{"id":213828,"date":"2026-07-02T14:02:06","date_gmt":"2026-07-02T12:02:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213828"},"modified":"2026-07-02T14:02:06","modified_gmt":"2026-07-02T12:02:06","slug":"chroniques-00-prologue-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-prologue-5\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 | Prologue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1| du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment va le monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019embrase, reste sourd, d\u00e9rive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2| le r\u00e9el<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un air frais parcourt la maison, comme un souvenir r\u00e9anim\u00e9. Cette sensation qui fait du bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peau froiss\u00e9e, drap pliss\u00e9, visage balafr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bien\u00eatre de l\u2019eau qui coule sur la peau, pour une journ\u00e9e prometteuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019odeur envoutante du caf\u00e9 chaud qui se r\u00e9pand dans la maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un baiser vol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dong d\u2019un message sur le t\u00e9l\u00e9phone. Y r\u00e9pondre plus tard dans la matin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la fen\u00eatre, observer les feuilles des arbres fr\u00e9mir sous la caresse de la brise matinale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les p\u00e9tales recroquevill\u00e9s des fleurs fan\u00e9es dans le vase trop grand. Tableau path\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ciel bleu, belle luminosit\u00e9. C\u2019est encore le matin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devant la pile de livres, une carte postale repr\u00e9sentant H. Hemingway au travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ventilateur \u00e0 l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au loin, le bruit d\u2019un passage de train. L\u2019envie du d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonjour, tu as bien dormi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gout de l\u2019avocat vinaigrette dans la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9cran lumineux de l\u2019ordinateur sur fond sombre, comme un \u00eelot dans la p\u00e9nombre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le grondement des r\u00e9acteurs d\u2019un avion qui d\u00e9colle, bient\u00f4t visible dans le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Observer le va-et-vient des oiseaux nourrissant leur prog\u00e9niture. Attendrissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reprendre l\u2019\u00e9criture au stylo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Se demander comment ces oisillons ont pu survivre \u00e0 la canicule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le verre d\u2019eau \u00e0 port\u00e9e de main, s\u2019hydrater encore et encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Se lever de sa chaise, descendre les escaliers, puis remonter avec une gourde pleine d\u2019eau fra\u00eeche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le frottement creux de la souris sur le plateau du bureau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une main pass\u00e9e dans les cheveux. Douce sensation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est temps d\u2019aller d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3| blacksquare<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Noir. Un carr\u00e9 noir|blacksquare. Un carr\u00e9 noir. Un mur blanc. Un carr\u00e9 noir de 1524x1524mm positionn\u00e9 sur un mur blanc. Un monochrome noir, point. Bilbao, f\u00e9vrier 2017, mus\u00e9e Guggenheim. Un carr\u00e9 noir, parfait, qui inscrit sa pr\u00e9sence au monde uniquement par l\u2019expression de sa noirceur. Je le fr\u00f4le, l\u2019attaque par le c\u00f4t\u00e9, me campe devant lui. Il me met mal \u00e0 l\u2019aise par sa simplicit\u00e9, son audace et l\u2019incompr\u00e9hension que j\u2019en ressens. Je suis perturb\u00e9e, je me sens dup\u00e9e. L\u2019envie de passer \u00e0 autre chose, et pourtant, je reste l\u00e0, plant\u00e9e devant ce tableau qui voudrait m\u2019engloutir. Que fais-tu accroch\u00e9 sur ce pan de mur\u00a0? Qui t\u2019a donn\u00e9 la chance d\u2019exister, d\u2019\u00eatre vu, voire reconnu\u00a0? Toujours face \u00e0 cette toile, je me rapproche, me questionne sur la densit\u00e9 de la couleur, sur son rendu mat. Je prends conscience qu\u2019un processus se met en place. Il faut du temps pour se plonger dans la t\u00eate de l\u2019artiste et se glisser dans l\u2019\u00e9paisseur de la mati\u00e8re, la faire parler, la supplier de r\u00e9v\u00e9ler son secret. Arrive le moment de la bascule, o\u00f9 le regard se plonge dans un univers vaste, sombre, s\u2019y noie. Autour de moi, plus rien n\u2019existe, uniquement cette intimit\u00e9 que je cr\u00e9e avec le tableau. Mes pupilles se dilatent, font entrer la lumi\u00e8re raffin\u00e9e du noir r\u00e9fl\u00e9chissant. Je cherche du sens et pr\u00eate une attention m\u00e9ticuleuse \u00e0 l\u2019auscultation de cette patine noire. Des lignes et des verticales apparaissent organisant l\u2019espace en neuf zones sym\u00e9triques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du carr\u00e9 noir. D\u00e9livr\u00e9 de sa souffrance, mon corps l\u00e2che prise, se d\u00e9tend. En se d\u00e9voilant, l\u2019\u0153uvre s\u2019ouvre sur une autre dimension. Sur la grille, les carr\u00e9s de m\u00eame dimension pr\u00e9sentent des subtilit\u00e9s inconnues, offrent \u00e0 celui qui a su pers\u00e9v\u00e9rer dans sa recherche une belle r\u00e9compense. Ainsi, une discr\u00e8te structure g\u00e9om\u00e9trique sym\u00e9trique m\u2019appara\u00eet. Concentr\u00e9 sur la toile, le regard ralenti. Je peine \u00e0 r\u00e9aliser que cette tension entre l\u2019absence apparente d\u2019image et la d\u00e9couverte de cette richesse optique s\u2019apparente avec une forme de perfection, de puret\u00e9 qui contribue \u00e0 la force de l\u2019\u0153uvre. Chaque carr\u00e9 poss\u00e8de sa propre identit\u00e9. Les nuances de noir se r\u00e9v\u00e8lent, subtiles, plus rouges en p\u00e9riph\u00e9rie, plus bleut\u00e9es vers le centre du tableau. Je reste encore un moment devant cette toile pleine de gratitude pour ce qu\u2019elle vient de m\u2019offrir, une ouverture diff\u00e9rente sur le monde. Et dans ce vide qui n\u2019en est plus un, je reprends forme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4| de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9criture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur mon bureau est pos\u00e9 le manuscrit d\u00e9laiss\u00e9 depuis septembre 2021. Je le regarde, l\u2019effleure, parfois tourne les pages. Il m\u2019envahit par sa proximit\u00e9. Se r\u00e9habituer \u00e0 sa pr\u00e9sence, son imperfection. Prendre le temps de le relire d\u2019une traite, \u00e0 voix haute pourquoi pas, afin de stimuler le souvenir des mots, des images, des sensations. Douter. Douter de tout. Sa structure, mon \u00e9criture, le sens des phrases, l\u2019int\u00e9r\u00eat du r\u00e9cit. J\u2019ai peur de tout avoir \u00e0 reconstruire tant j\u2019ai attendu pour le retravailler, j\u2019ai peur de le red\u00e9couvrir sous un autre angle. Cette crainte me fige.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1| du monde Comment va le monde&nbsp;? Il s\u2019embrase, reste sourd, d\u00e9rive. 2| le r\u00e9el Un air frais parcourt la maison, comme un souvenir r\u00e9anim\u00e9. Cette sensation qui fait du bien. Peau froiss\u00e9e, drap pliss\u00e9, visage balafr\u00e9. Le bien\u00eatre de l\u2019eau qui coule sur la peau, pour une journ\u00e9e prometteuse. 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