{"id":213060,"date":"2026-06-26T12:02:26","date_gmt":"2026-06-26T10:02:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213060"},"modified":"2026-06-26T12:02:27","modified_gmt":"2026-06-26T10:02:27","slug":"ete-2026-00-prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2026-00-prologue\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e9 2026 #00 | Prologue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1<br>Le monde tel qu\u2019il va, o\u00f9 il va, comment il va&nbsp;: un monde \u00e0 soutenir et qui nous soutienne. Peut-\u00eatre s\u2019efforcer de l\u2019imaginer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art, au lieu de voir un seul monde, le n\u00f4tre, nous le voyons se multiplier<\/em>. Marcel Proust<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2<br>Peau froiss\u00e9e, pliss\u00e9e o\u00f9 se dessine le drap et les ombres de la nuit. Pour un peu, le r\u00eave en serait quitte pour revenir. A la place les premiers sons du matin, par la fen\u00eatre de toit\u00a0: les oiseaux.<br>De la hanche \u00e0 la pointe du pied, les muscles se tendent, se bandent, il faut au moins \u00e7a pour que le corps se mette en branle.<br>Le chausson se d\u00e9robe mais ce n\u2019est pas une excuse. Dans l\u2019escalier, un rayon de lumi\u00e8re soul\u00e8ve la poussi\u00e8re.<br>L\u2019odeur du caf\u00e9 se r\u00e9pand dans la maison et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, sur le perron de la cuisine envahi de lauriers roses.<br>Le bal des hirondelles est officiellement ouvert. Leur vol circulaire, leur joie dans l\u2019air encore frais, leur vivacit\u00e9 comme un \u00e9clat vivifiant (elles volent bas mais il ne pleuvra pas).<br>Tailler les courgettes, cuire les pommes de terre nouvelles, la temp\u00e9rature augmente graduellement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Les couvercles contiennent la vapeur d\u2019eau, la r\u00e9duisent au silence, seul le liquide et les tubercules gigotent vaguement dans la casserole.<br>Par la fen\u00eatre, des voix montent d\u2019enfants\u00a0: c\u2019est bient\u00f4t l\u2019heure de l\u2019\u00e9cole. Par la fen\u00eatre des chants d\u2019oiseaux les accompagnent encore.<br>Et \u00e0 nouveau ce rapace qui tourne dans le voisinage. Cela fait quatre ou cinq fois que je le vois planer au-dessus, comme s\u2019il s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9, comme s\u2019il cherchait ailleurs sa nourriture.<br>Queue de poisson autoroutier qui augmente la tension int\u00e9rieure en d\u00e9pit du calme apparent des choses. Respirer l\u2019air climatis\u00e9 de l\u2019habitacle, laisser aller et venir, laisser partir.<br>Un camion en plein milieu de la route sur une double voie, sa double rang\u00e9e de voitures \u00e0 livrer, mon regard d\u00e9doubl\u00e9 croise l\u2019information visuelle sans rien analyser.<br>Un dernier coquelicot se dess\u00e8che sur le bas-c\u00f4t\u00e9, pali et frip\u00e9, incongru sur l\u2019espace b\u00e9tonn\u00e9. Je pense au champ couvert de bouton floraux, des milliers grill\u00e9s par le soleil, comme emprisonn\u00e9s dans une vie qui n&rsquo;adviendra pas : fossilis\u00e9s.<br>Au p\u00e9age, le conducteur devant moi paie en menue monnaie. Celui qui imagine une blague, payer avec des pi\u00e8ces de cinq centimes, puis conductrice, m\u2019extraire du v\u00e9hicule et aller vers celui qui me suit et r\u00e9clamer les cinq manquants pour atteindre les quatre-vingt dix n\u00e9cessaires. La chaleur cr\u00e9e-t-elle le mauvais esprit\u00a0?<br>Les barri\u00e8res sont dress\u00e9es, deux grosses remorques attendent d\u2019\u00eatre d\u00e9charg\u00e9es pour la f\u00eate votive \u00e0 venir.