{"id":213875,"date":"2026-07-03T03:57:26","date_gmt":"2026-07-03T01:57:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213875"},"modified":"2026-07-03T03:57:27","modified_gmt":"2026-07-03T01:57:27","slug":"chroniques-00-prologue-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-prologue-7\/","title":{"rendered":"chroniques #00 | prologue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment \u00ab\u00a0tenir debout\u00a0\u00bb dans la chaos du monde\u00a0? En opposant, vaille que vaille, une \u00ab\u00a0inalt\u00e9rable humanit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Albane Gell\u00e9, <em>Si je suis de ce monde<\/em>, 2012<br>Marie Ndiaye, <em>Trois femmes puissantes<\/em>, 2009, (Khady Demba)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mains de Sa-Ra qui font des ronds sur ses cuisses, obsessionnellement. Fr\u00f4lement doux du velours<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bruit de la clim et par les grandes fen\u00eatres des arbres fleuris dont je ne connais pas le nom<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Route de Bologne, une voiture sans permis \u00e0 30 \u00e0 l&rsquo;heure. Je la d\u00e9passe<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 les fen\u00eatres ferm\u00e9es, odeur de br\u00fblis<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A la radio, il est question de foot. Sur le si\u00e8ge passager, \u00ab\u00a0c&rsquo;est l&rsquo;heure du message du septi\u00e8me ange de l&rsquo;Apocalypse\u00a0\u00bb. Usine de Matouba<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Odeurs sucr\u00e9es de fleurs (ylang-ylang, mais il est t\u00f4t encore, ou jasmin) et de mangues suries<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous le hangar \u00e0 bananes, suspendu \u00e0 un crochet, un pantalon oscille au vent. Tout autour, la terre br\u00fbl\u00e9e et les citronniers<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chemin du retour. Je croise un homme, on se dit \u00ab&nbsp;bonsoir&nbsp;\u00bb. Plus loin, deux femmes, \u00e0 distance l\u2019une de l\u2019autre, je le sais, mais je les ai perdues de vue<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pick up charg\u00e9 de choux et de christophines<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ciel gris, charg\u00e9, par la porte. Dessous, le volcan<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rumeurs de conversations, de cris d&rsquo;enfants autour de la maison. Une porti\u00e8re claque<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retourner la peau de la mangue et croquer les cubes frais et orang\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sifflement de la cocotte-minute bruit sourd du lave-vaisselle voix d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Cixous pos\u00e9e sur le plan de travail, en bas un enfant appelle son p\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jour tombe et l&rsquo;igname est cuit, blanc et fumant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A travers le vert sombre des grands arbres, des taches encore claires\u2013 ombres chinoises sur le gris p\u00e2le du ciel &#8211; le quartier s\u2019est tu<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore un peu de ciel un peu plus clair entre les branches, quelques feuilles se d\u00e9coupent encore, la nuit gagne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre, il fait nuit noire. Ciel et v\u00e9g\u00e9tation tout \u00e0 fait engloutis. Plus que mon reflet, celui de l\u2019ordinateur et de l\u2019armoire sur l\u2019\u00e9cran de la fen\u00eatre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fermer la baie vitr\u00e9e sur les lumi\u00e8res du quartier<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux morceaux de scotch derri\u00e8re une carte postale<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Noyer ses pens\u00e9es dans la soupe du soir. Sonnerie du t\u00e9l\u00e9phone<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bruit des grenouilles et des b\u00eates de la nuit. Ronronnement des petits ventilateurs sous l\u2019ordinateur. Un cri en bas chez la voisine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;@N.D.&nbsp;? Tu es avec nous&nbsp;?