{"id":213132,"date":"2026-06-27T10:06:06","date_gmt":"2026-06-27T08:06:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213132"},"modified":"2026-06-27T10:08:05","modified_gmt":"2026-06-27T08:08:05","slug":"prologue-du-cycle-ete-2026-chroniques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/prologue-du-cycle-ete-2026-chroniques\/","title":{"rendered":"PROLOGUE DU CYCLE \u00c9T\u00c9 2026 CHRONIQUES"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 Comment va le monde\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne transformerons jamais le monde en ne racontant que ce qui l\u2019ab\u00eeme<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 La citrouille\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En regardant ce ventre de citrouille pr\u00eat \u00e0 bondir de la toile de 45X50, j&rsquo;ai la trouille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 elle vient. Je sais qu\u2019elle est simplement l\u00e0 comme certaines v\u00e9rit\u00e9s qui ne frappent pas \u00e0 la porte et nous d\u00e9couvrons que nous vivions d\u00e9j\u00e0 avec elles. Si je la regarde trop longtemps, quelque chose commence \u00e0 c\u00e9der, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle avance sans bouger, elle n\u2019a m\u00eame pas besoin de violence&nbsp;; elle va m\u2019avaler. Pourtant ce n&rsquo;est qu&rsquo;une citrouille ouverte. Une masse orange, offerte. Puis les graines grossissent. Je ne sais pas si elles grossissent r\u00e9ellement ou si c&rsquo;est mon regard qui s&rsquo;approche trop pr\u00e8s, elles semblent attendre quelque chose de moi. Elles deviennent des dents molles, des \u0153ufs mena\u00e7ants, une promesse de multiplication. Je voudrais d\u00e9tourner les yeux. Mais d\u00e9tourner les yeux serait d\u00e9j\u00e0 reconna\u00eetre son pouvoir. Cette citrouille ne ressemble pas \u00e0 un fruit. Elle ressemble \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de les fruits. \u00c0 un lieu o\u00f9 les formes sont encore prisonni\u00e8res. Un ventre qui fabrique et ne choisit pas ce qu\u2019il fabrique. Un ventre qui pr\u00e9c\u00e8de tous les noms qu&rsquo;on lui donne. M\u00e8re, matrice, origine, d\u00e9sir. Aucun de ces mots ne convient. Les mots sont trop petits. Alors je pense \u00e0 la maternit\u00e9. Non pas \u00e0 la douceur qu&rsquo;on lui pr\u00eate. \u00c0 son autre visage. Celui qui engloutit. Celui qui transforme toute chose en sa propre substance. Les grosses graines me regardent davantage que je ne les regarde. Elles sont innombrables. Elles ont la patience des choses qui attendent depuis toujours. Je comprends soudain que ma crainte ne vient pas de la d\u00e9voration. La d\u00e9voration est naturelle. Mon angoisse vient de la f\u00e9condit\u00e9, de ce qui ne cesse de produire, de ce qui ne demande pas mon avis pour continuer \u00e0 vivre. Le tableau ne me menace pas. Il me retire seulement un refuge. Car je passe ma vie \u00e0 croire que je suis s\u00e9par\u00e9e du grand mouvement des choses. Et voil\u00e0 qu&rsquo;une simple citrouille ouverte me rappelle le contraire. Je regarde encore ce ventre orange. Et je mesure ce que serait ma vie si je pouvais \u00eatre une graine parmi les graines. De reconna\u00eetre ce qui m&rsquo;appelle depuis l&rsquo;int\u00e9rieur de ce ventre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 Le r\u00e9el encore le r\u00e9el<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10h \u2013&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;les cloches sonnent l\u2019heure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10h15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;v\u00e9rification de la chambre, chaude elle sent le bois br\u00fblant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10h30&nbsp;&nbsp;&nbsp;la descente aux enfers, aller dehors<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10h45&nbsp;&nbsp;&nbsp;le soleil lui-m\u00eame fond<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11h&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;au passage j\u2019entends le colza sec cr\u00e9piter<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11h15&nbsp;&nbsp;&nbsp;l\u2019odeur du fumier de porc dans le pr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11h30&nbsp;&nbsp;&nbsp;un avion passe au-dessus des arbres l\u2019a\u00e9roport de Gen\u00e8ve est urbain et champ\u00eatre \u00e0&nbsp;&nbsp;la fois<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11h45&nbsp;&nbsp;&nbsp;le chant du coucou dans la for\u00eat un rafra\u00eechissement<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12h&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a\u00efe je me suis pris le pied dans une racine et me suis \u00e9tal\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12h15&nbsp;&nbsp;&nbsp;et juste l\u00e0 il y a un ch\u00eane majestueux avec une corde qui pend\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12h30&nbsp;&nbsp;&nbsp;un avion passe, son ombre plane au-dessus des