{"id":214032,"date":"2026-07-09T13:57:24","date_gmt":"2026-07-09T11:57:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214032"},"modified":"2026-07-09T14:13:51","modified_gmt":"2026-07-09T12:13:51","slug":"chroniques-01-fitness-sommeil-et-reproduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-fitness-sommeil-et-reproduction\/","title":{"rendered":"\u00ab chroniques \u00bb | #01 | Fitness, sommeil et reproduction"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> 1 | <em>A FIT WORLD<\/em> <br>un monde qui presse tend rase s&rsquo;hydrate regarde silence signe hochete rassure \u00e9coute des absents<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9f.\u00b0 de fitness (sens 2, Merriam-Webster)  : <em>la capacit\u00e9 d&rsquo;un organisme \u00e0 survivre et transmettre son g\u00e9notype a une descendance reproductrice compar\u00e9e aux organismes rivaux.<\/em><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>3\/ LE SOMMEIL DE L&rsquo;AUTRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La hanche l&rsquo;arri\u00e8re du bras le galbe du triceps le flanc la nuque la m\u00e2choire et le front. Une jambe droite une jambe repli\u00e9e en chien de fusil une id\u00e9e de corps. Des murmures sussurrent des langues monologuent. L&rsquo;imposante lune mena\u00e7ant l&rsquo;implosant petit soleil noir. Musique d&rsquo;attente t\u00eate muette. Diffusion de muzak et compression. Les notes s&rsquo;\u00e9tendent et se relient en harmoniques lancinantes. La dur\u00e9e devient quantit\u00e9 de patience et d&rsquo;oubli. En 1964, \u00e0 l&rsquo;invitation d&rsquo;Andy Warhol, LaMonte Young cr\u00e9e un bande sonore minimaliste pour le film \u00ab\u00a0Sleep\u00a0\u00bb. Ces sons dronants, amplifi\u00e9s, se distinguent par la r\u00e9p\u00e9tition, la saturation et leurs modulations rapides &#8211; en cela ils se distinguent d&rsquo;un bruit par leur \u00e9laboration. Ils rappellent le son qu&rsquo;\u00e9mettent les appareils \u00e9lectroniques en fonctionnement. L&rsquo;entreprise Muzak Corp a alors dix ans et la musique d&rsquo;attente (ou MOH : music on hold) trente. Le but est de combler les vides et silences d&rsquo;un monde industriel et technologique encore m\u00e9canique et m\u00e9tallique, encore bruyant et accidentant. Les freins d&rsquo;urgence, dit parachutes, ont d\u00e9j\u00e0 cent ans \u00e0 ce moment l\u00e0 mais la peur reste. Les liftiers ont disparus progressivement depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es trente dans les immeubles nouvellement \u00e9quip\u00e9s. Les utilisateurs sont d\u00e9sormais seuls dans l&rsquo;ascenseur avec personne pour les rassurer s&rsquo;il y a un souci. Le but de la muzak est de pallier \u00e0 ce vide et les effets sont express\u00e9ment hypnotiques &#8211; repoussant l&rsquo;id\u00e9e de la rupture des c\u00e2bles, de la perte brutale du contrepoids, de la chute effr\u00e9n\u00e9e de la cabine que le bruit de la machinerie rend encore imaginable. Cette peur est de moins en moins justifi\u00e9e mais l&rsquo;int\u00e9gration des ascenseurs dans les f\u00eates foraines sugg\u00e8re que le sujet est encore mati\u00e8re \u00e0 fantasme et \u00e0 sensation. Le modernisme ne d\u00e9passe pas les peurs primaires de la chute, ils les transforment et les magnifient ci et l\u00e0 dans des endroits pr\u00e9cis, cadr\u00e9 et l&rsquo;imagination qu&rsquo;ils comportent nous revient ci et l\u00e0 dans la vie quotidienne. Couvrir tout cela par quelques notes en majeur de piano ou de saxophone formant une nappe m\u00e9lodique continue et optimiste. Invitant \u00e0 l&rsquo;attention ext\u00e9rieure, sa fadeur d\u00e9courage l&rsquo;introspection, incite au <em>small talk<\/em>, permet l&rsquo;<em>elevator pitch<\/em> et s\u2019accommode de la <em>pick up line<\/em>. Plus tard, elle saisit l&rsquo;imagination de l&rsquo;appelant mis en attente, le pacifiant, lui \u00e9vitant une veille diurne. La musique drone, et plus tard industrielle, inverse quelque peu l&rsquo;id\u00e9e de la muzak en prenant comme source de r\u00e9confort, comme langage sonore, la reproduction de sons de ce nouveau monde solitaire sans liftiers et standardistes mais fonctionnel, efficace et audible, non plus pour attirer notre attention vers un ailleurs optimiste mais pour nous envelopper. En pratique, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;utopie, tout est l\u00e0. Ces sons sont ceux de notre isolement avec les machines. Au bureau, dans un couloir, devant un ascenseur, dans un parking souterrain. La g\u00e9n\u00e9ralisation des am\u00e9liorations technologiques dans le passage de la m\u00e9canique hydraulique \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrom\u00e9canique rend les appareils plus silencieux. Cette nouvelle normalit\u00e9 devient une source d&rsquo;apaisement contre une autre nouvelle source d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 qui est la disruption, la panne, l&rsquo;arr\u00eat dans une soci\u00e9t\u00e9 en pleine acc\u00e9l\u00e9ration et atomisation ou l&rsquo;ascenseur sociale est en marche. Et tout autant pour ces sons dronants qui m&rsquo;enveloppent en regardant les cinq heures et quelques minutes de \u00ab\u00a0Sleep\u00a0\u00bb. Situation qui me fait \u00e9crire et regarder John Giorno dormir. Cet autre que je veille m&rsquo;insomnise par son calme spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>5 | REPRODUCTION<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> \u201c<em>Les grands corbeaux sont des oiseaux fid\u00e8les. Une fois le couple form\u00e9, m\u00e2le et femelle restent unis jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un ou l\u2019autre.