{"id":214548,"date":"2026-07-09T18:43:21","date_gmt":"2026-07-09T16:43:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214548"},"modified":"2026-07-09T19:21:24","modified_gmt":"2026-07-09T17:21:24","slug":"chroniques-par-yael-uzan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-par-yael-uzan\/","title":{"rendered":"#chroniques # 01 &#8211; Tourner talons"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_-magasine-01-Tourner-talons.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques_ magasine - 01 - Tourner talons.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c836ab31-597b-466b-a737-bcaa56ef7ca1\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_-magasine-01-Tourner-talons.pdf\">chroniques_ magasine &#8211; 01 &#8211; Tourner talons<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_-magasine-01-Tourner-talons.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c836ab31-597b-466b-a737-bcaa56ef7ca1\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">09-07-2026 | #01- Tourner talons<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"293\" height=\"514\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-214549\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image.jpeg 293w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-239x420.jpeg 239w\" sizes=\"auto, (max-width: 293px) 100vw, 293px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo Y.U<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 |&nbsp;du monde<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je suis fatigu\u00e9e [\u2026] beaucoup parce que je suis une personne extr\u00eamement occup\u00e9e [qui] prend soin du monde<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(<em>Inspiration libre &#8211; C. Lispector<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Septi\u00e8me arr\u00eat, mon terminus&nbsp;: Pyr\u00e9n\u00e9es-M\u00e9nilmontant. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi de juillet. Je grimpe la rue. Stores baiss\u00e9s sur les terrasses des caf\u00e9s. Arriv\u00e9 sur un plateau \u2013 je reste bouche b\u00e9e, brouill\u00e9 par les klaxons et jets de bouteilles de verre dans un container. Point de vue sur une pente en ligne s\u00e8che, orient\u00e9e sud vers l\u2019horizon qui zigzague. Derri\u00e8re mes lunettes toujours sales, dans les plis de la brume irradiante, mes yeux froiss\u00e9s voient hypnotique et stroboscopique. J\u2019aper\u00e7ois, je crois, une rondeur en bout de ligne. La vasque flottante des Jeux Olympiques ? Je me demande&nbsp;: ici des parisiens ont-ils un jour d\u00e9val\u00e9 cette pente \u00e0 ski&nbsp;? Je me demande encore : les lignes parall\u00e8les peuvent\u2013elles se croiser en un point pr\u00e9cis de l\u2019infini&nbsp;? Je n\u2019ai aucun sens du sens, ni le pied terrien. Je manque de tomber souvent. Je me perds dans les cartes et les plans. L\u2019errance de Perec me colle \u00e0 la peau. Je pense \u00e0 l\u2019herbe quand je suis sur l\u2019asphalte, et au macadam quand je marche en for\u00eat. Les montagnes sont des cartes postales trop belles et irr\u00e9elles pour moi. \u2013\u2013 Ici \u2013\u2013 en amont de la rue Boyer, devant ce collage d\u2019une street-photo sign\u00e9e \u2013\u2013 1 3 B I S, un humanimal bodybuilder en short moulant pose fier comme un coq. Photo pass\u00e9e \u00e0 l\u2019impression laser&nbsp;? C\u2019est l\u00e0, que je tourne talon, que je bifurque, l\u00e0 que je grimpe la ville, que happ\u00e9 par le pr\u00e9sent collectif, j\u2019ouvre les yeux en pisteur. Dans quelques jours, quelques minutes peut-\u00eatre, ce sticker aura boug\u00e9, ces d\u00e9coupages, pochoirs, autocollants, appos\u00e9s en mosa\u00efques sur des goutti\u00e8res, poteaux, murs pel\u00e9s, seront d\u00e9volus \u00e0 