{"id":212620,"date":"2026-06-22T18:22:16","date_gmt":"2026-06-22T16:22:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=212620"},"modified":"2026-06-22T18:23:02","modified_gmt":"2026-06-22T16:23:02","slug":"llcf-07-08-a-la-recherche-du-livre-perdu-et-de-la-rose-de-sable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/llcf-07-08-a-la-recherche-du-livre-perdu-et-de-la-rose-de-sable\/","title":{"rendered":"#LLCF #07-08 | \u00c0 la recherche du livre perdu et de la rose de sable"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Rosa_del_desierto_S.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-212630\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Rosa_del_desierto_S.jpg 600w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Rosa_del_desierto_S-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mille et une nuits. La r\u00e9f\u00e9rence aux <em>Mille et une nuits<\/em> \u00e9tait pr\u00e9sente dans le titre, j\u2019en suis presque certaine. Je ne me souviens pas du titre exact, encore moins du nom de son auteur. Je sais que ce n\u2019\u00e9taient pas <em>Les Nouvelles Mille et une nuits<\/em> de Stevenson. Ce livre-ci, je l\u2019ai toujours dans ma biblioth\u00e8que, et je l\u2019ouvre de temps \u00e0 autre au hasard, pour en lire une nouvelle. Non, il s\u2019agit d\u2019un livre plus r\u00e9cent, publi\u00e9 au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Je me souviens que je n\u2019avais pas achet\u00e9 ce livre. Je l\u2019avais re\u00e7u avec deux autres, sans doute parce que je m\u2019\u00e9tais inscrite comme jur\u00e9 dans je ne sais plus quel prix des lectrices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux autres \u00e9taient \u2013 c\u2019\u00e9tait du moins mon avis de lectrice puisqu\u2019on me le demandait \u2013 sans int\u00e9r\u00eat&nbsp;; l\u2019un, d\u2019une autrice d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9e qui avait connu un certain succ\u00e8s, \u00e9tait une autofiction mal ficel\u00e9e, assez complaisante, qui donnait l\u2019impression d\u2019un brouillon rendu faute de mieux \u00e0 un \u00e9diteur impatient\u00e9&nbsp;; l\u2019autre \u00e9tait un polar am\u00e9ricain, d\u2019une violence pornographique gratuite et malsaine. Encore aujourd\u2019hui, je ne peux y penser sans en avoir la naus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais il y avait ce gros volume. Auteur inconnu de moi. Du Proche Orient, peut-\u00eatre francophone&nbsp;? syrien, libanais, palestinien, \u00e9gyptien&nbsp;? ou \u00e9tait-ce une traduction&nbsp;? Je ne sais plus. Bien s\u00fbr, je n\u2019ai pas conserv\u00e9 la feuille sur laquelle j\u2019avais \u00e9crit mon avis et mes remarques, papier qui aurait gard\u00e9 la trace du titre et de l\u2019auteur. Ou \u00e9tait-ce par mail&nbsp;? mais ce disque dur-l\u00e0 a disparu depuis bien des ann\u00e9es. Je sais que j\u2019avais donn\u00e9 un avis tr\u00e8s \u00e9logieux, m\u00eame si je n\u2019avais pu le lire enti\u00e8rement. Je crois que j\u2019avais ouvert le livre et commenc\u00e9 la lecture sans en lire les seuils, ni y pr\u00eater la moindre attention. Ce serait pour plus tard. J\u2019ai toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 plonger d\u2019abord dans le texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019avais tr\u00e8s peu de temps, ce peu de temps libre \u00e9tant consacr\u00e9 \u00e0 vider l\u2019appartement avant mon d\u00e9part pour l\u2019\u00e9tranger. Mes livres \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 partis chez un ami&nbsp;; n\u2019en restaient que quelques-uns offerts avant mon d\u00e9part et que je ne pouvais \u00e9videmment pas emporter, puisque je n\u2019avais droit qu\u2019\u00e0 deux valises de vingt-sept kilos et un bagage cabine, livres que j\u2019ai entass\u00e9s dans un petit carton&nbsp;; je crois qu\u2019au dernier moment, j\u2019ai pos\u00e9 au-dessus du carton ce volume que je n\u2019avais pu lire enti\u00e8rement, peut-\u00eatre un peu plus de la moiti\u00e9, m\u00eame si je l\u2019avais certainement ouvert et lu au hasard, comme je le fais souvent d\u00e8s qu\u2019il appara\u00eet que le r\u00e9cit