{"id":214444,"date":"2026-07-09T08:41:33","date_gmt":"2026-07-09T06:41:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214444"},"modified":"2026-07-09T08:51:43","modified_gmt":"2026-07-09T06:51:43","slug":"chroniques-01","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | rapport aux b\u00eates"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">1 \u2022<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-dark-gray-color has-text-color has-link-color wp-elements-690cd1bba998b31ccd32f6761c626fb3 wp-block-paragraph\">Un monde qui entrouvre un volet sur la branche et l\u2019air frais semble r\u00eaver sa gu\u00e9rison&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"913\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1000065945-1024x913.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-214448\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1000065945-1024x913.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1000065945-420x375.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1000065945-768x685.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1000065945.jpg 1499w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">2 \u2022<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-dark-gray-color has-text-color has-link-color wp-elements-4ff61abeeb8642fbe88d5177a7b2c682 wp-block-paragraph\"><em>Carrefour Route de Buvin, chemin des Peintres, chemin de Combelettes, le 8&nbsp;juillet, \u00e0 sept heures&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-link-color wp-elements-976982be9e2c8219675dbca3e62de047 wp-block-paragraph\">Sur le chemin des Peintres, une apparition rare, une pi\u00e9tonne, t\u00eate pench\u00e9e vers ce qui ne ressemble pourtant pas \u00e0 un t\u00e9l\u00e9phone, habill\u00e9 d\u2019un short blanc et d\u2019un haut clair, les bras et la t\u00eate nue, elle porte dans le dos un tr\u00e9pied pliant, quelques pas, elle s\u2019arr\u00eate, elle reprend et s\u2019arr\u00eate \u00e0 nouveau, aux arr\u00eats je vois mal ce qui l\u2019occupe, puis elle arrive au niveau de la route, regarde avant de s\u2019engager dans la mont\u00e9e de Combelettes. Elle a en main de quoi dessiner, cela explique les je comprends les arr\u00eats et regarde autrement le si\u00e8ge pliant en bandouli\u00e8re. Dans la mont\u00e9e \u00e0 son passage, un chien aboie, et un peu plus haut un autre. Des voitures passent \u00e0 intervalle r\u00e9gulier, elles arrivent derri\u00e8re moi, vont en direction d\u2019Aoste et son usine \u00e0 jambons crus. Cette usine y a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e pour l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qui en r\u00e9sulte en mati\u00e8re de nom de jambon. Le soleil lev\u00e9 depuis une heure et demie est d\u00e9j\u00e0 haut au-dessus des montagnes du Bugey, et je pense comme toujours aux enfants d\u2019Izieu cach\u00e9s l\u00e0-bas \u00e0 mi-pente, \u00e0 la d\u00e9nonciation qui les a condamn\u00e9s, le malheur encore \u00e0 vif. Les falaises \u00e0 cette heure sont gris\u00e2tres dans le vert-noir des pentes, ce soir le soleil couchant s\u2019y refl\u00e9tera dans une d\u00e9bauche de teintes variables et innombrables. La mont\u00e9e des Peintres porte bien son nom au Pays des Couleurs. La chaleur est pr\u00e9sente, mais agr\u00e9able, un pyl\u00f4ne \u00e9lectrique, l\u2019ancien poteau de t\u00e9l\u00e9phone et l\u2019ensemble de fils disparates cadrent le ciel et les champs, celui de ma\u00efs aux feuilles qui r\u00e9sistent, le pr\u00e9 fauch\u00e9, le champ moissonn\u00e9 et les haies vives. Les oiseaux se r\u00e9partissent l\u2019espace sonore, Mont\u00e9e des Peintres une tourterelle, dans les arbres au long de Combelettes un duel de merle et une fauvette \u00e0 t\u00eate noire. Dans le haut, un chien aboie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">3 \u2022<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-link-color wp-elements-b0f973f40666ebbf37be39a5369017d9 wp-block-paragraph\">La nuit s\u2019offre. \u00c0 nous de nous glisser en elle. Pour \u00e9viter l\u2019insomnie, l\u2019une choisit de