{"id":213292,"date":"2026-07-04T17:17:36","date_gmt":"2026-07-04T15:17:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213292"},"modified":"2026-07-24T16:14:12","modified_gmt":"2026-07-24T14:14:12","slug":"chroniques-00-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-2\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 | Juste ce qu&rsquo;il faut de fra\u00eecheur \u00e0 des enfants sur une plage"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted has-blue-color has-text-color\">Codicille : 5900 caract\u00e8res,  pour moi qui \u00e9crit dense, s'apparente \u00e0 une crise du logement sous 40 degr\u00e9s. Aussi, je bricole : ce qui est en gras compte dans le d\u00e9compte, le reste non. En une semaine, mieux vaut tailler un baobab que faire pousser un bonza\u00ef, non ? Finalement, en ne prenant en compte que les passages graiss\u00e9s me voil\u00e0 \u00e0 8500. <\/pre>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1| Comment va le monde, monsieur ? (Brise et gonds)<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est <a href=\"https:\/\/xaviergeorgin.fr\/\">Xavier Georgin<\/a> qui m\u2019a signal\u00e9 le <em>Dalloway Day<\/em>, l\u2019an pass\u00e9. Il partait du principe que j\u2019\u00e9tais au courant. Je ne l\u2019\u00e9tais pas. Pour un peu, il ne m\u2019en aurait pas parl\u00e9. Mrs Dalloway a cent ans cette ann\u00e9e, m\u2019a-t-il dit, ou quelque chose d\u2019approchant. La vie culturelle tourne autour des comm\u00e9morations comme le soleil autour de la terre avant Galil\u00e9e. Voil\u00e0 ce que j\u2019aurais voulu lui r\u00e9pondre, mais il avait d\u00e9j\u00e0 encha\u00een\u00e9 en pr\u00e9cisant que nous \u00e9tions dans les parages du Dalloway Day. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle va acheter les fleurs elle-m\u00eame un 13 juin 1923. <em>Mrs Dalloway<\/em> a cent ans&nbsp;? Je m\u2019en fiche comme d\u2019une guigne : Clarissa, elle, a pour toujours la cinquantaine. Elle re\u00e7oit le treize juin pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. J\u2019ai laiss\u00e9 Xavier sur cette petite place o\u00f9 nous aimons \u00e0 nous retrouver pour boire du caf\u00e9 et parler des livres, et j\u2019ai fil\u00e9 Gare du Nord. Pendant le voyage, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que j\u2019avais sem\u00e9 des <em>Mrs Dalloway<\/em> (en version originale et dans trois traductions), dans les diff\u00e9rents lieux qui m\u2019abritent depuis vingt ans. Pas un encore dans ma derni\u00e8re biblioth\u00e8que. En sortant de la gare, j\u2019ai fonc\u00e9 froncer le nez \u00e0 la librairie, en chatte anglaise chipotant avec son ronron. Pas de VO en rayon, et une version fran\u00e7aise sans \u00e9clat, selon moi (<em>Suis-je snob&nbsp;?<\/em> pourrais-je me demander \u00e0 la mani\u00e8re de Virginia). Mais l\u2019urgence \u00e9tait si grande de faire tenir le livre dans les 24 h du <em>Dalloway Day<\/em>, que je l\u2019ai achet\u00e9 sans tarder, sans non plus trouver dans ce volume impos\u00e9 pr\u00e9texte \u00e0 remettre, \u00e0 renoncer, \u00e0 me d\u00e9gonfler et j\u2019ai commenc\u00e9 dans la rue, comme, avec le pain, on attaque le quignon sur le chemin de la maison.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8f761849 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mrs Dalloway dit qu\u2019elle ach\u00e8terait les fleurs elle-m\u00eame. Car Lucy avait d\u00e9j\u00e0 bien assez \u00e0 faire, les portes devaient \u00eatre sorties de leurs gonds, les gar\u00e7ons de Rumpelmayer seraient l\u00e0 d\u2019une minute \u00e0 l\u2019autre. Et puis quelle matin\u00e9e ! se dit Clarissa Dalloway, juste ce qu\u2019il faut de fra\u00eecheur \u00e0 des enfants sur une plage.