{"id":214615,"date":"2026-07-09T23:58:22","date_gmt":"2026-07-09T21:58:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214615"},"modified":"2026-07-09T23:58:22","modified_gmt":"2026-07-09T21:58:22","slug":"ete2026-chroniques-01-les-oiseaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2026-chroniques-01-les-oiseaux\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92026 #chroniques #01 \/ Les oiseaux"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\/ <strong><em>Un monde qui n\u2019\u00e9coute plus le chant des oiseaux n\u2019entendra pas son propre chant du cygne<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\/ L\u2019h\u00f4pital \u00e9crase la rue de sa fa\u00e7ade opulente. Il d\u00e9borde. Fen\u00eatres vides, services d\u00e9sert\u00e9s. Il fait trop chaud ? Il y a gr\u00e8ve ? Les patients sont-ils cach\u00e9s dans les caves ? C\u2019est la guerre au Covid, c\u2019est la guerre au Climat, c\u2019est le Climat qui nous fait la guerre, il va falloir ressortir les h\u00f4pitaux militaires. Sur le rond-point, derri\u00e8re la vitre sale du tramway, un type avec un chapeau de paille essaye d\u2019ouvrir la porti\u00e8re arri\u00e8re d\u2019une voiture qui red\u00e9marre. Tout le monde porte un chapeau. C\u2019est la nouvelle signature de mode. Un chapeau, une moustache, les terrasses avachies, et les corps d\u00e9bordent. Des types passent en scooter torse nu. Ca sent le tabac froid et le sang chaud. Voil\u00e0 Nantes qui va ressembler \u00e0 Marseille, la mer en moins. Une ambiance de m\u00e9diterran\u00e9e sur les bords de Loire. Sur l\u2019autre trottoir la fresque \u00e9clat\u00e9e de la Petite Fille et du Scaphandrier, une pantin g\u00e9ante qui surgit de l\u2019eau, habill\u00e9e comme une native indienne, et des couleurs qui braillent derri\u00e8re. Le mur va s\u2019effondrer et des gosses font des figures en skate. La Loire fait une sieste, cr\u00e2neuse, apr\u00e8s avoir d\u00e9bord\u00e9 tout l\u2019hiver. Je ne vois plus les ragondins paniqu\u00e9s qui essayaient de monter sur les trottoirs. Le tram se referme. Le type jette son sac \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur pour bloquer la porte. C\u2019est le type qui a essay\u00e9 de forcer une porti\u00e8re. Il a un sac de sport et un chapeau de paille et une croix autour du cou. Il sortait peut-\u00eatre tout simplement de la voiture. Le tram sonne et repart et il y a une odeur de sueur rance, presque sensuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3\/ Je ne dors pas. Je devais dormir si je me suis r\u00e9veill\u00e9. J\u2019ai tourn\u00e9 en rond dans mon lit, \u00e7a je m\u2019en souviens. Je ne voulais pas aller dormir. Je devais veiller sur le go\u00e9land mais comme je ne pouvais pas le dire \u00e0 Grand-P\u00e8re Joseph j\u2019ai cherch\u00e9 des excuses pour ne pas aller dormir et il m\u2019a quand m\u00eame envoy\u00e9 au lit. J\u2019ai tourn\u00e9 dans mon lit, j\u2019ai dit que je ne dormirai pas, je me suis dit que je ne dormirai pas mais je crois que je me suis endormi parce que je me suis r\u00e9veill\u00e9. C\u2019est un r\u00e9veil bizarre. D\u00e9j\u00e0 j\u2019ai eu un truc bizarre en m\u2019endormant, je me suis senti comme tomber. Ca m\u2019a ramen\u00e9 dans le monde en sursaut. Je me suis demand\u00e9 si c\u2019est \u00e7a que ressentent les gens qui sautent de la falaise, si au milieu du saut ils se