{"id":214212,"date":"2026-07-06T21:51:06","date_gmt":"2026-07-06T19:51:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214212"},"modified":"2026-07-06T21:56:38","modified_gmt":"2026-07-06T19:56:38","slug":"chronique-01jhabite-en-vacances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-01jhabite-en-vacances\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | J\u2019habite en vacances"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chronique01_Jhabite-en-vacances_MAG.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 #chronique#01_J&apos;habite en vacances_MAG.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-9137b97a-1f96-4f22-bf7f-84a617cd34ec\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chronique01_Jhabite-en-vacances_MAG.pdf\">#chronique#01_J&rsquo;habite en vacances_MAG<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chronique01_Jhabite-en-vacances_MAG.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-9137b97a-1f96-4f22-bf7f-84a617cd34ec\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1|DU MONDE<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp; JE VOIS UN MONDE QUI SE D<\/em><em>\u00c9SINT<\/em><em>\u00c8GRE AUTOUR DE MOI ET DE TOUTES PARTS&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">D\u2019apr\u00e8s Craig Johnson, <em>Tous les d\u00e9mons sont <\/em>ici, 2011, traduit de l\u2019am\u00e9ricain par Sophie Aslanides, Editions Gallmeister 2015, Totem, 2025p. 308<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2|5 JUILLET 2026<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le carrefour des six routes en compte cinq \u2013 la rue de la R\u00e9publique est ferm\u00e9e par deux barri\u00e8res \u2013 c\u2019est le premier dimanche de juillet jour de braderie annuelle \u2013 le soleil lance son rayon laser pile poil dans l\u2019axe est-ouest de la rue \u2013 je me tiens dans l\u2019ombre au sud-est \u2013 devant moi la poubelle est sur son trente-et-un \u2013 au sol je remarque la signalisation de cinq <em>c\u00e9dez le passage<\/em> \u2013 au milieu du rond-point un cercle en macadam goudronn\u00e9 rose l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9 entour\u00e9 d\u2019un trait peint en blanc \u2013 une Twingo roule du sud en direction du nord avec un tr\u00e8s grand conducteur pli\u00e9 en quatre sur son si\u00e8ge et sur la banquette arri\u00e8re un petit chien tout fier d\u2019\u00eatre l\u00e0 \u2013 cinq paires de guillemets ouverts indiquent le sens de la circulation \u00e0 l\u2019inverse des aiguilles d\u2019une montre \u2013 au nord sortant du tabac-presse un homme en short sport et maillot noirs chauss\u00e9s de tongs porte un journal sous le bras \u2013 il porte aussi des lunettes \u2013 sur le trottoir oppos\u00e9 le polo en damier noir et blanc est assorti \u00e0 la barbe naissante de l\u2019homme \u2013 il traverse deux des cinq rues du carrefour pour rejoindre \u00e0 la terrasse du Bar des 6 routes&nbsp; trois comp\u00e8res buvant un caf\u00e9 turc \u2013 l\u2019enseigne ronde Stella-Artois dit qu\u2019on y sert ou qu\u2019on y a servi de la bi\u00e8re belge \u2013 \u00e0 l\u2019angle sud-ouest la maison est le num\u00e9ro 17 \u2013 plusieurs SUV de couleur sombre passe le rond-point \u00e0 la suite \u2013 les roues int\u00e9rieures montent sur le rev\u00eatement rose central \u2013 les v\u00e9hicules ralentissent \u00e0 peine avant de franchir le carrefour \u2013 ils forceraient plut\u00f4t le passage \u2013 une voiture blanche puis une voiture bleue arrivent par la route de Lyon au nord-ouest \u2013 \u00e0 gauche en direction de l\u2019ouest un panneau triangulaire annonce une zone en travaux \u2013 un panneau de chantier rectangulaire pr\u00e9vient de la pr\u00e9sence d\u2019un feu de chantier et de la circulation altern\u00e9e \u2013 aucune femme ne se prom\u00e8ne \u2013 \u00e0 cette heure matinale il n\u2019y a que des hommes dans la rue \u2013 un homme au maillot jaune vient vers moi avec un long ticket de jeu \u00e0 la main \u2013 un minispace Modus \u2013 une grosse voiture aux quatre anneaux imbriqu\u00e9s \u2013 en