<br>Je l\u00e8ve les yeux. Dans le ciel, une tra\u00een\u00e9e blanche longue s\u2019\u00e9vanouit dans l\u2019aplat bleu.<br>Une femme et un enfant marchent en se tenant par la main. Je la cherche dans les ombres \u00e0 terre, sans la voir.<br>Quelqu\u2019un dans la rue parle d\u2019orage. Il dit <em>bient\u00f4t<\/em>, il dit <em>annonc\u00e9<\/em>.<br>Dehors, dans la cour, un cadavre d\u2019oisillon que tant de causes peuvent avoir jet\u00e9 hors du nid. Ce qui dans une vie d\u00e9j\u00e0 courte se raccourcit et se termine, trop t\u00f4t.<br>En devanture de la boutique, l\u2019annonce de soldes. D\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9e le matin m\u00eame par les sites qui battaient le rappel dans ma bo\u00eete mail.<br>Sur le trottoir, un chat passe en trottinant avec l\u2019air de se promener, comme un humain.<br>A l\u2019int\u00e9rieur, la lumi\u00e8re se r\u00e9tracte derri\u00e8re les volets ferm\u00e9s.<br>Dans la p\u00e9nombre, je rep\u00e8re l\u2019insecte entr\u00e9 clandestinement par je ne sais quel interstice mais comme tomb\u00e9 du ciel (du plafond), sur le dos s\u2019agite, pattes en l\u2019air et qu\u2019il faut aider \u00e0 retrouver son sens de gravit\u00e9.<br>Vrombissement de mobylette et passage du train\u00a0: duo sonore qui \u00e9clipse presque le bourdonnement du t\u00e9l\u00e9phone, presque les cymbales des cigales<br>Sur l\u2019\u00e9cran je note un \u00e9cart\u00e8lement du monde o\u00f9 toujours plus la faille se creuse entre les uns et les autres. La langue n\u2019est pas assez \u00e9lastique pour se comprendre.<br>Dans le livre, l\u2019autrice parle de \u00ab\u00a0mots mal habill\u00e9s qui troublent l\u2019harmonie du monde\u00a0\u00bb, j\u2019y trouve un \u00e9cho mais je dirais plut\u00f4t que les mots sont d\u00e9shabill\u00e9s, vid\u00e9s de leur substance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 <em>o\u00f9 trouver le courage de dire<\/em><br>Celui qui porte son corps mort. Vues et revues, ses esquisses, ses modifications, depuis <em>Ecce Homo<\/em> au Palais des Papes d\u2019Avignon. <em>Voici l\u2019homme<\/em>. Le nom de l\u2019exposition pourrait r\u00e9sumer le dessin, la photographie du collage du dessin dans une rue de Rome, de Naples ou d\u2019Ostie. L\u2019<em>uomo<\/em>. Et toujours ce visage anguleux du cin\u00e9aste italien et toujours le regard dur, obs\u00e9dant. Regard de reproche qui semble dire \u00ab\u00a0regardez ce que vous avez fait de moi\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0c\u2019est vous qui m\u2019avez tu\u00e9\u00a0\u00bb. Mais dans le regard noir se cache celui sensible, habit\u00e9, parfois hallucin\u00e9 de passion de Pasolini. D\u2019o\u00f9 que je le regarde, les yeux sont l\u00e0, ils me suivent et me parlent du monde, tel qu\u2019il est, tel qu\u2019il devient et que faire, comme dire, quoi dire, o\u00f9 trouver le courage de dire. Dans le regard de Pasolini, il y a sa prise de parle sur le monde, son incroyable clairvoyance, d\u2019un visionnaire, d\u2019un \u00ab\u00a0proph\u00e8te\u00a0\u00bb. Ce regard doubl\u00e9 de la parole qui lui a co\u00fbt\u00e9 la vie. Et cet autre regard en miroir, le regard de celui qui rend hommage, l\u2019empathie du regard doux, en tout cas sa com-passion. Celui qui donne corps \u00e0 Pasolini christique, l\u2019homme et son double, l\u2019homme qui porte son ombre, qui porte son propre corps assassin\u00e9. Alors en \u00e9cho j\u2019entends le meurtre, Ostie, le corps fracass\u00e9 d\u2019un martyre retrouv\u00e9 sur la plage. L\u2019image de l\u2019image, la mise en ab\u00eeme de l\u2019artiste qui peint cet autre artiste, comme on le ferait d\u2019un