{"id":212996,"date":"2026-06-25T18:00:15","date_gmt":"2026-06-25T16:00:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=212996"},"modified":"2026-06-26T16:43:41","modified_gmt":"2026-06-26T14:43:41","slug":"0-chronique-du-peut-etre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/0-chronique-du-peut-etre\/","title":{"rendered":"# 00 Chronique # du \u2014 Peut-\u00eatre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1\/ La question et la r\u00e9ponse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Comment va ton monde macadam&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 En flammes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2\/ Tous les quarts d\u2019heures (ou presque) pendant six heures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nuit \u00e0 minuscules moustiques. Attendre le matin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>6h du mat<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout n\u2019est qu\u2019en germe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Install\u00e9e dans mon fauteuil en osier, devant ma porte fen\u00eatre, laisser venir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Volets \u00e0 moiti\u00e9 ferm\u00e9s. Le store baiss\u00e9. Je ne vois que par-dessous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les voitures \u00e9lectriques glissent dans la rue&nbsp;; il fait bon ce silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai oubli\u00e9 le bruit blanc du ventilateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma plante tremble de toutes ses feuilles \u00e0 chaque passage de l\u2019air motoris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>7h<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ca y est, dehors, ils d\u00e9filent&nbsp;tous : scooters, camions livraison en tous genres, voitures, taxis&nbsp;; tandis qu\u2019immobiles, l\u2019air fait du sur place&nbsp;: papier blanc (une enveloppe&nbsp;?) au sol devant la porte de garage en face de mon immeuble, et petit tas de feuilles brul\u00e9es de soleil au coin de la terrasse du restaurant tha\u00eflandais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans mon frigo, j\u2019y pense, un gazpacho concombre et past\u00e8que pour ce midi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je commence \u00e0 \u00e9crire ma peinture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>8h<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>D\u00e9j\u00e0<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des voyageurs \u00e0 la fra\u00eeche encore, sacs au dos, valises sur roulettes, casquettes devant derri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Combien de fois d\u00e9j\u00e0 les pompiers au loin, zut je n\u2019ai pas compt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je poursuis l\u2019\u00e9criture de ma peinture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>8H41<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jeune gar\u00e7on sur sa patinette suivi d\u2019un autre minot, traine savate, queue de cheval en pagaille et portable devant les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle, une fum\u00e9e de cigarette chaude entre ses l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tresses serr\u00e9es de deux petites filles sur le trottoir&nbsp;; marchent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te d\u2019un bon pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une pie trottine sur le gazon du toit v\u00e9g\u00e9talis\u00e9 en bas de chez moi. Mont\u00e9e sur un petit muret, elle s\u2019est jet\u00e9e, mais pas envol\u00e9e. L\u00e0, maigre pitance probablement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ai-je termin\u00e9 l\u2019\u00e9criture de ma peinture&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>9H56<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le patron du restaurant tha\u00eflandais \u2014 sandales \u00e0 attaches kraft, bermuda jean, teeshirt beige et bob entour\u00e9 d\u2019une passementerie \u2014 sort ses deux parasols vert bouteille, les ouvre en disparaissant, va, vient, d\u00e9plie tables en bois et chaises aux pieds m\u00e9talliques, les aligne avec soin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pie r\u00e9apparait, se balade sur le gazon&nbsp;; sont m\u00eame deux maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Courir vers l\u2019eau fraiche de ma douche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brutal ce passage de moto malgr\u00e9 ma porte fen\u00eatre coulissante ferm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>10H20<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux hommes anciennement muscl\u00e9s, gros bras tatou\u00e9s, traversent la rue en biais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les  jeunes filles, tresses serr\u00e9es, marchant c\u00f4te c\u00f4te, repassent en portant chacune un pack de petites bouteilles d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes les tables de la terrasse du resto, sont install\u00e9es \u2014 carr\u00e9es, au nombre de six. L\u2019une d\u2019elles est orange. Cette autre en deuxi\u00e8me rang\u00e9e \u2014 j\u2019ai du mal \u00e0 la distinguer derri\u00e8re le marronnier mais elle pourrait bien \u00eatre de la m\u00eame couleur. Cette chaise solitaire l\u00e0-bas, pos\u00e9e contre le montant en bout de terrasse sans \u00eatre d\u00e9pli\u00e9e, du rab au cas o\u00f9&nbsp;? Elle a les pieds bleus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>10H49<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soleil arrive \u00e0 la pointe est de la terrasse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un homme aux cheveux blancs, croule sous le poids de son sac \u00e0 dos, s\u2019arr\u00eate. Longue silhouette d\u00e9gingand\u00e9e toute retourn\u00e9e&nbsp;; cherche quelque chose dans un sac en bandouli\u00e8re qui lui tombe du cou&nbsp;; reste courb\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, vrill\u00e9, immobile&nbsp;; longtemps \u2014 reprend son souffle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Klaxon de mon t\u00e9l\u00e9phone. Difficile de ne