{"id":213414,"date":"2026-06-29T17:59:50","date_gmt":"2026-06-29T15:59:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213414"},"modified":"2026-06-29T19:40:45","modified_gmt":"2026-06-29T17:40:45","slug":"chroniques-00-lete-26-chaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-lete-26-chaud\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 | Chaud"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\"><strong>1\/DU MONDE<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\"><br>J\u2019ai convoqu\u00e9 le monde dans mon bureau. Comme un sale m\u00f4me, un gaillard \u00e0 qui il fallait tirer les oreilles. Je l\u2019ai fait asseoir, et Vindiou, je l\u2019ai sermonn\u00e9. J\u2019\u00e9tais post\u00e9 au-dessus de lui. Je voulais qu\u2019il baisse les yeux. Je le pointais du doigt. Il sentait mon haleine. Oh pour lui, je voulais que ce soit bien pire qu\u2019une garde \u00e0 vue. Partout, on ne parle que de lui. Le Monde ! Le Monde ! O\u00f9 va le Monde ? Quel \u00e9go, ce monde ! Ah, \u00e7a je lui ai dit. Mais pour qui tu te prends ? Dis donc, t\u2019en n\u2019as pas marre de te faire remarquer ? Il avait beau regarder par la fen\u00eatre, je le gardais en ligne de mire. J\u2019\u00e9carquillais les yeux, je remontais les \u00e9paules. Appelez-moi G\u00e9n\u00e9ral, je le m\u00e9rite ! Ses oreilles ont siffl\u00e9 ! Au moment o\u00f9, j\u2019\u00e9tais s\u00fbr de lui avoir retourn\u00e9 le cerveau, de l\u2019avoir remis sur le droit chemin, de ne pas \u00eatre oblig\u00e9 de convoquer ses parents : la galaxie et les Abysses, l\u2019insolent, m\u2019a dit : c\u2019est pas moi ! Il a dit, c\u2019est m\u00eame pas moi, c\u2019est vous ! Y m\u2019a coup\u00e9 le sifflet. J\u2019m\u2019y attendais pas ! Quel coup bas ! Ce malotru, s\u2019est lev\u00e9 m\u2019a regard\u00e9 dans les yeux, il a pas cill\u00e9 et il est sorti de mon bureau. J\u2019avais plus de salives. Je l\u2019ai regard\u00e9 partir. J\u2019avais le moral dans les chaussettes. Oh, c\u2019est un monde <br><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\"><strong>2\/LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">20h L\u2019ordi vient de s\u2019\u00e9teindre. Il est br\u00fblant. Il est en \u00e9quilibre. C\u2019est comme veiller sur un malade. Il m\u2019a remis au stylo. 20h15 : La b\u00eate refroidit encore. Elle ne veut plus m\u2019adresser la parole. Je croyais qu\u2019elle m\u2019appartenait. 20h30 : Un sifflement aigu d\u2019oiseau. Mes bracelets tournent quand j\u2019\u00e9cris sur mon cahier. 20h45 : J\u2019avais les pieds sur\u00e9lev\u00e9 sur une table. Il n\u2019y a pas de bruit ou si un son sourd, comme une sorte de neige. 21h : Je cherche la lumi\u00e8re sans l\u2019avoir allumer. Le stand sur lequel j\u2019\u00e9cris fait du bruit. La lumi\u00e8re de la fen\u00eatre est douce. C\u2019est son heure. 21h15 : J\u2019ai pas sursaut\u00e9 ! J\u2019ai ramass\u00e9 le contenu du pot \u00e0 stylo. J\u2019ai trouv\u00e9 ma pile. Ma souris peut continuer sa route. 21h30 : J\u2019ai quelque chose \u00e0 dire aux nuages. J\u2019ai presqu\u2019entendu le d\u00e9marrage d\u2019un orage. Finalement, je traque le vent dans mon minuscule palace. 21h45 : Ah ! T\u2019as sonn\u00e9 ! Je parle au r\u00e9veil. J\u2019ai baiss\u00e9 la sonnerie. A moins que ce soit l\u2019IA. Quelle bourrique ! Elle commence \u00e0 prendre de sacr\u00e9es libert\u00e9s ! Il va y en avoir des proc\u00e8s num\u00e9riques ! On va attaquer la toile. 22h : Quelque chose me dit qu\u2019il faudrait remettre des horloges totalement m\u00e9caniques en vente. 22h15 : La fen\u00eatre de mes voisins du bas distille une lumi\u00e8re jaune orange. 22h30 : Bah, voil\u00e0 ! L\u2019orage s\u2019est point\u00e9 ! \u00c7a a d\u00e9goulin\u00e9. C\u2019\u00e9tait pas trop t\u00f4t. C\u2019est pas mieux quand la nature ob\u00e9it ? 22h45 : La bouteille d\u2019eau n\u2019est pas encore ouverte. Les goutti\u00e8res font de la musique avec les avions qui passent. 23h00 : Je me suis emm\u00eal\u00e9 dans les chiffres. Un de mes voisins cogne sur quelque chose. 23h15 : Des klaxons, une table \u00e0 la place o\u00f9 s\u2019\u00e9tend la natte. La sir\u00e8ne des pompiers. 23h30 : Bruits non identifi\u00e9s au loin, ce m\u00e9lange de voitures, d\u2019avions, de courant d\u2019air me fait penser au fond de la mer. 23h45 : \u00c0 force d\u2019appuyer sur des boutons, on finit par s\u2019y perdre. 00h : Je suis persuad\u00e9 que le vent chante avec les voitures. Encore un qui aime les virages. 