{"id":213955,"date":"2026-07-04T09:36:26","date_gmt":"2026-07-04T07:36:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=213955"},"modified":"2026-07-04T09:36:26","modified_gmt":"2026-07-04T07:36:26","slug":"chroniques-00-prologue-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-00-prologue-10\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 | prologue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 \u2014 Le monde\u2009?<\/strong><br>Le monde, quel monde\u2009? celui qui a trop chaud\u2009? qui va avoir trop chaud\u2009? qui le sait depuis longtemps mais qui se cache les yeux derri\u00e8re sa grasse patte, sa patte si bien graiss\u00e9e\u2009? Alors chanter partout qu\u2019il faut planter des arbres. Et puis dans quelques mois, quand l\u2019hiver sera revenu, ou au moins le frais automne, vouloir couper les arbres. Et en faire des copeaux, pour cause d\u2019\u00e9cologie, d\u2019\u00e9nergie renouvelable, coupez-moi tous ces arbres, tous petits maigrichons, qui ne sont m\u00eame pas bons pour des planches d\u2019\u00e9tag\u00e8res. Le monde de La Fontaine, avec bien peu de fourmis et beaucoup de cigales. Le monde serait une fable\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 \u2014 Jour tranch\u00e9<\/strong><br>7h30\u00a0: des nuages, pas de trop grand ciel bleu ce matin enfin. \u00c9couter la m\u00e9sange bleue, la fauvette \u00e0 t\u00eate noire. Bataille de territoires sonores. Et puis quand elles se taisent les voitures comme des mouches, au fond de la vall\u00e9e \u2014 7h45\u00a0: soleil sous les nuages. Peur de la chaleur. Plus d\u2019oiseaux, bruit des camions sur la route \u2014 8h00\u00a0: les fleurs des ch\u00e2taigniers ont perdu leur jaune. De loin on les confond avec l\u2019envers des feuilles de fr\u00eane, retourn\u00e9es par le vent. Un coq, celui de M. \u2014 8h15\u00a0: volets ferm\u00e9s, juste un rai de lumi\u00e8re sur l\u2019interrupteur. Vraie lumi\u00e8re sur fausse lumi\u00e8re \u2014 8h30\u00a0: mouches, ailes de mouches, pattes de mouches sur la peau, pattes de mouches sans la page \u2014 8h45\u00a0: encore un peu de frais, fen\u00eatres ouvertes, troglodyte mignon qui sifflote \u2014 9h00\u00a0: petit souffle d\u2019air qui fait s\u2019agiter la toile d\u2019araign\u00e9e sous la table \u2014 9h15\u00a0: soleil sur le figuier, odeur \u2014 9h 30\u00a0: penser, profiter du frais pour aller jardiner, sueur, le long des bras \u2014 9h45\u00a0: ce serait s\u00e9cheresse. La terre, poussi\u00e8re \u2014 10h00\u00a0: chercher l\u2019ombre \u2014 10h15\u00a0: le sec fl\u00e9trit, il rabougrit tout \u2014 10h30\u00a0: souffle d\u2019air dans les arbres, les feuilles en flammes, vert et orange, couleurs compl\u00e9mentaires \u2014 11h00\u00a0: la forme des ombres sur le parquet, regarder d\u2019o\u00f9 elles viennent, de quel peigne ces dents-l\u00e0 \u2014 11h15\u00a0: voir les ombres bouger, elles s\u2019en retournent vers la fen\u00eatre, noter leur position, des rep\u00e8res dans la t\u00eate, des graduations, des barreaux d\u2019\u00e9chelle \u2014 11h30\u00a0: les derniers n\u00e9v\u00e9s retranch\u00e9s dans leur creux. Faire des photos pour se souvenir, mettre la date au dos. \u00c9chelle, encore \u2014 11h45\u00a0: \u00e9carter les bras pour profiter de l\u2019air. Fa\u00e7on cormoran. Penser \u00e0 la mer, \u00e7a rafra\u00eechit\u2009? Essayer de ne pas y penser, mais impossible de penser \u00e0 ne pas penser \u00e0 quelque chose, sinon, ne pas penser \u00e0 quoi d\u00e9j\u00e0\u2009? \u2014 12h00\u00a0: silence. Plus d\u2019oiseaux ou tr\u00e8s peu. Regarder par la fen\u00eatre, voir un papillon. Se rassurer, encore de la vie et de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u2014 12h15\u00a0: sortir de l\u2019ombre. La chaleur comme un coup, l\u2019impression de