{"id":214521,"date":"2026-07-10T11:05:41","date_gmt":"2026-07-10T09:05:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214521"},"modified":"2026-07-10T11:09:48","modified_gmt":"2026-07-10T09:09:48","slug":"chroniques-01-jaimais-lete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-jaimais-lete\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | j&rsquo;aimais l&rsquo;\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chronique-1_jaimais-lete.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Chronique #1_j&apos;aimais l&apos;\u00e9t\u00e9.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-912a0a5a-853b-47bd-91c4-41d61aae08ae\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chronique-1_jaimais-lete.pdf\">Chronique #1_j&rsquo;aimais l&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chronique-1_jaimais-lete.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-912a0a5a-853b-47bd-91c4-41d61aae08ae\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | Du monde<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">UN MONDE QUI CRAQUE&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; QUI BR\u00dcLE &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; QUI NOUS A \u00c9CHAPP\u00c9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 \u00ad| le r\u00e9el, toujours le r\u00e9el<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur l\u2019avenue trois voies les voitures affluent \u2013 une fois d\u00e9pass\u00e9e la rang\u00e9e d\u2019immeubles elles longent une grande friche grillag\u00e9e \u2013 perpendiculaire aux feux tricolores un pictogramme pi\u00e9ton-cycliste vient de passer du rouge au vert \u2013 je ne traverse pas \u2013 la pluie d\u00e9trempe les parasols noirs aux lettres rouges <em>Coca-cola<\/em> d\u00e9ploy\u00e9s sur la terrasse du <em>Garden\u2019s table<\/em> \u2013 la porte du petit resto au rez-de-chauss\u00e9e d\u2019un immeuble de briques rouges est ouverte \u2013 le pictogramme pi\u00e9ton-cycliste passe au rouge \u2013 une deuxi\u00e8me avenue trois voies rejoint la premi\u00e8re en diagonale \u2013 le nom <em>Minol<\/em> est appos\u00e9 sur un \u00e9tage \u00e9lev\u00e9 de l\u2019immeuble gris b\u00e2ti dans le triangle form\u00e9 entre les deux avenues \u2013 des v\u00e9los glissent sur la bande de trottoir qui leur est r\u00e9serv\u00e9e \u2013 une voie routi\u00e8re a\u00e9rienne surplombe la jonction des deux avenues \u2013 sa courbe laisse appara\u00eetre sur une immense publicit\u00e9 le slogan <em>Stay affordable Sleep substainable <\/em>mais tronque les lettres <em>a&amp;o<\/em> qui se trouvent au-dessous \u2013 un serveur s\u2019active derri\u00e8re la porte vitr\u00e9e du <em>Garden\u2019s table <\/em>\u2013 la pluie fine assourdit le flux des voitures \u2013 le bas de l\u2019immeuble aux briques rouges est perc\u00e9 de trois hautes arcades \u2013 une machine de chantier entre sur la friche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 \u00ad| \u00e9crire avec Clarice lispector<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00e0 cette heure-l\u00e0 de la nuit, quelle heure&nbsp;? entre 3 et 4 sans doute, je ne sais pas, je ne veux pas savoir, si je regarde je perds toute chance de me rendormir, m\u00eame si je crains de ne pas y arriver je veux me laisser une petite chance, combien de temps ai-je dormi&nbsp;? trois heures peut-\u00eatre dans le meilleur des cas, je sens que je ne pourrai pas, j\u2019aurais beau me tourner me retourner, \u00e9tendre mes bras, m\u2019\u00e9tirer comme un chat ou suivre le flux et le reflux de ma respiration, j\u2019aurais beau guider les phosph\u00e8nes qui pullulent sous mes yeux ferm\u00e9s, les faire dessiner un jardin indistinct o\u00f9 mon corps s\u2019abandonne parfois, je n\u2019arriverai pas \u00e0 m\u2019endormir, je suis trop&nbsp;<em>\u00e9veill\u00e9<\/em>, trop impatient, l\u2019\u00e9nergie pulse dans mon c\u0153ur, \u00e7a pulse dans mes veines, dans mes fibres musculaires, je suis \u00e9lectris\u00e9, trop d\u2019id\u00e9es qui fusent, qui se