{"id":214275,"date":"2026-07-11T14:55:00","date_gmt":"2026-07-11T12:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214275"},"modified":"2026-07-11T17:00:40","modified_gmt":"2026-07-11T15:00:40","slug":"chroniques-01-wonderful-world","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-wonderful-world\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | Wonderful world"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1. Le monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">chante \u201cWhat a Wonderful World\u201d la terre vacille.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>2. Le r\u00e9el, rien que le r\u00e9el<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon pied droit d\u00e9cide du rythme de ma marche le pied gauche suit. M\u00e9thode instinctive. Mon squelette avance seul d\u00e9tach\u00e9. \u00c9crire est une m\u00e9thode un plan une structure ind\u00e9pendante. Je pensais que mes sympt\u00f4mes unipolaires me rendraient plus simple ils m\u2019ont rendu plus sauvage. J\u2019arpente un monde qui n\u2019est pas le leur. Je pr\u00e9f\u00e8re les corridas aux messes artificielles la mort y est annonc\u00e9e in\u00e9luctable. Le monde a peur des maladies psychiatriques qui s\u2019expliquent peu. Eux ne sont pas fous Eux les autres. Leur regard s\u2019inonde d\u2019une piti\u00e9 opportuniste corrosive toxique. Leur charit\u00e9 arrache ma peau. On dit ma peau n\u2019est pas blanche dans la vitrine du chapelier elle est diaphane translucide, perception d\u2019une absence de peau. Mes origines leur d\u00e9plaisent. Ma culture est pour eux un mot creux une faillite. Leur empathie me d\u00e9stabilise leurs discours m\u2019agressent. Une main sur mon \u00e9paule me fait hurler. Me taire est me trahir. Je suis un d\u00e9sert de malentendus. Je suis lent \u00e0 comprendre qu\u2019on puisse m\u2019aimer plus rapide \u00e0 reconna\u00eetre la lassitude. Je sais avoir trahi. Trahir est un art. Je suis souvent parti en oubliant de revenir. Jeter mes cl\u00e9s. Changer de cap. Garder des secrets inutiles. Le pouvoir ne m\u2019a jamais int\u00e9ress\u00e9. Je cuisine des plats que je ne mange pas. Je les donne aux chiens. J\u2019aime les silences. J\u2019appr\u00e9cie les restaurants aux odeurs de beurre sal\u00e9 de coquilles Saint Jacques \u00e0 la cr\u00e8me d\u2019un coq au pommard. J\u2019aime l\u2019odeur du linge frais accroch\u00e9 aux terrasses les verres en cristal aux reflets de rouge \u00e0 l\u00e8vres rouge sur nappe blanche sous treille d&rsquo;\u00e9t\u00e9, le soleil en rayons discrets s\u2019amuse \u00e0 caresser ma joue. Les questions me t\u00e9tanisent. Je per\u00e7ois l\u2019infime des d\u00e9tails des ambiances des micro gestes. Perception aigu\u00eb du r\u00e9el corps en tension. Kin\u00e9sique intuitive lecture somatique du monde. L\u2019hyperlucidit\u00e9 corporelle est mon quotidien. Rien ne m\u2019\u00e9pargne. \u00c0 la campagne les odeurs de pluie me ravissent, elles insufflent paix et s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Le b\u00e9ton est un compos\u00e9 de barreaux peu en ont conscience. On rit quand je deviens clownesque. Piniques familiaux faire semblant. Donner le change dans mes relations sociales. Je les vois avec fulgurance je sais ce qu\u2019ils sont ce qu\u2019ils repr\u00e9sentent ce dont ils sont capables l\u00e0 au bord du lac. Partir, au carrefour, une seule direction, la clart\u00e9 des vents.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>3. Insomnie<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore nuit. Int\u00e9rieur tamis\u00e9 de rayures jaunes. Le jardin reste \u00e9clair\u00e9, cela me rassure. Je n\u2019ai pas besoin de r\u00e9veil, je sais qu\u2019il est trois heures trente. Je suis \u00e9veill\u00e9e depuis quelques minutes. Je plisse les yeux comme une enfant qui feint le sommeil. La nuit me traverse, noirs qui avancent et m\u2019envahissent. Un souffle brutal, animal dans ma gorge. Elle est l\u00e0. Mon sommeil se d\u00e9colle de mes os. Elle prend mes flancs. Je r\u00e9siste, tente de rester au bord du sommeil, mais il