{"id":214599,"date":"2026-07-13T02:05:23","date_gmt":"2026-07-13T00:05:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214599"},"modified":"2026-07-24T16:17:08","modified_gmt":"2026-07-24T14:17:08","slug":"chroniques-01-comment-chaque-instant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-comment-chaque-instant\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | Comment chaque instant"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1148-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-214847\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1148-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1148-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1148-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1148-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/1148-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>PERSONNE DANS LE MONDE ENTIER NE SAURA COMBIEN ELLE A AIME TOUT CELA COMMENT CHAQUE INSTANT<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Victoria Street, en haut de l&rsquo;escalier de r\u00e9ception au-dessus du grand bouquet de fleurs. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 | Le moment<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je devrais dormir, mais je vous r\u00e9ponds. J\u2019ai lu votre r\u00e9cit. J\u2019ai vu les photos des vitrines (nos cercueils de verre). Je suis un peu jaloux, c\u2019est amusant. Je suis un peu jaloux : je me suis donn\u00e9 tant de mal pour participer \u00e0 un de ses fichus dispositifs, j\u2019ai essuy\u00e9 tant de refus au fil des ann\u00e9es, je me suis m\u00eame fait vider une fois, comme un malpropre et elle vous rend visite. Elle se d\u00e9place \u00e0 domicile\u2026 Quelle ironie ! Vous n\u2019\u00eates pas \u00e9crivain, elle n\u2019a pas d\u00fb craindre que vous entraviez son projet avec les v\u00f4tres. Je suis un peu jaloux et un peu votre fr\u00e8re. Et je vous plains aussi. J\u2019ai \u00e9crit un livre depuis. J\u2019ai captur\u00e9 ce moment qu\u2019elle a nomm\u00e9 une <em>s\u00e9quence<\/em>. Je l\u2019appelle <em>le moment<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je devrais dormir. L\u2019hiver est l\u00e0 et il fait un froid de loup dans la chambre pour \u00e9tudiant o\u00f9 on m\u2019a log\u00e9. Certains de mes coll\u00e8gues sont encore en train de boire des bi\u00e8res dans le salon commun. Je les entends rire, je ne les rejoins pas. Je suis content qu\u2019ils soient l\u00e0. Ma concentration s\u2019am\u00e9liore quand elle prend appui sur un bruit parasite. Ma concentration se transcende dans l\u2019absence de sommeil. Ce n\u2019est pas exact : je dors un instant, je crois dormir un instant et ensuite, la nuit est vraiment l\u00e0 et j\u2019acc\u00e8de au moment. Je n\u2019en fais pas ce que je veux, il me travaille, me retourne dans les draps, m\u2019emm\u00e8ne \u00e0 la cuisine devant le r\u00e9frig\u00e9rateur ouvert, ou \u00e0 la fen\u00eatre de la salle commune dont les volets sont ferm\u00e9s chaque soir, ou dans un des petits fauteuils impersonnels de l\u2019accueil, sans que je me souvienne de l\u2019image pr\u00e9c\u00e9dente. J\u2019appelle chacune de ces errances, je r\u00e9unis les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 leur av\u00e8nement. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai \u00e9crit <em>Les Nuits suivantes<\/em>. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019\u00e9cris d\u00e9sormais, comme \u00e7a que je vis. J\u2019ai publi\u00e9 avant qu\u2019elle n\u2019expose. Elle a essay\u00e9 de retourner la situation en mettant un extrait de mon texte dans son catalogue. Mais tout \u00e7a se passe bien loin d\u2019elle. Le moment s\u2019est \u00e9mancip\u00e9 de sa conception, de ses intentions et celle que je rejoins est une cr\u00e9ature et non pas le souvenir, ou l\u2019id\u00e9e d\u2019une femme. La rar\u00e9faction du sommeil me rend moi aussi \u00e0 mes for\u00eats. Ce ne sont pas des barri\u00e8res qui tombent. Plus maintenant. C\u2019est fondre sur une proie encore invisible, mais famili\u00e8re. Je ferme les yeux un instant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 | Portrait en \u00e9crivant<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8f761849 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Moi, je suis de la lign\u00e9e des arbres<br>Je d\u00e9p\u00e9ris de respirer un air vici\u00e9<br>Un oiseau mort me conseilla un jour de me souvenir de l\u2019envol<br>La finalit\u00e9 de toutes les \u00e9nergies est l\u2019union<br>L\u2019union avec le soleil, origine lumineuse<br>Et de se couler dans l\u2019esprit de la lumi\u00e8re<br>C\u2019est dans la nature des choses<br>Que les moulins \u00e0 vent tombent en poussi\u00e8re<br>Pourquoi je m\u2019arr\u00eaterais&nbsp;?