{"id":214225,"date":"2026-07-06T22:30:41","date_gmt":"2026-07-06T20:30:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214225"},"modified":"2026-07-06T22:30:41","modified_gmt":"2026-07-06T20:30:41","slug":"chroniques-01-comment-ne-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-comment-ne-pas\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | Comment ne pas"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1<br>Un monde qui tombe de haut se d\u00e9fait de sa peau ancienne comme montagne affaiss\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pourrais ne pas. Je pourrais rester l\u00e0 dans mon lit \u00e0 attendre le retour du sommeil ou que quelque chose se passe. Je pourrais rester immobile et dompter ce qui caracole. Je pourrais faire semblant de r\u00eaver. Je pourrais imaginer le sentier, celui-l\u00e0 m\u00eame. Ses trou\u00e9es, ses branchages, la piste accident\u00e9e o\u00f9 vont les animaux \u00e0 cette heure pr\u00e9cise peut-\u00eatre. Il est 4h02. Qui dit que c\u2019est une heure particuli\u00e8re dans la vie humaine, qu\u2019il s\u2019y passe des choses \u00e9tranges. Je ne sais plus, je l\u2019ai lu ou on me l\u2019a dit. Je me demande si les animaux connaissent l\u2019insomnie. Si le sanglier fouille le sol sous la lune pleine. Si le daim galope en pleine nuit. Si le mulot se tourne et se retourne sans parvenir \u00e0 se rendormir. Si la taupe soupire sous la terre sans r\u00e9ussir \u00e0 fermer l\u2019oeil (m\u00eame si&nbsp;; bien s\u00fbr que je le sais&nbsp;; elle est aveugle). Je pourrais me lever et aller gratter moi aussi de la pointe de mes pieds, buter dans des cailloux, rouler dessus, franchir la limite nocturne de l\u2019audible te du visible. Je pourrais exercer ma vue dans l\u2019obscurit\u00e9. Ou au moins aller boire un verre d\u2019eau fra\u00eeche. Il fait tellement chaud. Mais apr\u00e8s j\u2019aurais envie de pisser. Je pourrais prendre un livre mais \u00e7a ne m\u2019aidera pas \u00e0 me rendormir. Je le sens. Je sens que c\u2019est une insomnie qui est pr\u00eate \u00e0 durer. Elle est pr\u00eate \u00e0 m\u2019emp\u00eacher, me bloquer expr\u00e8s. Comme dans une cage entre le jour et la nuit, entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, entre la veille et le sommeil. Sur mon lit-prison, plaqu\u00e9e sur le dos, les yeux ouverts sur le plafond o\u00f9 rien ne se passe. Grand vide sur le moment qui y est suspendu, l\u00e0, comme cette toile d\u2019araign\u00e9e dans l\u2019angle droit accol\u00e9 au montant de l\u2019\u00e9tag\u00e8re du haut, inatteignable. La nuit est un appel et l\u2019insomnie par forc\u00e9ment une paralysie. Il suffit de d\u00e9cider qu\u2019on va se lever. Alors je me l\u00e8ve, ou quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rond-point tout pr\u00e8s. Vide. Aucun pi\u00e9ton, aucune voiture. L&rsquo;heure respirable. Au centre, un olivier ch\u00e9tif respire aussi. Un embl\u00e8me en fer forg\u00e9, une cl\u00e9 et une vague bleue, le Neckar. Un panneau d&rsquo;affichage, vieilles images, un visage d&rsquo;un personnage politique. Des panneaux indicateurs, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le stade, la maison de retraite,&nbsp;un vigneron. Un panneau signalise la limite de vitesse, 30 km\/h. A c\u00f4t\u00e9, le ruisseau au plus bas, envahi de v\u00e9g\u00e9tation. Rares poissons minuscules. Autour, des habitations, haut mur mang\u00e9 d&rsquo;arbres. En face, kin\u00e9sith\u00e9rapeute. Place possible pour se garer, surface de graviers, gravillons qui raclent sous le pas. Les cigales en couvrent le bruit. Placette plant\u00e9e d&rsquo;un micocoulier. En bordure de route, des platanes tachet\u00e9s aux feuilles d\u00e9j\u00e0 jaunies. A terre, des pissenlits dess\u00e9ch\u00e9s et des touffes d&rsquo;herbe \u00e9tonnamment vertes. Sans doute la proximit\u00e9 du ru. Dans l&rsquo;air, une odeur de figuier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4<br>Mes jambes mesurent 42 cm et je chausse du 40. J\u2019aime croquer les gla\u00e7ons. Je ne mange quasiment pas de sucre, je veux dire de bonbons, de chocolat, je carbure aux p\u00e2tes-bolo. Je ne suis pas frileuse. Je me l\u00e8ve souvent en m\u00eame temps que le soleil et mes copains me traitent de barge. Je collectionne les runnings, j\u2019en ai 34 paires