s\u2019effrite, s\u2019invisibilise, se d\u00e9lite. Elle prend possession de mon corps. Je repousse les draps avec une \u00e9nergie que je croyais perdue. Mes pieds cherchent le sol. Mes mains avancent avant moi.Le cri d\u00e9chirant d\u2019une corne de brume me fait tressaillir. Debout, je m\u2019habille \u00e0 t\u00e2tons. Trop t\u00f4t pour la cuisine. Petite machine \u00e0 caf\u00e9 sur la commode. Bruit assourdi, le jus coule. Odeur premi\u00e8re de caf\u00e9 italien cors\u00e9 sans sucre. Petite tasse \u00e0 moka. Il coule dans ma gorge comme une br\u00fblure. D\u2019autres viendront. Mon insomnie ne m\u2019effraye plus, nous nous sommes apprivois\u00e9es. Enfant, la nuit me faisait hurler de peur. Adulte, elle s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e. Le jour m\u2019effraie autrement. Pour avoir moins peur, je nidifie mes lieux de vie. Je ne suis pas seule. Elle m\u2019accompagne depuis des ann\u00e9es. Ponctuelle. Aucune absence. La solitude est autre chose, glaciale, terrifiante. Vibrations sourdes dans mes doigts, ma tasse dans une main, je redessine mentalement les peintures autour de moi. Mon insomnie chronique se d\u00e9plie \u00e0 la m\u00eame heure depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es, elle cr\u00e9e des sculptures \u00e9ph\u00e9m\u00e8res autour de moi. Aucun mouvement. Aucun bruit. Une paix \u00e9trange, presque mena\u00e7ante. J \u00e9coute le silence pos\u00e9 sur ma peau, ce silence jamais neutre, d\u00e9mesur\u00e9, assourdissant \u00e0 mesure que le jour avance. Je n\u2019ai pas allum\u00e9 la lampe de chevet. Je n\u2019en \u00e9prouve pas le besoin. Un autre caf\u00e9 pour accepter l&rsquo;ouverture de la porte du bureau. Evanouissement de l&rsquo;heure bleue.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>4. De soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9crire<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me m\u00e9fie des voix basses, elles me fatiguent comme les phrases trop prudentes. Je plaisante avec ma douleur pour qu\u2019elle ne prenne pas toute la page. Les couloirs trop longs me donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre suivie par moi m\u00eame. Je d\u00e9teste la mani\u00e8re arrogante qu\u2019ont certains de saluer, elle me rappelle les textes creux. Je me sens mieux dans une cuisine o\u00f9 quelque chose mijote que dans une chambre o\u00f9 quelqu\u2019un m\u2019attend, j\u2019y \u00e9cris mieux. J\u2019oublie les pr\u00e9noms des gens que je croise, jamais ceux qui me blessent. Aimer m\u2019est difficile, \u00e9crire ne l\u2019est pas moins. Je pleure les secrets des autres parce qu\u2019ils ressemblent aux miens. Je ne crois pas que la maladie soit une faute morale ni une excuse, elle est une ombre qui s\u2019invite dans mes phrases. Je pr\u00e9f\u00e8re les terrasses ouvertes aux patios ferm\u00e9s, j\u2019y \u00e9cris en souriant. Je ne sais pas si mon \u00e9criture est dr\u00f4le, mais je fais rire quand je ne le veux pas, le ridicule l\u2019emporte. Je ne supporte pas les respirations fortes, mais je dors pr\u00e8s de celles qui ont peur, j\u2019\u00e9cris pr\u00e8s d\u2019elles, pour elles. Les mots \u00ab crise \u00bb et \u00ab rechute \u00bb me donnent envie de m\u2019asseoir sur le sol pour \u00e9crire avec la terre la creuser y enfoncer ma t\u00eate. Je ne sais pas si je suis courageuse ou t\u00eatue, mais je continue. Pourquoi Je regrette peu, mais longtemps, comme les phrases maladroites, les textes en absence de stylistique, les jours sans. Je cherche la nettet\u00e9, la fluidit\u00e9, pas la nouveaut\u00e9. Le fond et la forme en osmose. Je lave les sols pour calmer mon c\u0153ur, je nettoie les tables pour stabiliser ma main, je passe l\u2019aspirateur pour r\u00e9duire mes bruits int\u00e9rieurs. ils ne d\u00e9sarment pas. Je pr\u00e9f\u00e8re les maisons de p\u00eacheurs sans esp\u00e9rance aux maisons de ma\u00eetres hant\u00e9es, penser \u00e9crire avec peu de lumi\u00e8re. Les voix humaines ne me rassurent pas, les sons des phrases silencieuses davantage. Je me sens parfois en s\u00e9curit\u00e9 avec les textes qui ne me