r\u00e9veillent en sursaut mais eux ils sont pas dans leur lit, avec le drap bleu et le bureau mal rang\u00e9 en face, dans la p\u00e9nombre. On dit qu\u2019il n\u2019y a plus de gens qui sautent de la falaise mais qu\u2019avant il y en avait. Apr\u00e8s je ne sais pas. Je ne me souviens pas. L\u00e0, il fait noir. C\u2019est tr\u00e8s sombre, vraiment. Avant j\u2019avais peur du noir. Quand j\u2019\u00e9tais petit. Maintenant je ne suis plus petit. Quand j\u2019\u00e9tais petit j\u2019avais peur du noir et je voulais que la porte de la chambre reste ouverte pour voir la lumi\u00e8re du salon, pour savoir que Grand-P\u00e8re Joseph et Alexis \u00e9tait l\u00e0 mais maintenant je dors avec la porte ferm\u00e9 et ce soir je l\u2019ai m\u00eame claqu\u00e9. Je devrais me lever du lit et aller dans le salon voir si Grand-P\u00e8re Joseph dort et aller dehors voir le Go\u00e9land. Je ne sais pas quelle heure il est. Il faut que j\u2019attende que l\u2019horloge du couloir sonne. Mais si elle a sonn\u00e9 juste avant que je me r\u00e9veille, elle ne va pas sonner avant encore une heure ? Je ne sais pas \u00e7a fait combien de temps que je suis l\u00e0, dans mon lit, \u00e0 ne pas dormir alors que je devrais dormir alors que j\u2019ai dormi quand je ne devais pas dormir. La nuit, je ne connais pas le temps. Je ne sais pas si il est pareil que le jour. Je ne connais pas non plus la maison la nuit. Je ne sais pas si les couloirs sont plus longs ou si les murs se rapprochent. C\u2019est comme le bureau en face. Je le connais mais l\u00e0 il a l\u2019air plus proche et sur la chaise qui est pouss\u00e9e, on dirait qu\u2019il y a quelqu\u2019un qui est assis. Au bord de mon lit. Qui me regarde. Je me redresse sur le lit. Avec ma t\u00eate du jour je sais que ce sont mes v\u00eatements qui sont mal rang\u00e9s mais avec ma t\u00eate de la nuit je me dis que quelqu\u2019un me regarde peut-\u00eatre et que je ne peux pas me lever pour aller voir le Go\u00e9land. Je tire doucement sur le rideau et la Nuit entre dans la chambre. Je ne me souvenais pas avoir tir\u00e9 la chaise si loin. Une lumi\u00e8re file \u00e0 travers la chambre. C\u2019est le Phare. Je n\u2019ai jamais vu le Phare la nuit. Je ne sais pas si le Go\u00e9land voit dans la nuit, s&rsquo; il a peur ou pas. L\u2019horloge sonne trois heures. A trois heures, je ne sais pas qui sont Grand-P\u00e8re Joseph, Alexis ou le Go\u00e9land. Je ne sais pas qui je suis, moi. J\u2019ai envie de voir le Phare aussi. Tout doucement, je repousse le drap.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4\/&nbsp; \u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5\/ Sur le pont, la vue de la ville s&rsquo;\u00e9tale. La lune est juste au-dessus, comme un r\u00e9verb\u00e8re personnel. On ne sait pas trop \u00e0 quoi il sert ce pont, il n\u2019enjambe rien, ni eau ni rails, il se perd entre des immeubles mal align\u00e9s. Mais je l\u2019aimais bien parce qu\u2019il \u00e9tait en fer forg\u00e9 et j\u2019aime tout ce qui sent le travail de l\u2019homme et des si\u00e8cles. D\u2019apr\u00e8s mon amie c\u2019est ici qu\u2019on a la plus belle vue de la ville. En bas, la basilique, la cath\u00e9drale blanche qui attrape les derniers reflets, une calanque qui bataille au loin, un rocher qui fait office d&rsquo;\u00eele, et les corps qui s&rsquo;attardent encore sur la plage alors que le jour tombe. Les