ne pas se coucher. Entre deux et trois heures finalement elle s\u2019endormira. Vers six heures elle se retournera pour se rendormir une nouvelle fois. Au matin lui viendra l\u2019image d\u2019une nuit r\u00e9ussie. Sa m\u00e9thode\u2009: Fuir l\u2019insomnie en la tuant\u2009! Abrutie du besoin de dormir, quasi comateuse elle titubera vers son lit. Elle s\u2019allongera. Elle savourera la sensation de son corps \u00e9quilibr\u00e9 dans le moelleux du matelas. Elle s\u2019endormira comme pour une sieste. Une autre au contraire qui se couche \u00e0 une heure raisonnable, accepte d\u2019avoir sommeil, ressent la fatigue du jour sans l\u2019occulter, fa\u00e7on sage d\u2019aborder la nuit. Il n\u2019est pas minuit au premier \u00e9veil. Elle en con\u00e7oit un peu de d\u00e9ception. Il est si t\u00f4t, elle n\u2019a pas dormi plus d\u2019une heure et quart. Allons, allons, retourne-toi, \u00e9coute un peu la radio et rendors-toi\u2009! Elle ob\u00e9it \u00e0 ses propres injonctions et atteint deux heures par \u00e9tapes. L\u2019heure o\u00f9 elle n\u2019est plus s\u00fbre d\u2019avoir la ressource de dormir une troisi\u00e8me fois. Elle se l\u00e8ve et parcourt les pi\u00e8ces. Elle boit, parfois croque un fruit sec. Elle se pose et lit quelques mots dans un livre. La lumi\u00e8re lui br\u00fble les yeux. Dans le noir, elle se contraint \u00e0 s\u2019allonger. Allong\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 lass\u00e9e de ne rien faire, elle laisse venir le r\u00eave. Les images \u00e0 poursuivre le plus loin possible, en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, sans volont\u00e9 pr\u00e9cise. Ainsi, il se peut que le r\u00eave la rendorme. D\u2019autre fois la radio lui susurre des histoires dont elle n\u2019entend que rarement la fin. Elle ouvre les yeux, cette fois il est quatre heures ou un peu avant. Les deux heures les plus longues sont devant elle. Elle en fait ce qu\u2019elle peut. Une piste \u00e9troite ou une rivi\u00e8re temp\u00e9tueuse. Un passage en for\u00eat ou un naufrage en mer. Lever. Coucher. Lumi\u00e8re. Noir. Boisson. La lecture n\u2019est pas possible. Un jeu. Un autre. \u00c9couter le silence. L\u2019infime du bruit. Assise. Un podcast d\u00e9j\u00e0 \u00e9cout\u00e9 pour ne pas se distraire. Vers six heures enfin ne plus savoir l\u2019heure sauf qu\u2019il est matin et sombrer. \u00c0 huit heures trente, le signal r\u00e9sonne. Le jour dissipe la nuit sans la commenter. Elle essaie de ne pas penser Quelle nuit\u2009! Elle repousse l\u2019envie de dire Mauvaise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">4 \u2022 la po\u00e8te \u00e9nerv\u00e9e <\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-link-color wp-elements-710f42d0d42e19ad1e8586dfa55a1cee wp-block-paragraph\">(\u2026) je rev\u00eats la chemise&nbsp;<br>on la passe \u00e0 mes bras mes bras d\u00e9doubl\u00e9s<br>on la passe \u00e0 ma t\u00eate&nbsp;ma t\u00eate d\u00e9coiff\u00e9e<br>les musiciens approchent&nbsp;<br>je les entends&nbsp;<br>leurs pieds marquent la mesure&nbsp;<br>les notes vrillent ce qui&nbsp;<br>de femme transmue et animale<br>mon corps couvert de poils s\u2019endort (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">5 \u2022 <\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-link-color wp-elements-d1b7e650c75b074e8774c2445aa8284e wp-block-paragraph\">En fin de journ\u00e9e, nous ouvrons les locaux de la colonie ferm\u00e9s depuis des mois. Je fais mon lit et y pose un drap, je d\u00e9roule un duvet et commence \u00e0 me d\u00e9shabiller, elle est l\u00e0\u2009! Elle appara\u00eet comme un mouvement d\u2019abord, puis dans une immobilit\u00e9 inqui\u00e9tante, elle est fig\u00e9e \u00e0 mi-hauteur. D\u2019un noir des plus sombres sur la vieille peinture, le corps compact vaguement rond, brillant, sa taille d\u00e9route l\u2019imagination, ses membres se d\u00e9ploient depuis l\u2019abdomen r\u00e9pugnant et s\u2019amenuisent jusqu\u2019\u00e0 sembler des griffes, vision de d\u00e9sastre, la terreur d\u00e9passe les mots, vue brouill\u00e9e, confusion de la