0h15 : Ma petite biblioth\u00e8que se refl\u00e8te sur ma petite fen\u00eatre. Au loin, une grande fen\u00eatre est ouverte. 0h30 : Il y a une chaise qui me tourne le dos. Elle a pr\u00e9venu mon stylo. 0h45 : J\u2019arrive \u00e0 lire l\u2019heure. Les commentaires de matchs de boxes masquent les ronflements de mon voisin. 1h : Mon stylo n\u2019a plus rien \u00e0 me dire. 1h15 : Il y a un sans-g\u00eane incroyable dans mon studio, mes v\u00eatements se prom\u00e8nent partout sans aucune pudeur. 1h30 : Les lumi\u00e8res de mon appartement refusent d\u2019aller se coucher alors par solidarit\u00e9, je veille. 1h45 : Je ne comprends rien \u00e0 ce que raconte le vent, il pourrait faire des efforts d\u2019\u00e9locution. 2h : Je comprends pourquoi la nuit les gens dorment. C\u2019est pour mieux r\u00eaver le jour.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\"><strong>3\/ \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Je crois que j\u2019ai trop parl\u00e9 de cette peinture. Dans le lit de Toulouse-Lautrec. J\u2019ai trop regard\u00e9 la forme. J\u2019ai \u00e9puis\u00e9 mes phrases. Il faudrait du silence. Juste une longue respiration puis reprise de souffle. Il n\u2019y a pas de pudeur. Peut-\u00eatre trop d\u2019envie. Parce que c\u2019est confortable. C\u2019est juste un moment. Je ne parle pas de l\u2019ex\u00e9cution de la peinture, du : attends ne bouge pas, je finis. L\u00e0, c\u2019est bon, tu peux respirer. \u00c7a c\u2019est caricatural. Cette peinture ne donne m\u00eame pas envie de dormir. Viens, on va voir Dans le lit et apr\u00e8s, tu restes l\u00e0 \u00e0 regarder. Tu peux pas bouger, ils dorment, faut pas d\u00e9ranger. Faudrait d\u00e9finitivement que j\u2019arr\u00eate de parler de cette peinture. Quand je la quitte des yeux, elle me reste dans la t\u00eate. J\u2019aurais d\u00fb me taire.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\"><strong> 4\/ DE SOI-M\u00caME ET D\u2019\u00c9CRIRE<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">J\u2019en ai plein les mains. Comme quand je badigeonnais le papier avec de la peinture. Comme lorsque j\u2019\u00e9tais enfant et que la gouache me montrait de quoi elle \u00e9tait capable en me refaisant le portrait pour le plus grand plaisir des adultes et des murs environnants. L\u2019\u00e9criture ne se laisse pas faire et plus j\u2019\u00e9cris plus elle me met au pas. Par exemple, il y a cette pi\u00e8ce que j\u2019essaie d\u2019\u00e9crire depuis plus de trois ans et qui me fait la t\u00eate. Alors, je l\u2019ai laiss\u00e9e se calmer et je me suis lanc\u00e9 dans un chantier de recyclage des id\u00e9es du jour. J\u2019\u00e9cris tous les jours une histoire, verbes pauvres certifi\u00e9s, phrases branlantes, incises folles, mais malgr\u00e9 \u00e7a, il y a quelques moments de plaisirs, ils ne sont garantis que si \u00e0 chaque fois que j\u2019\u00e9cris, j\u2019accepte que je ne ferai pas mieux. Alors, je laisse tomber mes espoirs de grandeurs et j\u2019\u00e9cris ce qui tombe sur moi. J\u2019en ferai peut-\u00eatre un recueil pour l\u2019instant, je les publie sur YouTube et je commence \u00e0 peine \u00e0 les laisser crier et me forcer \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture. Alors, c\u2019est plus la m\u00eame, mes exigences, je les ravale et jour apr\u00e8s jour, j\u2019avance \u00e0 pas de fourmis et je recule souvent et je doute tout le temps. J\u2019\u00e9cris des po\u00e8mes et l\u00e0, c\u2019est comme avouer une faute, se dire qu\u2019au moins on aura essay\u00e9 et si sur mille, il n\u2019y a aucun qui vaillent le coup d\u2019un souvenir, \u00e7a ira quand m\u00eame pour moi. J\u2019aurai os\u00e9 m\u2019y confronter. Je chante les r\u00e9sistances de mes limites. Puis, je les enregistre avec ma voix qui crache, \u00e7a rajoute un suspense, s\u00fbrement pas du sens, mais j\u2019y mets tout mon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\"><strong>5\/ A VOUS LA CANTONADE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Que vous inspire la ponctuation ? Qu\u2019avez-vous franchement \u00e0 d\u00e9clarer \u00e0 ces petits signes ? Je vous invite \u00e0 ne pas faire de mani\u00e8re et \u00e0 leur parler du fond du c\u0153ur. On verra bien ce qu\u2019ils nous r\u00e9pondront. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019ils ne nous en tiendront pas rigueur.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/DU MONDE J\u2019ai convoqu\u00e9 le monde dans mon bureau. Comme un sale m\u00f4me, un gaillard \u00e0 qui il fallait tirer les oreilles. 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