pas m\u2019interrompre et lire mes messages. Je r\u00e9ponds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je relis ma peinture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>11H30<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9j\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme aux cheveux blancs, bandouli\u00e8re qui lui coule du cou, sort une bouteille d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soleil inonde pour moiti\u00e9 la terrasse. Certaines tables sont recouvertes de nappes en tissu, violettes et orang\u00e9s. Un pan ballotte, ainsi que les feuilles du marronnier. Sans doute un filet de vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pot jaune pos\u00e9 sur la deuxi\u00e8me table \u00e0 partir de la gauche (deuxi\u00e8me rang\u00e9e, celle du fond cach\u00e9e par le marronnier) \u2014 des couverts&nbsp;dedans ? Le spot de la terrasse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>12H02<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais, personne sur la terrasse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout pr\u00e9parer, puis attendre, en vain souvent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un petit vent se l\u00e8ve, oui. La feuille blanche (une enveloppe&nbsp;?) n\u2019est plus l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Relire ma peinture encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3\/ Portrait pictural<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devant ce visage, besoin de grimacer, de tenter le morcellement, et rejoindre ses plis quitte \u00e0 le doubler. Au milieu de la foule, prends la posture, m\u2019essore corps \u00e0 corps. Chercher en tous-sens, de profil surtout : tirer un bout de ma joue, imposer mon \u0153il droit, relever le seuil de mon sourcil, faufiler dans ma pupille et glisser dans le coin de notre l\u00e8vre sup\u00e9rieure. Le d\u00e9calquer jusqu\u2019\u00e0 submersion. Je n\u2019oublie pas la frange, ni le cou cubique. M\u2019impressionner par \u00e9tirements successifs, visiblement de ce c\u00f4t\u00e9, en diff\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, bifurquer \u00e0 perte de vue, me fragmenter en cristaux de miroir, me tramer en lignes devant derri\u00e8re. Nous r\u00e9veiller l\u2019un l\u2019autre \u2014 qui sait \u2014 tout contre, en volume, en aplats de couleurs franches ou obscures, en zig-zag d\u00e9boussol\u00e9s \u2014 incontournables. Tourne man\u00e8ge, de recto, en verso. Dans l\u2019intervalle, rena\u00eetre autre,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 et, examiner le monde br\u00fblant depuis l\u00e0, avec tendresse, l\u2019adopter avec terreur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4\/ Soi, l&rsquo;\u00e9criture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ecrire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e2cher ce qui me d\u00e9tourne&nbsp;; laisser venir ce qui vient surtout autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donner cr\u00e9dit \u00e0 ces immenses heures cr\u00e9pitantes derri\u00e8re mon ordinateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Creuser l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a me fait trembler, o\u00f9 \u00e7a me fait tout court.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sortir de la trace encore fra\u00eeche mais d\u00e9j\u00e0 petit sillon, de <em>L\u2019homme qui\u2026&nbsp;<\/em>et<em> <\/em>de<em> Rose. <\/em>Oublier un temps les murmures embrum\u00e9s de leur enfance villageoise, de leurs \u00e9chapp\u00e9es toute trou\u00e9es. Les retrouver \u2014 Peut-\u00eatre, peut- \u00eatre pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9criture, s\u2019incruste peu \u00e0 peu dans tous mes plis, m\u2019attrape au coin de la rue comme devant cette fen\u00eatre ou cette autre-l\u00e0. Ecrire juste ce qui vient, l\u00e0, vite, sans savoir. &nbsp;Accepter, ce \u00ab&nbsp;c\u2019est tout pour le moment&nbsp;\u00bb, ce \u00ab&nbsp;d\u2019abord le surgissement, le souffle&nbsp;\u00bb. Pr\u00eater l\u2019oreille activement \u00e0 ce bredouillement malais\u00e9 \u2014 et puis y retourner \u2014 Peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lire, j\u2019ose. Si peur. O\u00f9 est l\u2019enjeu qui paralyse ? L\u2019ampleur&nbsp;peut-\u00eatre. Par quel bout&nbsp;? Me frotter \u00e0 tous ces <em>Illustres<\/em>&nbsp;? Enfantin et pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai plong\u00e9 dans les listes de Georges, dans \u00ab&nbsp;les petits tas&nbsp;\u00bb de Ga\u00eblle, dans \u00ab&nbsp;ces choses\u2014 l\u00e0&nbsp;\u00bb et dans \u00ab&nbsp;le fait que&nbsp;\u00bb des Marianne, j\u2019ai ouvert l\u2019\u0153il dans les caf\u00e9s de Nathalie et d\u2019Annie accompagn\u00e9e de Suzanne, j\u2019ai amplifi\u00e9 le tout avec Sei \u2014 et toutes les autres, et tous les autres \u2026 &nbsp;J\u2019ai tant appris de quelques feuillets de Jorge \u2014 Peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retirer le trop, le faux, donner toute la place au manque sans s\u2019apitoyer, au d\u00e9sir sans le raturer. Le laisser souffler sur le rivage, en point virgules ou en suspension. Accueillir les petits riens comme les grands vides. Les observer prendre le vent, gonfler, s\u2019agiter, s\u2019emm\u00ealer. Les relancer, plus tard \u2014 Peut- \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ecouter, observer, noter en attendant ce qui pourrait sans bruit se perdre. Car le minuscule, le cach\u00e9, ne pr\u00e9vient pas, se r\u00e9pand, se d\u00e9plie, sans qu\u2019on n\u2019y voie, <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Peut-\u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ La question et la r\u00e9ponse \u2014 Comment va ton monde macadam&nbsp;? \u2014 En flammes 2\/ Tous les quarts d\u2019heures (ou presque) pendant six heures Nuit \u00e0 minuscules moustiques. Attendre le matin. 6h du mat&nbsp; Tout n\u2019est qu\u2019en germe. Install\u00e9e dans mon fauteuil en osier, devant ma porte fen\u00eatre, laisser venir. Volets \u00e0 moiti\u00e9 ferm\u00e9s. Le store baiss\u00e9. 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