m\u00e9nagent pas, ceux qui me laissent exsangue. Je ne pr\u00e9pare pas ma vieillesse, j\u2019y suis ; je redoute ma finitude comme un animal devant le toril, j\u2019\u00e9cris pour retarder l\u2019ouverture de la porte. Je suis inattentive \u00e0 l\u2019argent, attentive aux plaintes silencieuses, elles me nourrissent. Je ne sais pas si je suis belle, mais je change selon l\u2019heure du jour, mon \u00e9criture aussi. Je me trouve plus vivante de profil que de face, plus juste dans l\u2019ombre que dans la lumi\u00e8re. J\u2019aime mes mains, mes \u00e9paules, mon dos, ce sont eux qui \u00e9crivent. Je n\u2019ai pas d\u2019avis sur mon courage. Je porte parfois des v\u00eatements trop voyants pour oublier ma fatigue. \u00c9crire n\u2019est pas une raison de vivre. Mes voix int\u00e9rieures se mettent au service du tissage, construisent les dialogues des personnages les sensibilisent \u00e0 l&rsquo;acte d\u2019\u00e9crire. Le lecteur donnera sens \u00e0 leur voix. Je ne cherche pas \u00e0 gu\u00e9rir, je cherche \u00e0 tenir, \u00e0 dire, \u00e0 me faire entendre, je ne nomme pas un dixi\u00e8me de ce qui m\u2019habite. Je ne sais pas \u00e9crire. Mes souvenirs poussent inutilement. Je ne sais pas si je suis en exil ou en d\u00e9calage. Je ne sais pas si je suis revenue ou si je n\u2019ai jamais quitt\u00e9 ce que je fuis. Je ne sais pas si j\u2019\u00e9cris l&rsquo;oubli ou si ma m\u00e9moire m\u2019\u00e9treint. J\u2019\u00e9cris d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>5. Animal<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L joue \u00e0 attraper les scorpions enfouis dans les cavit\u00e9s \u00e9parpill\u00e9es du mur de l\u2019\u00e9cole la\u00efque, jaun\u00e2tre et laid. Jeu excitant, si singulier, dont elle r\u00e9p\u00e9tait le geste aussi souvent qu\u2019elle le pouvait. Sa joie illumine son visage d\u2019une infinie tristesse, elle les rel\u00e2che toujours sans dommage. Son sourire, miroir de sa sensibilit\u00e9 \u00e0 la douceur craquel\u00e9e. Un pacte scell\u00e9. Entre eux et elle. L. ne rejoignait jamais les autres enfants pour construire un cercle fait de charbons ardents. Choisir un premier scorpion pour le placer au centre du feu. Ils observaient avec une cruaut\u00e9 malsaine et macabre, ses r\u00e9actions face au danger. Le scorpion \u00e0 la peau luisante et noire, cherche en vain un passage. Aucune issue. Condamnation. Travers\u00e9 par l\u2019esprit d\u2019un samoura\u00ef, son corps, sabre dress\u00e9 vers les t\u00e9n\u00e8bres, reste immobile. Recueilli. Il se pr\u00e9pare \u00e0 son dernier combat. Il suit lentement, tr\u00e8s lentement sa tradition. La voie du Bushido avec une volont\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e, apais\u00e9e de mourir. Sa solitude, dans les cr\u00e9pitements du feu lui transmet une derni\u00e8re fois, les strophes du po\u00e8me Hagakure :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Quand tu te retrouveras au carrefour des voies<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>et que tu devras choisir la route, n&rsquo;h\u00e9site pas :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Choisis la voie de la mort\u00ab.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il l\u00e8ve son dard empoisonn\u00e9, s\u2019injecte consciemment son venin et tombe foudroy\u00e9. Les autres rient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L part,     <\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques-01-Wonderful-Word-4.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:200px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Chroniques-01-Wonderful-Word 4.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3ca87ded-644e-42ed-8066-1df8af5b3126\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques-01-Wonderful-Word-4.pdf\">Chroniques-01-Wonderful-Word 4<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques-01-Wonderful-Word-4.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3ca87ded-644e-42ed-8066-1df8af5b3126\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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