{"id":214158,"date":"2026-07-08T12:52:53","date_gmt":"2026-07-08T10:52:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214158"},"modified":"2026-07-08T12:52:53","modified_gmt":"2026-07-08T10:52:53","slug":"chroniques-01-origines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-origines\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | origines"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.01<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>UN MONDE QUI SE<br>D\u00c9FINIT EN QUINZE MOTS<br>DANS LA NUIT EST<br>L\u2019\u00c9BAUCHE D\u2019UN R\u00caVE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.02<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">[texte de substitution. le carrefour, il me faut d\u2019abord m\u2019y rendre]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gamin de quatre ou cinq ans assis sur le porte-mioche du caddie, qui, miaulant quelque chose (en danois, norv\u00e9gien\u00a0?) pointe du doigt un article en rayon \u2013 j\u2019ignore s\u2019il s\u2019agit d\u2019une barre chocolat\u00e9e, d\u2019un paquet de chips ou d\u2019une sali\u00e8re de un kilo (une chose est s\u00fbre, ce ne peut \u00eatre que trop sal\u00e9, trop sucr\u00e9, trop gras, pas assez manger-bouger, dangereux pour sa fertilit\u00e9 future, son endurance \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 des chaleurs de 50 \u00b0C en f\u00e9vrier, ou son aptitude \u00e0 travailler plus pour gagner plus, jusqu\u2019\u00e0 ce que mort s\u2019ensuive et que sa productivit\u00e9 trois fois b\u00e9nie connaisse son terme). J\u2019observe son tressautement d\u2019excitation et les coups de pied qu\u2019il envoie, ce faisant, dans le bide de sa m\u00e8re. Je note mentalement son faci\u00e8s extatique dans l\u2019expression de ce d\u00e9sir d\u2019acquisition (quatre ans, d\u00e9j\u00e0 consommateur, d\u00e9j\u00e0 prescripteur, <em>two points \u2013 level 5\u00a0: FIGHT\u00a0!<\/em>). Je me dis (je le fais sans perfidie, seulement parce que c\u2019est \u00e9vident) que la puret\u00e9 de son expression (en cela qu\u2019il ne triche pas, qu\u2019il fait preuve, en cet instant, d\u2019une absolue sinc\u00e9rit\u00e9), d\u00e9forme ses traits au point de lui faire porter un masque difforme, monstrueux\u00a0; je me dis que si je le filmais l\u00e0, maintenant, pour lui repasser sa propre image dans une dizaine ou une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, le petit gar\u00e7on aux beaux cheveux d\u2019or, grandi, ne pourrait que porter jugement sur ce comportement, se renier lui-m\u00eame. L\u2019enfant n\u2019appartient-il pas exclusivement \u00e0 l\u2019adulte qu\u2019il esquisse\u00a0? Je ne le fais pas, car je suis une incarnation de la mansu\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.03<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">retentit la nuit<br>la plainte<br>de b\u00eates qui souffrent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\"><strong>.04 | auto.portrait en poseur litt\u00e9reux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne d\u00e9teste rien tant que les sentiers qui m\u00e8nent \u00e0 une impasse\u00a0: ils sont comme un \u00e9chec personnel. La phrase de Philippe (Pline) L\u00e9otard\u00a0: Pas un jour sans une ligne. Relire est feuilleter un album sans fin\u00a0: je lie les diff\u00e9rentes sections de ce que j\u2019\u00e9cris au paysage que j&rsquo;avais sous les yeux lorsqu&rsquo;elles ont vu le jour. J\u2019aime \u00e9couter le crissement de la plume sur le papier\u00a0: musique apaisante. J\u2019aime les auteur.es dont la langue a sur moi un effet pernicieux. J\u2019aime m\u2019arr\u00eater au hasard d\u2019un p\u00e9riple, sortir un carnet et laisser quelque chose \u00e9clore du vide. Quand je marche, j\u2019\u00e9cris plus loin. Voyager me manque en cela que l\u2019\u00e9criture na\u00eet du d\u00e9placement. Je suis un casanier repenti. J\u2019ai longtemps copi\u00e9 les auteurs admir\u00e9s dans l\u2019espoir que cela me m\u00e8ne \u00e0 moi-m\u00eame. J\u2019admire l\u2019\u00e9criture blanche d\u2019Annie Ernaux, j\u2019envie cette \u00e9conomie dont je suis incapable. J\u2019aime pousser la lecture jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endormissement. J\u2019ai un mal fou \u00e0 faire comprendre \u00e0 mon entourage que lorsque j\u2019ai les yeux dans le vide, je ne r\u00eave pas, je bosse (et je ne suis pas \u00ab disponible \u00bb). J\u2019\u00e9cris pour \u00eatre au monde. J\u2019\u00e9cris pour \u00e9chapper au monde. Je nourris une passion coupable pour l\u2019improductivit\u00e9. J\u2019estime qu\u2019une journ\u00e9e o\u00f9 je n\u2019ai rien \u00e9crit est