{"id":212584,"date":"2026-06-22T16:59:03","date_gmt":"2026-06-22T14:59:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=212584"},"modified":"2026-06-22T17:09:18","modified_gmt":"2026-06-22T15:09:18","slug":"le-livre-comme-fiction-07-un-piano-sur-locean","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-livre-comme-fiction-07-un-piano-sur-locean\/","title":{"rendered":"le livre comme fiction, #07 Un piano sur l&rsquo;oc\u00e9an"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier, j\u2019ai plong\u00e9 dans l\u2019univers du piano, je me suis immerg\u00e9e dans le monde des concertos pour pianos, les plus beaux, les plus connus aussi, je me suis noy\u00e9e dans les plus m\u00e9lodieux, les plus envoutants des concertos. J\u2019ai voyag\u00e9 dans les notes et dans les partitions, j\u2019ai v\u00e9cu la musique avec les musiciens de l\u2019orchestre et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 subjugu\u00e9e par le pianiste, solitaire devant son clavier\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et je me suis souvenue d\u2019 un conte pour piano, une l\u00e9gende de la mer, un livre mince et dense \u00e0 la fois, un livre que j\u2019avais achet\u00e9\u2026ou qu\u2019on m\u2019avait offert\u2026ou seulement pr\u00eat\u00e9\u2026 j\u2019allais le relire, je devais le relire, il \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 port\u00e9e de main, je la tendais, cette main, sans m\u00eame regarder, j\u2019\u00e9tais s\u00fbre que le livre y \u00e9tait\u2026un petit livre plein de po\u00e9sie et de musique, la couverture \u00e9tait bleue, je la voyais, je me la rappelais, et puis non, je ne savais plus la d\u00e9crire, du bleu, des vagues, du blanc, des touches de piano, une main blanche, des doigts blancs qui se posent, qui se prom\u00e8nent sur du bleu, ou m\u00eame du violet, du violet profond, de l\u2019outre-violet comme outremer ou outre noir, du rayonnement que je ressentais m\u00eame en absence du livre et de sa couverture. Il y avait aussi un navire, un navire qui voguait sur la mer, mais \u00e7a, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans le livre, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un bout de l\u2019histoire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un pianiste virtuose sur un grand navire dont le monde se r\u00e9duit \u00e0 la musique qu\u2019il sait trouver dans son beau piano \u00e0 queue, un pianiste, qui n\u2019a jamais pos\u00e9 le pied \u00e0 terre. La musique est son univers, il cr\u00e9e des notes, des arp\u00e8ges, des trilles, des lento, des andante, des crescendo, des allegro, ma non troppo, des sons et des rythmes, une musique \u00e9trange et magnifique, il cr\u00e9e de l\u2019\u00e9vasion, des r\u00eaves, des voyages qui lui conviennent, il invente son propre monde riche en \u00e9motions. Sa musique lui suffit. Il est seul, et puis non, il a des amis, c\u2019est son ami trompettiste qui racontera l\u2019histoire de Novecento, plein d\u2019admiration pour cet enfant abandonn\u00e9 qui a grandi sur le navire, qui n\u2019en est jamais sorti, n\u2019en ressent pas le besoin. Il n\u2019est pas seul, il \u00e9coute le monde qui passe, il \u00e9coute les voyageurs qui montent et qui descendent, qui changent \u00e0 chaque escale, il \u00e9coute les bruits des moteurs, il \u00e9coute le balancement des vagues, le cri des mouettes, le sifflement des dauphins dans le sillage du bateau, il s\u2019en nourrit, il nourrit les 88 touches blanches et noires avec ses doigts fins, ses doigts blancs, agiles, il invente sa musique, sa po\u00e9sie et sa chor\u00e9graphie, sa musique qui traverse les genres, du jazz \u00e0 la m\u00e9lodie classique, et qui devient \u00e9motion pour celui qui \u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et l\u2019\u00e9crivain pose le portrait, sa langue \u00e9pouse le rythme de l\u2019oc\u00e9an, le balancement des vagues, le silence de la mer, le tangage du navire. Et j\u2019embrasse la m\u00e9lodie, accompagne le rythme, suis les envol\u00e9es, le souffle de ce voyage rythm\u00e9 par les mouvements de l&rsquo;oc\u00e9an, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;infini, la solitude et la qu\u00eate de soi se c\u00f4toient. Ce r\u00e9cit est empli de musique et de po\u00e9sie et la langue italienne y ajoute le chant. &nbsp;Alessandro Baricco cr\u00e9e un monologue \u00e9mouvant sur le choix, la libert\u00e9, l&rsquo;infini des possibles et la peur de se perdre. Et dans cette lecture, entre le piano et l\u2019oc\u00e9an, Lemon Novecento a laiss\u00e9 une trace\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0<em>Mais, quand m\u00eame, Novecento,  pourquoi tu ne descends jamais, m\u00eame une fois, pourquoi est-ce que tu ne vas pas le voir, le monde, de tes yeux, de tes propres yeux ?<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0<em>Moi, j&rsquo;y suis n\u00e9, sur ce bateau. Et le monde y passait, mais par deux mille personnes \u00e0 la fois. Et des d\u00e9sirs, il y en avait aussi, mais pas plus que ce qui pouvait tenir entre la proue et la poupe\u2026. C&rsquo;est \u00e7a que j&rsquo;ai appris, moi. La terre, c&rsquo;est un bateau trop grand pour moi. C&rsquo;est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer. Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas.\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudra vraiment que je le retrouve, mon Novecento\u2026Et si j\u2019allais voir l\u00e0-bas au bout de l\u2019\u00e9tag\u00e8re, entre deux grands voyageurs et quelques po\u00e8tes&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hier, j\u2019ai plong\u00e9 dans l\u2019univers du piano, je me suis immerg\u00e9e dans le monde des concertos pour pianos, les plus beaux, les plus connus aussi, je me suis noy\u00e9e dans les plus m\u00e9lodieux, les plus envoutants des concertos. 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