pens\u00e9e, paralysie. La b\u00eate d\u00e9test\u00e9e fascine mon regard qui d\u00e9taille sa forme, cherche \u00e0 distinguer ses yeux &#8212; la peur est mauvaise conseill\u00e8re et vous fait faire les mauvais choix &#8212; je vois \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019elle est velue et \u00e9paisse, l\u2019angoisse me contracte le plexus, j\u2019ai un haut-le-c\u0153ur et un d\u00e9sir de fuite m\u2019envahit alors que mes jambes sont en coton, que mon c\u0153ur bat des records d\u2019affolement, raide et alourdi je remets un v\u00eatement pour me couvrir au mieux et rapidement, je r\u00e9ussis \u00e0 quitter cette chambre qui devrait \u00eatre la mienne pour les trois prochaines semaines, cette fois je hurle, et hurle plus fort jusqu\u2019\u00e0 provoquer l\u2019arriv\u00e9e de deux ou trois qui dorment dans les chambres \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Quoi\u2009? O\u00f9 \u00e7a\u2009? Rien, il n\u2019y a rien. Je bafouille un L\u00e0, l\u00e0, elle y \u00e9tait, \u00e9norme, si poilue et si grande, Non je ne dormirai pas dans cette piaule, Non, il n\u2019en est pas question, je repars s\u2019il le faut, c\u2019est elle ou moi\u2009; je hoquette et m\u2019\u00e9trangle, les yeux rouges et les mains qui se tordent, rien ne peut venir \u00e0 bout de mon \u00e9tat\u2009; le responsable explique que changer les chambres \u00e0 minuit n\u2019est pas une bonne id\u00e9e, une chambre seule il n\u2019y en a que quatre, ce sera celle-l\u00e0 ou \u00eatre la troisi\u00e8me dans une chambre de deux, ce n\u2019est pas souhaitable, je dois prendre sur moi, me calmer, revenir sur terre et relativiser, ce n\u2019est qu\u2019une\u2026 \u2014 pourquoi faut-il qu\u2019il prononce ce mot, d\u00e9test\u00e9 autant que la b\u00eate \u2014 et il termine par Ce n\u2019est pas si grave\u2009; je le d\u00e9teste lui aussi. Il insiste, soupire. On verra demain. Au petit d\u00e9jeuner. Quand j\u2019aurai l\u2019air ridicule et stupide. Je c\u00e8de, rentre dans la chambre et assure que Non je ne crierai plus, que Oui j\u2019ai bu un verre d\u2019eau, que Non je ne partirai pas, que Oui on verra demain. Une fois seule, je tape sur les murs, secoue mes draps, tire mon lit, v\u00e9rifie ma valise, ferme les portes de l\u2019armoire, pousse la table carr\u00e9e, recommence, et une troisi\u00e8me fois. Mon ennemie me nargue depuis un endroit incertain. Je l\u2019imagine en embuscade, capable de me sauter au visage, de me mordre ou me piquer en injectant son puissant poison \u2014 qui me tuera, c\u2019est s\u00fbr ou tout du moins qui me fera souffrir au del\u00e0 du supportable\u2009; Je panique \u00e0 nouveau, sangloter en silence me coupe la respiration, je secoue mon drap une derni\u00e8re fois et me roule dedans en boule, le plus loin possible du mur, mon visage dans le tissu, je suffoque, incertaine de mes sens, horrifi\u00e9e \u00e0 chaque retour de la vision \u2014 la b\u00eate qui se d\u00e9coupe sur le mur, trou noir de menace \u2014 et la nuit sans fin commence.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un monde qui entrouvre un volet sur la branche et l\u2019air frais, semble r\u00eaver sa gu\u00e9rison\u00a0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | rapport aux b\u00eates<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":25,"featured_media":214448,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-214444","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214444","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/25"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214444"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214444\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214466,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214444\/revisions\/214466"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/214448"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214444"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214444"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214444"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}