{"id":213394,"date":"2026-06-29T12:32:33","date_gmt":"2026-06-29T10:32:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213394"},"modified":"2026-06-29T12:36:08","modified_gmt":"2026-06-29T10:36:08","slug":"chroniques-00-prologue-caniculaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-prologue-caniculaire\/","title":{"rendered":"# \u00e9t\u00e9 2026 chroniques # 00 | prologue ( caniculaire)"},"content":{"rendered":"\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>monde<\/strong>                                                                                                                                                        <\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, c&rsquo;est le monde \u00e0 l&rsquo;envers?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Inside out<\/em>, r\u00e9pond JR<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2. degr\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un catalpa exub\u00e9rant fait exploser le parfum capiteux de ses fleurs blanches contre le b\u00e2timent. Locataires trop las pour capter l\u2019ivresse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J. passe \u00e0 la caisse du supermarch\u00e9, juste devant moi. Pas vue depuis plus d\u2019un an. On se croisait dans les bois. Elle raconte que deux hommes ont failli se battre pour acheter le dernier ventilateur.  Attitude comme au d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.\u00a0 Avant, elle promenait en for\u00eat sa chienne Chipa, une petite b\u00e2tarde affectueuse qui divaguait souvent, affol\u00e9e par les odeurs sauvages. Chipa est morte. Tu comprends, c\u2019est comme pour les humains, il faut bien accepter la mort des animaux de compagnie. L\u2019actuelle ne veut m\u00eame plus sortir. Un peu comme moi. Je fais les courses mais c\u2019est un pr\u00e9texte pour profiter de la climatisation. Apr\u00e8s, je rentre vite, pour rafraichir l\u2019actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les perruches vertes ont disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le parking couvert, les travaux ont commenc\u00e9&nbsp;: pose d\u2019un flocage coupe-feu suite \u00e0 l\u2019incendie de l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. On projette sous pression sur de nouvelles structures un rev\u00eatement p\u00e2teux. Application fastidieuse&nbsp;: 33 degr\u00e9s, un peu moins qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Dans une trav\u00e9e, l\u2019homme est debout sur un \u00e9chafaudage, v\u00e9rifiant les supports avant de s\u2019attaquer au flocage. Fin de matin\u00e9e, il est seul et chante. Pas de radio mais sa voix laisse sourdre une m\u00e9lop\u00e9e lente, d\u2019une grande beaut\u00e9.&nbsp; Je passe sur le c\u00f4t\u00e9, doucement, pour ne pas le d\u00e9ranger. Il sourit, les mains pleines d\u2019argile. L\u2019enfer recule devant l\u2019homme de l\u2019\u00e9chafaudage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Transilien. Souffle le chaud \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et le froid dedans. Le conducteur donne le temps du trajet, annonce que les rails tiennent et que tout va bien pour l\u2019instant.<br><br>M\u00e9tro&nbsp;: un secouriste bard\u00e9 d\u2019un gilet orange \u00e9ponge son front en sueur&nbsp;; en mission sur le quai, il n\u2019ose pas s\u2019asseoir. Si \u00e7a continue, il va faire un malaise dit une dame compatissante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Square tant de fois savour\u00e9. Mais pour l\u2019heure, fuir l\u2019assaut br\u00fblant. Rejoindre la petite table ronde du vieux caf\u00e9 Panis et faire avec l\u2019ami un tour d\u2019horizon des vies charg\u00e9es. Carafe d\u2019eau glac\u00e9e, brise insolite dans le ciel de plomb et nous nous reverrons plus tard. Je passe par la grosse chaleur r\u00e9verb\u00e9r\u00e9e du parvis et coupe la file de touristes qui hissent au-dessus des t\u00eates leurs parapluies. Sto\u00efques, les visiteurs se fondent dans l\u2019attente, au bout de laquelle se trouve la r\u00e9compense&nbsp;: immersion dans la cath\u00e9drale rescap\u00e9e des flammes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tant qu\u2019\u00e0 \u00eatre dans la fournaise&nbsp;: marcher le long de la Seine en grapillant les morceaux d\u2019ombre collante. Palissades s\u00e8ches du Quai des Orf\u00e8vres, une femme d\u00e9goulinante cherche un escalier de pierre pour descendre. Statue d\u2019Henri IV et peu apr\u00e8s, la caverne hiss\u00e9e en plein brasier&nbsp;; le vieux pont neuf est envelopp\u00e9 d\u2019une chape montagneuse en noir, gris et blanc. Masse gonfl\u00e9e, fix\u00e9e aux piles&nbsp;: le r\u00eave de JR apr\u00e8s celui de Cristo. Boyau artistique fait pour \u00eatre travers\u00e9. Nos silhouettes&nbsp;: happ\u00e9es. &nbsp;Elles se d\u00e9placent