{"id":214647,"date":"2026-07-10T12:19:54","date_gmt":"2026-07-10T10:19:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214647"},"modified":"2026-07-10T13:07:51","modified_gmt":"2026-07-10T11:07:51","slug":"chroniques-01-jattends-juste-le-retour-de-mon-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-jattends-juste-le-retour-de-mon-pere\/","title":{"rendered":"#Chroniques #01 |\u00a0J\u2019attends juste le retour de mon p\u00e8re."},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-right has-normal-font-size\">Danse |\u00a0<strong>1<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Un monde qui se charge ne porte pas soutien \u00e0 la danse polyrythm\u00e9e de sa rotation.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-right has-normal-font-size\">Foul\u00e9es pr\u00eachent |  <strong>2<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas choisi de m&rsquo;arr\u00eater ; l\u2019habitude de voir les gens ; carrefour des foul\u00e9es ; quatre voies en m\u00eame temps ; c\u2019est eux qui nous choisissent ; ma ligne devant des arbres, un camion rouge, une \u00e9glise \u00e0 droite, la descente vers la porte Saint-Eustache. J\u2019ai mis du temps \u00e0 vraiment r\u00e9ussir \u00e0 m\u00e9moriser l\u2019union des lettres qui composait ce nom : Saint-Eustache ; Je me consacre aux pieds ; c\u2019est \u00e9vident que c\u2019\u00e9tait la journ\u00e9e des baskets qui venaient d\u2019\u00eatre achet\u00e9es ; elles \u00e9taient toutes tr\u00e8s blanches, comment !? Dans cette sale ville, on peut avoir des chaussures si blanches ? J\u2019entends le nom de Dieu \u00e0 ma droite et avec lui se dessinent deux femmes : l\u2019une en bleu fleuri, l\u2019autre en noir &#8211; qui parlent de Dieu &#8211; du pardon ; du c\u00f4t\u00e9 gauche de ce carrefour, j\u2019entends des sons de tambours africains ; \u00e0 Ch\u00e2telet ; deux femmes noires pr\u00eachent la parole de Dieu ; \u00e0 ma droite ; \u00e0 ma gauche ; quelqu\u2019un joue du tambour. C\u2019est \u00e0 \u00e7a que sert ma vie. Il passe un homme en bleu, sans un bras, et sa manche qui reste funambule se prend \u00e0 son corps ; il ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 pour \u00e9couter la parole de Dieu ; un pied cass\u00e9 ; un talon japonais avec le gros orteil band\u00e9 ; le couloir des v\u00e9los o\u00f9 il n\u2019y avait pas de place pour les vies autres ; la handicapacit\u00e9 du devant ; le pire endroit pour courir. Une belle femme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi ; derri\u00e8re ; la chaleur des bacs au centre ; ma peau et moi ; les arbres verts au fond ; la rue divise les couleurs : noirs ; blancs ; touristes ; locaux ; par terre la beaut\u00e9 cache la salet\u00e9 du sol ; le reflet presque blanc du soleil ; l\u2019aveuglement des mouvements qui se choquent ; des pieds-sons ; ils ne s\u2019arr\u00eatent pas pour \u00e9couter la parole de Dieu ; encore ; le couloir-soleil ; le bord couch\u00e9 ; au bout, des enfants ; cris joueurs : car la beaut\u00e9 est sinc\u00e8re ; des sauts \u00e0 deux cordes ; la photographie des d\u00e9s-rencontres ; sa courbe qui tient la structure ; une belle taille de femme ; la porteuse de Dieu, appuy\u00e9e sur un arbre assez bas ; elle se cache pour parler au t\u00e9l\u00e9phone ; honte, peut-\u00eatre, de lui trahir le temps.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-right has-normal-font-size\"> J\u2019attends juste le retour de mon p\u00e8re | <strong>3<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brod\u00e9e sur le moment pr\u00e9sent et ainsi le monde, comme des marionnettes, perd ses fils. Soir de quelques jours perdus dans mon imaginaire et mon courage audacieux de ne pas m\u2019arr\u00eater, car le corps le demande. Je ne me suis jamais priv\u00e9e de l\u2019intensit\u00e9 et je ne la mesure pas. Aujourd\u2019hui, ce grand aventureux chemin vite du tunnel que je prends est incapable d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9. Mais je vous vois, madame, et je vous parle. Les souhaits cach\u00e9s de mon \u00e2me sont ceux auxquels je consacre ma vie : \u00e0 l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de ce qui existe par mes connexions. Car j\u2019aimerais te dire plein