l&rsquo;oubli, arrach\u00e9s, lac\u00e9r\u00e9s, recouverts. Ici, la po\u00e9tique sale des stickers, tags et graffs, l\u2019emporte, \u00e9clate la parole satur\u00e9e de notre monde, raconte en courant d\u2019air, le chaos du D\u00e9-Lire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 |&nbsp;\u00e9crire avec Clarice Lispector<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vautour fauve rugit, s\u2019\u00e9lance. Il r\u00f4de quelque part derri\u00e8re ou devant les petites stries rectangulaires de mes volets tir\u00e9s. Mes yeux aveugles voudraient attraper leurs lunettes pos\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la lampe de chevet. Vagissements fragment\u00e9s du rapace. Terroris\u00e9, je ne lui r\u00e9siste pas. Je disparais dans des courants spectrales, nuages dissolus et ombres flottantes. Ma gorge en apn\u00e9e est toute s\u00e8che. Je crie, je crois. Sursaute, c\u2019est s\u00fbr. Mes yeux collent. Je me d\u00e9bats. Trop t\u00f4t pour mourir. Le charognard s\u2019\u00e9tire de toutes ses ailes. Ses pinces-crabes piquent tout droit vers les branches de mes lunettes. Il me les tend. Mon oreiller est trempe. Je scrute \u00e0 l\u2019aveuglette le pr\u00e9sent vivant, douloureux et furtif. Sur le toit v\u00e9g\u00e9talis\u00e9, en contrebas du troisi\u00e8me \u00e9tage de mon immeuble parisien, j\u2019entendrai tout \u00e0 l\u2019heure fouiner les rauques corbeaux. Dans leurs longs becs, ils croqueront des invert\u00e9br\u00e9s imprudents. Temps en suspension \u2013\u2013 me pencher embrum\u00e9, sur ma peur&nbsp;au pied de mon lit ? Prudence encore. M\u00e9moire grima\u00e7ante au lever, foies frais et mous de souris sous mes m\u00e9tatarses \u2013\u2013 restes de tueries bondissantes d\u2019A\u00efga. Je bascule jusqu\u2019\u00e0 mi-corps en de\u00e7\u00e0 de la pente de ma couche. Je zoome en guise de reconnaissance de terrain depuis mes yeux \u00e0 double foyer. Ma posture dans mon pyjama sans \u00e9lastique, me laisse cul nu, au-dessus de vertigineuses lignes pointill\u00e9es tress\u00e9es dans mon tapis made in China. En cette heure (quatre heures, il \u00e9tait&nbsp;?), en ce jour (?), aucune trace de foies de rongeurs \u2013\u2013 espoir vol\u00e9 \u00e0 ce pass\u00e9 devant-derri\u00e8re, extase arrach\u00e9e \u00e0 ma non-existence. D\u00e9bord de trop de sang cependant dans cette position invers\u00e9e. Lentement, je mets pattes \u00e0 terre toujours terrifi\u00e9 par l\u2019approche imminente du rugissement de l\u2019aube et des longues heures diurnes qui suivront. Ma posture bip\u00e8de r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 traverser la nuit du d\u00e9j\u00e0 matin. J\u2019avance \u2013\u2013 d\u2019un pas \u2013\u2013 territoire d\u2019une envergure de quinze m<sup>2<\/sup> environ. Je butte c\u2019est in\u00e9vitable sur ma lecture du soir (Jorge Luis Borges ne me quitte plus). A t\u00e2tons dans le noir, le second pas \u2013\u2013 est. Petits tas de livres empil\u00e9s le long du chemin, pierres de cairns en appartement. Je me hisse jusqu\u2019\u00e0 la cuisine. (En chemin, je souris \u00e0 Rabelais, repense \u00e0 la libraire de mon village crois\u00e9e l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, elle est exquise. Et, que de vieilles poussi\u00e8res \u00e0 chaque coin d\u2019\u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que o\u00f9 j\u2019archive. Oui, je sais bien que mon coll\u00e8gue m\u2019observe depuis son bureau. Je pourrais m\u2019exclamer&nbsp;: Pascal tu es philosophe mais surtout un parieur, quel fou tu fais. Quel est mon r\u00eave&nbsp;? \u00catre le d\u00e9couvreur d\u2019une encyclop\u00e9die oubli\u00e9e) \u2013\u2013 \u00c7a y est. J\u2019ai franchi le col de ma cuisine \u2013\u2013 Je sais pouvoir compter sur ma l\u00e2chet\u00e9, me concentrer sur mes seules tasses de caf\u00e9 et me d\u00e9tourner de toute responsabilit\u00e9 li\u00e9e au monde d\u2019ici. J\u2019appuie sur le bouton ON. Je vais aller trouer les pages de mes livres \u2013\u2013 le silence s\u2019en \u00e9chappera et rejoindra l\u2019aube.