{"id":213279,"date":"2026-07-03T10:52:52","date_gmt":"2026-07-03T08:52:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213279"},"modified":"2026-07-03T10:53:59","modified_gmt":"2026-07-03T08:53:59","slug":"chroniques-00-de-lete-26","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-de-lete-26\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 | de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 26"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213880\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260702_010429-2048x2048.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Muriel Boussarie, juillet 2026<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | slaves<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>How many slaves do they need to run their world&nbsp;? Millions, likely billions, depending on what you mean by slaves<\/em>.<em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>De combien d\u2019esclaves ont-ils besoin pour faire tourner leur monde&nbsp;? <\/em><br><em>Des millions, probablement des milliards, cela d\u00e9pend de ce que vous entendez par esclaves.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Al Baltimore. <em>Before Future<\/em>*.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | fractions de canicule, 25 juin 26<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12:18. l\u00e9ger souffle d&rsquo;air sous l&rsquo;\u00e9paisseur des feuillages \u2013 une corneille tourne au-dessus des bancs comme un rapace \u2013 \u00abIl appr\u00e9ciait beaucoup le vin de Malaga, ce vin lourd, fort en bouche, sirupeux&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 256) \u2013 un jeune homme \u00e0 v\u00e9lo et sa passag\u00e8re, une petite fille blonde au casque ros\u00e9 \u2013 carnets et cahiers empil\u00e9s en d\u00e9sordre dans un rayon <em>en cours de r\u00e9alisation<\/em> \u2013 la file de voitures s&rsquo;allonge rue de Belleville. \u2013 +31\u00b02 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, dans la p\u00e9nombre&nbsp;\u2013 d\u00e9lice d&rsquo;une tasse de th\u00e9 glac\u00e9&nbsp;\u2013 relire p. 251&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] rien de particulier, il \u00e9tait assis \u00e0 la table des quatre hommes, parlait, commandait du vin, trinquait, s&rsquo;adossait \u00e0 son si\u00e8ge, bref, ne faisait rien qui puisse justifier cet effroi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, <em>the general rigor <\/em>[&#8230;]&nbsp;\u00bb \u2013 des stries de lumi\u00e8re \u00e0 travers les volets dont la peinture s&rsquo;\u00e9caille \u2013 &nbsp;les fils des chargeurs emm\u00eal\u00e9s sur la table \u2013 sur l\u2019\u00e9cran Oph\u00e9lie flotte bri\u00e8vement au milieu des fleurs&nbsp;\u2013 &nbsp;oui &nbsp;c\u2019est bien <em>scandaleusement simple<\/em> et <em>scandaleusement exigeant&nbsp;<\/em>\u2013&nbsp;cherchant le nom d&rsquo;une \u00eele \u2013 comment garder la t\u00eate froide quand le monde br\u00fble ? \u2013 une fen\u00eatre claque \u2013 +31\u00b05 volets clos, tout est ralenti \u2013&nbsp;un miaulement rauque, un seul \u2013 je raccroche avec la perspective d\u2019aller me rafra\u00eechir au cin\u00e9ma ce soir (\u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 sonne mon alarme des 15 minutes) \u2013 rechercher le passage o\u00f9 il est question d&rsquo;\u00e9crire avec ses ongles pour graver les choses dans l\u2019imaginaire du lecteur&nbsp;\u2013&nbsp;les sanglots d&rsquo;une enfant&nbsp;\u2013&nbsp;fa\u00e7ade ouest, les stores jaunes baiss\u00e9s \u2013 \u00ab&nbsp;c&rsquo;\u00e9tait comme si l&rsquo;auteur, expliqua Korim, et ce n&rsquo;\u00e9tait pas une image, s&rsquo;\u00e9tait servi en guise de stylo et de mots, de ses ongles&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 234) \u2013 +31\u00b08 mon cerveau a fondu, les pens\u00e9es s&rsquo;\u00e9tiolent et tournent en boucle \u2013 r\u00eaver de grand Nord, de neige souffl\u00e9e, de cristaux de glace, il est 18:18.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 | plonger dans son regard noir<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;<em>car au fond je sais ce que la Charmeuse r\u00e9clame de moi&nbsp;: de ses yeux fixes elle me demande de tourner mon regard \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et de braver mes d\u00e9mons obscurs<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand j\u2019ai cru que je ne pourrais pas voir l\u2019exposition d\u2019Henri Rousseau, j\u2019ai ressenti quelque chose de plus secret, plus discret, plus profond qu\u2019une d\u00e9ception ordinaire, une sorte de tristesse d\u2019enfance ressurgie. Je ne savais pas que j\u2019avais tant envie de replonger dans les for\u00eats d\u2019Henri Rousseau (que je m\u2019applique \u00e0 