{"id":213405,"date":"2026-07-02T12:26:53","date_gmt":"2026-07-02T10:26:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213405"},"modified":"2026-07-02T14:30:12","modified_gmt":"2026-07-02T12:30:12","slug":"le-livre-comme-fiction-07-effacement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-livre-comme-fiction-07-effacement\/","title":{"rendered":"# Le livre comme fiction # 07 Effacement 08 Renaissance"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas si c&rsquo;est moi qui suis parti ou lui qui a disparu, peut-\u00eatre les deux en m\u00eame temps, il est n\u00e9 l\u00e0, dans les jardins, sa peau de chiffon encore tendre sous la lumi\u00e8re, o\u00f9 les palmiers et les grenadiers gardiens de l&rsquo;obscurit\u00e9 des hommes murmuraient les jours de Guebli sur ses pages encore blanches ; vent br\u00fblant extr\u00eamement sec charg\u00e9 de particules fines annonciateur de temp\u00eates de sable et de poussi\u00e8res opaques d&rsquo;une chaleur intense, ils croissaient, s&rsquo;\u00e9tendaient, devenaient ombres \u00e0 l&rsquo;apog\u00e9e du soleil implacable simplement dans cette lumi\u00e8re incandescente, originelle qui d\u00e9pouille l&rsquo;\u00e2me jusqu&rsquo;\u00e0 la rendre croyante. Ce lieu aime la po\u00e9sie persane, les histoires de livres perdus, de tribus oubli\u00e9es, de l\u00e9gendes. Peu \u00e0 peu des locutions dialectales de nomades sahariens se sont immisc\u00e9es dans les discussions quotidiennes, dans les commentaires de livres religieux sacr\u00e9s, v\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les deux communaut\u00e9s dont un Unique, le Disparu \u00e9crit en jud\u00e9o arabe, toujours lu en arabe \u00e0 partir de l&rsquo;alphabet h\u00e9breux, en h\u00e9breu \u00e0 partir de l&rsquo;alphabet arabe, \u0152uvre compl\u00e9mentaire, imp\u00e9tueuse, difficile d&rsquo;acc\u00e8s qui place la fid\u00e9lit\u00e9 m\u00e9morielle au-dessus de tout, attire par son absence, son myst\u00e8re les chercheurs passionn\u00e9s d&rsquo;histoire, les aventuriers, les escrocs, les militaires, les antiquaires, les th\u00e9ologiens, les professeurs, les marcheurs, les r\u00eaveurs, les po\u00e8tes, tous la cherchent avec ardeur depuis des si\u00e8cles. Ils ne pourraient pas la lire, leurs connaissance sont insuffisantes. On dit que seuls un nombre infinit\u00e9simal de grands \u00e9rudits peuvent l&rsquo;ouvrir, faire des lectures, interpr\u00e9ter pas uniquement les textes sacr\u00e9s aux enluminures sublimes grav\u00e9es sur une mati\u00e8re sp\u00e9ciale papier de chiffon \u00e9pais teint\u00e9 couleur safran qui \u00e9l\u00e9gamment absorbe les encres avec finesse, mais encore les profanes. Il, voyage dans le plus grand des secrets vers Thessalonique Bagdad Alep Alexandrie Salonique Safed Istanbul Ceuta Melilla Oran Tripoli Benghazi Aden Malte Palerme Byzance \u00e0 chaque arr\u00eat des savants l&rsquo;enrichissent par leurs grandes connaissances du savoir, ma\u00eetrise de l&rsquo;art de la miniature, de po\u00e8mes, de trait\u00e9s, de calculs astronomiques, de richesse cabalistique, d&rsquo;odes \u00e0 l&rsquo;amour, de pages infinies de philosophie, th\u00e9ologie, math\u00e9matiques, litt\u00e9rature, controverses, textes \u00e9sot\u00e9riques, mystiques, puret\u00e9 du Soufisme, de la Kabale. Aucun d&rsquo;eux n&rsquo;affirme l&rsquo;avoir vraiment vu ni tenu entre ses mains, ni senti son c\u0153ur battre, les savants se taisent ; Il, est voyageur du temps et de la m\u00e9moire tiss\u00e9s par la trame sans cesse renouvel\u00e9e des \u00e9crits de Saadia Gaon des in\u00e9dits de