{"id":214118,"date":"2026-07-06T13:12:49","date_gmt":"2026-07-06T11:12:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214118"},"modified":"2026-07-06T13:12:49","modified_gmt":"2026-07-06T11:12:49","slug":"chroniques-01-l-souffle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-l-souffle\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 l Souffle"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><strong>1 l Du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;LE MONDE AVAIT POURTANT DIT QU\u2019IL RESPIRERAIT, IL A DU PRENDRE FROID. IL TOUSSE.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines fois r\u00e9pondre \u00e0 la question, c\u2019est interrompre le souffle. C\u2019est toujours int\u00e9rieur. Il y a le temps de l\u2019\u00e9coute. Le moment o\u00f9 les yeux sont ferm\u00e9s. Quand les sons se perdent dans le bruit puis recommencent \u00e0 \u00eatre inaudibles. Depuis le d\u00e9but, je sais que cette enseigne se place exactement au centre du plus profond de soi. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle clignote le mieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><strong>2 l Le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les bords de Seine, il y a un parc, un b\u00e2timent o\u00f9 les notes se pendent. A c\u00f4t\u00e9 des barri\u00e8res se suspendent sur des barres des hommes plus ou moins jeunes. Leurs muscles en tension, leurs corps et l\u2019effort. Ils s\u2019essoufflent, se reposent, patientent. Sur le &nbsp;c\u00f4t\u00e9, il y a un sac de frappe. Celui-ci est recouvert par un bandage pour qu\u2019il r\u00e9siste aux coups. Et comme des oiseaux, on avance et recule pour lui rentrer dedans. Pendant que tout autour on aiguise ses muscles, les chauffent \u00e0 blanc, les m\u00e8tres quatre-vingt c\u00f4toient les m\u00e8tres soixante, trapus, massif, les impacts des gants poussent la masse longiligne de quelques centim\u00e8tres. C\u2019est comme une pendule. Chacun y jette un \u0153il, entre une traction, une suspension, de la transpiration, on se jauge. Ce sont les plus silencieux qui comptent les coups, ce sont eux souvent les plus dangereux de ce documentaire. Ceux qui crient ne savent pas que ce coup au menton ou bien ce bras arri\u00e8re, c\u2019est comme un long po\u00e8me qu\u2019on ne peut lire qu\u2019allong\u00e9. Il nous pique le bide, nous retourne la t\u00eate, nous \u00e9tale tout du long et le monde nous apparait pench\u00e9, dispos\u00e9 pour contempler le ciel, y attendre les \u00e9toiles. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><strong>3 l<\/strong> <strong>\u00c9crire avec Clarice Lispector<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est rond. C\u2019est aigu. Ce n\u2019est pas comme des cheveux cr\u00e9pus que l\u2019on coiffe et recoiffe au peigne. Ni comme un trou que l\u2019on creuse \u00e0 la pelle. Cette main mille fois imagin\u00e9e qui se rapproche d\u2019un visage. On ne dit pas main. C\u2019est une forme de beuverie. C\u2019est la premi\u00e8re fois que l\u2019on dort dans un bar. Sous la table l\u2019odeur est plus forte et la respiration plus encombr\u00e9e. C\u2019est&nbsp;le corps qui retombe sur la chaise. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019aime les points de suspension. Je sens les vagues int\u00e9rieures. Cette fois, je l\u2019attends. Un jour, j\u2019ai fini par transposer le r\u00e9el. Je l\u2019ai fait passer d\u2019un paragraphe \u00e0 l\u2019autre. Il s\u2019est tromp\u00e9 de camp. Il y a des a\u00e9roports qui sont des tranches de r\u00e9alit\u00e9 superpos\u00e9e. Si je tends la main, je peux y acc\u00e9der. C\u2019est la raison pour laquelle, on ferme les yeux. On est toujours en vacances d\u2019une autre vie. J\u2019ai jamais autant respir\u00e9. Est-ce qu\u2019une musique peut \u00eatre ind\u00e9cente&nbsp;? Je ne parle pas de ses paroles. Je pensais plut\u00f4t \u00e0 sa beaut\u00e9 au mauvais moment. \u00c7a me fait penser \u00e0 quelque chose que je ne peux r\u00e9v\u00e9ler. Je fais comme le lecteur. Il y a tellement de choses qu\u2019il ne dit pas. Il y a des barques dont l\u2019odeur ne s\u2019oublie pas. On pense m\u00eame \u00e0 la rouille. Je voudrais \u00eatre \u00e0 la lisi\u00e8re des souvenirs. Je voudrais les convoquer et les laisser se reposer comme de vieux clich\u00e9s qui ont besoin de temps avant de reprendre la route. Il y a des professeurs dont on ne se souvient que de ce qu\u2019ils n\u2019ont pas dit.