{"id":213423,"date":"2026-06-29T18:23:00","date_gmt":"2026-06-29T16:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213423"},"modified":"2026-06-29T18:48:04","modified_gmt":"2026-06-29T16:48:04","slug":"chroniques-00-i-le-lieu-qui-nexiste-que-dans-ton-coeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-i-le-lieu-qui-nexiste-que-dans-ton-coeur\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 I Le lieu qui n&rsquo;existe que dans ton coeur"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le monde<\/strong><br>Lu dans la chronique d\u2019Andr\u00e9 Markowicz : \u00ab Tu ne peux pas revenir dans un lieu qui n\u2019existe que dans ton c\u0153ur, dans ta t\u00eate, un lieu dans lequel le temps existe \u00e0 la fois, comme pour tout le monde, dans la dur\u00e9e calendaire mais aussi dans cette \u00e9ternit\u00e9 fragmentaire qu\u2019est celui d\u2019une enfance d\u2019autant plus sans cesse r\u00e9surgente qu\u2019elle peut \u00eatre r\u00eav\u00e9e. Le temps de la m\u00e9moire, le lieu de la m\u00e9moire \u2013 le conflit, meurtrier, entre le lieu physique et ce lieu sans lieu que sont les jours d\u2019o\u00f9 nous venons, les jours qui nous reviennent sans que nous n\u2019y puissions rien. Tu ne peux pas y revenir, comme tu ne peux pas en partir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le r\u00e9el<\/strong><br>Fra\u00eecheur apr\u00e8s l\u2019orage. Un monde presque parfait. Chants d\u2019oiseaux par la fen\u00eatre ouverte, respirer le premier caf\u00e9 du matin, mains en coupe autour de la tasse. Rendre\u00a0gr\u00e2ce et prendre son \u00e9lan pour le jour qui vient.<br><br>Il s\u2019est coup\u00e9 le pied sur un bout de tasse en porcelaine qui s\u2019est bris\u00e9e cette nuit. Morceaux \u00e9pars sur le sol.\u00a0Il saigne.<br><br>Retard au hangar pour le chargement du d\u00e9cor, elle explique : j\u2019ai loup\u00e9 mon train.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Crois\u00e9 au volant d\u2019un \u00e9norme camion-citerne une femme qui chante \u00e0 tue-t\u00eate en se balan\u00e7ant de droite et de gauche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8me caf\u00e9 de la matin\u00e9e accompagn\u00e9 d\u2019une poign\u00e9e de noisettes et d\u2019amandes. La vie douce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle raconte : C\u2019est pas si simple, je n\u2019ai pas pu prendre un v\u00e9lo en libre-service. Il fallait laisser l\u2019empreinte de sa carte bleue pour valider une caution de 160\u20ac. Paiement refus\u00e9. Compte insuffisamment approvisionn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ficus est mort dans son pot au premier \u00e9tage du Centre Hospitalier du Bois-Joli.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Serrer dans ses bras St\u00e9phanie que je croise trois ou quatre fois par an sur des festivals. Elle vit dans l\u2019Est, moi dans le Sud-ouest. Se demander : comment peut-on \u00eatre si loin et si proche ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le long de l\u2019avenue de La Lib\u00e9ration les fleurs de Tilleul sont pass\u00e9es.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait si chaud. Se baigner dans la Seine, bonne id\u00e9e ? Elle fait la grimace : Hum, c\u2019est moyen, moyen.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sillonner l\u2019espace de point d\u2019ombre en point d\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a cet homme tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 qui pleure \u00e0 la fin du spectacle. Il parle du maire de son village d\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a plusieurs ann\u00e9es, c\u2019\u00e9tait un grand r\u00e9sistant, explique-t-il. Il nous remercie&nbsp;et conclue le visage ruisselant de larmes : La lutte continue ! Mes yeux se mouillent. Il est devant nous et la pr\u00e9sence de son ami, le grand r\u00e9sistant aussi. No pasaran !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous six, assises en cercle autour d\u2019une table en plastique blanc dans le bois de la Garenne. Orage de gr\u00eale. Op\u00e9ration tortue. Nous six, debout serr\u00e9es sous la table en plastique blanc port\u00e9e au-dessus de nos t\u00eates.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une vie<\/strong><br>Ce n\u2019est pas un tableau, c\u2019est une carte postale reproduisant une peinture\u00a0de C\u00e9zanne avec un paysage de montagnes violettes et bleues,\u00a0des champs gris et verts et quelques taches de rouille. Sur la carte le tableau est entour\u00e9 d\u2019un liser\u00e9 blanc.\u00a0On aurait envie de plonger dans ce tableau comme le font les personnages de dessins anim\u00e9s qui savent basculer du monde r\u00e9el au monde imaginaire. On voudrait se promener dans ce paysage, s\u2019allonger dans ses pr\u00e9s velout\u00e9s\u00a0et dormir l\u00e0, sans peur, jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde\u2026 Mais ce n\u2019est pas la reproduction de tableau qui compte ici, non, ce sont les mots qu\u2019il lui a \u00e9crits \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la carte postale et qui la nomment, elle, unique entre toutes les autres. Cette carte envoy\u00e9e un \u00e9t\u00e9 il y a plus de 30 ans garde\u00a0intact le souvenir de cet homme\u00a0qu\u2019elle a aim\u00e9, aime, aimera, de ses cheveux cr\u00e9pus, sa voix de basse, son visage sculpt\u00e9. Sa pr\u00e9sence reste vive m\u00eame absente. Elle se teinte parfois des couleurs froides du tableau pour raconter l\u2019histoire d\u2019un amour de l\u2019aube au cr\u00e9puscule. C\u00e9zanne pour un S\u00e9same qui parle de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le bureau<\/strong><br>Un bureau surplomb\u00e9 de petits \u00eatres ronds en bois sculpt\u00e9. T\u00eates ceintes de perles multicolores, yeux peints, v\u00eatements bariol\u00e9s avec galons et broderies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un bureau avec des mots d\u2019amour dissimul\u00e9s dans des figurines en porcelaine qu\u2019il faudrait pouvoir briser pour lire (mais on ne le fera pas, on pr\u00e9f\u00e8re imaginer).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un bureau, une pi\u00e8ce \u00e0 elle, o\u00f9 rien ni personne ne peut entrer sans son autorisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un bureau avec une tasse en c\u00e9ramique f\u00eal\u00e9e &#8211; achet\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 chaque sou comptait &#8211; remplie&nbsp;de crayons, stylos, agrafeuse, \u00e9lastiques, trombones, ciseaux et gommes fluos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un bureau avec un V\u00e9lux plac\u00e9 au-dessus du clavier de l\u2019ordinateur o\u00f9 les chats qui grimpent sur le toit peuvent venir\u00a0la regarder \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mondeLu dans la chronique d\u2019Andr\u00e9 Markowicz : \u00ab Tu ne peux pas revenir dans un lieu qui n\u2019existe que dans ton c\u0153ur, dans ta t\u00eate, un lieu dans lequel le temps existe \u00e0 la fois, comme pour tout le monde, dans la dur\u00e9e calendaire mais aussi dans cette \u00e9ternit\u00e9 fragmentaire qu\u2019est celui d\u2019une enfance d\u2019autant plus sans cesse r\u00e9surgente <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-i-le-lieu-qui-nexiste-que-dans-ton-coeur\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #00 I Le lieu qui n&rsquo;existe que dans ton coeur<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":555,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8107],"tags":[],"class_list":["post-213423","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-00-le-prologue"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213423","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/555"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213423"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213423\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":213431,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213423\/revisions\/213431"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213423"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213423"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213423"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}