{"id":213889,"date":"2026-07-03T11:43:43","date_gmt":"2026-07-03T09:43:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213889"},"modified":"2026-07-03T11:46:11","modified_gmt":"2026-07-03T09:46:11","slug":"chroniques-00-prelude-du-vercors-au-cotentin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-prelude-du-vercors-au-cotentin\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 | pr\u00e9lude Du vercors au Cotentin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1- Ce monde<\/strong><br>Comment va le monde&nbsp;?&nbsp;<br>D\u2019errances en d\u00e9sesp\u00e9rance, il roule sous la p\u00e2le lueur de la lune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2- ce r\u00e9el si r\u00e9el<\/strong><br>Offrande du matin\u00a0: le pigeon ramier a encore d\u00e9pos\u00e9 quelques brindilles sur le rebord de la fen\u00eatre de la cuisine. Je remarque son go\u00fbt pour celles en forme de V. Aujourd\u2019hui deux dispos\u00e9es en vis-\u00e0-vis que je lis comme un bon-jour. <br>Les vieux ressortent, d\u00e9marche h\u00e9sitante, fant\u00f4mes de la ville, regard plomb\u00e9 d\u2019une fatigue perp\u00e9tuelle. <br>Escadrille bruyante de martinets \u00e0 peine aper\u00e7us d\u00e9j\u00e0 disparus. <br>\u00ab\u00a0A droite de la Norv\u00e8ge, plus au nord ?\u00a0\u00bb Une jeune fille sourire aux l\u00e8vres s\u2019est accroupie et interroge un gar\u00e7on assis parterre pr\u00e8s du distributeur \u00e0 billets. Quand je repasse plus tard, lui \u00e9gr\u00e8ne ses errances en Europe, s\u2019aidant de ses doigts pour dire les pays \u00ab\u00a0moi je vive 4\u00a0ans Paris\u2026\u00a0\u00bb. Elle, toujours accroupie, boit aux sources de l\u2019aventure. <br>Au caf\u00e9, les palles du ventilateur font ce qu\u2019elles peuvent pour s\u00e9cher les fronts transpirants. Sac oubli\u00e9, sac recherch\u00e9, sac retrouv\u00e9. \u00ab\u00a0Moi, j\u2019ai besoin qu\u2019on se challenge ensemble.\u00a0\u00bb R\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 l\u2019envi comme un refrain, une pri\u00e8re qu\u2019on voudrait voir se r\u00e9aliser. <br>Supermarch\u00e9 r\u00e9frig\u00e9r\u00e9 o\u00f9 les clients tra\u00eenent nonchalamment grappillant fra\u00eecheur quand \u00e0 la caisse surgit\u00a0: \u00ab\u00a0Gigi !\u00a0je fais expr\u00e8s la queue \u00e0 ta caisse pour voir ton sourire\u00a0!\u00a0\u00bb <br>D\u00e9jeuner devant la fen\u00eatre entreb\u00e2ill\u00e9e, peu de bruit, seul sursaut, la sir\u00e8ne des pompiers d\u00e9chire la densit\u00e9 de l\u2019air puis plus rien. Mes dents croquent un morceau de concombre. La mastication des morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3- chronique<\/strong><br>Je n\u2019ai pas besoin de fermer les yeux pour le voir. Sur ma r\u00e9tine, la palette des bleus piquet\u00e9e de blancs du tablier \u00e0 l\u2019ombre des grands arbres\u2026 Elles sont l\u00e0, trois, quatre, je ne sais plus. Lessive finie, elles \u00e9tendent quelques v\u00eatements et profitent d\u2019un moment de d\u00e9tente.<br>L\u2019heure de la sieste pour ces lavandi\u00e8res aux tenues chamarr\u00e9es, cheveux d\u00e9faits ou simplement retenus par un foulard multicolore, belles, assises sur l\u2019herbe, un agneau pr\u00e8s d\u2019elles (je n\u2019en suis plus s\u00fbre \u2014 est-ce que je ne confond pas avec un autre tableau&nbsp;?). Je sens l\u2019air qui vrombit d\u2019insectes l\u00e9gers, j\u2019\u00e9coute le souffle t\u00e9nu de leur respiration, la brise caresse leurs visages, la lumi\u00e8re du peintre effleure les blancs, les bleus, les ocres, les carmins.&nbsp;<br>Elles sont l\u00e0, l\u2019une s\u2019appuyant sur l\u2019autre, une endormie la t\u00eate sur les genoux d\u2019une autre. Le calme, les bras qui se touchent, le moment des confidences, des soupirs. L\u2019entente, l\u2019amiti\u00e9, la complicit\u00e9, peut-\u00eatre pourrait-on parler aujourd\u2019hui de sororit\u00e9.&nbsp;<br>Je suis all\u00e9e retrouver le tableau de Goya au Prado il y a deux ans. Je me suis assise face \u00e0 lui, m\u2019y suis gliss\u00e9e comme on p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019eau frissonnante d\u2019une rivi\u00e8re, m\u2019y suis laiss\u00e9 flotter. Moment privil\u00e9gi\u00e9 des amiti\u00e9s retrouv\u00e9es, instant suspendu de relations humaines paisibles o\u00f9 la compagnie des autres raconte le besoin de se sentir vivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4- Pas de bureau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas de bureau ou plut\u00f4t j\u2019en ai un tellement encombr\u00e9 de paperasse, d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites, allant de l\u2019orchid\u00e9e blanche au pot \u00e0 crayons multicolores en passant par les programmes annuels des th\u00e9\u00e2tres des environs, que je ne m\u2019y pose jamais. Sauf, pour y charger l\u2019ordinateur portable, la prise \u00e9tant tr\u00e8s proche et le c\u00e2ble tr\u00e8s court.<br>Alors quand je me mets \u00e0 \u00e9crire, c\u2019est bien souvent sur mes genoux. En chemin, je prends en notes des pens\u00e9es, des remarques, des paroles cueillies \u00e0 la vol\u00e9e. L\u2019ordinateur portatif, lui, emplit le r\u00f4le de bureau, un bureau nomade et c\u2019est ce qu\u2019il me pla\u00eet, surtout quand vient l\u2019\u00e9t\u00e9, et particuli\u00e8rement l\u2019atelier d\u2019\u00e9t\u00e9. Je sais que je vais passer d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 une autre. Un jour le Vercors, un autre le Cotentin ou le marais poitevin. Ainsi au gr\u00e9 de mes d\u00e9placements, des branchements hasardeux, voire impossibles, j\u2019\u00e9cris, enfin j\u2019essaie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1- Ce mondeComment va le monde&nbsp;?&nbsp;D\u2019errances en d\u00e9sesp\u00e9rance, il roule sous la p\u00e2le lueur de la lune. 2- ce r\u00e9el si r\u00e9elOffrande du matin\u00a0: le pigeon ramier a encore d\u00e9pos\u00e9 quelques brindilles sur le rebord de la fen\u00eatre de la cuisine. Je remarque son go\u00fbt pour celles en forme de V. 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