{"id":214606,"date":"2026-07-11T18:51:12","date_gmt":"2026-07-11T16:51:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214606"},"modified":"2026-07-11T18:51:12","modified_gmt":"2026-07-11T16:51:12","slug":"chroniques-01l-a-la-croisee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01l-a-la-croisee\/","title":{"rendered":"#Chroniques #01l A la crois\u00e9e."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui s&rsquo;interroge est un monde qui grandit. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La grande all\u00e9e longeant la for\u00eat d\u00e9bouche sur un carrefour ouvert aux quatre vents. Paris, le Sud, l&rsquo;Essonne, la Seine et Marne, tout passe par cette Nationale 7 qui forme un noeud de circulation dans lequel les voitures s&rsquo;engouffrent \u00e0 la recherche d&rsquo;une issue. Pas d&rsquo;h\u00e9sitation possible. Pare-choc contre pare-choc face aux feux rouges. Tout le monde se trompe de direction. C&rsquo;est un carrefour qui emprunte trop de chemins. Grimpeurs, vacanciers, travailleurs, tous se pr\u00e9cipitent et s&rsquo;entrecroisent. Petite pause \u00e0 la station essence BP. Glace, fra\u00eecheur, coca-cola ou salade pour le soir. Et parfois, dans la nuit, des sangliers traversent tranquillement obligeant les voitures \u00e0 s&rsquo;\u00e9carter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il dort. Je l&rsquo;\u00e9coute. Il dort. Je m&rsquo;\u00e9nerve. Il dort. Mais pourquoi dort-il ? Il dort. Je me l\u00e8ve. Il dort. Mais comment peut-il dormir ? Il dort. J&rsquo;ouvre la porte du r\u00e9frig\u00e9rateur. Il dort. Je mange un yaourt \u00e9clair\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9rieur du r\u00e9frig\u00e9rateur. Il dort. Je ne dors pas. Il dort. Et si je le r\u00e9veillais ? Il dort. Je regarde les chiens. Il dort. Eux me regardent. Il dort. J&rsquo;allume mon t\u00e9l\u00e9phone. Il dort. Je scrolle. Il dort. Je me rallonge. Il dort. Je lis. Il dort. J&rsquo;ai chaud. Il dort. Je me l\u00e8ve. Il dort. Je veux parler. Il dort. Il m&rsquo;\u00e9nerve. Il dort. Je marche dans le couloir. Il dort. Je scrute la nuit. Il dort. Je regarde l&rsquo;heure. Il dort. Je vais faire pipi. Il dort. Il ne se r\u00e9veille pas. Il dort. Je me gratte. Il dort. Et si je sortais ? Il dort. Je compte les \u00e9toiles. Il dort. J&rsquo;ai soif. Il dort. Je tourne en rond. Il dort. Je le d\u00e9teste. Il dort. Je le regarde. Il dort. Je travaille. Il dort. Je m&rsquo;endors. Il se r\u00e9veille. Je dors.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&rsquo;ai pas aim\u00e9 mon enfance et je l&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 en tant qu&rsquo;adulte. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e pour \u00eatre hors du monde mais je d\u00e9teste cela. J&rsquo;ai pass\u00e9 ma vie \u00e0 chercher ma place. Je suis pleine d&rsquo;amour pour les gens, mon homme, mes chiens et mes enfants. J&rsquo;ai obtenu tout ce que je ne voulais pas. J&rsquo;ai trop r\u00eav\u00e9, trop d\u00e9sir\u00e9. Je ne veux plus rien attendre. Je veux vivre. L&rsquo;\u00e9criture m&rsquo;a toujours accompagn\u00e9e. Je pensais que les acteurs et actrices jouaient derri\u00e8re les \u00e9crans. Je voulais entrer dans les films et vivre avec eux. J&rsquo;ai toujours voulu m&rsquo;\u00e9chapper de chez moi. J&rsquo;ai heureusement trouv\u00e9 ma maison. J&rsquo;ai pass\u00e9 mes premi\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 Paris seule. Je me suis fait amie avec un cordonnier. Un argentin. Il est mort. J&rsquo;aimerais parfois \u00eatre dans le cadre. J&rsquo;aime me voir vieillir. Je me sens mieux. Je veux ch\u00e9rir encore et toujours la vie. Je suis \u00e9ternellement reconnaissante pour cet espace de litt\u00e9rature. J&rsquo;aime lire les autres. Je voulais entrer au couvent. Mais \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait avant. Je pense que nous ne faisons qu&rsquo;un mais que nous ne le savons pas. Je pense que l&rsquo;exp\u00e9rience de vie est infiniment pr\u00e9cieuse. J&rsquo;aimerais pr\u00e9parer ma mort. Je voudrai courir jusqu&rsquo;\u00e0 mon dernier souffle. Et la for\u00eat. Dans les arbres. Parfois j&rsquo;aime tellement que cela d\u00e9borde dans tout mon corps. Je voudrais savoir \u00e9crire. J&rsquo;aime chercher et creuser et interroger. Parfois, j&rsquo;aimerais avoir une place mais je ne comprends pas comment \u00e7a marche. Je ne suis plus na\u00efve. Mais je cultive un \u00e9merveillement. Je ne veux pas \u00eatre aigrie ou am\u00e8re. Je veux rester amoureuse et que cet amour ruisselle de partout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sept heures du matin, un chien au bout de chaque bras, l&rsquo;air frais de la for\u00eat. Soudain,  les chiens s&rsquo;arr\u00eatent et lui aussi. Grand, majestueux, ses yeux riv\u00e9s sur nous, il se tient, l\u00e0, surpris de nos pr\u00e9sences. Temps suspendu. Et \u00e0 peine l&rsquo;ai-je regard\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;est plus. Il court, bois au vent, sur les chemins sauvages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Un monde qui s&rsquo;interroge est un monde qui grandit. 2 La grande all\u00e9e longeant la for\u00eat d\u00e9bouche sur un carrefour ouvert aux quatre vents. 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