diagonale du Bar des 6 routes une agence bancaire \u2013 sur l\u2019ar\u00eate du p\u00e2t\u00e9 de maison en diagonale face \u00e0 moi je lis verticalement \u00ab&nbsp;salon de th\u00e9&nbsp;\u00bb \u2013 je ne l\u2019ai jamais vu ouvert \u2013 je n\u2019ai pas regard\u00e9 le ciel \u2013 bleu \u2013 immens\u00e9ment bleu \u2013<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3|Lire la nuit<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pose toujours un verre d\u2019eau sur ma table de chevet. <em>La nuit<\/em> est le compl\u00e9ment d\u2019objet direct du verbe <em>lire<\/em>. \u00c7a commence par un bruit de volet qui grince ou de dents. Je me l\u00e8ve pour le bloquer. Au d\u00e9but de la nuit le chien jappe au passage d\u2019un chat ou d\u2019un h\u00e9risson. Je ferme la fen\u00eatre de la salle de bain au nord. Les chiens du voisin aboient quand il les nourrit entre quatre et cinq heures. Je bois une gorg\u00e9e d\u2019eau. Les pots d\u2019\u00e9chappement trafiqu\u00e9s se taisent apr\u00e8s minuit. L\u2019eau est encore fra\u00eeche. J\u2019observe l\u2019enfilade d\u2019un mouvement somme toute continu et sonore avec des pointes sourdes ou aig\u00fces parfois inqui\u00e9tantes d\u2019autant plus que la nuit est plong\u00e9e dans le noir d\u00e8s vingt-trois heures. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9clairage public s\u2019endort. L\u2019entreb\u00e2illement du volet sur la couleur et la luminosit\u00e9 du ciel me donne l\u2019heure approximative. Toute cette agitation nocturne me sid\u00e8re. Elle est \u00e0 peu pr\u00e8s identique au cours de mes nuits fluctuantes. Je suis immobile dans mon lit. Le drap bruit comme ailes d\u2019ange de part et d\u2019autres de mes oreilles. Le salon est allum\u00e9. Le jeune homme est rentr\u00e9, il s\u2019est endormi sur le tapis avec le chien. Il encha\u00eene des journ\u00e9es de vingt heures. Les crissements de pneus vrillent mes tympans. Les battements de mon c\u0153ur ratent un coup, j\u2019ai chaud, je transpire, je respire, je me calme. D\u00e9j\u00e0 les camions circulent. Je suis d\u00e9livr\u00e9e de la nuit. L\u2019eau n\u2019est plus tr\u00e8s fra\u00eeche dans le verre qui se vide. L\u2019aube approche.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4|Femme girafe<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je&nbsp; vis pleinement sur mon lieu de travail. Je jongle entre t\u00e9l\u00e9travail lecture et \u00e9criture. Je ne suis pas s\u00fbre d\u2019aimer la campagne m\u00eame si je peux secouer les miettes dehors. En venant m\u2019installer ici j\u2019ai pris perpette. Je suis enferm\u00e9e. J\u2019ai h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une moissonneuse-batteuse. Je l\u2019\u00e9cris avec obsession. Chaque ann\u00e9e j\u2019y reviens. A chaque nouveau cycle d\u2019\u00e9criture. C\u2019est quelque chose qui me tenaille me tiraille dans une \u00e9criture obstin\u00e9e. Je porte un \u00e9t\u00e9 autour du cou. J\u2019ai l\u2019impression parfois que la corde se resserre. J\u2019accumule les \u00e9t\u00e9s comme les femmes girafes accumulent les anneaux. J\u2019en compte douze, autant de campagnes. &nbsp;Je porte aussi des robes et je beurre les sandwiches. Je monte en ville \u00e0 pied. J\u2019ai besoin d\u2019une chaise et d\u2019une table pour lire et \u00e9crire dans mes innombrables cahiers et carnets. Sur une \u00eele d\u00e9serte j\u2019emporterai une trousse. Je ne marche pas toujours avec les m\u00eames chaussures. Je ne sais pas si je dois changer de voiture. J\u2019ach\u00e8te des livres. J\u2019ai vendu mon quart d\u2019appartement. J\u2019arpente les chemins de plaine allant d\u2019un point A \u00e0 un point B avec un casse-cro\u00fbte par ci une pi\u00e8ce de d\u00e9pannage par l\u00e0. Je cherche en vain parfois avec succ\u00e8s le point GPS qu\u2019on m\u2019a envoy\u00e9 sur mon t\u00e9l\u00e9phone mobile alors que pendant des ann\u00e9es je me suis d\u00e9plac\u00e9e avec une carte et \u00e7a marchait tr\u00e8s bien. J\u2019ai toujours un dictionnaire \u00e0 port\u00e9e de main. Je r\u00e9cup\u00e8re