&nbsp; Je viens de comprendre que les yeux ont de l\u2019importance. Faut que j\u2019en parle. J\u2019appelle \u00e0 la barre mon personnage gouailleur, je le sors d\u2019un film en noir et blanc. Il me fait un regard. Pas le genre d\u00e9\u00e7u, non plut\u00f4t le regard de celui qu\u2019a pas besoin de moi. Il existe, voil\u00e0 tout. Il peut m\u00eame danser et chanter \u00e0 tue-t\u00eate. Alors&nbsp;! Alors&nbsp;? Bah quoi&nbsp;? Bah rien. Y a pas que les yeux, mais quand m\u00eame. Qu\u2019est-ce que tu veux dire&nbsp;? Je peux pas l\u2019expliquer. C\u2019est quelque chose que je sais maintenant. Donc, c\u2019est plus comme avant. Ce sera plus jamais comme avant. Regarde, maintenant, j\u2019ai les yeux grands ouverts. Je peux aussi les rendre plus petit. Et alors&nbsp;? \u00c7a change tout. Maintenant, non seulement, je regarde, mais je sais que je regarde, je sais aussi que le regard que je pose \u00e0 de l\u2019importance, je peux te voir et je peux aussi me voir. Avant, je pouvais pas. Il y avait comme une g\u00eane. J\u2019osais pas me d\u00e9ranger. L\u00e0, je sais que je peux. C\u2019est m\u00eame requis. C\u2019est ce qui fait toute la diff\u00e9rence. C\u2019est pas un peu pompeux tout \u00e7a&nbsp;? T\u2019es b\u00eate, tu me fais douter. Non, je voulais pas. Je te dis que c\u2019\u00e9tait pas mon intention. Mais, enfin, regarde-moi. Regarde-moi. S\u2019il te plait, me laisse pas dans le noir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><strong>4 l<\/strong> <strong>De soi-m\u00eame et d&rsquo;\u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La derni\u00e8re fois que j\u2019ai mis le nez dedans c\u2019\u00e9tait au mois d\u2019ao\u00fbt 25. Je ne sais pas si c\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 \u00e0 quelqu\u2019un ici de se f\u00e2cher avec son projet d\u2019\u00e9criture. Oh, on n\u2019en est pas venu aux mains, mais il y a eu comme une lassitude. A chaque fois que je la regardais, j\u2019avais l\u2019estomac qui se nouait. Pourtant, je l\u2019aimais. Il y a des phrases auxquelles j\u2019\u00e9tais tellement attach\u00e9. Pas vraiment parce qu\u2019elles \u00e9taient belles, mais parce qu\u2019\u00e0 force, j\u2019avais fini par m\u2019habituer \u00e0 elles. Je pouvais m\u2019imaginer lire la pi\u00e8ce et qu\u2019elles ne soient pas l\u00e0, je les aurais cherch\u00e9 partout. Cette pi\u00e8ce a une histoire, dans le sens de passif. Au d\u00e9but, il y a une nouvelle. Et j\u2019ai fait sortir le personnage de l\u2019histoire de la nouvelle et elle s\u2019est retrouv\u00e9e dans la pi\u00e8ce. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019ont commenc\u00e9 les probl\u00e8mes. Un autre personnage s\u2019est point\u00e9, comme un cheveu sur la soupe et il a rien dit. C\u2019\u00e9tait le parfait contrepoint du personnage principal, le genre passif. Mais vraiment. C\u2019est pas une critique, \u00e7a pourrait mais, non. C\u2019est vraiment une particularit\u00e9. Puis, il a plus boug\u00e9. Un jour, j\u2019ai essay\u00e9 de le faire r\u00e9agir, mais c\u2019est une bourrique. Ce type est une vraie bourrique. Pardon, Gilles, pourtant, je t\u2019aime bien. Je me suis attach\u00e9, mais t\u2019es une bourrique. Je respire. Je suis pas \u00e9nerv\u00e9 pourtant. Pein\u00e9 peut \u00eatre, mais