n\u2019est pas lin\u00e9aire. C\u2019est ainsi que j\u2019ai lu la <em>Recherche<\/em>, en piochant un volume de poche et l\u2019ouvrant au hasard. C\u2019est ainsi qu\u2019on d\u00e9couvre une page extraordinaire sur les voix du t\u00e9l\u00e9phone, page qu\u2019on mettra ensuite des ann\u00e9es \u00e0 retrouver (gr\u00e2ces en soient rendues \u00e0 l\u2019\u00e9dition num\u00e9rique). J\u2019ai confi\u00e9 le carton \u00e0 un couple de connaissances, qui l\u2019ont accept\u00e9 avec une certaine r\u00e9serve, presqu\u2019\u00e0 contre-c\u0153ur, m\u2019a-t-il sembl\u00e9. Ils disaient manquer de place, mais ils lui trouveraient bien une place dans leur petite cave. Quand je suis rentr\u00e9e en France, ils sont venus tr\u00e8s vite me le rendre. J\u2019avais tout juste retrouv\u00e9 un appartement, j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 le carton dans le garage o\u00f9 il est rest\u00e9 dans l\u2019ombre quelques mois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand j\u2019ai voulu reprendre la lecture de ces contes, j\u2019ai retrouv\u00e9 le carton, mais je n\u2019ai pas reconnu le livre qui \u00e9tait pos\u00e9 au-dessus de la pile. Il avait bien une couverture orientalisante, avec le dessin d\u2019un cimeterre, mais le titre \u2013 que j\u2019ai oubli\u00e9 \u2013 n\u2019\u00e9voquait pas le conte des mille et une nuits. L\u2019histoire de la femme du Pacha n\u2019y figurait pas. C\u2019\u00e9tait un roman \u2013 classique, lin\u00e9aire, qui ne m\u2019a pas du tout int\u00e9ress\u00e9e \u2013 ce n\u2019\u00e9tait pas du tout cette mosa\u00efque de r\u00e9cits parfois tr\u00e8s courts dont je me souvenais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce livre-l\u00e0, on voyageait entre des contes orientaux, narr\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de Sh\u00e9h\u00e9razade, des histoires de villageois, des querelles de familles, des&nbsp; amours tragiques, des r\u00e9cits de r\u00e9voltes, de fin d\u2019empire et de guerres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens tr\u00e8s bien de l\u2019histoire de la femme du Pacha. Dans le chaos qui suit la fin du sultanat (de l\u2019empire ottoman&nbsp;?), la femme d\u2019un Pacha s\u2019enfuit dans un village, peut-\u00eatre dans la montagne, emportant avec elle ses bijoux, l\u2019or et tout l\u2019argent du couple. Mais les rebelles la poursuivent et fouillent le village o\u00f9 elle s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9e. Elle se dissimule sous un voile et des habits de paysanne, mais ses pieds, ses petits pieds blancs la trahissent. Ces pieds-l\u00e0 n\u2019avaient foul\u00e9 que des tapis moelleux, et jamais des chemins caillouteux ni de la terre dure et s\u00e8che&nbsp;; ils ne portaient pas les cals des pieds de paysanne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des autres pages du livre (quand on ouvre un livre au hasard, ce ne sera jamais \u00e0 la premi\u00e8re page, mais \u00e7a pourra \u00eatre \u00e0 la derni\u00e8re&nbsp;; il m\u2019arrive assez souvent de lire les derni\u00e8res pages d\u2019un livre avant d\u2019en reprendre la lecture), je peux r\u00eaver des fragments, puisque c\u2019est un livre de fragments, fait de grains qui parfois peuvent se rassembler et former une rose des sables, cette roche \u00e9vaporitique form\u00e9e par cristallisation. Ils s\u2019inspireront des <em>Cuentos breves y extraordinarios<\/em> rassembl\u00e9s par Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares, qui pouvait signer A.B.C, auteur d\u2019un autre livre que j\u2019ai longtemps recherch\u00e9, mais que j\u2019ai fini par trouver, <em>La Invenci<\/em><em>\u00f3n de Morel<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026parfum des p\u00eaches dans la nuit profonde et velout\u00e9e. Le jeune homme savait qu\u2019il lui \u00e9tait interdit d\u2019\u00eatre l\u00e0, mais comment faire autrement&nbsp;? il se coula contre le tronc et entre les racines d\u2019un olivier et attendit. Le g\u00e9nie du verger souffla sur ses paupi\u00e8res qui devinrent lourdes, lourdes et se ferm\u00e8rent. Il r\u00eava. Il \u00e9tait devenu une