{"id":214406,"date":"2026-07-08T17:56:43","date_gmt":"2026-07-08T15:56:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214406"},"modified":"2026-07-08T19:42:45","modified_gmt":"2026-07-08T17:42:45","slug":"chroniques01-le-corps-manifeste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques01-le-corps-manifeste\/","title":{"rendered":"#Chroniques#01: Le corps manifest\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>1\/ Un monde qui<\/strong> confond \u00eatre et avoir non vous me racontez des histoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>2\/ Un point hors d&rsquo;un cercle<\/strong>. Tout point terrestre est potentiellement un carrefour. L&rsquo;espace au-dessus de notre silhouette poss\u00e8de des trajectoires crois\u00e9es que nous ne voyons pas. Soudain on s&rsquo;arr\u00eate. On est extirp\u00e9 de notre monologue int\u00e9rieur dans un virage \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un quartier. L&rsquo;un des troncs du micocoulier centenaire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9. Dans sa dignit\u00e9 in\u00e9branl\u00e9e l&rsquo;arbre reste une porte. Un \u00e9troit sentier condamn\u00e9 par les broussailles part en pente vers le fond du vallon. Le haut cabanon en pierre de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la route semple \u00eatre l&rsquo;autre pilier marquant une entr\u00e9e. Des centaines de martinets strient le ciel de leurs cris en tournant autour du cabanon. L&rsquo;homme est immobile sur une rue \u00e0 virage. Les oiseaux tournoient \u00e0 toute allure dans leur cercle. L&rsquo;arbre mollement agit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tale dans toutes les directions.&nbsp; Ils crient tellement qu&rsquo;ils mettraient en d\u00e9route un pr\u00e9dateur. Silence des hommes et sifflements aigus des martinets. La nuit s&rsquo;avance la chaleur s&rsquo;apaise. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;humains \u00e0 croiser en cette chute du jour. La plupart ont franchi la porte vers 18h : c&rsquo;est l&rsquo;heure o\u00f9 on les croise. Sur un signe invisible le cercle s&rsquo;\u00e9clate en lignes multiples comme un feu d&rsquo;artifice. Les cris se diffusent dans l&rsquo;espace \u00e0 toute allure. Puis le cercle se reforme. Tr\u00e8s rapide. Strident. L&rsquo;homme est un point immobile pos\u00e9 sur une ligne courbe hors d&rsquo;un cercle tournoyant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:16px\"><strong>3\/ Minuit 07<\/strong> Non ! pas d\u00e9j\u00e0 ! Image s&rsquo;enfuyant des silhouettes du r\u00eave qui \u00e9tait en cours, moyen\u00e2geuses en chasubles noires ou blanches, \u00e0 capuches. Debout immobiles, elles regardaient quelque chose. Volupt\u00e9 des pieds nus sur la natte de bambou. Lever, n\u00e9cessit\u00e9 du verre d&rsquo;eau, pas bu tant de vin pourtant. Appel du confortable fauteuil \u00e0 lecture, sa couleur claire dans la p\u00e9nombre: refus. &nbsp;L&rsquo;eau dans le tube digestif. Rappel que nous sommes un tube digestif. La nuit le corps plus manifest\u00e9 que le jour.<br><strong>1h45 <\/strong>Deuxi\u00e8me r\u00e9veil. Il y a une bagarre derri\u00e8re les volets tenus \u00e0 l&rsquo;espagnolette avec des cris stridents non identifiables. Un seul animal crie. Lever pour frapper dans les volets, espoir de changer le destin d&rsquo;une proie et volont\u00e9 de dormir en silence. Pens\u00e9e pour ceux qui dorment dans des immeubles avec voisins dessus dessous et sur trois c\u00f4t\u00e9s. D\u00e9lice de la fen\u00eatre ouverte sur la nuit. Relaxation bien allong\u00e9 sous le drap dans le noir. Mais tr\u00e8s vite sur le c\u00f4t\u00e9 car le corps ne veut pas. Il dirige. L&rsquo;esprit attend que le corps veuille bien dormir. Ni lumi\u00e8re ni lecture. Mais le corps r\u00e9siste. Lumi\u00e8re, verre d&rsquo;eau et pomme \u00e9pluch\u00e9e sur un coin d&rsquo;\u00e9vier. Pour informer le corps autrement et d\u00e9jouer la hantise du manque de sommeil.