc\u00e9 avec les imagiers, petit bleu et petit jaune, des comptines, Okilele de Ponti, les livres de l\u2019\u00e9cole des loisirs et des vieilleries trouv\u00e9es chez la dame qui h\u00e9bergeait mon annexe sur Br\u00e9hat quand je partais un moment. Martine ou Oui-Oui. Ensuite des petits romans, le club des 5 ou les aventures de l\u2019\u00e9talon noir. Elle m\u2019avait pr\u00eat\u00e9 toute sa collection en me disant que je venais des Shetland o\u00f9 il y avait des poneys et que le cheval c\u2019\u00e9tait presque pareil, juste un peu plus grand. Elle \u00e9tait institutrice \u00e0 la retraite et elle \u00e9tait toute contente d\u2019avoir une nouvelle \u00e9l\u00e8ve, qui plus est volontaire. Un peu plus tard j\u2019ai lu des traductions d\u2019histoires que je connaissais d\u00e9j\u00e0 pour me concentrer sur la langue et pas sur l\u2019histoire. Stevenson, \u00e9videmment et puis pride and prejudice, devenu orgueil et pr\u00e9jug\u00e9s (si difficile \u00e0 prononcer, orgueil\u00a0!).<br>Plus je te raconte tout \u00e7a et plus j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir eu plusieurs vies, chacune li\u00e9e \u00e0 la lecture, \u00e0 la langue de ces lectures. Et \u00e0 chacune de mes naissances, avoir oubli\u00e9, presque effac\u00e9 ma vie d\u2019avant<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand j\u2019\u00e9tais petite, je n\u2019avais pas de livres, on ne m\u2019en lisait pas, ou tout au moins, je ne m\u2019en souviens pas. Des albums pour enfants, j\u2019en ai peut-\u00eatre lu, vu, feuillet\u00e9s, mais je n\u2019en ai aucun souvenir. Pas d\u2019\u00e9tag\u00e8re avec des livres dans la petite pi\u00e8ce sous les toits o\u00f9 je dormais et qu\u2019on pourrait appeler ma chambre quand <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-06-a-chacune-de-mes-naissances\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#livre #06 | \u00c0 chacune de mes naissances<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":123,"featured_media":212192,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8020,8090],"tags":[8109,36,258,7344],"class_list":["post-212191","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le-livre-comme-fiction","category-le-livre-comme-fiction-06-annie-ernaux","tag-anglais","tag-langue","tag-lecture","tag-mow"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/123"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=212191"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212191\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":212193,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212191\/revisions\/212193"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/212192"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=212191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=212191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=212191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}