Ma\u00efmonide de Taqi al-Din Muhammad ibn Maruf de leurs successeurs dans le silence total de ses passages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On sait formellement qu&rsquo;il a appartenu \u00e0 cette petite communaut\u00e9 juive arabe qui n&rsquo;a pas transit\u00e9 par l&rsquo;Espagne des expulsions ni par les ghettos d&rsquo;Europe centrale, ces Juifs l\u00e0, \u00e9taient l\u00e0, dans le d\u00e9sert saharien avant, depuis quand exactement, nul ne le sait vraiment, peut-\u00eatre depuis que ce d\u00e9sert a un nom, peut-\u00eatre depuis la cr\u00e9ation du Verbe. Ils ne parlent pas fran\u00e7ais uniquement arabe et jud\u00e9o arabe sont totalement \u00e9loign\u00e9s de la culture occidentale, ils sont pauvres, tr\u00e8s pauvres, ils sont indig\u00e8nes, ils habitent le mellah, ils ne renient aucun de leurs anc\u00eatres nomades, ils sont les purs enfants de la mystique, de l&rsquo;esprit juif, ils sont le souffle des Anciens, ils sont rest\u00e9s en communion avec la source de la Loi ; ils suivent et appliquent leur rituel avec rigidit\u00e9 selon des r\u00e8gles antiques mill\u00e9naires \u00e9crites dans leurs livres sacr\u00e9s, grav\u00e9s dans la pierre de leurs habitations, insatiables ils enqu\u00eatent avec minutie pour retrouver ce qui leur manque, recherche intemporelle pour effacer l&rsquo;oubli, recueillir la m\u00e9moire, la mati\u00e8re immat\u00e9rielle, l&rsquo;essence du livre disparu, celui dont l&rsquo;\u00e9criture enflamme, br\u00fble, aveugle, rend fou, Le livre Total, Le livre Somme, Le livre objet, pur, un dispositif infini, un Rite. Je le cherche aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils sont partis pr\u00e9cipitamment, comme on part quand on n&rsquo;a pas le choix, quand le monde autour de soi change de visage trop vite. Ils ont laiss\u00e9 des choses, des objets, des habitudes inscrites dans les murs, et des livres tr\u00e8s anciens que le sable du M&rsquo;Zab, poussi\u00e8re ocre rouge, rend parfois \u00e0 la lumi\u00e8re, traces d&rsquo;hommes que le savoir obs\u00e8de ; ils sont les gardiens tut\u00e9laires du Livre Disparu, peut-\u00eatre d\u00e9rob\u00e9 par des mains impures.  Lentement, leur m\u00e9moire s&rsquo;est enfonc\u00e9e dans le sable comme une respiration qui s&rsquo;approfondit jusqu&rsquo;\u00e0 rencontrer la douleur des silences. Livres enterr\u00e9s selon la loi parce qu&rsquo;on n&rsquo;abandonne pas ce qui porte le nom de Dieu ; ils les ont confi\u00e9s \u00e0 la terre, la genizah du d\u00e9sert, une biblioth\u00e8que enfouie dont personne ne conna\u00eet l&rsquo;inventaire, ni l&#8217;emplacement exact. Le Disparu est-il enterr\u00e9 l\u00e0 selon la tradition ou en Palestine ou \u00e0 Alep ou \u00e0 Byzance ? voyage-t-il encore ? personne ne sait. Ce qui n&rsquo;a plus lieu d&rsquo;\u00eatre transmis s&rsquo;enterre aussi, la langue, les gestes, la fa\u00e7on de prier dans cette lumi\u00e8re affolante face \u00e0 cette direction l\u00e0 du ciel aux couleurs irr\u00e9cup\u00e9rables ; la transmission devient impossible silencieuse, muette, il n&rsquo;y a plus personne pour la recevoir, le temps enjambe ce vide, le jud\u00e9o-arabe dispara\u00eet, effacement de toute une culture, d&rsquo;une ancestralit\u00e9 du verbe, d&rsquo;une relation communautaire s\u00e9culaire avec les Ibadites, ma\u00eetres des lieux. Ils ne reviendront pas. Ils ne sont plus. Le Disparu quintessence des sagesses orientales, de la beaut\u00e9 architecturale, de l&rsquo;Amour \u00e9ternel pour la Vie, pour la Paix Totale des Mondes