&nbsp; La nuit les aliments sont meilleurs. Quand on n&rsquo;est pas une proie.&nbsp;<br><strong>5h26 <\/strong>Troisi\u00e8me r\u00e9veil. Lever oblig\u00e9 pour ouvrir tous les volets et la porte d&rsquo;entr\u00e9e sur l&rsquo;air plus frais du petit matin. Dehors \u00e7a p\u00e9pie doucement dans le d\u00e9but du jour. On ouvre \u00e0 peine les yeux car on ne veut pas se r\u00e9veiller. On veut dormir. On ne pourra pas longtemps car le soleil va chauffer. L&rsquo;esprit le sait. La fra\u00eecheur est d\u00e9licieuse. On se rendort tr\u00e8s bien. Il fait jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:16px\"><strong>4\/ Les projets personnels<\/strong> ont la caract\u00e9ristique essentielle d&rsquo;\u00eatre en attente. C&rsquo;est m\u00eame ce qui caract\u00e9rise le projet personnel : il n&rsquo;avance pas. Il est en pause \u00e0 cause de Chroniques, de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 qui ralentit le corps, de l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faut faire un espace propre pour avoir l&rsquo;esprit d\u00e9sencombr\u00e9 pr\u00eat \u00e0 \u00e9crire : d\u00e9sherber la biblioth\u00e8que, ranger l&rsquo;ordi, faire cuire tous ces abricots, d\u00e9cro\u00fbter la plaque parce qu&rsquo;on a laiss\u00e9 d\u00e9border, v\u00e9rifier qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de branche basse qui pourrait mettre feu \u00e0 la haie et que tous les v\u00e9g\u00e9taux survivent, continuer \u00e0 penser le monde en compagnie quand le soir les cigales sont \u00e0 fond. L&rsquo;hiver il y a d&rsquo;autres raisons. Mais durant toutes ces activit\u00e9s l&rsquo;on ne pense toujours qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a : ouvrir le fichier. Le corps n&rsquo;y arrive pas.<br>Pourtant donner une liste de travaux \u00e0 faire \u00e0 la souris (Chronique #00) fut tr\u00e8s efficace avant que n&rsquo;arrive la Chronique #01. Ce fut une tr\u00e8s belle acc\u00e9l\u00e9ration. On acc\u00e9l\u00e8re, on ralentit. \u00c7a me rappelle mon p\u00e8re conduisant la 2CV lors des d\u00e9parts en vacances avec la tente sur la galerie. J&rsquo;appuie sur l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur, je l\u00e2che, j&rsquo;appuie, je l\u00e2che, et dans les c\u00f4tes \u00e0 quarante \u00e0 l&rsquo;heure je me balance d&rsquo;avant en arri\u00e8re au lieu d&rsquo;appuyer. \u00c0 huit ans je crevais d&rsquo;impatience sur le si\u00e8ge arri\u00e8re \u00a0\u00bb mais appuie nom de Dieu ! \u00a0\u00bb mais je ne pouvais que me taire. Et maintenant c&rsquo;est moi qui lambine.<br>Objectif annonc\u00e9 dans cette chronique #01 : finir chaque chronique en trois jours au lieu de quatre. Le quatri\u00e8me pour la lecture des autres textes et pour donner du travail concret \u00e0 la souris :<br>&#8211; rechercher les textes list\u00e9s qui peuvent s&rsquo;ins\u00e9rer dans le projet, les ins\u00e9rer, au besoin en laissant des blancs.<br>&#8211; reprendre les id\u00e9es une par une et les exploiter. Il en reste peu.