p\u00eache dans les mains douces de sa bien-aim\u00e9e. Il ne l\u2019avait pas entendue arriver, mais elle \u00e9tait l\u00e0 et le tenait ente ses doigts. Elle le porta \u00e0 sa bouche et mordit\u2026 il se r\u00e9veilla. Il tenait dans ses mains une p\u00eache, ronde et velout\u00e9e&nbsp;; le jus sucr\u00e9 et parfum\u00e9 coulait entre ses doigts, il en gardait le go\u00fbt dans la bouche. Il entendit un grognement et leva les yeux&nbsp;: un homme se tenait devant lui, immense, hirsute&nbsp;; il tenait en laisse deux dogues qui le fixaient en grondant. L\u2019homme se mit \u00e0 l\u2019invectiver&nbsp;: \u00ab&nbsp;Esp\u00e8ce de voleur, de sale vaurien&nbsp;! tu vas voir ce qui t\u2019attend&nbsp;!&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le groupe est entr\u00e9 dans le village de la montagne. Cinq hommes, qui avancent dans ce qui leur semble l\u2019unique rue. Toutes les portes sont ferm\u00e9es. Les murs n\u2019ont aucune fen\u00eatre. Tout est noir, silencieux. Le seul bruit, c\u2019est celui que fait le vent qui souffle dans les falaises qui dominent le village. Par moments, on croirait entendre un murmure, ou un chant. Les hommes arm\u00e9s restent group\u00e9s, en alerte. Un mouvement, un l\u00e9ger bruit, dans une ruelle. Un homme se d\u00e9tache, entre dans la ruelle. Rien. Sans doute un chat. Quand il se retourne, son groupe est d\u00e9j\u00e0 plus loin, dans la rue. Ils ne sont plus que trois. Il les voit s\u2019engager dans une voie \u00e9troite, entre deux maisons. Il se h\u00e2te de les rejoindre, mais quand il arrive devant la ruelle, ils ont disparu comme aval\u00e9s par la nuit. Il h\u00e9site \u00e0 les suivre, revient en arri\u00e8re. Il ne reconna\u00eet rien, mais il fait si sombre et il n\u2019est jamais venu l\u00e0, alors comment pourrait-il reconna\u00eetre quoi que ce soit\u2026 il avance dans la rue et se retrouve devant l\u2019entr\u00e9e d\u2019un jardin. Il entend des voix qui chantent doucement. L\u2019air est doux, \u00e7a sent le jasmin. Il entre, suit le sentier qui s\u2019\u00e9gare entre les arbustes. Il aper\u00e7oit une femme, plut\u00f4t il devine une silhouette de femme dans une longue robe sombre. Il ne distingue pas son visage, \u00e0 demi dissimul\u00e9 par une masse de cheveux noirs, mais il voit tr\u00e8s nettement ses deux petits pieds blancs, si blancs qu\u2019il lui semble que ce sont deux croissants de lune. La femme lui fait signe de la suivre, et il s\u2019enfonce dans la nuit parfum\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des jeunes gens marchent \u00e0 la file dans la montagne. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 de fuir la plaine et la guerre, les bombardements et la mort. L\u2019un d\u2019eux, celui qui marche en t\u00eate, leur a dit qu\u2019ils trouveraient refuge dans un antique ch\u00e2teau-fort o\u00f9 il a particip\u00e9 \u00e0 une campagne de fouilles. Avant. Avant que tout \u00e7a n\u2019arrive. Parvenus dans la forteresse, ils s\u2019installent tant bien que mal dans la tour de pierre qui domine la plaine. Mais que faire&nbsp;? aucun d\u2019eux ne conna\u00eet d\u2019histoire. On ne leur en a jamais racont\u00e9, ils n\u2019ont jamais appris \u00e0 r\u00eaver\u2026 La petite s\u0153ur du leader \u2013 elle a dix ans, de longues tresses noires et un sourire de petite vieille depuis qu\u2019elle a perdu deux incisives apr\u00e8s une vilaine chute, ce qui lui a laiss\u00e9 un petit z\u00e9zaiement assez charmant \u2013 propose de leur raconter l\u2019histoire du petit garzon qui voulait devenir sarmeur de serpents\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019unit\u00e9 X7 de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re ennemie, apr\u00e8s une campagne de bombardements intensifs, vient d\u2019investir ce village des collines. La place centrale n\u2019est plus qu\u2019un \u00e9norme trou, un entonnoir entour\u00e9 d\u2019un monceau de gravats\u00a0; les commerces et l\u2019\u00e9glise ont \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9s. Plus haut, les soldats quadrillent les rues, entrent dans des maisons encore debout. \u00e0 la recherche