\u201d<\/em>&nbsp; Le Mag des Animaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des nuages et des mouettes invisibles. Quotidiennement, des pigeons se posent sur le rebord de ma fen\u00eatre et regardent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.\u00a0Les nuages sont aussi dans mon corps. Ils sont aussi dans mes organes et les vides entre eux sont les trou\u00e9es de ciel bleu que ce corps d\u00e9vitalis\u00e9. Je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 me r\u00e9chauffer depuis des mois dans cette nouvelle r\u00e9gion.\u00a0Alors que certains climats avaient eu comme effet un sentiment d&rsquo;expansion corporelle &#8211; le froid et l&rsquo;humide m&rsquo;amollissait le corps. Sur le toit voisin \u00e0 travers la fen\u00eatre, une chemin\u00e9e de briques rouges, surmont\u00e9e d\u2019une antenne, dont la base \u00e9tait assombrie, couverte de mousses grises et vertes t\u00e9moigne de l\u2019humidit\u00e9 du climat.\u00a0Deux merles y sont pos\u00e9s. Habitant au dernier \u00e9tage d\u2019un appartement, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un t\u00e9moin particulier de leur vie commun au fil des trois saisons que j&rsquo;ai pass\u00e9 dans cette piaule mansard\u00e9e. Je devine un nid dans la chemin\u00e9e. Un merle se pose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou sur le col de la chemin\u00e9e, tandis qu\u2019un autre, le m\u00e2le s\u00fbrement, se tient sur le mur de la chemin\u00e9e. Il y a de la place pour deux. Parfois ils sont ensembles sur le mur ou le col. A ce moment, l\u2019image mentale de deux oiseaux sur un m\u00eame col de chemin\u00e9e ou couch\u00e9 sur le mur, un faisant sa toilette et l\u2019autre regardant les alentours fait advenir l\u2019id\u00e9e de couple, de la fid\u00e9lit\u00e9, de la lutte pour la vie et plus encore de la reproduction. La fr\u00e9quentation des pr\u00e9caires, marginaux et nomades informe am\u00e8rement sur les conditions de possibilit\u00e9s de l&rsquo;amour, du couple, de la reproduction. La seule reproduction qui vaille pour cette population et moi qui en faisait partie \u00e9tait celle de la force de travail et de l&rsquo;espoir, la rage ou la curiosit\u00e9 de vivre. Je ne saurais toujours pas ce que ferait un couple heureux ou la motivation \u00e0 la reproduction sexuelle. Mais l&rsquo;observation de ce couple de merles me plait. L&rsquo;observation des oiseaux et par la suite la fr\u00e9quentation des classes populaires salari\u00e9es, dans une perspective particuli\u00e8re, fragile et myst\u00e9rieuse, informe pareillement sur la tension entre le d\u00e9nuement dans lequel est plong\u00e9 le script de leurs motivations \u00e0 la reproduction et la r\u00e9ponse des individus : survivre co\u00fbte que co\u00fbte apr\u00e8s la reproduction. Pour voir dans l&rsquo;absence de couple ou d&rsquo;enfant, un sympt\u00f4me psychopathologique par le pass\u00e9, il fallait modeler un individu qui excluait non seulement les fous, mais aussi les bonnes, les coursiers et toute une population exclue du march\u00e9 des relations sexuelles ou matrimoniales \u00e0 cause de leur situation sociale. Cela jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es vingt ou trente avec la premi\u00e8re explosion sexuelle. Aujourd&rsquo;hui, le resac social et culturel r\u00e9impose des limites ou des \u00e9preuves \u00e0 la reproduction, la mise en couple, l&rsquo;amour. Ind\u00e9niables, je ne sais ce qui agit ces merles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | A FIT WORLD un monde qui presse tend rase s&rsquo;hydrate regarde silence signe hochete rassure \u00e9coute des absents D\u00e9f.\u00b0 de fitness (sens 2, Merriam-Webster) : la capacit\u00e9 d&rsquo;un organisme \u00e0 survivre et transmettre son g\u00e9notype a une descendance reproductrice compar\u00e9e aux organismes rivaux. 3\/ LE SOMMEIL DE L&rsquo;AUTRE La hanche l&rsquo;arri\u00e8re du bras le galbe du triceps le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-fitness-sommeil-et-reproduction\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">\u00ab chroniques \u00bb | #01 | Fitness, sommeil et reproduction<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":688,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-214032","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/688"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214032"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214032\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214520,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214032\/revisions\/214520"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}