<br>C&rsquo;est pour cela que \u00e7a traine, on arrive au bout des id\u00e9es mais on sait qu&rsquo;on n&rsquo;est pas au bout du texte. Il y a donc bient\u00f4t un ravin. Ou un tunnel. \u00c0 moins que ce ne soit qu&rsquo;un tumulus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:16px\"><strong>5\/ Tout a commenc\u00e9 <\/strong>par un sms placide :<em> la livraison est effectu\u00e9e, il y a un nid de frelons et un serpent dans la gamelle. <\/em>Le livreur de fioul qui connait les lieux avait d\u00e9roul\u00e9 son tuyau \u00e0 travers le garage pour acc\u00e9der \u00e0 la cuve. J&rsquo;entends des r\u00e9criminations et je sens qu&rsquo;il faut s&rsquo;expliquer : du fioul ! Oui, encore un peu de fioul pour avoir le chauffage central les jours de grands froids. Sinon du bois. La cuve est sous un appentis minuscule o\u00f9 s&rsquo;entassent des tuiles romanes, une pile de briques, des seaux, une vieille gamelle en fer blanc, des pots de fleur et des morceaux de b\u00e9ton cellulaire.<br>Il a bien fallu aller voir mes deux animaux pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s auxquels je pourrais ajouter les sangliers. Mais le livreur ne m&rsquo;avait pas dit : <em>il y a un sanglier dans l&rsquo;appentis.<\/em> Auquel cas je ne serais pas rentr\u00e9e. Pour une fois j&rsquo;aurais appel\u00e9 un chasseur. Je crois. S\u00fbrement. &nbsp;D&rsquo;autant plus que les chasseurs ne savent pas le mal que je dis d&rsquo;eux.<br>Les animaux \u00e9taient en paix. Le serpent \u00e9tait enroul\u00e9 dans la gamelle, on sentait que c&rsquo;\u00e9tait son nid. Les frelons avaient construit un nid de la taille d&rsquo;un poing,  accroch\u00e9 au linteau de bois : un ovale parfait, marron clair tr\u00e8s lisse, une terre au grain tr\u00e8s fin, avec des stries dans le sens de la largeur comme si le nid avait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 par un potier. Je contemplais l&rsquo;\u0153uvre quasiment \u00e0 la hauteur de mes yeux, ne craignant rien car immobile, le serpent dormait, malgr\u00e9 sans doute le bruit que j&rsquo;avais fait. Mon corps avait rep\u00e9r\u00e9 que ce n&rsquo;\u00e9tait pas une vip\u00e8re, sinon il aurait eu une d\u00e9charge \u00e9lectrique suivie d&rsquo;une course effr\u00e9n\u00e9e vers la rue accompagn\u00e9e d&rsquo;appels essouffl\u00e9s au voisinage. Mon corps est en g\u00e9n\u00e9ral inform\u00e9.<br>Les animaux s&rsquo;\u00e9taient install\u00e9s. Ils cohabitaient dans cet espace r\u00e9duit. Tranquilles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ Un monde qui confond \u00eatre et avoir non vous me racontez des histoires. 2\/ Un point hors d&rsquo;un cercle. Tout point terrestre est potentiellement un carrefour. L&rsquo;espace au-dessus de notre silhouette poss\u00e8de des trajectoires crois\u00e9es que nous ne voyons pas. Soudain on s&rsquo;arr\u00eate. On est extirp\u00e9 de notre monologue int\u00e9rieur dans un virage \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un quartier. L&rsquo;un des <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques01-le-corps-manifeste\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Chroniques#01: Le corps manifest\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[579,298],"class_list":["post-214406","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1","tag-animaux","tag-corps"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214406","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214406"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214406\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214428,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214406\/revisions\/214428"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214406"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214406"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214406"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}