rentrer dans le visqueux d\u2019un fluide \u2014 12h30\u00a0: une fois au frais, on oublie la sensation de chaleur, on ressort et choc \u00e0 nouveau \u2014 13h00\u00a0: Agacement des mouches, ranger la nourriture pour \u00e9viter l\u2019id\u00e9e de leurs pattes dans la bouche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 \u2014 Les algues bleues de Matisse<\/strong><br>Je les vois dans la mer, ces peintures immobiles, elles bougent avec les vagues, se d\u00e9placent tranquillement, suivent les mouvements de l\u2019eau aller-retour, elles font des cercles, des huit, infiniment. C\u2019est peut-\u00eatre moi qui bouge, moi qui suis dans la mer quand je regarde ces algues, les longs doigts de papier, color\u00e9s et charnus qui font sac et ressac, aller et revenir, se replier, s\u2019ouvrir, elles font na\u00eetre le mouvement, par leur mouvement \u00e0 elles ou mon mouvement \u00e0 moi, je ne sais plus qui bouge, elles m\u2019emm\u00e8nent comme le train, son mouvement d\u2019immobile. Pas grand-chose pour dire oui, ce sont bien l\u00e0 des algues, le reflet d\u2019une surface ou les mouvements de l\u2019eau, rien de tout \u00e7a ici, rien pour dire o\u00f9 on est, rien pour dire qui elles sont. Le bleu est bleu aussi, une couleur pour faire forme, pour s\u2019adresser aux yeux, le bleu de l\u2019eau au mieux, les algues ne sont pas bleues, des algues d\u2019eau peut-\u00eatre, mais pas des algues en algues. Ces algues me laissent une place, une place vraiment \u00e0 moi, pas juste une petite place pour mon admiration, une vraie place \u00e0 moi, \u00eatre algue parmi les algues, fluer et refluer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 \u2014 \u00c7a avance\u2009?<\/strong><br>\u00c7a d\u00e9pend. \u00c7a d\u00e9pend de ce que vous entendez par \u00e7a. Plusieurs chantiers en cours, peut-\u00eatre trop, s\u00fbrement trop puisque pas grand-chose n\u2019avance vraiment. R\u00e9vision du manuscrit, toujours envie de relire une derni\u00e8re fois, qui deviendra l\u2019avant-derni\u00e8re. Le chantier de Mow, rebaptis\u00e9e M malgr\u00e9 la jolie sym\u00e9trie, mais pour cause de trop grande ressemblance du c\u00f4t\u00e9 britannique avec un m\u00e2chouillage de bovin voire d\u2019ovin. Pas vraiment commenc\u00e9, une accumulation de textes qui s\u2019emm\u00ealent, trouver le d\u00e9but de la pelote, le d\u00e9but, le d\u00e9but. Alors qu\u2019on le sait bien, pour \u00e9crire, il faut d\u00e9j\u00e0 \u00e9crire. Ensuite, le site, mes si chers Enleveurs, h\u00e9siter avec Patreon, peur de ne pas pouvoir nourrir deux sites affam\u00e9s quand tout ce que j\u2019\u00e9cris suffit \u00e0 peine pour un, alors lui rajouter une jolie newsletter pour les abonn\u00e9s, reprendre ce\u00a0<em>\u00e7a avance\u2009?<\/em>\u00a0par exemple. Et puis peut-\u00eatre un bouton, m\u00e9c\u00e9nat, soutien, don, oser dire que le clavier, le mac, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les abonnements nombreux, les livres et puis le temps aussi, \u00e7a p\u00e8se, que ce serait mieux par le troc, mais \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00e9changes, devoir s\u2019en remettre aux sous, \u00e0 ces satan\u00e9s sous, mais sans faire payer ceux qui donnent d\u00e9j\u00e0 tant. Alors y r\u00e9fl\u00e9chir, c\u2019est-\u00e0-dire ne rien faire. Pas tout de suite on se dit. Par o\u00f9 commencer\u2009? \u00e7a d\u00e9pend<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \u2014 Le monde\u2009?Le monde, quel monde\u2009? celui qui a trop chaud\u2009? qui va avoir trop chaud\u2009? qui le sait depuis longtemps mais qui se cache les yeux derri\u00e8re sa grasse patte, sa patte si bien graiss\u00e9e\u2009? Alors chanter partout qu\u2019il faut planter des arbres. 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