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Car ce pass\u00e9 d\u2019espoir veut dire qu\u2019il faut que je me mettre \u00e0 vivre et pas seulement \u00e0 me promettre la vie. Avant j\u2019attendais. Je n\u2019avais pas le courage (C.L.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;4 |&nbsp;de soi-m\u00eame, et d\u2019\u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai besoin de serrer tr\u00e8s fort des sacs papier entre mes cinq doigts r\u00e9unis \u2013\u2013 suis tout ou\u00efe \u00e0 ce froissement. 1 + 1 = 3&nbsp;: ce calcul vivifiant n\u2019est qu\u2019une probabilit\u00e9. Je traverse les ombres et elles me le rendent bien. Les voisins de mes parents massacrent le cochon. Pendant la saign\u00e9e, Georges, le fils, tient la queue \u2013\u2013 \u00e7a sent dr\u00f4le. J\u2019observe intrigu\u00e9e les boutons d\u2019ascenseur qui clignotent \u2013\u2013 et les ON-OFF des machines \u00e0 caf\u00e9. Ma silhouette invisible dans le miroir m\u2019inqui\u00e8te. Le futur est un effort sans fin. Je me sens coupable, c\u2019est une \u00e9nigme. Je ne pose pas de questions, je les ressasse. Je vomis \u00e0 l\u2019id\u00e9e du vomi. Dans mon lit, je peux m\u2019observer hors de moi. Quand je croise la mis\u00e8re, je ne regarde pas et j\u2019oublie instantan\u00e9ment. L\u2019incertitude des amoureux de la rue m\u2019aimante.&nbsp;Je comprends mal l\u2019amour filial. J\u2019ai eu une fois un prix d\u2019excellence. Mon p\u00e8re en allant se coucher&nbsp;dit syst\u00e9matiquement <em>Bonne nuit, je vais faire t\u00e9ter les puces<\/em> et s\u2019endort sans plus attendre. Assise sur ma chaise dans le caf\u00e9 des parents, mes doigts de pieds se cabrent, mes talons ne touchent pas le sol. Georges porte syst\u00e9matiquement le bonnet d\u2019\u00e2ne dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation. Le martinet est accroch\u00e9 derri\u00e8re le bar. Pas plus tard qu\u2019hier, j\u2019ai \u00e9vit\u00e9 un brin d\u2019herbe nich\u00e9 dans un creux oubli\u00e9 du macadam. J\u2019aime ce moment o\u00f9 j\u2019oublie la seconde que je viens de vivre, et j\u2019oublie vite que je l\u2019ai oubli\u00e9e. Georges aime les omelettes, les raye avec sa fourchette. Je m\u2019\u00e9tonne de ne pas tomber alors que je vacille. Je n\u2019ai pas froid l\u2019hiver, pas chaud l\u2019\u00e9t\u00e9, je transpire par tous les temps et \u00e7a sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | \u00e0 vous la cantonade&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vautour-fauve est \u00e0 nos trousses. On se d\u00e9bat. Trop t\u00f4t pour mourir. Le charognard s\u2019\u00e9tire de toutes ses ailes. Ses pinces-crabes piquent tout droit vers nous. A l\u2019aveuglette, on scrute le pr\u00e9sent vivant, douloureux et furtif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A nous \u2026Humanimaux nous devenons, et d\u00e9cidons de tourner talons au(x) charognard(s).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>09-07-2026 | #01- Tourner talons Photo Y.U 1 |&nbsp;du monde Je suis fatigu\u00e9e [\u2026] beaucoup parce que je suis une personne extr\u00eamement occup\u00e9e [qui] prend soin du monde (Inspiration libre &#8211; C. Lispector) 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el Septi\u00e8me arr\u00eat, mon terminus&nbsp;: Pyr\u00e9n\u00e9es-M\u00e9nilmontant. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi de juillet. Je grimpe la rue. 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