ne plus appeler le <em>douanier<\/em> Rousseau). Durant mes ann\u00e9es \u00e9tudiantes, j\u2019avais un poster de la <em>Charmeuse de serpents<\/em> mais je n\u2019arrive plus \u00e0 savoir dans quelle chambre, coloc ou studio je l\u2019avais affich\u00e9. J\u2019ai besoin d\u2019un mur pour accrocher mon souvenir mais je ne le trouve pas. Par \u00e9limination, je me dis que c\u2019\u00e9tait surement dans le petit appartement de l\u2019<em>avenue Guy de Maupassant<\/em> que la <em>Charmeuse<\/em> m\u2019a accompagn\u00e9e durant deux ou trois ann\u00e9es \u00e9tranges. Avant de voir le tableau lui-m\u00eame (puisque j\u2019ai finalement pu r\u00e9server un cr\u00e9neau de visite), je regarde des images sur internet en essayant, sans y parvenir, de capter ce qui me fascinait dans cette peinture. Je retrouve un peu la sensation mais pas d\u2019explication imm\u00e9diate. Il faut creuser. Franchir la luminosit\u00e9 des sansevieria au premier plan et creuser dans l\u2019ombre des feuilles d\u2019o\u00f9 jaillissent les serpents, creuser dans l\u2019ombre du corps puissant et affronter ses deux yeux noirs. En r\u00e9alit\u00e9 on pourrait ne regarder que ses deux yeux-l\u00e0 si on \u00e9tait capable de les fixer assez longtemps. Mais combien de temps peut-on fixer les yeux de quelqu\u2019un\u00b7e&nbsp;? Combien de temps peut-on fixer le regard d\u2019une charmeuse de serpents&nbsp;? Faut-il essayer de soutenir son regard ou plut\u00f4t laisser son attention flotter, s\u2019obscurcir dans la superposition des feuilles, dans l\u2019ambiance hypnotique de la toile&nbsp;? car au fond je sais ce que la Charmeuse r\u00e9clame de moi&nbsp;: de ses yeux fixes elle me demande de tourner mon regard \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et de braver mes d\u00e9mons obscurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | sur ma table de travail<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur <em>ma table de travail<\/em>, ces jours-ci&nbsp;: un ordi (mon vieux Dell qui marche encore suffisamment bien), un carnet noir avec \u00e9crit en blanc 07\/25 (mon journal de bord), un cahier fin o\u00f9 est inscrit <em>Soudain le B\u0153uf <\/em>(le carnet du chapitre en cours d\u2019\u00e9criture), un cahier A4 bistre \u00e0 bande rouge verticale sur lequel est dessin\u00e9 un grand <em>K.<\/em> (le nom de code de mon livre, initiale de sa ville principale) o\u00f9 je note les \u00e9l\u00e9ments relatifs \u00e0 l\u2019ensemble du livre, une trousse (contenant deux crayons de papier, un taille crayon, trois petits stabilos (rose, bleu, jaune), une gomme, un stylo plume bleu noir, une cartouche d\u2019encre, des \u00e9couteurs filaires), ma liseuse (avec les Chroniques de Clarice Lispector) et trois livres : <em>Guerre et Guerre<\/em> de L\u00e1szl\u00f3 Krasznahorkai que je termine, <em>Le certezze del dubbio<\/em> de Goliarda Sapienza que je lis plus lentement et Kawari Kabuto de Marie-C\u00e9line Cortier, un livre sur les casques des samoura\u00ef que j\u2019ai pris avant-hier sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re de partage que notre gardienne a install\u00e9e dans l\u2019entr\u00e9e de l\u2019immeuble. Il y a aussi mon casque audio, son chargeur, une carte de la Norv\u00e8ge, une gourde, cinq pierres de lave rugueuses, trou\u00e9es de petites cavit\u00e9s, et une coupe remplie de kiwis car <em>ma<\/em> <em>table de travail<\/em> est aussi la table o\u00f9 l\u2019on mange, une table en ch\u00e2taignier des arri\u00e8re-grands-parents corses que je n\u2019ai pas connus, table ronde agrandie par une rallonge centrale, ce qui implique chaque soir de retirer ordi, cahiers, carnets, crayons et objets compagnons pour y disposer assiettes, couverts, verres, bouteilles et de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019op\u00e9ration inverse une fois le d\u00eener termin\u00e9. Ces all\u00e9es et venues ne me d\u00e9rangent pas, au contraire, elles m\u2019obligent \u00e0 ne pas trop accumuler d\u2019objets autour de moi et \u00e0 nettoyer quotidiennement mon espace de travail. Si j\u2019ai choisi cette installation provisoire, c\u2019est pour la fen\u00eatre proche, pour la trou\u00e9e miraculeuse entre deux immeubles qui s\u2019ouvre sur de grands arbres, un jardin, des chemin\u00e9es et le ciel changeant de Paris, c\u2019est pour une impression de continuum int\u00e9rieur-ext\u00e9rieur qui \u00e9largit mon espace mental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\" style=\"font-size:13px\">*autrice hypoth\u00e9tique, Al Baltimore pourrait en effet \u00e9crire un roman intitul\u00e9 <em>Before Future<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>How many slaves do they need to run their world ? 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