mentor ou d\u2019un fr\u00e8re. Et encore l\u2019artiste qui colle dans la ville de Naples, sur les murs et les ponts, qui colle sur le lieu m\u00eame. Et \u00e0 Scampia, le quartier impossible, qui colle encore et encore, qui (s\u2019)expose, qui finit par \u00eatre accept\u00e9 des habitants. <br>Je cherche une place entre les deux, o\u00f9 me glisser, me faire toute petite entre le double geste d\u2019hommage de l\u2019un et celui qui porte sa propre mort. Je cherche au fond du dessin quel double hommage je pourrais leur rendre \u00e0 tous deux. Et je cherche chez eux le courage \u00e0 puiser.<br><br><br>4 Chevale<br>Ordinateur\/bureau\/lit, d\u00e9placements horizontaux, translations, \u00e9crans trop chauds, bloc notes du smartphone, des livres qui jonchent le sol en attendant de trouver une place ou d\u2019\u00eatre lus. Plaque de lino \u2013 gravure en cours, fils de couture piqu\u00e9 dans le tissu \u2013 ourlet en cours. Un \u00e9pingle est rest\u00e9e aimant\u00e9e aux ciseaux. Cl\u00e9s usb, disques durs externes, o\u00f9 sont rang\u00e9s les bribes de mots, po\u00e8mes, \u00e9clats de proses ou juste dans l\u2019ordinateur, o\u00f9 fouiner dans les dossiers d\u2019\u00e9critures en cours.<br><br>Des fragments pr\u00e9lev\u00e9s chez ma coureuse (projet rest\u00e9 en plan depuis trois ans) et recompos\u00e9s pour le prix Robert Fouchet (universit\u00e9 Aix-Marseille) ouvrent une autre piste d\u2019\u00e9criture pour l\u2019\u00e9t\u00e9 (m\u00eame si retravail et retouche des Insignifiantes, m\u00eame si tourner de fa\u00e7on plastique autour de ces herbes, ces plantes sauvages et pr\u00e9paration de futures expositions). <em>Chevale<\/em>, peut-\u00eatre garder le titre\u00a0? En faire une autre intention, reprendre la moelle de cette \u00e9criture, tous les fragments d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits mais en faire autre chose., les \u00e9tirer, parler davantage du vent, de l\u2019air, du feu\u00a0? Ou quoi\u00a0? Pour l\u2019instant le ver est dans le fruit, reste \u00e0 faire germer le p\u00e9pin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5<br>Ce qui emp\u00eache l\u2019\u00e9criture (ou d\u00e9plier <em>une chambre \u00e0 soi<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1Le monde tel qu\u2019il va, o\u00f9 il va, comment il va&nbsp;: un monde \u00e0 soutenir et qui nous soutienne. Peut-\u00eatre s\u2019efforcer de l\u2019imaginer. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art, au lieu de voir un seul monde, le n\u00f4tre, nous le voyons se multiplier. Marcel Proust 2Peau froiss\u00e9e, pliss\u00e9e o\u00f9 se dessine le drap et les ombres de la nuit. Pour un peu, le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2026-00-prologue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e9 2026 #00 | Prologue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":546,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8107],"tags":[],"class_list":["post-213060","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-00-le-prologue"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213060","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/546"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213060"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213060\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":213063,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213060\/revisions\/213063"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213060"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213060"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213060"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}