<br>[\u2026] La voix, la voix, la voix, seule la voix demeure\u2026<br>Pourquoi je m\u2019arr\u00eaterais&nbsp;?<br>Moi, j\u2019ob\u00e9is aux quatre \u00e9l\u00e9ments<br>Et les r\u00e8gles qui r\u00e9gissent mon c\u0153ur<br>Ne sauraient \u00eatre \u00e9dict\u00e9es par des petits tyrans aveugles<br>[\u2026] C\u2019est la lign\u00e9e sanglante des fleurs qui me lie \u00e0 la vie<br>La lign\u00e9e sanglante des fleurs, m\u2019entendez-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br><br>Forough Farrokhz\u00e2d<br>Traduction du persan&nbsp;: Leili Anvar<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"alignwide wp-block-paragraph\">J\u2019ai toujours refil\u00e9 les poses de portraits \u00e0 mon amie B\u00e9n\u00e9dicte qui refusait les poses de nu. C\u2019est moi qui \u00e9cris. J\u2019\u00e9cris aussi. Je ne vois pas comment sortir de l\u2019autofiction, m\u00eame en pleine fiction. Je n\u2019aurais pas le temps de finir tous les livres que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9s, pas tous, peut-\u00eatre m\u00eame pas un seul. Me concentrer est un super pouvoir, un d\u00e9lice et un cr\u00e8ve-c\u0153ur. J\u2019aime ce qui est complexe, c\u2019est-\u00e0-dire dot\u00e9 d\u2019un centre. Le conte est le point d\u2019intersection de tout ce que j\u2019entreprends (de tout, quoi que je fasse, comme on sait qu\u2019on est perdu dans la for\u00eat en repassant sans cesse devant le m\u00eame ch\u00eane). J\u2019\u00e9cris sur notamment sur la peinture, alors que je n\u2019y connais rien, chacun son attrape-mouche. J\u2019ai cru pouvoir \u00e9crire pour me s\u00e9parer de lieux, de personnes, de situations, mais \u00e9crire fait toucher du doigt ce qu\u2019est la s\u00e9paration&nbsp;: un certain nombre de feuilles interpos\u00e9es entre soi et ce dont on souhaite se s\u00e9parer, autant dire que c\u2019est une pauvre technique (mettre des kilogrammes, des kilom\u00e8tres, des hectolitres d\u2019alcool, ne fonctionne pas mieux), faire avec et s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la forme que peut prendre cette \u00e9paisseur m\u2019appara\u00eet comme la seule solution (un livre bien \u00e9pais peut servir de gilet pare-balles). Je jongle avec tellement de registres de langage au th\u00e9\u00e2tre que j\u2019ai du mal \u00e0 n\u2019en employer qu\u2019un \u00e0 l\u2019\u00e9crit. C\u2019est moi qui \u00e9cris. Je jongle avec tellement modalit\u00e9s rythmiques dans les prosodies d\u2019op\u00e9ra, du lied, de la musique sacr\u00e9e, que je sais qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une bonne fa\u00e7on de faire tenir une phrase debout et qu\u2019il s\u2019agit de la trouver. Je compte souvent sur mes doigts en pensant que \u00e7a ne se voit pas. Je pense qu\u2019on boit trop de caf\u00e9, que le caf\u00e9 s\u2019est m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 l\u2019encre, aux photos sur Instagram et qu\u2019on ferait mieux d\u2019\u00e9crire et de parler en attendant le samovar, comme dans les pi\u00e8ces de Tchekhov, ainsi que mon ami St\u00e9phane Mercoyrol se pla\u00eet \u00e0 me le rappeler avec enthousiasme. Je suis \u00e9pouvantablement persuad\u00e9e que je ne sais pas \u00e9crire de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est tellement b\u00eate que \u00e7a ne peut \u00eatre d\u00fb qu\u2019\u00e0 un mauvais branchement des vieux circuits \u00e9lectriques de la maison. L\u2019aide que m\u2019apporte le compagnonnage du Tiers Livre est incommensurable. J\u2019ai h\u00e9sit\u00e9 entre la biblioth\u00e8que et le th\u00e9\u00e2tre, entre le social et