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D\u00e8s la troisi\u00e8me phrase, les portes sortent de leurs gonds. Tout est grand ouvert et je me tiens sur le seuil du courant d\u2019air, avec la jeune Clarissa, les vieilles m\u00e9g\u00e8res ivrognes et ce voisin qui la regarde sans qu\u2019elle le sache (\u00e0 moins que\u2026). Cette fra\u00eecheur est bien enviable cette ann\u00e9e. Celle du matin de Londres, celle de la brise du bord de mer dont le souvenir s\u2019invite dans les rideaux \u00e0 peine le pr\u00e9sent install\u00e9, quand je dois ruser pour ne pas m\u2019endormir en lisant dans ma chambre aux volets clos. Mais la fra\u00eecheur qui fait le plus d\u00e9faut dans cette canicule de juin, c\u2019est celle de la parole phatique qui pouvait lier simplement ensemble la pluie et le beau temps sans que la politique s\u2019invite dans ces modestes rencontres d\u2019ascenseurs, de transports en commun, de queues dans les magasins. Un auteur que j\u2019estime a banni de son entourage virtuel quiconque \u00e9voquait d\u2019autres juins torrides. Il ne peut voir l\u00e0 que minimisation ou m\u00e9pris de la chronique d\u2019une mort climatique d\u00e8s longtemps annonc\u00e9e. Il est pourtant bien humain de se ressouvenir de ce qui ne nous a pas tu\u00e9s. Cette \u00e9vocation sans catastrophe ne nie pas la catastrophe, mais la remet, puisqu\u2019elle sera toujours l\u00e0 demain et d\u2019ici l\u00e0, au moins, nous permet d\u2019\u00e9changer quelques paroles, un souffle d\u2019air. Nous pourrions par culpabilit\u00e9 nous en emp\u00eacher. Les fleurs de Clarissa, non plus que sa r\u00e9ception ne ram\u00e8nent \u00e0 la vie l\u2019enfant de Lady Bexborough. Elles ne le tuent pas non plus. Comme Socrate joue de la fl\u00fbte, je relis <em>Mrs Dalloway<\/em>, c\u2019est ainsi que va le monde, la vie, Londres, ce moment de juin.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2| R\u00e9el, r\u00e9el, r\u00e9el (By the flower herself)<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"527\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170330-1024x527.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213297\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170330-1024x527.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170330-420x216.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170330-768x395.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170330-1536x790.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170330-2048x1054.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"694\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-694x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213296\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-694x1024.jpg 694w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-284x420.jpg 284w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-768x1134.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-1040x1536.jpg 1040w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-1387x2048.jpg 1387w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260628_170338-scaled.jpg 1734w\" sizes=\"auto, (max-width: 694px) 100vw, 694px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10h. Restes du rosier Ronsard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11h. Lauriers roses roses<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12h. M\u00fbres et une framboise<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13h. Par les racines jaunes, orange et violettes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14h. L&rsquo;acanthe et Len\u00f4tre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">15h. Des fleurs fan\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3| Voir pour croire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Toute une brocante, litt\u00e9ralement de briques et de brocs, avait \u00e9t\u00e9 entass\u00e9e dans la salle commune. Une \u00e9crivaine, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom \u00e9tait l\u00e0 pour mettre en prose la rencontre avec les r\u00e9sidentes. Il y avait si peu d\u2019hommes que je ne pourrais pas jurer qu\u2019il y en ait eu un seul. Les objets anciens \u00e9taient l\u00e0 pour faire parler, mais les vieilles langues fatigu\u00e9es dans la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi ne se d\u00e9liaient pas facilement. Les regards n\u2019\u00e9taient pas tendres sur les objets obsol\u00e8tes, caboss\u00e9s, ternes. J\u2019avais une heure devant moi pour mesurer mon erreur, finalement toujours la m\u00eame&nbsp;: pr\u00e9sumer des autres par moi-m\u00eame. Mon grand-p\u00e8re, brocanteur amateur, collectionneur de cartes postales anciennes d\u00e9taillant sous tous les angles les lieux de son enfance et, apr\u00e8s une pause parisienne, de sa vie enti\u00e8re, l\u2019illustre Marcel, incollable sur le pourquoi du parce que de la moindre borne, conteur de chaque vieux pot, m\u2019avait donn\u00e9 \u00e0 croire que tous les vieux des villages partageaient cette gloire sans nostalgie de se souvenir. J\u2019avais tort et ce que j\u2019avais pens\u00e9 comme un tr\u00e9sor de guerre n\u2019\u00e9tait pour l\u2019heure qu\u2019un m\u00e9chant miroir. Je m\u2019\u00e9tais tromp\u00e9e d\u2019\u00e9poque. Nombre des r\u00e9sidentes, comme ma grand-m\u00e8re, aimaient le neuf, le pratique, ces choses qui avaient v\u00e9ritablement chang\u00e9 leur quotidien, sinon leur vie. Ce qui a r\u00e9volutionn\u00e9 la vie des femmes, ce n\u2019est pas la pilule, affirmait ma grand-m\u00e8re, c\u2019est le lave-linge. Et Jeanne pr\u00e9f\u00e9rait les Tupperwares aux fa\u00efences de Marcel, qu\u2019elle conservait pourtant \u00e0 port\u00e9e de la main. Je regarde les visages des femmes qui m\u2019environnent. Il y a entre elles toutes jusqu\u2019\u00e0 trente ans de diff\u00e9rence. En comptant les soignantes, on ouvre facilement un demi-si\u00e8cle. Quel \u00e9trange b\u00e9guinage&nbsp;! Je laisse le temps au temps, d\u00e9sesp\u00e9rant toujours de ma m\u00e9prise, de cette cruaut\u00e9 involontaire, de ce manque d\u2019\u00e0-propos, alors m\u00eame que je venais pour faire causer. Je peux dire quelque chose&nbsp;? demande une voix claire. C\u2019est une des plus jeunes r\u00e9sidentes, je lui donne \u00e0 peine soixante ans. Elle est en pantalon, avec un beau chemisier tr\u00e8s color\u00e9. Je voudrais parler de ce tableau. Devant mon air perplexe, elle d\u00e9signe un grand cadre haut perch\u00e9 contenant un canevas. La broderie repr\u00e9sente une sc\u00e8ne d\u2019int\u00e9rieur. Une cuisine ancienne, un \u00e2tre o\u00f9 pend un chaudron, deux chiens couch\u00e9s devant\u2026 Quel beau tableau&nbsp;! Les chiens ont l\u2019air si tranquilles, on voit qu\u2019il fait bon vivre l\u00e0. Son visage est tout cuivr\u00e9 d\u2019enthousiasme. Le mot veut dire \u00ab&nbsp;avoir le dieu en soi&nbsp;\u00bb et, v\u00e9ritablement, elle porte en elle le <em>genii loci <\/em>de cette cuisine. Je regarde le canevas moche aux couleurs \u00e0 la fois criardes et pass\u00e9es. Moi, je n\u2019y vois rien d\u2019autre qu\u2019une faible \u00e9vocation de Greuze et le souvenir des broderies de ma m\u00e8re, qui mettait un point d\u2019honneur \u00e0 trouver de <em>beaux mod\u00e8les<\/em> <em>modernes<\/em>. Je retourne aux yeux brillants de la femme habit\u00e9 par le petit <em>Lar familiaris<\/em>. Je consid\u00e8re \u00e0 nouveau le canevas et toute la salle est prise, comme moi, dans ce va et vient. Comment voir ce qu\u2019elle voit&nbsp;? La femme s\u2019enhardit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils ont de la chance, les propri\u00e9taires de cette broderie, de pouvoir la contempler chaque jour&nbsp;\u00bb. Je l\u2019envie, moi, de voir, comme j\u2019envie d\u2019autres de croire. Cette broderie a \u00e9t\u00e9 mise au rebut par ses propri\u00e9taires, mais cette d\u00e9ch\u00e9ance dispara\u00eet sous son regard. Je ne peux pas voir ce qu\u2019elle voit, mais je peux voir qu\u2019elle voit quelque chose qui la rend profond\u00e9ment heureuse. Je pense \u00e0 Bergotte mourant devant le <em>petit pan de mur jaune<\/em>. Je me demande ce qu\u2019une femme si vive et si jeune fabrique dans une maison de retraite. Le soleil de l\u2019\u00e9t\u00e9 se fait tr\u00e8s doux dans la salle. Je ne sais plus ce qui s\u2019est dit d\u2019autre \u00e0 sa suite, mais beaucoup ont pris la parole. L\u2019\u00e9crivaine a \u00e9crit un texte que nous avons lu le lendemain, dans le bric-\u00e0-brac d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 sous la halle du village. Quand nous en avons fini, j\u2019ai achet\u00e9 au brocanteur le <em>beau tableau<\/em> pour qu\u2019il soit remis \u00e0 cette femme qui le comprend. J\u2019imagine qu\u2019elle l\u2019aura laiss\u00e9 dans la salle commune plut\u00f4t que dans sa chambre. J\u2019imagine qu\u2019elle n\u2019en aura jamais \u00e9puis\u00e9 la joie et qu\u2019au jour de sa mort, elle aura su s\u2019endormir devant l\u2019\u00e2tre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| La table <em>\u00e0 la jaille<\/em><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Vivre enfin dans l\u2019habitat dont vous r\u00eavez !