d\u2019ennemis cach\u00e9s. La jeune soldate est entr\u00e9e \u00e0 la suite de deux de ses camarades\u00a0; elle a grimp\u00e9 l\u2019escalier de bois cir\u00e9, est entr\u00e9e dans une chambre. Elle ouvre l\u2019armoire. Il n\u2019y a rien d\u2019autre que du linge. Irr\u00e9sistiblement, elle tombe \u00e0 genoux et plonge son visage dans les draps parfum\u00e9s\u00a0; une odeur de rose, du lin un peu r\u00eache, non, pas r\u00eache: \u00e7a crisse sous la joue, comme lorsqu\u2019on pose la joue sur une taie d\u2019oreiller propre et fra\u00eechement repass\u00e9e. Elle s\u2019endort et r\u00eave. Elle r\u00eave qu\u2019elle est devenue la jeune fille aux boucles noires, celle qui dormait dans la chambre. Elle est sortie de bonne heure ce matin pour cueillir des p\u00eaches\u00a0au verger\u00a0; avec sa m\u00e8re et ses cousines, elles ont pr\u00e9vu de faire des conserves. Elle r\u00eave qu\u2019elle respire l\u2019odeur des p\u00eaches, qu\u2019elle en croque une\u00a0; le jus doux et sucr\u00e9 la fait penser \u00e0 son amoureux. Il y a deux jours, ils se sont vus en cachette, ici, dans le verger, et ils ont croqu\u00e9 ensemble une p\u00eache. Elle r\u00eave \u00e0 leur mariage, \u00e0 la f\u00eate, aux rires. Ce sera bient\u00f4t. Mais il est l\u2019heure, elle doit retourner au village avec ses paniers emplis de fruits\u00a0; elle va sortir du verger quand plusieurs soldats ennemis se pr\u00e9cipitent vers elle en riant. La jeune soldate dans son r\u00eave reconna\u00eet ses camarades. Ils la frappent, la jettent \u00e0 terre, la violent \u00e0 tour de r\u00f4le \u00e0 plusieurs reprises. Elle crie, elle a mal, mais ils la frappent \u00e0 nouveau, lui cassent quelque chose sur la t\u00eate. Elle se laisse glisser\u2026 Le caporal s\u2019est \u00e9tonn\u00e9 de ne pas voir redescendre la jeune soldate. Ils l\u2019ont trouv\u00e9e \u00e0 demi affal\u00e9e sur le sol, agenouill\u00e9e devant l\u2019armoire ouverte, morte. H\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale, a dit le m\u00e9decin apr\u00e8s l\u2019autopsie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arm\u00e9e ennemie progresse. L\u2019unit\u00e9 X7 est entr\u00e9e dans une bourgade propre et coquette, un lieu de vill\u00e9giature, ombrag\u00e9 et fleuri. On y venait \u2013 avant \u2013 pour les week-ends, on jouait au tennis, on se retrouvait pour prendre le th\u00e9. On allait au restaurant apr\u00e8s avoir fait les boutiques et visit\u00e9 les antiquaires. On s\u2019y retrouvait entre gens du m\u00eame monde. Certaines familles y avaient une villa, d\u2019autres s\u00e9journaient \u00e0 l\u2019h\u00f4tel qui offrait spa, hammam, piscine, massages, salles de fitness et cours de relaxation. L\u2019unit\u00e9 X7 vient d\u2019y entrer. Village et h\u00f4tel sont vides, les habitants et les employ\u00e9s ont \u00e9vacu\u00e9 les lieux, ainsi que le pr\u00e9voit l\u2019accord de cessez-le-feu sign\u00e9 l\u2019avant-veille. Les drones de surveillance l\u2019ont confirm\u00e9. Les soldats laissent tomber leur barda, s\u2019\u00e9talent sur les fauteuils et canap\u00e9s avec de grands rires. Malgr\u00e9 les ordres du capitaine, certains s\u2019agglutinent au bar et se servent. Le sergent d\u00e9cide de laisser faire. Ses gars ont bien besoin d\u2019un peu de d\u00e9tente. &nbsp;Il pr\u00e9f\u00e8re regarder ailleurs. La d\u00e9coration du salon o\u00f9 il se trouve lui pla\u00eet. Ces tableaux sont de vraies toiles, des \u0153uvres contemporaines qui lui plaisent beaucoup. Ah mais&nbsp;! ce cadre est tout de travers. Le sergent se dirige droit vers le tableau et le redresse. Il aurait d\u00fb se souvenir des cours suivis lors de son instruction militaire. Le tableau, ou plus exactement son accrochage, est pi\u00e9g\u00e9. L\u2019explosion emporte le salon, le bar, le restaurant, le hall, le spa et les salles de fitness. Ainsi que la totalit\u00e9 de l\u2019unit\u00e9 X7.