le symbolique, et puis j\u2019avais \u00e9t\u00e9 suffisamment fille unique comme \u00e7a. Je remarque qu\u2019il y a toujours une bobine de fil qui tra\u00eene sur mes tables de travail (je ne sais pas coudre). Si j\u2019\u00e9cris sur ma famille, c\u2019est toujours depuis une hauteur de 1m10, max. Avant, j\u2019\u00e9tais mal (et mauvaise aussi) quand je ne pouvais pas \u00e9crire chaque jour, maintenant c\u2019est pass\u00e9 dans le corps. J\u2019aime \u00e9crire au caf\u00e9, j\u2019ai grandi dans un caf\u00e9, j\u2019aime \u00e9crire sur la table du caf\u00e9 o\u00f9 j\u2019ai grandi. Je connais des centaines d\u2019histoires auxquelles je ne pense pas tant qu\u2019on ne me parle pas. Parfois, je me r\u00e9veille au milieu d\u2019un texte sans savoir o\u00f9 je suis, o\u00f9 se trouve la porte, la fen\u00eatre, le bord du lit, dans quelle maison, dans quelle ville, quand. Je ne trouve pas le temps d\u2019apprendre par c\u0153ur de po\u00e8me, alors que la d\u00e9couverte r\u00e9cente de la po\u00e9sie de Forough Farrokhz\u00e2d est cousue sur mon c\u0153ur. En voyant Meryl Streep faire Karen Blixen improvisant une soir\u00e9e de conte \u00e0 partir de trois mots, j\u2019ai d\u00fb \u00eatre d\u00e9vast\u00e9e de d\u00e9sir (sinon je ne m\u2019explique pas ce qui m\u2019arrive depuis quarante ans). Je ne pensais pas \u00e9crire ce texte. Je ne peux plus \u00eatre autre chose que pratiquante dans mes actes, je ne sais pas \u00eatre pratiquante dans les dispositifs des autres (f\u00e9ministe pratiquante par exemple, comme ne pas l\u2019\u00eatre&nbsp;? Ma seule respiration en fait d\u00e9monstration. Mais plus avec les louves, m\u00eame les belles louves grises, \u00e0 ma fa\u00e7on, sur mon chemin, vous voyez&nbsp;? Dans un geste profond\u00e9ment pens\u00e9, pas compensant). Je n\u2019en reviens pas d\u2019\u00eatre si bien entour\u00e9e, qu\u2019autant de gens bien me parlent. Je suis assise sur une pierre plate au milieu d\u2019un petit torrent en toutes saisons. On m\u2019a fait reproche r\u00e9cemment de mon style <em>abrupt<\/em>, ce n\u2019est pas mon style qui est abrupt, c\u2019est moi&nbsp;: je suis abrupte, oui, comme les montagnes (et le m\u00eame jour, on m\u2019a dit que je ne parlais pas \u00ab&nbsp;pour des moutons&nbsp;\u00bb, alors j\u2019ai choisi mon camp, camarade). Je sais que j\u2019ai une vie palpitante et \u00e7a me va que tout le monde n\u2019en soit pas inform\u00e9 par voie de presse. La Nouvelle-Z\u00e9lande me para\u00eet bien plus loin que la Nouvelle-Cal\u00e9donie, mais moins loin, cependant, que les endroits que je fr\u00e9quente quand j\u2019\u00e9cris <em>Le S\u00e9rail<\/em>. Le soir, je sais comment je me couche et c\u2019est la promesse d\u2019un r\u00e9pit et d\u2019une joie qui peut faire tenir toutes les journ\u00e9es. Le mot <em>\u00e9crivante<\/em> est encore celui qui dit le mieux ce qui se passe, comme dans <em>Les Estivants<\/em> de Gorki.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 | La journ\u00e9e est encore jeune<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le titre de \u00ab consolateur \u00bb<br>Est partag\u00e9 par le moineau<br>Effront\u00e9 de chaises en tables<br>Par mon ami Pierre<br>Qui vient d\u2019\u00e9crire le mot \u00ab clart\u00e9 \u00bb<br>Par la franchise des montagnes<br>Et par ce po\u00e8me<br>Loin d&rsquo;\u00eatre fini<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai toujours refil\u00e9 les poses de portraits \u00e0 mon amie B\u00e9n\u00e9dicte qui refusait les poses de nu.  <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-comment-chaque-instant\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | Comment chaque instant<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":214847,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-214599","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214599"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214599\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":216878,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214599\/revisions\/216878"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/214847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}