<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La phrase est rest\u00e9e d\u2019une publicit\u00e9 \u00ab locale \u00bb des vingt minutes comprises dans notre ticket de cin\u00e9ma. Nul besoin d\u2019\u00eatre une conteuse exp\u00e9riment\u00e9e pour entendre, derri\u00e8re le slogan, la voix du Malin. Quoi de plus dangereux que de voir un r\u00eave prendre corps ? Par dangereux, je veux dire st\u00e9rilisant : mon diable n\u2019est pas un ambianceur romantique, son rouge n\u2019est pas l\u00e0 pour mettre un peu de piment dans nos mi\u00e8vres existences, il br\u00fblera tout, tout jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os, jusqu\u2019\u00e0 ce que plus rien jamais ne pousse. Ainsi, prenons pour exemple la table de travail id\u00e9ale. Je la dessine sur mon cahier sans lever le stylo. Elle est parfaitement vide, dans une pi\u00e8ce vide. Au milieu du rectangle immacul\u00e9, le manuscrit imprim\u00e9 pour relecture trace la seule fen\u00eatre sur l\u2019ext\u00e9rieur, celle o\u00f9 passera l\u2019oracle de mon avenir litt\u00e9raire. Le signe s\u2019en d\u00e9gagera des 140 501 caract\u00e8res. Tout semblant de vie ayant \u00e9t\u00e9 effac\u00e9, pourrais-je seulement tol\u00e9rer que ma grossi\u00e8re enveloppe soit assise sur le design, d\u2019un seul trait, de la chaise ? Et ma voix, dans cet espace o\u00f9 rien ne lui fera obstacle ni accueil, ma voix haute dans cette acoustique parfaitement s\u00e8che, comment en supporter la nudit\u00e9 \u00e0 chaque page relue ? Faudra-t-il accepter qu\u2019une pens\u00e9e incolore, m\u00e9diocre, informe, un avorton de phrase, vienne souiller le blanc mat des murs, quand ils r\u00e9clament de grandes gerbes rutilantes, des feux d\u2019artifice, des vagues bleues hautes de plusieurs \u00e9tages ? Dans un lointain \u00e9cho, me revient la phrase de Sylvie Joli : \u00ab Rien, un lys blanc pos\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol \u00bb. Rien ne s\u2019\u00e9crira sur cette table-l\u00e0, c\u2019est une table \u00e0 renoncer, on s\u2019y assied avec les fers aux pieds.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"780\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/DU_pzoPV-1024x780.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213970\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/DU_pzoPV-1024x780.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/DU_pzoPV-420x320.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/DU_pzoPV-768x585.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/DU_pzoPV-1536x1169.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/DU_pzoPV.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019en dessine une autre. Le manuscrit, c\u2019est bien beau, mais pas de relecture sans stylo. L\u2019\u00e9crivaine en papier, c\u2019est bien sur le papier, mais au stade o\u00f9 j\u2019en suis, tout se r\u00e9\u00e9crit dans le format livre, avec son fichier bien rang\u00e9. Sur la table il y a aussi le PC, le vieux PC reconditionn\u00e9 qui ne se la raconte pas, mais sauvegarde fid\u00e8lement. Il est moins autonome que mon grand-p\u00e8re, \u00e0 qui on vient de changer les batteries, mais il est bien contenant et sa lenteur me ram\u00e8ne \u00e0 la mesure de la phrase, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une pens\u00e9e qui est un processus plus qu\u2019un r\u00e9sultat. Il se transporte mal, avec son poids et la chaleur\u2026 Il est viss\u00e9 \u00e0 la table de travail, tandis que le carnet dessin\u00e9, \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, est de toutes les sorties\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"626\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/rOPvS1wl-1024x626.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213972\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/rOPvS1wl-1024x626.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/rOPvS1wl-420x257.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/rOPvS1wl-768x470.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/rOPvS1wl-1536x939.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/rOPvS1wl.