n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, pourtant il existe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je le cherche encore,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Peut-\u00eatre, est ce une qu\u00eate infinie,<\/em> une renaissance,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre est-il un leurre, il n&rsquo;existe pas encore, ses pages de chiffon sont vierges, immacul\u00e9es. Sait-il que demain le construira, lui donnera forme, sens, corps, chaire ? Un auteur remplira jour apr\u00e8s jour ses pages si d\u00e9licates, l&rsquo;inscrira dans d&rsquo;autres lieux, le sortira du n\u00e9ant, de l&rsquo;oubli, du silence pour que sa voix ne meure pas,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre n&rsquo;a-t-il jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e9crit, <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre que chaque main neuve et enjou\u00e9e retrouve sous le sable qui l&rsquo;a aveugl\u00e9 une page d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9e par une autre main, dans un autre si\u00e8cle, sous un autre nom ; le sable n&rsquo;efface pas, il n&rsquo;annule pas, il poursuit, nul ne saura jamais s&rsquo;il \u00e9crit la premi\u00e8re ou la derni\u00e8re page ou s&rsquo;il en existe v\u00e9ritablement une\u00a0; ce que l&rsquo;auteur croit inventer il ne fait que le rendre au d\u00e9sert des mondes, miroir de la lumi\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;est appropri\u00e9e ; ce qu&rsquo;il croit achever aussit\u00f4t referm\u00e9 se rouvre ailleurs sur une page qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9crite, dans un imaginaire qu&rsquo;il ne conna\u00eet pas, une langue qui n&rsquo;est pas la sienne,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre que le Livre n&rsquo;a ni fin ni commencement, peut-\u00eatre est-il l&rsquo;alpha et l&rsquo;om\u00e9ga. Il est  repris, r\u00e9\u00e9crit, transform\u00e9, transfigur\u00e9 comme on renoue avec une pri\u00e8re effac\u00e9e ; ce lien ind\u00e9fectible qui relie aux signes et \u00e0 une langue qu&rsquo;on croyait morte parce que quelqu&rsquo;un refuse d&rsquo;\u00eatre mutique, son \u00e9criture la fait renaitre. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>Un livre ne commence ni ne finit : tout au plus fait-il semblant. \u00bb S. Mallarm\u00e9, manuscrit du \u00abLivre\u00bb<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne sais pas si c&rsquo;est moi qui suis parti ou lui qui a disparu, peut-\u00eatre les deux en m\u00eame temps, il est n\u00e9 l\u00e0, dans les jardins, sa peau de chiffon encore tendre sous la lumi\u00e8re, o\u00f9 les palmiers et les grenadiers gardiens de l&rsquo;obscurit\u00e9 des hommes murmuraient les jours de Guebli sur ses pages encore blanches ; vent <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-livre-comme-fiction-07-effacement\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Le livre comme fiction # 07 Effacement 08 Renaissance<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-213405","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213405","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213405"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213405\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":213837,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213405\/revisions\/213837"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213405"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213405"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213405"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}