presque toutes sont de la m\u00eame marque, m\u00eame mod\u00e8le, mais ce que j\u2019aime&nbsp;: courir pieds nus dans le sable&nbsp;; ni sec ni mouill\u00e9, juste un peu humide. Je me l\u00e8ve souvent avec des crampes le matin. Pour les faire passer je sautille comme un suricate. Je r\u00eave parfois que je vole, jamais que je cours, c\u2019est bizarre. Je chante sous la douche, du hard rock pour crier plus fort, \u00e7a me r\u00e9veille. Je parle \u00e0 mon chien, il ne me r\u00e9pond pas mais il m\u2019\u00e9coute au moins. Je dis mon chien mais c\u2019est celui de mon p\u00e8re (m\u00eame si je crois qu\u2019il me pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 lui). Je ne sais pas faire de v\u00e9lo. Je marche et je cours \u00e0 la place. Un jour, j\u2019aimerais bien monter \u00e0 cheval. A c\u00f4t\u00e9 de chez moi, il y en a un qui s\u2019approche toujours de moi. Derri\u00e8re la cl\u00f4ture, je lui donne des pommes. Je caresse sa bouche, j\u2019adore, c\u2019est tout doux. Quand je m\u2019ennuie, je vais dans un parc pr\u00e8s de chez moi, je m\u2019allonge et je regarde la forme des nuages ou alors je compte les pissenlits et les p\u00e2querettes. La nuit, quand je ne dors pas, je compte les \u00e9toiles&nbsp;; pas pour me rendormir \u00e7a ne marche pas (j\u2019ai essay\u00e9 les moutons \u00e7a ne marche pas non plus). Je d\u00e9teste les moustaches et les barbes. Je ne me baigne que dans la rivi\u00e8re, je ne supporte pas le chlore, \u00e7a pique les yeux et ma peau se couvre de plaques. Un peu comme avec des orties quand on se pique. Un jour, j\u2019aimerais aller \u00e0 Paris. Avant chaque course, j\u2019ai un rituel pr\u00e9cis&nbsp;: je bois beaucoup de th\u00e9 la veille, une douche froide le matin, m\u00eame en hiver, et j\u2019\u00e9coute <em>Thunderstruck<\/em> d\u2019AC\/DC que je chante, ou plut\u00f4t que je hurle sous la douche. Mes parents ont l\u2019habitude. Ils mettent des boules Quies. Je pr\u00e9f\u00e8re les tee-shirts en coton aux tissus synth\u00e9tiques mais la nuit je dors nue, m\u00eame en hiver.&nbsp; Ma couleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e c\u2019est le jaune. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fum\u00e9 de la weed, \u00e7a ne m\u2019a rien fait. Je m\u2019entra\u00eene trois heures par jour, quelque soit la saison. La fable du li\u00e8vre et de la tortue me d\u00e9prime totalement. Avant de courir, je pense souvent \u00e0 la course, je veux dire&nbsp;: le kilom\u00e9trage, le d\u00e9nivel\u00e9 quand c\u2019est tout-terrain, l\u2019ombre possible, la m\u00e9t\u00e9o pr\u00e9vue. Quand je cours, je ne pense \u00e0 rien, je cours, c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5<br>Sur la berge, son long cou extrait de la surface lisse, il secoue ses plumes et ses pattes qu\u2019il pose sur la gr\u00e8ve, avance en se dandinant, un corps bancal. Majestueux et pataud \u00e0 la fois, de sa d\u00e9marche h\u00e9sitante et fragile qu\u2019on imagine maladroite, il traverse le chemin. C\u2019est l\u2019heure du d\u00e9jeuner. Dans l\u2019herbe verte et grasse, il stationne et grignote, comme un chien qui se purge&nbsp;; ou un chat. Il p\u00e2ture de son bec fourrageant le sol frais et tendre d\u2019un d\u00e9but de printemps, indiff\u00e9rent \u00e0 mon regard. J\u2019approche un peu, il ne bouge pas. Je le filme, il m\u2019ignore. Imperturbable et tout entier vou\u00e9 \u00e0 la mastication, m\u00eame pas goguenard*, se d\u00e9pla\u00e7ant par \u00e0-coups dans ma direction sans se soucier le moins du monde de ma pr\u00e9sence, il reste concentr\u00e9 sur la seule action qui vaille la peine&nbsp;: manger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>*clin d\u2019\u0153il \u00e0 Pierre Vinclair<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>5bis (proposition de C\u00e9cile Bouillot)<br>un flot brun<br>\u00eelot sous mousse<br>o\u00f9 un cri fait un pli<br>faux mais doux<br>le souffle mime un toit<br>(ta main)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1Un monde qui tombe de haut se d\u00e9fait de sa peau ancienne comme montagne affaiss\u00e9e 2 Je pourrais ne pas. Je pourrais rester l\u00e0 dans mon lit \u00e0 attendre le retour du sommeil ou que quelque chose se passe. 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