{"id":214272,"date":"2026-07-07T15:25:31","date_gmt":"2026-07-07T13:25:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214272"},"modified":"2026-07-07T16:26:28","modified_gmt":"2026-07-07T14:26:28","slug":"prologue-9","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/prologue-9\/","title":{"rendered":"#chroniques #00 |\u00a0Prologue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1<\/strong> <strong>Le Monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Manquerons-nous au Monde quand nous n\u2019en ferons plus partie\u00a0? <br><em>Qui sait\u00a0? Peut-\u00eatre parlera-t-il longtemps du bon vieux temps o\u00f9 il \u00e9tait peupl\u00e9 par des humains\u00a0!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong> <strong>All\u00e9es et venues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un jour oisif, alangui. Rien ne se passe, rien ne survient. En ronronnement de fond, une s\u00e9rie que les voisines regardent. Des plages musicales, des murmures. On ne sait plus ce qu\u2019il y a sur les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9 des gens.\u00a0<br>Dans la cour, l\u2019\u00e9rable du Japon a bien tenu le coupapr\u00e8s la canicule, le bambou le prot\u00e8ge du soleil. Derri\u00e8re eux, les rosiers et les lauriers roses. Mes yeux fl\u00e2nent. Le livre de C\u00e9cile Coulon est l\u00e0 o\u00f9 je l\u2019ai pos\u00e9. Je ne l\u2019ai pas ouvert aujourd&rsquo;hui. J\u2019attends le soir pour retrouver le jeune gu\u00e9risseur. Il pr\u00e9f\u00e8re la nuit au jour. Mes pens\u00e9es divaguent et se dispersent.<br>Je me d\u00e9cide.Ton v\u00e9lo est beaucoup plus l\u00e9ger que le mien, le coup de p\u00e9dale plus franc. Les pneus plus larges et gonfl\u00e9s \u00e0 bloc.<br>Travers\u00e9e de Roubaix, les gens passent, s\u2019arr\u00eatent, regardent, les gosses en vacances, sautillent dans leurs sandales. Je partage la piste cyclable avec le bus. Je sens son souffle derri\u00e8re moi.<br>Je passe devant les archives du travail, un patrimoine industriel conserv\u00e9, chemin\u00e9e d\u2019usine intacte. Le Mercadonegro, un bar bien planqu\u00e9 dans une ancienne teinturerie, un rooftop exceptionnel, ferm\u00e9 \u00e0 cette heure-ci.<br>Je tourne \u00e0 gauche, le long du canal. Le Pont Duhamel, on aper\u00e7oit l\u2019ancienne brasserie Terkhen, d\u00e9soss\u00e9e, une terrain de jeu incomparable pour les street artistes, \u00e9ternelle Urbex, depuis le temps. Elle domine et affiche ses couleurs. Je mets pied \u00e0 terre un instant. Trop belle la belle la brasserie.<br>La transpiration arrive. L\u00e9g\u00e8re c\u00f4te jusqu\u2019\u00e0 Mercure. Ton v\u00e9lo est plus l\u00e9ger que le mien, la selle plus dure. J\u2019ai cass\u00e9 le r\u00e9tro. Pas l\u2019habitude.<br>Prendre le chemin ombrag\u00e9 \u00e0 gauche, ne pas me tromper comme la derni\u00e8re fois. Une voute offerte par les arbres qui se touchent, un refuge quasi monacal malgr\u00e9 la voie rapide qui ne passe pas loin. Un banc. Je m\u2019assieds. Une poule d\u2019eau me fait de l\u2019\u0153il avant de s\u2019immerger.<br>Ta maison est sur mon chemin. L\u2019eau que tu me sers est fraiche, citronn\u00e9e. Oui, ton v\u00e9lo va bien, il est plus l\u00e9ger que le mien. J\u2019ai cass\u00e9 ton r\u00e9tro. Et la selle est un peu dure.<br>Retour par le parc Barbieux. la D\u00e9licieuse est l\u00e0, qui vend des glaces. On fait la queue.<br>Je suis rentr\u00e9e. Il fait frais. Mon corps baisse en temp\u00e9rature. Le bouquet d\u2019hortensias de Vincent et St\u00e9phanie est magnifique. Je n\u2019aime pourtant pas les hortensias.