mouettes rient fort, les go\u00e9lands s&rsquo;appellent, un chat en chaleur miaule quelque part sous nous. On mange nos frites grasses en se m\u00e9fiant des oiseaux qui volent ras. On redescend les petites marches en pierre, et on tourne dans les ruelles chaudes. Les ruelles \u00e7a ne se prend jamais de face, \u00e7a tourne toujours, \u00e7a d\u00e9bouche toujours sur quelque chose. Mon amie me vante les m\u00e9rites de la ville, des gens ferment leurs volets, les scooters sont gar\u00e9s de travers. C\u2019est dans une de ces petites ruelles pav\u00e9es aux maisons color\u00e9es que les go\u00e9lands ont attrap\u00e9 le pigeon. Ils nous ont effleur\u00e9s, leurs ailes tranchantes, on a rit en se serrant le bras, des frites sont tomb\u00e9es et ils ont attrap\u00e9 le pigeon qui picorait au bord d\u2019une poubelle. Ils l\u2019ont saisi chacun par une aile dans une danse organis\u00e9e et ils l\u2019ont fracass\u00e9 sur le bitume. Il n\u2019a m\u00eame pas eu le temps de se d\u00e9fendre. Il a le cou qui pend et les go\u00e9lands s\u2019arrachent ses ailes pour atteindre sa chair, ouvrant grand leur bec uniquement pour crier victoire. Le carton derri\u00e8re nous s\u2019agite et un rat passe entre mes jambes en courant et s\u2019attaque \u00e0 la queue du pigeon. Mon amie crie, il faut faire du bruit pour chasser le rat, elle tape dans les mains, on dirait qu\u2019elle fait du flamenco, qu\u2019elle donne un rythme \u00e0 ce spectacle absurde. Un des go\u00e9lands tente de chasser le rat et celui-ci saute haut, toutes griffes dehors. Sa queue grasse fouette le sol. On veut passer, on doit passer mais on n\u2019ose pas contourner cette sc\u00e8ne brutale qui nous fascine. J\u2019ai cri\u00e9, je crois, en attrapant le bras de mon amie et un type que je n\u2019avais pas vu a surgi de l\u2019ombre d\u2019une porte avec son pantalon trop grand et sa bouteille de villageoise. \u201cAlors, elle a peur la bourgeoise !\u201d il a rican\u00e9 en brandissant sa bouteille en plastique. Mon amie a commenc\u00e9 \u00e0 crier apr\u00e8s le type tout en continuant de taper dans ses mains et moi j\u2019\u00e9tais l\u00e0 avec mes frites et la seule chose que j\u2019arrivais \u00e0 dire c\u2019\u00e9tait \u201cmais c\u2019est d\u00e9gueulasse ! c\u2019est d\u00e9gueulasse !\u201d Le type a cru que je me moquais de lui et il a continu\u00e9 \u00e0 m\u2019invectiver avec sa bouteille brandi comme un argument. Le rat avait d\u00e9chir\u00e9 la chair du pigeon et ces entrailles pendaient et et le type m\u2019a houspill\u00e9 \u201cmais c\u2019est toi qu\u2019est d\u00e9gueulasse ! C\u2019est la nature, Madame !\u201d Ce Madame a claqu\u00e9 dans la sc\u00e8ne avec encore plus d\u2019absurdit\u00e9 que tout le reste et je ne sais pas pourquoi, j\u2019ai eu un fou rire d\u00e9vorant, avec le monde ouat\u00e9 autour, mon amie qui criait apr\u00e8s le rat, le type avec sa bouteille brandie, les oiseaux rappelant le r\u00e9el et la ville tout autour qui s\u2019amusait, insouciante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ Un monde qui n\u2019\u00e9coute plus le chant des oiseaux n\u2019entendra pas son propre chant du cygne 2\/ L\u2019h\u00f4pital \u00e9crase la rue de sa fa\u00e7ade opulente. Il d\u00e9borde. Fen\u00eatres vides, services d\u00e9sert\u00e9s. Il fait trop chaud ? Il y a gr\u00e8ve ? 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