l\u2019eau &nbsp;de la salle de bain et de la cuisine dans un arrosoir fendu. Je me lave les cheveux les pieds au sec. Je ne vais plus \u00e0 Lyon. Je ne pleure pas, j\u2019essuie mes larmes en passant sous un tilleul. Je n\u2019aime pas les pantoufles ni les canap\u00e9s. J\u2019avais dit ni chat ni chien. Au matin je ferme les volets quand le degr\u00e9 de bascule est atteint sur le thermom\u00e8tre. J\u2019attends le mois de novembre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5|Cass\u00e9 pattes sanglier<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enfant n\u2019\u00e9tait pas grand, dans sa deuxi\u00e8me ann\u00e9e peut-\u00eatre, c\u2019\u00e9tait l\u2019automne, la saison o\u00f9 l\u2019on va dans les bois cueillir des champignons. Nous nous promenions donc dans les bois pendant que le loup n\u2019y \u00e9tait pas, l\u2019enfant tra\u00eenait un peu les pieds, surtout en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, il \u00e9tait fatigu\u00e9 et peut-\u00eatre su\u00e7ait-il son pouce. Il nous fallait encore rejoindre la voiture, l\u2019enfant donnait la main \u00e0 son p\u00e8re ou \u00e0 sa m\u00e8re, nous avancions lentement sur le chemin en pierre et en herbe avec de profondes orni\u00e8res. Les ombres allongeaient d\u00e9j\u00e0 nos silhouettes quand un chasseur patibulaire d\u00e9boula du fourr\u00e9 devant nous sur le chemin tirant derri\u00e8re lui une b\u00eate inerte \u00e0 l\u2019aide d\u2019une grosse corde. Il portait son fusil en bandouli\u00e8re, une cigarette humide barrait sa l\u00e8vre inf\u00e9rieure. Il avan\u00e7ait ainsi, la b\u00eate derri\u00e8re lui, ahanant et bourru, prenant la m\u00eame direction que nous. Le sanglier pas beau \u00e0 voir et sentant fort avait les poils poisseux tout coll\u00e9s d\u2019avoir couru, une plaie b\u00e9ante et rouge laissait entrevoir ce que personne n\u2019avait envie d\u2019imaginer mais le sanglier \u00e9tait l\u00e0 sous nos yeux et les yeux de l\u2019enfant regardaient le gibier mort. Il a dit de sa voix d\u2019enfant <em>cass\u00e9 patte tanglier <\/em>parce qu\u2019il ne pronon\u00e7ait pas encore bien les mots et qu\u2019il avait entendu parler de sanglier. C\u2019est vrai qu\u2019une patte pendait et l\u2019enfant avait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait cass\u00e9e, que le monsieur le ramenait chez lui pour le soigner. Lui aussi pourrait se casser une jambe et on le soignerait. Nous avons laiss\u00e9 dire l\u2019enfant qui r\u00e9p\u00e9tait comme une antienne <em>cass\u00e9 patte tanglier cass\u00e9 patte tanglier<\/em>. Se souvient-il encore de son premier sanglier&nbsp;? A moi aussi c\u2019\u00e9tait mon premier sanglier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1|DU MONDE \u00ab&nbsp; JE VOIS UN MONDE QUI SE D\u00c9SINT\u00c8GRE AUTOUR DE MOI ET DE TOUTES PARTS&nbsp;\u00bb D\u2019apr\u00e8s Craig Johnson, Tous les d\u00e9mons sont ici, 2011, traduit de l\u2019am\u00e9ricain par Sophie Aslanides, Editions Gallmeister 2015, Totem, 2025p. 308 2|5 JUILLET 2026 Le carrefour des six routes en compte cinq \u2013 la rue de la R\u00e9publique est ferm\u00e9e par deux barri\u00e8res <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-01jhabite-en-vacances\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | J\u2019habite en vacances<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":160,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134,1],"tags":[],"class_list":["post-214212","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214212","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/160"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214212"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214212\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214220,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214212\/revisions\/214220"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214212"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214212"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214212"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}