r\u00e9pondent, qui s\u2019entrecroisent, trop de mots, trop d\u2019images et la crainte de les avoir oubli\u00e9es demain\u2026<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; dans le silence de cette nuit autant se relever, inutile d\u2019insister, autant suivre le courant qui m\u2019entra\u00eene, l\u2019appartement est calme, aucun bruit l\u00e0-haut, Sia et Vasco dorment depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, les bruits de la ville se sont estomp\u00e9s, me voici debout au milieu de la chambre, un peu comme un idiot, mes membres moins vifs que ne croyais, je remonte le store \u00e9lectrique de la fen\u00eatre, je vois la masse sombre des arbres et la silhouette \u00e9teinte de l\u2019immeuble voisin, j\u2019enfile un short et un t-shirt, j\u2019ai trop d\u2019envies \u00e0 la fois, passer en revue les pr\u00e9paratifs, ouvrir le carton \u00e0 dessins et poursuivre l\u2019esquisse commenc\u00e9e cet apr\u00e8s-midi, ouvrir l\u2019ordi et programmer une d\u00e9rivation du jeu, prendre des notes pour&#8230; J\u2019ouvre finalement mon carnet&nbsp;: \u00e9crire \u00e0 la main m\u2019aide \u00e0 rester concentr\u00e9, \u00e0 ne pas me disperser, \u00e0 \u00e9couter le c\u0153ur silencieux de la nuit\u2026<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00e0 cette heure de la nuit j\u2019aper\u00e7ois le ciel depuis ma fen\u00eatre, je vois que la nuit se d\u00e9colore, ma peau est s\u00e8che, je me sens comme trahi, je feuillette toutes ces pages griffonn\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te en essayant de suivre le torrent d\u2019id\u00e9es qui m\u2019a travers\u00e9, il y a des mots que je peine \u00e0 relire, des phrases qui ne me font plus vibrer, des signes cabalistiques, du code, quelques id\u00e9es qui survivront peut-\u00eatre, mon corps se referme, j\u2019ai envie de boire un th\u00e9 tr\u00e8s fort mais j\u2019ai peur de r\u00e9veiller Sia avec le sifflement de la bouilloire, je sors de ma chambre, je vais me servir un verre d\u2019eau fra\u00eeche. Je sors sur le balcon, la nuit s\u2019efface, le concierge traverse le jardin de la r\u00e9sidence en tirant les poubelles jusqu\u2019\u00e0 la rue<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>C\u2019est le Gardien, personnage et narrateur de mon projet, qui n\u2019arrive pas \u00e0 dormir, trop de choses tournent dans sa t\u00eate et sans doute cette insomnie va s\u2019ins\u00e9rer dans mon chapitre en cours d\u2019\u00e9criture<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9crire <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019aimais l\u2019\u00e9t\u00e9. Je me sentais vivante, tellement vivante. J\u2019attendais l\u2019\u00e9t\u00e9, j\u2019esp\u00e9rais l\u2019\u00e9t\u00e9. Encore l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, je n\u2019imaginais pas qu\u2019un jour j\u2019\u00e9crirais <em>j\u2019aimais l\u2019\u00e9t\u00e9<\/em> en pensant \u00e0 un pr\u00e9sent qui ne reviendrait pas. Pourtant l\u2019\u00e9t\u00e9 j\u2019ai souvent eu peur qu\u2019il n\u2019arrive malheur aux gens que j\u2019aime. Aujourd\u2019hui je suis un chat tranquille dans une gare. Je regarde les gens passer, porter leurs valises, attendre. La douceur de certains personnes me d\u00e9concerte. L\u2019\u00e9t\u00e9 2016 j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait cette exp\u00e9rience de l\u2019autoportrait dans l\u2019atelier de Fran\u00e7ois Bon. Je pourrais r\u00e9\u00e9crire presque \u00e0 l\u2019identique quelques-unes phrases \u00e9crites alors. Mais il y a dix ans je n\u2019avais encore lu aucun livre de Clarice Lispector. La premi\u00e8re fois que j\u2019ai lu <em>La passion selon G.H<\/em>. j\u2019\u00e9tais tellement troubl\u00e9e que j\u2019ai oubli\u00e9 le livre dans le train en arrivant \u00e0 Paris. Je me suis longtemps demand\u00e9 qui l\u2019avait retrouv\u00e9 et si iel l\u2019avait aim\u00e9 autant que moi. Il y a dix ans je ne connaissais pas Juan Jos\u00e9 Saer. J\u2019ai trouv\u00e9 <em>L\u2019Anc\u00eatre<\/em> sur un trottoir, j\u2019aurais jur\u00e9 que le livre m\u2019attendait. Ma vie est plus int\u00e9ressante depuis que je lis les livres de Juan Jos\u00e9 Saer. Je viens de commencer <em>L\u2019occasion<\/em> dans le train Malm\u00f6-Stockholm. Nous traversons des for\u00eats qui entourent des lacs. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 deux femmes, une trentenaire et une soixantenaire ont bu une coupe de champagne. Elles ont l\u2019air tr\u00e8s heureuses. Je n\u2019ai pas encore r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9terminer si elles \u00e9taient parentes ou coll\u00e8gues. Il y a dix ans je ne savais pas que l\u2019a\u00efkido prendrait tant de place dans ma vie. Que sa pratique deviendrait pour moi un contrepoint indispensable \u00e0 l\u2019action d\u2019\u00e9crire. J\u2019aime chuter (sur un tatami). Ukemi avant, ukemi arri\u00e8re et chute soleil. J\u2019aime quand \u00e7a chute d\u2019un seul bloc, autour du centre. J\u2019aime sentir l\u2019\u00e9nergie vibrer en moi. J\u2019ai relu <em>L\u2019Autoportrait<\/em> d\u2019\u00c9douard Lev\u00e9, du moins l\u2019extrait. Je trouve ce texte extr\u00eamement angoissant tout en n\u2019\u00e9tant pas insensible \u00e0 son humour. Mais peut-\u00eatre que chaque texte o\u00f9 un <em>Je<\/em> s\u2019\u00e9rige sur le fil du rasoir est angoissant. Le <em>Je<\/em> avec lequel Clarice sculpte ses phrases ne me provoque pas la m\u00eame tension. C\u2019est une ar\u00eate coupante et pure, un outil qui creuse la mati\u00e8re soi, la sensibilit\u00e9 sienne, pour affiner et approfondir une connaissance du monde. Un tel <em>Je <\/em>peut \u00eatre un outil&nbsp;f\u00e9cond pour chacun.e d\u2019entre nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 \u00ad| l\u2019\u0153il du dragon<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quarante centim\u00e8tres de chair cartilagineuse recouverte d\u2019\u00e9cailles claires et surmont\u00e9e d\u2019une t\u00eate rose rouge de dragon. Et l\u2019\u0153il sombre exorbit\u00e9, globe rond \u00e0 fleur d\u2019\u00e9cailles. Je l\u2019ai vu deux fois dans les marais des \u00eeles de la Baie de Hong Kong. La premi\u00e8re fois, la vision de la t\u00eate rose du dragon \u00e0 travers les feuillages m\u2019a transperc\u00e9e, elle m\u2019a r\u00e9vuls\u00e9e de la t\u00eate aux pieds.&nbsp;C a \u00e9clat\u00e9 de rire, elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9e aux l\u00e9zards en tout genre. Mon sang a reflu\u00e9 de la t\u00eate aux pieds, un frisson archa\u00efque a secou\u00e9 tout mon corps. Et lorsque j\u2019y repense plus de trente apr\u00e8s, c\u2019est surtout ma r\u00e9action qui m\u2019interroge, cette r\u00e9vulsion primitive, animale, profond\u00e9ment ancr\u00e9e, peut-\u00eatre dans mon cerveau reptilien. Cette b\u00eate en moi qui a surgi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN MONDE QUI CRAQUE\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 QUI BR\u00dcLE \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 QUI NOUS A \u00c9CHAPP\u00c9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-jaimais-lete\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | j&rsquo;aimais l&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":48,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[571,63,3474,3881],"class_list":["post-214521","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1","tag-animal","tag-ete","tag-hong-kong","tag-k"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214521","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/48"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214521"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214521\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214698,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214521\/revisions\/214698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214521"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214521"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214521"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}