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux jeunes gens n\u2019ont pas suivi leurs familles quand elles ont \u00e9vacu\u00e9 le village. Ils ne sont pas rest\u00e9s non plus avec les f\u00e9dayins qui pi\u00e9geaient l\u2019h\u00f4tel. Ils n\u2019ont pas eu d\u2019h\u00e9sitation, ils ont d\u00e9cid\u00e9 sans m\u00eame en discuter de s\u2019enfuir ensemble. Cela faisait trop longtemps qu\u2019on les emp\u00eachait de se voir et de s\u2019aimer. Ils se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans la cabane du jardinier. Pas celui de l\u2019h\u00f4tel, non celle du verger d\u2019amandiers, situ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cart du village, dans les collines. La nuit \u00e9tait douce et parfum\u00e9e, une nuit sans lune qui les cachait, les prot\u00e9geait&nbsp;; ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester dehors sous les arbres. Avant qu\u2019elle ne s\u2019endorme, il lui a racont\u00e9 l\u2019histoire du sultan qui avait \u00e9pous\u00e9 une princesse venue du nord lointain. Il l\u2019aimait, mais malgr\u00e9 les po\u00e8mes qu\u2019il \u00e9crivait pour elle, malgr\u00e9 les soieries, les tapis, les bijoux dont il la couvrait, en d\u00e9pit des jardins, des oiseaux et &nbsp;des concerts qu\u2019on donnait le soir venu, la princesse restait toujours m\u00e9lancolique. Elle regrettait les neiges de son pays natal. Alors le sultan fit planter un immense verger d\u2019amandiers pour qu\u2019elle d\u00e9couvre sous sa fen\u00eatre un champ de neige lorsque fleurirent les amandiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux combattants se rencontrent dans un village en ruines, perdu dans les collines, comme dans le film que Wojciech Has a r\u00e9alis\u00e9 d\u2019apr\u00e8s le roman de Potocki. Ils sont harass\u00e9s, couverts de poussi\u00e8re. Celui qui porte un casque est entr\u00e9 le premier dans une maison d\u00e9vast\u00e9e, un mur et une partie du toit ont \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9s, mais l\u00e0, dans le fond, au milieu des gravats, il reste un banc, une table, et sur la table, un livre. Un gros livre. Le soldat s\u2019assied, ouvre le livre. Il lisse la premi\u00e8re page du tranchant de la main droite. L\u2019autre \u2013 il porte un keffieh \u2013 s\u2019approche, regarde le livre par-dessus l\u2019\u00e9paule du premier. Il s\u2019assied \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, sur le banc. Tous deux se penchent vers le livre avec des mines gourmandes. Ils lisent, \u00e9paule contre \u00e9paule. Ils ne se regardent pas, ils n\u2019en ont pas besoin. Si, ils \u00e9changent un bref regard, comme celui qu\u2019\u00e9changent les musiciens d\u2019un orchestre de chambre avant d\u2019attaquer un autre mouvement, pour v\u00e9rifier qu\u2019ils sont bien en mesure, pour v\u00e9rifier qu\u2019il est temps de tourner la page.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mille et une nuits. La r\u00e9f\u00e9rence aux Mille et une nuits \u00e9tait pr\u00e9sente dans le titre, j\u2019en suis presque certaine. Je ne me souviens pas du titre exact, encore moins du nom de son auteur. Je sais que ce n\u2019\u00e9taient pas Les Nouvelles Mille et une nuits de Stevenson. Ce livre-ci, je l\u2019ai toujours dans ma biblioth\u00e8que, et je l\u2019ouvre <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/llcf-07-08-a-la-recherche-du-livre-perdu-et-de-la-rose-de-sable\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#LLCF #07-08 | \u00c0 la recherche du livre perdu et de la rose de sable<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":701,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8102,8103,1],"tags":[],"class_list":["post-212620","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-livre-comme-fiction-07-borges-le-livre-perdu","category-le-livre-comme-fiction-08-borges-le-livre-de-sable","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/701"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=212620"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":212640,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212620\/revisions\/212640"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=212620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=212620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=212620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}