<br>L\u2019ordinateur est rest\u00e9 sur la table. Je diss\u00e8que les notes que j\u2019ai prises. Le t\u00e9l\u00e9phone, une photo, quelques mots, une pens\u00e9e dont je me suis dit que je la retiendrais et qui s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e.<br>Est-ce que c\u2019est bien comme cela que je dois m\u2019y prendre.<br>Je m\u2019impatiente de mes doutes.<br>La douche me r\u00e9initialise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3. <strong>Ecrire avec Clarice Lispector<\/strong><br>New City SKRISTOL<br>Lisbonne. Les tramways qui se croisent, les funiculaires bond\u00e9s qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent lentement dans les ruelles, les touristes qui mitraillent, rest\u00e9s sur les marches des maisons qui longent. Les tags sur les carcasses, des signatures, des initiales, des vagues, des mouvements drap\u00e9s dans la couleur. Ce tableau, c\u2019est \u00e7a. Et puis des pav\u00e9s peints, dans des nuances de rose, de mauve, le mur qui borde la voie comme un ciel qui renvoie la palette en \u00e9cho. Deux f\u00e9lins, (p\u00e8re et fils ?) sont pos\u00e9s l\u00e0, comme des baroudeurs complices. Des tigres\u00a0? Des chats? Il y a du monde \u00e0 l&rsquo;exposition. On se presse autour des oeuvres, les peintures, les sculptures aussi, chatoyantes. Je reste \u00e0 Lisbonne. Un appel. Je scrute les d\u00e9tails, il faudrait une loupe pour les voir tous. Envie de toucher, de caresser le sol, de suivre le chemin des formes, de parcourir du doigt la cabine du conducteur, d&rsquo;entrer dans le tramway, de me laisser cueillir au vol par le charme. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4. Pas de table de travail <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Train \u00e0 l\u2019arr\u00eat. En rase campagne, stopp\u00e9 comme \u00e7a. Pas de souffle, pas d\u2019itin\u00e9raire, des rails qui ne m\u00e8nent \u00e0 rien. Un wagon qui est un cocon pervers. S\u2019y installent une paresse confuse, un engourdissement des sens, une mollesse de l\u2019envie, un silence lisse. Un paysage comme une toile qu\u2019on a trouv\u00e9 belle mais qui ne s\u2019ouvre que sur elle-m\u00eame. <br>Et ici, sous le cr\u00e2ne. Rien. Rien de neuf. Rependre les carnets, relire et annoter. Se dire qu\u2019avec certains fragments, on fera un recueil, avec de belles photos au c\u0153ur du texte, \u00e0 fleur des mots, suspendues \u00e0 eux. Mais ce sera avec des mots d\u2019avant, d\u00e9flor\u00e9s, lus, partag\u00e9s. De mots nouveaux, pas de trace.<br>Alors, l\u2019atelier\u2026 hmm, \u00e7a frissonne, \u00e7a \u00e9motionne, \u00e7a vibre.<br>Moins de confort tout \u00e0 coup dans le wagon. Ech\u00e9ances, Effervescence. Chaque semaine, tout l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0? Chroniquer, observer, noter, \u00e9couter le monde\u00a0? Dans l\u2019aventure, retrouver peut-\u00eatre des noms connus de personnes qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9es. Alors oui\u00a0! Derri\u00e8re la vitre, le paysage revient \u00e0 lui. Il s\u2019affiche, il s\u2019\u00e9broue, il d\u00e9file de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Le Monde Manquerons-nous au Monde quand nous n\u2019en ferons plus partie\u00a0? Qui sait\u00a0? Peut-\u00eatre parlera-t-il longtemps du bon vieux temps o\u00f9 il \u00e9tait peupl\u00e9 par des humains\u00a0! 2 All\u00e9es et venues C\u2019est un jour oisif, alangui. Rien ne se passe, rien ne survient. En ronronnement de fond, une s\u00e9rie que les voisines regardent. Des plages musicales, des murmures. 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