{"id":214541,"date":"2026-07-09T18:41:28","date_gmt":"2026-07-09T16:41:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214541"},"modified":"2026-07-09T18:41:29","modified_gmt":"2026-07-09T16:41:29","slug":"chroniques-01-fellini-ne-dort-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-fellini-ne-dort-pas\/","title":{"rendered":"# Chroniques #01| Fellini ne dort pas"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui en appelle \u00e0 notre resistance, attend de nous d\u2019autres discours que les siens. (dans un studio de cin\u00e9ma).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le premier plan, il y avait eu tellement de monde dans la rue, sur la place, sous les arcades de la ville de province. Beaucoup se croisaient en se saluant car ils se connaissaient. En \u00e9changeant des clins d\u2019oeil, des poign\u00e9es de mains, des nouvelles, aussi bien des lettres de l\u2019\u00e9tranger (une arrivait de Stockolm et avait fini sa course, l\u00e0, \u00e0 Rimini) alors que d\u00e9filaient les dames tr\u00e8s maquill\u00e9es aux cheveux color\u00e9s et cr\u00e9p\u00e9s (on aurait dit des sopranos sur une sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra) dans leur carriole train\u00e9e par un cheval alerte. Elles sillonaient parmi les rires, les grimaces et les regards avides devant les bars et les restaurants et les boutiques ou un va-et-vient continuait de donner cette teinte de man\u00e8ge et d\u2019orchestre symphonique \u00e0 la rue qui s\u2019animait au rythme de diff\u00e9rentes musiques des plus entrainantes aux plus tristes et nostalgiques. On pouvait sentir. Les cols de fourrure des\u00a0 longs paletots. Exhalaient comme une odeur de tabac brul\u00e9 se m\u00ealant aux parfums sucr\u00e9s des femmes aux tailleurs criards ou plus discrets. On fumait beaucoup. De ces mimiques ! Certains se hissaient sur la pointe des pieds pour voir passer la carriole et lui\u00a0 adresser la parole, des invitations, des boutades tandis qu\u2019une passante esseul\u00e9e disait tout haut avoir beaucoup pleur\u00e9 en sortant d\u2019un cin\u00e9ma tout proche. Des silhouettes semblait-il cartonn\u00e9es de madones poudr\u00e9es envelopp\u00e9es dans des drap\u00e9s bleus tr\u00f4naient dans une vitrine devant laquelle un vieillard affichait le visage d\u2019un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 r\u00e9sign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celui-ci aurait tr\u00e8s bien pu incarner le son d\u2019un cor anglais (donc assez m\u00e9lancolique) faisant la transition entre deux sc\u00e8nes musicales aux univers sensiblement diff\u00e9rents et singuliers puisque l\u00e0 ou on le laissait le plan succcessif repr\u00e9sentait la m\u00eame rue mais d\u00e9sert\u00e9e. Seul le bruit de moteur d\u2019une moto ayant trac\u00e9 un aller retour sur la place avait pu r\u00e9sonner dans la nuit tandis que les n\u00e9ons des enseignes de magasins s\u2019etaient \u00e9teints, aussi celui d\u2019un cin\u00e9ma (le Fulcor). Tout s\u2019\u00e9tait tu et enfonc\u00e9 dans l\u2019endormissement de la ville o\u00f9 j\u2019avais cru te voir toi aussi baisser un rideau m\u00e9tallique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il continuait souvent \u00e0 se tourner et se retourner dans son lit dans un mouvement semblait-il de bercement qui pouvait selon lui, le porter au sommeil et \u00e0 l\u2019oubli m\u00eame si les cauchemars auraient sans nul doute repris le dessus lui faisant peut-\u00eatre regrett\u00e9 son insomnie. Devant ses yeux tel un rideau persistant l\u2019image de ces \u00e9chafaudages de la fausse cath\u00e9drale de son film inachev\u00e9, Le voyage de G.Mastorna, continuait de le pers\u00e9cuter. Le rideau tombait, ses yeux essayaient de se fermer, la construction fragile s\u2019 \u00e9croulait emportant avec elle des d\u00e9sirs enfouis, ce qui aurait pu dans une sc\u00e8ne similaire d\u2019un autre film s\u2019annon\u00e7er comme une pr\u00e9monition.Tout se m\u00e9langeait dans un m\u00eame emp\u00eachement, une m\u00eame entrave au film, au sommeil, \u00e0 la nuit. Dans un \u00e9cho revenaient les voix mettaliques des producteurs d\u00e9sertant le d\u00e9cor, et puis, lui qui se noyait, vivait dans sa chair la peur et l\u2019exp\u00e9rience de la noyade, il en avait d\u00e9j\u00e0 senti tous les signes avant coureurs. Apr\u00e8s de trop longues journ\u00e9es (les tentatives vaimes, essoufl\u00e9es de ton sauvetage), tu t\u2019\u00e9tais souvent endormi dans le jardin cotoyant la rue, l\u2019\u00e9t\u00e9 ; cette position permettait d\u2019entendre des voix, des discours sans en comprendre r\u00e9ellement le sens, un flux continu de paroles comme une m\u00e9lodie, une ivresse aurait fini par te bercer jusqu\u2019\u2019au repos nocturne tout pr\u00e8s du puits de pierre si profond qui, petite, m\u2019avait si longtemps fascin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Extrait du projet d \u2018\u00e9criture en cours<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur l\u2019ile du Frioul, d\u2019o\u00f9 hier j\u2019\u00e9tais partie j\u2019avais retrouv\u00e9 ce m\u00eame bruissement l\u00e9ger odorant et clair de feuilles et de fin gravier m\u00eal\u00e9 au sable aussi celui des vagues qui revenait sans cesse au loin. J\u2019avais revu l\u2019h\u00f4pital Caroline qui s\u2019\u00e9tait th\u00e9\u00e2tralement profil\u00e9, construction sur\u00e9lev\u00e9e regroupant les restes d\u2019un temple gr\u00e9co-romain autour duquel un b\u00e2timent bas et allong\u00e9 avait dans le temps abrit\u00e9 un lazaret qui alors dans ce lointain pass\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin de notre chantier de b\u00e9n\u00e9voles et o\u00f9 maintenant sur son site en plein air il n\u2019\u00e9tait pas impossible d\u2019assister \u00e0 des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre ou \u00e0 de r\u00e9citals en \u00e9t\u00e9 sous le ciel \u00e9toil\u00e9. La cour devant les dortoirs musicaux nous avait vus occup\u00e9s je m\u2019en souvenais \u00e0 travailler, durant de longs moments et presque hypnotis\u00e9s, le ciment (pate grise onctueuse) pour de petits travaux de reconstruction ou d\u2019assemblage de parties d\u2019\u00e9difice m\u00eame infimes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un puits assez grand avait attir\u00e9 la descente de certains sp\u00e9l\u00e9ologues en herbe qui y avaient d\u00e9couvert un missile sans doute remontant \u00e0 la derni\u00e8re guerre et dont le caract\u00e8re si tangent et concret si imag\u00e9 nous avait fait divaguer revenir sur l\u2019occupation allemande et le bombardement de la ville enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rhinoc\u00e9rsos avait gagn\u00e9 le large et toi avec lui dans le bateau et dans ce clair obscur gris\u00e2tre presque lactescent. La surface de l\u2019eau bougeait \u00e0 peine, la couleur de la coque se confondait avec celle du ciel, aussi celle de tes cheveux. L\u2019oeil de la b\u00eate sauvage peu mobile (il ne s\u2019agissait point de l\u2019oeil d\u2019une mouche et il \u00e9tait qui plus est de carton p\u00e2te) semblait te regarder en coin alors que tu pagayais dans un rythme lent. Au moment de t\u2019\u00e9loigner, tu avais m\u00eame parl\u00e9 des d\u00e9lices du lait de la b\u00eate ! Le film \u00e9tait presque fini, le monstre \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent innofensif apr\u00e8s tout ce qui l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019horreurs et de peurs, de chutes dans les abymes o\u00f9 s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s \u00e0 bord du bateau bombard\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s exil\u00e9s d\u2019une terre lointaine (la Serbie) semblant ressurgir d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9cent, bien trop sauvage. A pr\u00e9sent, seule la dr\u00f4lerie de la carapace solide et noire de l\u2019animal contrastant avec le d\u00e9cor \u00e9vanescent et liquide, sa corne pouvant laisser voir se dessiner les contours d\u2019autres animaux d\u2019anciens bestiaires dont le rhinoc\u00e9ros annoncait la vraie descendance ? Cela, bien apr\u00e8s que l\u2019un des premiers sp\u00e9cimens connus de nous avait voyag\u00e9 des Indes au Portugal puis en direction de Marseille (des iles du Frioul) et de&nbsp; l\u2019italie o\u00f9 selon les dires il s\u2019\u00e9tait \u00e9chou\u00e9 ; apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit auparavant par Pline puis si finement portraitur\u00e9 par Durer. Je me disais :&nbsp; Si ta peur avait \u00e9t\u00e9 aussi ancienne, aurait-elle pu, elle aussi, \u00eatre dessin\u00e9e ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Un monde qui en appelle \u00e0 notre resistance, attend de nous d\u2019autres discours que les siens. (dans un studio de cin\u00e9ma). 2 Dans le premier plan, il y avait eu tellement de monde dans la rue, sur la place, sous les arcades de la ville de province. Beaucoup se croisaient en se saluant car ils se connaissaient. 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