comme autant de simulacres dans l\u2019ombre factice du tunnel de r\u00eave et de tissu synth\u00e9tique. Poches lat\u00e9rales&nbsp;: on scanne un QR code pour d\u00e9clencher une danse de fant\u00f4mes, les variations d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e qui me laissent \u00e9trang\u00e8re. Je ne graverai pas dans la roche illusoire ce qui m\u2019a conduite l\u00e0 (si je le faisais, les reliefs se d\u00e9gonfleraient, se videraient de leur sens) mais je le fais ici. La cascade sonore de Bangalter nous transforme en grains de conscience&nbsp;: le ruissellement de la pierre r\u00e9fl\u00e9chit l\u2019espace travers\u00e9 et c\u2019est de l\u00e0 que ressurgissent les \u00e9l\u00e8ves de la cinqui\u00e8me 93 venus dans l\u2019auditorium pour une nouvelle cr\u00e9atio. Leurs visages&nbsp;: JR les a fait imprimer sur les tee-shirts qu\u2019ils portent et aussi en grand autour d\u2019eux \u2014 toiles de fond. Ce jour-l\u00e0 JR se faufile sur le plateau, tellement attentif aux \u00e9l\u00e8ves. Il en faudrait beaucoup, des profs comme toi. Sourire. Erreur&nbsp;: ce n\u2019est pas un prof.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin du tunnel, un agent brumise les sortants. Suite \u00e9ventuelle du parcours&nbsp;: rez-de-chauss\u00e9e de la Samaritaine. Climatis\u00e9. Mise en sc\u00e8ne de la vente des <em>goodies<\/em> et autres souvenirs. Commerce. D\u00e9ception. Mais non, expliquent les documents annexes : &nbsp;avec les b\u00e9n\u00e9fices, JR lancera de nouveaux projets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retour. 37 degr\u00e9s. Comptine en t\u00eate&nbsp;: <em>la samaritaine- taine-taine passe \u00e0 la fontaine-taine-taine\/ Va chercher de l\u2019eau-eau-eau \/ dans son petit seau-seau-seau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3. extraction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Panorama br\u00fblant. Les images d\u00e9filent \u2014 grand ch\u00eane de Th\u00e9odore Rousseau, autoportrait de Rembrandt graveur pr\u00e8s de la fen\u00eatre, femmes dans le tramway de Steinlen. Montagne de Shi Tao. &nbsp;Faire halte dans le vertige. Coup de tonnerre au lointain&nbsp;: pluie d\u2019orage esp\u00e9r\u00e9e&nbsp;? La roue aux images s\u2019immobilise&nbsp;: le tableau est sombre, il lui faut de l\u2019espace pour apparaitre dans la fi\u00e8vre du jour. Le paysage se reconstitue, pr\u00e9levant ce qu\u2019il est \u00e0 travers une nuit mate. Pont des arts, peint par Nicolas de Sta\u00ebl, un an avant son suicide. Ciel bleu nuit, arches bleut\u00e9es elles aussi&nbsp;: cavit\u00e9s des orbites laissant s\u2019exprimer en grisaille le fleuve \u00e9pais des mots. Les masses noires des monuments sculpt\u00e9s dans la mati\u00e8re nocturne sont embusqu\u00e9s de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, et d\u00e9pass\u00e9s par la blancheur des tours qui s\u2019infiltre sous les aisselles du pont des arts. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019\u00e0 la fraiche on se blottit, faisant corps avec les aplats de la correspondance entre le po\u00e8te et le peintre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4. initiales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arpentage de la table de travail, c\u2019est tout le temps\u00a0: \u00e9crit en long, en large, en travers. Un livre en devenir\u00a0:  tout au bord, avec les derni\u00e8res questions qui retardent le d\u00e9barquement\u00a0: supprimer le trop-plein, le trop intime\u00a0? Et s\u2019il ne s\u2019agissait ni du trop-plein ni du trop-intime mais de l\u2019\u00e9criture-m\u00eame qui fore ses acc\u00e8s et s\u2019impose, malgr\u00e9 toutes les r\u00e9serves. La laisser faire dans le silence. S\u2019\u00e9loigner pour( mieux) revenir. Dans l\u2019attente, se poster \u00e0 un autre endroit et provoquer un autre texte. Cette fois, il frappe \u00e0 la porte des initiales\u00a0: je le marque je le m\u00e9lange je le mange je le multiplie je le modifie je le murmure je le m\u00eale je (ne) le montre (pas encore). Dans une enveloppe attendent les notes\u00a0: <em>je suis paradoxal, j\u2019aime d\u00e9border<\/em>. Voix grave et faussement nonchalante. Montagne en arri\u00e8re-plan\u00a0: un homme est immobile au-dessus du gouffre sur un pont qui n\u2019est autre qu\u2019un pin couch\u00e9 entre deux parois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors, c&rsquo;est le monde \u00e0 l&rsquo;envers? Inside out, r\u00e9pond JR 2. degr\u00e9s Un catalpa exub\u00e9rant fait exploser le parfum capiteux de ses fleurs blanches contre le b\u00e2timent. Locataires trop las pour capter l\u2019ivresse. J. passe \u00e0 la caisse du supermarch\u00e9, juste devant moi. Pas vue depuis plus d\u2019un an. On se croisait dans les bois. 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