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8f761849 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En voyant, mon dessin, tu dis : \u00ab Aaaaah, ce sont des tables ! Je les avais prises pour des maisons ! \u00bb. Et comme tu as raison. Il y a l\u00e0, que je n\u2019ai pas encore dessin\u00e9, un petit cendrier <em>Schweppes<\/em> de la premi\u00e8re heure. Je l\u2019ai toujours vu, aussi n\u2019ai-je pas besoin de le voir pour savoir qu\u2019au fond, une pagode bleue est peinte sur la porcelaine blanche. Trois minuscules mandarins se suivent sur un pont dit \u00ab arc en ciel \u00bb, sous la dynastie des Song. Il enjambe une rivi\u00e8re invisible dans les r\u00e9serves de blanc, qui pourrait tout aussi bien s\u2019av\u00e9rer un ravin et la petite \u00eele qu\u2019on distingue au loin flotte peut-\u00eatre dans les nuages\u2026 Pourquoi au-dessous de toute cette Chine est-il inscrit <em>Indian Tonic<\/em> ? Je me le demande chaque fois que mon \u0153il fr\u00f4le les belles \u00e9critures myst\u00e9rieuses, sans trop vouloir conna\u00eetre la r\u00e9ponse. Et ainsi <em>Schweppes <\/em>est encore un bruit. Il confond le d\u00e9capsuleur et la voix de ma grand-m\u00e8re derri\u00e8re le comptoir qui des centaines de fois redit le nom. <em>Schweppes<\/em>, l\u2019anglais est un luxe alors, un avion de l\u2019U.S Air Force traversant le ciel au-dessus du Bourget, tandis qu\u2019elle l\u00e8ve la t\u00eate pour embrasser les pilotes si grands. L\u2019anglais est une \u00e9norme chenille de multinationale o\u00f9 elle sert le th\u00e9 au grand patron\u2026 Elle ne le parlera jamais, \u00e0 part <em>Shweppes<\/em> et Churchill\u2026 Il faut que je me remettre \u00e0 \u00e9crire, mais le cendrier est plein de brimborions, de bobines qui ont l\u2019air de me faire perdre le fil, de vieilles cl\u00e9s qui ouvrent autre chose que des portes, ou peut-\u00eatre seulement celles que je dessine sur le mur du bureau, sinon quoi ? Et je pense alors aux pots de moutarde de Paul-Louis Rossi qui est mort. \u00c0 ces choses de rien qui resteront davantage de nous que l\u2019\u0153uvre, que ce que nous tenons pour important. \u00c0 ce qu\u2019il appelle \u00e0 <em>mettre \u00e0 la jaille<\/em>. <br>Je crois qu\u2019il ment aussi, Rossi. Que cette jaille, il l\u2019aimait malgr\u00e9 lui, comme on finit par aimer ce qui jaillit, parce que le mouvement nous \u00e9chappe et vaut mieux que nous dans ce qui, sur la table, s\u2019\u00e9crit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Comme j\u2019aimerais perdre cette m\u00e9moire, les riens que j\u2019ai accumul\u00e9s. Mettre \u00e0 la jaille comme on dit par ici. C\u2019est le jaillet : jaillir, jeter, lancer loin de soi. Nous avions longuement d\u00e9paquet\u00e9 les journaux, des piles de magazines, des bo\u00eetes remplies d\u2019allumettes br\u00fbl\u00e9es, morceaux de tissus serr\u00e9s \u00e9pingl\u00e9s de toutes parts, les aiguilles soigneusement rang\u00e9es dans des papiers de soie dissimul\u00e9s au fond des tiroirs.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 | Une liste qui n&rsquo;en ait pas l&rsquo;air<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelles sont les choses que nous ne connaissons que par le livre ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Merci \u00e0 Augustin pour cette inspiration)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au milieu du rectangle immacul\u00e9, le manuscrit imprim\u00e9 pour relecture trace la seule fen\u00eatre sur l\u2019ext\u00e9rieur, celle o\u00f9 passera l\u2019oracle de mon avenir litt\u00e9raire. Le signe s\u2019en d\u00e9gagera des 140 501 caract\u00e8res. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #00 | Juste ce qu&rsquo;il faut de fra\u00eecheur \u00e0 des enfants sur une plage<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":213972,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8107,1],"tags":[],"class_list":["post-213292","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-00-le-prologue","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213292","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213292"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213292\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":216875,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213292\/revisions\/216875"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/213972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213292"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213292"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213292"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}