une journ\u00e9e perdue. Les contradictions m\u2019agacent lorsque je les constate chez les autres. J\u2019\u00e9cris ce que je r\u00eave. J\u2019aime regarder le ciel. J\u2019ai toujours le sentiment que les gens s\u2019engouffrent dans ma vie pour me retenir d\u2019\u00e9crire. Je me trouve parfois beaucoup trop obs\u00e9d\u00e9 par la musicalit\u00e9 de la phrase. Enfant, j\u2019\u00e9crivais pour prot\u00e9ger le tr\u00e9sor cach\u00e9 derri\u00e8re mes prunelles. J\u2019\u00e9cris parfois en imaginant la posture du corps de mes amis dans l\u2019\u00e9criture\u00a0: Thomas, Arthur. Je r\u00eave que j\u2019\u00e9cris. Je redoute que l\u2019\u00e9criture ne soit en moi qu\u2019un pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019exercice de la misanthropie. La page blanche ne provoque aucune angoisse\u00a0: je vais y plonger comme dans un bain (r\u00e9v\u00e9lateur). J\u2019ai toujours la flemme de m\u2019y mettre et ne m\u2019arr\u00eate que par contrainte. Parfois, je ne le fais pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.05 | gros &amp; fac\u00e9tieux<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quatre ans peut-\u00eatre (je n\u2019en sais plus rien, je ne tenais pas de journal \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Je suis gard\u00e9 par ma grand-m\u00e8re. Un mercredi apr\u00e8s-midi, elle m\u2019emm\u00e8ne au zoo. Je ne sais de quel zoo il s\u2019agit. C\u2019est en r\u00e9gion parisienne. Je porte des v\u00eatements hivernaux. Je ne veux pas l\u00e2cher sa main. M\u00eame lorsque je n\u2019ai aucun animal sous les yeux. Les animaux sentent. Une odeur forte, \u00e2cre, qui me d\u00e9goutte et m\u2019effraie. Quelque chose de l\u2019instinct m\u2019informe, par la violence des odeurs, que le danger est partout. Nous longeons l\u2019enclos des \u00e9l\u00e9phants. B\u00eate \u00e9norme. Peau \u00e0 l\u2019aspect terrifiant. Poils. Ma grand-m\u00e8re insiste pour que nous restions un peu. Elle dit que l\u2019\u00e9l\u00e9phant est un animal pacifique. Que c\u2019est un mammouth qui a enlev\u00e9 son manteau. Qu\u2019il ne mange que de l\u2019herbe et n\u2019est jamais m\u00e9chant. Dans un mouvement lent, placide, avec une sorte d\u2019assurance volontaire, au-dessus du grillage de l\u2019enclos, l\u2019\u00e9l\u00e9phant lance sa trompe dans la direction de ma grand-m\u00e8re, qui a un petit sursaut effray\u00e9. (Je t\u2019en donnerai, du pacifisme). Puis la trompe agile \u00e9choue lourdement sur ma t\u00eate blonde, s\u2019empare de mon bonnet, que je vois dispara\u00eetre avec effroi dans la bouche de l\u2019animal. C\u2019est ma t\u00eate que l\u2019\u00e9l\u00e9phant vient de croquer, le haut de mon cr\u00e2ne d\u2019\u0153uf, d\u00e9capsul\u00e9 d\u2019un coup de trompe, me voil\u00e0 la cervelle gob\u00e9e et je n\u2019ai plus que mes yeux pour pleurer. Le gardien du zoo nous assure qu\u2019il tentera, d\u00e8s le lendemain, de retrouver ledit bonnet dans les d\u00e9jections de l\u2019animal. Pas s\u00fbr de tenir tant que cela \u00e0 le r\u00e9cup\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Peut-\u00eatre cet \u00e9l\u00e9phant vit-il encore, qu\u2019il sache que je le pardonne. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il continue \u00e0 bien se marrer en faisant des blagues).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>.01 UN MONDE QUI SED\u00c9FINIT EN QUINZE MOTSDANS LA NUIT ESTL\u2019\u00c9BAUCHE D\u2019UN R\u00caVE .02 [texte de substitution. le carrefour, il me faut d\u2019abord m\u2019y rendre] Le gamin de quatre ou cinq ans assis sur le porte-mioche du caddie, qui, miaulant quelque chose (en danois, norv\u00e9gien\u00a0?) pointe du doigt un article en rayon \u2013 j\u2019ignore s\u2019il s\u2019agit d\u2019une barre chocolat\u00e9e, d\u2019un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-origines\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | origines<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":720,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-214158","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214158","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/720"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214158"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214158\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214377,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214158\/revisions\/214377"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214158"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214158"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214158"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}