{"id":213847,"date":"2026-07-02T18:24:53","date_gmt":"2026-07-02T16:24:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213847"},"modified":"2026-07-02T20:03:06","modified_gmt":"2026-07-02T18:03:06","slug":"ete-2026-chroniques-ete-2026-00-le-prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2026-chroniques-ete-2026-00-le-prologue\/","title":{"rendered":"###\u00e9t\u00e9 2026, chroniques,\u00a0\u00e9t\u00e9 2026 #00, le prologue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Qu&rsquo;appelles-tu monde&nbsp;? Un montage n\u00e9cessaire. Un mondage en somme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Une perceuse. Petit foret, mat\u00e9riau trop r\u00e9sistant. On entend presque le foret fondre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">La rue, toutes fen\u00eatres ouvertes, plus de bruit que d&rsquo;air.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">La faible pression du robinet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Il faut poncer et vitrifier ce parquet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">J&rsquo;attends un retardataire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">La taille de ces portes de placard&#8230;j&rsquo;ai mis dix ans \u00e0 la remarquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Pas si simple \u00e0 manger, cette tarte aux pommes maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Et ces voisins qui gueulent&#8230;avant, j&rsquo;aimais les matchs de foot \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 lire une page.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">L&rsquo;alarme de cette bagnole&#8230; un jingle du quartier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">La statue de buis sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re de pin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">3.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai toujours entendu dire que c&rsquo;\u00e9tait la Loire que ce pont enjambait. A moins que je ne l&rsquo;aie d\u00e9duit de ce qui se racontait. Il para\u00eet qu&rsquo;on p\u00eachait la truite au pied de ce pont, peut-\u00eatre m\u00eame p\u00eachait-on au moment o\u00f9 cette toile commen\u00e7ait d&rsquo;\u00eatre peinte, l\u00e0 m\u00eame, les pieds dans l&rsquo;eau. C&rsquo;est du moins ce que laissait entendre le r\u00e9cit familial. \u00c7a ne tenait pas tr\u00e8s bien, tout ce r\u00e9cit. Il en est rest\u00e9 un petit r\u00e9seau trou\u00e9, effiloch\u00e9, qui flotte encore assez pour retenir deux trois bribes. L&rsquo;odeur du caf\u00e9 par exemple, le bruit des tables, le carrelage. Je ne savais pas que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;odeur du caf\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait celle du petit d\u00e9jeuner, celle du r\u00e9fectoire de l&rsquo;h\u00f4tel. Plus tard, on dira pension de famille. Elle \u00e9tait en Haute-Loire. C&rsquo;est vrai que ce n&rsquo;\u00e9tait pas un h\u00f4tel. On parlait aussi d&rsquo;une fen\u00eatre ouverte sur la vall\u00e9e, de pinceaux et d&rsquo;yeux pliss\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait pour distinguer les masses. L\u00e0 encore, il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;un tableau pour soutenir l&rsquo;histoire de ce chevalet, avec le m\u00eame pont au lointain. C&rsquo;\u00e9tait son p\u00e8re qui avait d\u00e9nich\u00e9 ce havre. Il n&rsquo;\u00e9tait pas peintre. Un matin, un enfant \u00e9tait tomb\u00e9 dans le bassin de la fontaine de pierre qui pr\u00e9c\u00e9dait le perron. Son bateau \u00e0 voiles s&rsquo;\u00e9tait rapproch\u00e9 du centre du disque vert d&rsquo;eau. Il s&rsquo;\u00e9tait pench\u00e9. Aucun souvenir de la chute, \u00e0 peine celui du glissant de la pierre et une vague id\u00e9e de mouill\u00e9. Celui des larmes peut-\u00eatre. La fiert\u00e9 du bateau et la honte ruisselante. Des rires aussi. Elles \u00e9taient finalement si jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai trois tables de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sont-elles une seule&nbsp;? Ce serait simple, ce serait efficace. Et ce serait faux. J&rsquo;ai trois tables de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a la table des abandons, qui est aussi celle des jach\u00e8res. Une table des attentes. Rien n&rsquo;y meurt, tout y attend sa forme. Il y a d&rsquo;ailleurs un peu de p\u00e2te \u00e0 modeler sur cette table-l\u00e0, de ces p\u00e2tes qui ne s\u00e8chent jamais. L&rsquo;attente serait donc un temps du travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aussi la table des passages, sur laquelle rien ne reste. On y d\u00e9pose ce qu&rsquo;on ne veut pas garder, et qui finit par encombrer \u00e0 force de ne savoir qu&rsquo;en faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis il y a la troisi\u00e8me, celle des permanences, qui est aussi celle des r\u00e9f\u00e9rences. C&rsquo;est sur cette table-l\u00e0 que s&#8217;empilent les livres : ceux qu&rsquo;il faut lire, ceux qu&rsquo;il faudrait lire, ceux qu&rsquo;il aurait fallu lire. C&rsquo;est la table des prises de notes, une table de cahiers et de crayons, de cartouches d&rsquo;encre vides et de marque-pages. C&rsquo;est \u00e0 cette table qu&rsquo;on copie ce qui se lit, qu&rsquo;on r\u00e9sonne ce qui s&rsquo;entend. On y microte aussi ce qui se parle. La copie s&rsquo;y d\u00e9voile lecture lente, la parole \u00e9criture. La troisi\u00e8me est la table de cette lenteur, \u00e0 laquelle le temps vous assoit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trois tables, trois temps. \u00c0 vrai dire, il y en a une quatri\u00e8me. Elle s&rsquo;est dress\u00e9e \u00e0 la limite du jardin. Un s\u00e9cateur s&rsquo;y \u00e9gare si souvent que c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on finit toujours par le chercher lorsqu&rsquo;on veut le retrouver. On y trouve aussi des pinceaux et des tubes, de la terre et des mirettes, et une tournette, un bordel r\u00e9gulier de satisfactions, d&rsquo;efforts et de r\u00e2leries.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">La mati\u00e8re y r\u00e9siste, y insiste, impose son rythme, ses saisons, mart\u00e8le les lois qu&rsquo;elle \u00e9dicte et qu&rsquo;\u00e0 peine nous pouvons admettre. Aucun travail ne s&rsquo;y engage s&rsquo;il ne s&rsquo;y soumet, d&rsquo;abord et enfin. Cette table-l\u00e0 repose sur d&rsquo;autres strates&nbsp;: sculpture du corps et du timbre, table d&rsquo;harmonie, partitions et polyphonies. C&rsquo;est cette table qui r\u00e9git les autres. Elle leur rappelle les r\u00e8gles du jeu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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