pas \u00e9nerv\u00e9. C\u2019est bien, bien, bien plus profond. C\u2019est tentaculaire. Mais, passons sur Gilles, de toutes fa\u00e7on tout coule sur lui. Sylvie, elle, c\u2019est elle qui m\u00e8ne la danse. C\u2019est comme une araign\u00e9e, c\u2019est elle qui tisse la toile. Elle est dans son univers, sauf bien s\u00fbr si elle a une amn\u00e9sie. Elle ouvre les yeux, elle se r\u00e9veille dans une toile d\u2019araign\u00e9e, la sienne, mais elle ne s\u2019en rappelle plus. Elle ne sait pas qu\u2019elle est une araign\u00e9e. Donc, elle hurle. Elle se dit que quand l\u2019araign\u00e9e va se pointer, elle va se faire bouffer. Elle sait plus qui elle est. Manquerait plus que Gilles lui non plus ne sache plus ce qu\u2019il fait l\u00e0. Il y a des gens qui se sont d\u00e9j\u00e0 perdu en eux-m\u00eames. On les a jamais retrouv\u00e9. Ils ont eu bon chercher. Pourtant, ils \u00e9taient bien l\u00e0, face \u00e0 eux. Il est possible de tourner en rond. Nous on ne se voit pas d\u2019en haut, donc on se dit que \u00e7a a un sens. Qu\u2019on va bien quelque part. C\u2019est une question de circonstance. De l\u00e0, \u00e7a ressemble \u00e0 des cercles. Pour Sylvie et Gilles, c\u2019est \u00e7a. En plus comme, \u00e7a se passe dans une radio. \u00c7a d\u00e9rive dans une fr\u00e9quence. Le comble serait de se retrouver enferm\u00e9 dans un espace clos. Quand on peut plus sortir, c\u2019est autre chose. C\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a que j\u2019en fini pas. Qui sait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><strong>5 l<\/strong> <strong>\u00c0 vous la cantonade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne te comprends mon vieux. Ce verre de whisky n\u2019\u00e9tait pas pour toi. T\u2019es bien l\u00e0, en train de patauger dedans&nbsp;? T\u2019es beau l\u00e0. Je ne suis pour rien si tu ne te contr\u00f4les pas. C\u2019est ta nature. T\u2019as vu un truc qui bougeait, t\u2019a pas pu t\u2019en emp\u00eacher, il a fallu que t\u2019aille voir, t\u2019as plong\u00e9. Il y a des gens qui ne t\u2019adresseraient m\u00eame pas la parole. En plus, t\u2019es mort. Mais, moi j\u2019ai une pens\u00e9e pour toi. Quand j\u2019ai vu tes petites ailes dans le whisky. Oh, si j\u2019avais une seconde pens\u00e9e que t\u2019\u00e9tais encore en vie, j\u2019aurais pris n\u2019importe quoi et je t\u2019aurais sorti de l\u00e0. Tu sais tr\u00e8s bien que t\u2019es pas le premier que j\u2019aurais sauv\u00e9. \u00c7a m\u2019a fait de la peine pour toi, mais en m\u00eame temps, je me suis dit, c\u2019est une mort qu\u2019a de la gueule, explos\u00e9 dans les vapeurs de l\u2019alcool. Je crois qu\u2019\u00e0 ta place, j\u2019aurais pu accepter de finir comme \u00e7a. C\u2019est comme de finir dans la mer. Dans une piscine, je trouve \u00e7a moins classe. Dans la mer, y a presque une chance de finir par ressembler \u00e0 une algue. Alors, je te comprends mon vieux moucheron. T\u2019as tent\u00e9 ta chance et tu t\u2019es brul\u00e9 les ailes. \u00c7a faisait longtemps que j\u2019avais pas re\u00e7u l\u2019appel des insectes. Qu\u2019est-ce que je ferai sans vous&nbsp;? Maintenant que j\u2019ai plus ma grenouille, ma chauve-souris, ma tortue, mes petits rats, mes fourmis maniocs et mes fant\u00f4mes. Je sais, je sais, si je retournais dans ma jungle, on en reparlerait. C\u2019est pas faux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 l Du monde \u00ab&nbsp;LE MONDE AVAIT POURTANT DIT QU\u2019IL RESPIRERAIT, IL A DU PRENDRE FROID. IL TOUSSE.&nbsp;\u00bb Certaines fois r\u00e9pondre \u00e0 la question, c\u2019est interrompre le souffle. C\u2019est toujours int\u00e9rieur. Il y a le temps de l\u2019\u00e9coute. Le moment o\u00f9 les yeux sont ferm\u00e9s. Quand les sons se perdent dans le bruit puis recommencent \u00e0 \u00eatre inaudibles. 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