&nbsp;\u00bb (Message WhatsApp)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bruit de ta voiture dans la cour, et les grenouilles autour<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lune toute ronde, invisible, d\u00e9coupe la forme des nuages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous l\u2019interrupteur du volet roulant, les irr\u00e9gularit\u00e9s du mur blanc, \u00e7a fait comme des veines<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Une petite trou\u00e9e de lumi\u00e8re dans la chambre obscure et dense de silence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un petit rectangle de lumi\u00e8re, une fen\u00eatre sur le ciel, et la mer, et le soleil et le vent. C\u2019est la lumi\u00e8re de ce paysage qui me happe tout enti\u00e8re dans ce tableau. Absorb\u00e9e. Et le regard droit devant de la jeune fille. Ce n\u2019est pas l\u2019attente. Et le vent que je sens sur ma peau et dans mes cheveux. Celui-l\u00e0 m\u00eame qui lui fait tenir son chapeau pour qu\u2019il ne s\u2019envole pas. Et ce dos droit face \u00e0 ce m\u00eame vent. Puissance et douceur \u00e0 la fois. Petite tache rose clair rose p\u00e2le rose doux dans l\u2019\u00e9claboussement du soleil et le bleu de la mer et du ciel, p\u00e2li. C\u2019est \u00e9crasant si l\u2019on y prend garde. Le soleil tout entier l\u00e0, sur la toile, \u00e9blouissant de lumi\u00e8re la mer et le ciel et les falaises de calcaire. On en oublierait de regarder l\u2019ombre \u00e0 ses pieds. Et pourtant, en la regardant cette ombre, \u00e0 ses pieds, je mesure \u00e0 quel point elle est vivante dans ce paysage de vent et de lumi\u00e8re. \u00a0Je ne sais plus comment elle est arriv\u00e9e, la jeune fille rose au chapeau, mais elle m\u2019a suivie. Partout. Une petite trou\u00e9e de lumi\u00e8re dans la chambre obscure et dense de silence. Un fragment de beaut\u00e9. De puissance et de douceur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une longue planche de bois qui repose sur un meuble de rangement et deux tr\u00e9teaux. Sur la partie gauche de ma table de travail, face \u00e0 la haute fen\u00eatre qui donne sur des arbres plus hauts encore et une v\u00e9g\u00e9tation dense, mon ordinateur. C\u2019est autour de lui que gravite ce premier espace. Un globe lumineux qui diffuse une lumi\u00e8re insuffisante pour lire. Et de part et d\u2019autre de l\u2019ordinateur, une pile de romans de Lyonel Trouillot, la pile d\u2019essais en cours, la pile de recueils de Henri Michaux. Tout \u00e0 fait \u00e0 gauche, la pile du lyc\u00e9e&nbsp;: des chemises de rangement, des papiers, les cours. Sur la partie droite de la longue table, mon espace de cr\u00e9ation&nbsp;: une double page du <em>Monde Diplomatique<\/em> pour prot\u00e9ger le bois de la table, des feutres et des crayons \u00e0 papier dans des bocaux en verre, mais aussi de la colle, des petits bouts de papier dans une bo\u00eete en plastique, des feuilles de gommier rouge sur une petite assiette tach\u00e9e de peinture rose, jaune et bleue, les feuilles et carnets de collage. Dans le prolongement de cette longue table, perpendiculaire, un autre table en bois plus petite et dessus&nbsp;: aquarelle, pastel, pile de carnets, et de livres&nbsp;: Camus, Antoine Emaz, Albane Gell\u00e9. Cet espace, c\u2019est mon \u00eele dans l\u2019\u00eele. Un territoire \u00e0 soi o\u00f9 le bonheur de vivre est total. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;L\u2019odeur de la peau humide. L\u2019odeur des copeaux de bois. L\u2019odeur du lait caill\u00e9. L\u2019odeur des joncs frais. L\u2019odeur indigo de l\u2019encre, une odeur abysse. L\u2019odeur du fenugrec. L\u2019odeur de l\u2019alchimie. \u00bb (Ryoko Sekiguchi, <em>L\u2019Appel des odeurs<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et vous, quel serait votre inventaire d\u2019odeurs\u00a0? (inventaire d\u2019odeurs de la journ\u00e9e, d\u2019un personnage, d\u2019un lieu, d\u2019un souvenir&#8230;)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Comment \u00ab\u00a0tenir debout\u00a0\u00bb dans la chaos du monde\u00a0? En opposant, vaille que vaille, une \u00ab\u00a0inalt\u00e9rable humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Albane Gell\u00e9, Si je suis de ce monde, 2012Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, 2009, (Khady Demba) 2 Les mains de Sa-Ra qui font des ronds sur ses cuisses, obsessionnellement. Fr\u00f4lement doux du velours Le bruit de la clim et par les grandes fen\u00eatres <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-prologue-7\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">chroniques #00 | prologue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8107],"tags":[],"class_list":["post-213875","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-00-le-prologue"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213875","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213875"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213875\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":213877,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213875\/revisions\/213877"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213875"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213875"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213875"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}