arbres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12h45&nbsp;&nbsp;&nbsp;tiens une crotte de renard, je suppose<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13h&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;j\u2019enjambe le sixi\u00e8me tronc tomb\u00e9 sur le chemin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13h15&nbsp;&nbsp;&nbsp;un moustique me d\u00e9vore sur le mollet gauche, \u00e7a d\u00e9mange, je viens d\u00e9j\u00e0 de me faire une grosse r\u00e9action \u00e0 la suite d\u2019un piq\u00fbre d\u2019abeille sur le nez, je ressemblais \u00e0 \u00e9l\u00e9phant man<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13h30&nbsp;&nbsp;&nbsp;de retour, \u00e0 boire, \u00e0 boire \u00e0 boire de l\u2019eau fra\u00eeche avec fleurs de sureau et p\u00e9tales de Coquelicots<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13h45&nbsp;&nbsp;&nbsp;avec un peu d\u2019eau p\u00e9tillante \u00e7a s\u2019appelle le champagne des f\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14h&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le brumisateur dispense de l\u2019huile essentielles de menthe, \u00e7a rafra\u00eechit<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14h15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;j\u2019entends les voitures passer sur le goudron collant, un lent bruissement des pneus<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14h30&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;je reprends le r\u00e9el de mon ordinateur qui chauffe, il va me falloir trouver un rem\u00e8de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14h45&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;je d\u00e9gouline, je colle, je diffuse de l\u2019huile essentielle de citron<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">15h&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;la chambre sent toujours le bois chauff\u00e9 malgr\u00e9 le ventilateur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">15h15&nbsp;&nbsp;&nbsp;conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec mon aide en informatique, sa voix douce me&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;      &nbsp;r\u00e9conforte et j\u2019apprends\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">15h30&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00e0 mon bureau, fen\u00eatre face \u00e0 la campagne, les feuilles bougent tranquillement on pourrait imaginer la fra\u00eecheur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">15h45&nbsp;&nbsp;&nbsp;il para\u00eet qu\u2019il fera meilleur \u00e0 partir de dimanche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">16h&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;une douche bienvenue<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 Nomadisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Mon bureau aurait besoin d\u2019\u00eatre rang\u00e9. Je veux dire : mis \u00e0 jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a bien un bureau. Une table. Sur cette table, des livres, des cahiers, des notes, des textes d\u2019hier, d\u2019aujourd\u2019hui et de demain. Ils ne bougent pas beaucoup. Ils restent l\u00e0, m\u00eame lorsque je ne les regarde pas. Ils constituent une sorte de r\u00e9serve, parfois ordonn\u00e9e, parfois non, mais globalement stable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019objet le plus mobile est aussi le plus central : mon ordinateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je l\u2019emporte avec moi. Au caf\u00e9, \u00e0 la biblioth\u00e8que, dans les salles d\u2019attente, dans les trams, et ailleurs aussi. \u00c0 chaque d\u00e9placement, le bureau se reconfigure autour de lui sans que les objets eux-m\u00eames n\u2019aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi mon bureau occupe une table, une chaise, un canap\u00e9, parfois un lit, parfois un caf\u00e9, parfois une salle d\u2019attente, parfois le coin d\u2019une biblioth\u00e8que. Il est l\u00e0 o\u00f9 se trouve l\u2019ordinateur ; mais il est aussi l\u00e0 o\u00f9 se trouvent les textes qui l\u2019entourent ; mais il est encore l\u00e0 o\u00f9 se trouve l\u2019attention qui les relie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De temps en temps, je le range. Je rassemble les textes, j\u2019empile les livres. Puis les textes recommencent \u00e0 circuler. Mon bureau reprend peu \u00e0 peu son extension ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il arrive alors que je me demande si le bureau a \u00e9t\u00e9 rang\u00e9 ou simplement d\u00e9plac\u00e9 sans modification notable de son contenu<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Comment va le monde\u00a0? Nous ne transformerons jamais le monde en ne racontant que ce qui l\u2019ab\u00eeme 2 La citrouille\u00a0\u00a0 En regardant ce ventre de citrouille pr\u00eat \u00e0 bondir de la toile de 45X50, j&rsquo;ai la trouille. &nbsp;Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 elle vient. 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