de choses ; mais restons nous-vous, moi et les quatre murs de ces dix m\u00e8tres carr\u00e9s, pas suffisants pour tenir ma vie. Sorcellerie handicapiste, celle de l\u2019empoisonnement de mes \u00e9treintes. Enfiler dans une aiguille le temps du noir, la douleur de devoir presque fermer les yeux, car la peur de dormir. Comme les enfants, me dit Julia, ma psy depuis d\u00e9j\u00e0 quatorze ans. Et je file les jours, les semaines, et je cours, je run, car la vie va tr\u00e8s vite. Qui nous a menti en disant qu\u2019on avait du temps ? On n\u2019a pas de temps ! Et je vis mes vingt-six ans comme si j\u2019en avais cinquante-cinq. Quand est-ce que mon \u00e2me arrivera \u00e0 l\u2019\u00e2ge de mon corps, celui qui a des jambes pour porter ce poids ? Parfois, j\u2019ai peur que la vie me dise que je ne peux plus vivre, car j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 tout v\u00e9cu. J\u2019aimerais savoir si ce n\u2019est que \u00e7a. Est-ce que ce n\u2019est que \u00e7a ? Car cela fait d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es que j\u2019attends ce changement qu\u2019on appelle la maturit\u00e9. Bref, \u00e7a me fatigue ma jeunesse et mes r\u00e9flexions na\u00efves, peut-\u00eatre que \u00e7a changera \u00e0 mes 55 ans. J\u2019attends ce Bam ! Backup, nouvelle personne. Oublions et balayons le pass\u00e9, car je ne le veux plus. Ou d\u2019ailleurs, m\u2019endormir le soir de l\u2019insomnie du suicide et me r\u00e9veiller en sachant la lumi\u00e8re. Mais encore, on reste toujours comme \u00e7a, en \u00e9tant nous, comme \u00e7a ? Car je vois la sc\u00e8ne de moi tombant dans la baignoire de mon p\u00e8re, qui s\u2019est \u00e9nerv\u00e9 parce que je pleurais et qui m\u2019a frapp\u00e9e, parce que j\u2019avais mal et je pleurais. J\u2019avais r\u00e9p\u00e9tition de chant, j\u2019avais six ans, et ma vie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9e \u00e0 ma voix. J\u2019ai fait les vingt minutes de trajet entre chez moi et le th\u00e9\u00e2tre en pleurant. Mon p\u00e8re s\u2019arr\u00eate pour je ne sais quoi. Je reste au milieu de la rue, je l\u2019attends et, autour de moi, les gens qui passaient ne faisaient pas de bruit ; la banque ; un bar ; la rue. Moi, j\u2019attends juste le retour de mon p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-right has-normal-font-size\">Avec Clarice | <strong>4\u00a0<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un fragment de \u00e7a que je devrais \u00e9crire. Je ne me suis jamais pos\u00e9 la question, mais j\u2019ai beaucoup des choses \u00e0 dire. Je parle du prix des choses, car je paye cher et il me manque du temps pour y vivre. Je repasse les sc\u00e8nes dans ma t\u00eate. Celles de mes propres vies. Je me regarde derri\u00e8re et je me vois si mignonne que je me demande comment on pourrais me faire si mal. Je parse \u00e0 mon p\u00e8re qui me disais depuis petite qu\u2019il \u00e9tait millionaire de spiritualit\u00e9. Qu\u2019il avait de l\u2019agent \u00e9motionnel pour mettre au monde. Lui aussi, sa vie et remplie de je ne sais meme pas comment en appeler. Contraintes : tout est impossible. Peut-\u00eatre que les choses \u00e0 dire viennent de mon p\u00e8re et de ce pass\u00e9 qui traverse les cinq g\u00e9n\u00e9rations avant moi. Ceux qui arrivent en bateau et qui comprennent la vie \u00e0 l\u2019Amazonie. J\u2019ai pas de forces pour aller \u00e0 Belem. Pas de jambe pour la boue. J\u2019ai plut\u00f4t peur de m\u2019aventurer sur les terres qui racontent mes histoires. Dans ma famille, personne se connais, on habite un peu par tout dans le monde. Br\u00e9sil, Argentine, France et Russie. Oui Russie. Je n\u2019appartiens donc \u00e0 aucune nation. Je suis juste moi, jet\u00e9e au monde, cinq langues parl\u00e9es. D<em>iapora\u2019s way of life.&nbsp; <\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-right has-normal-font-size\">Prendre les frissons |\u00a0<strong><s>5<\/s><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cach\u00e9 sur nos corps, dedans. Le danger de ces longues lignes blanches qui pourraient s\u2019\u00e9tendre sur des m\u00e8tres et des m\u00e8tres. Entre le minuscule d\u2019un asticot et sa grandeur, elle arrive : la panique. Il fallait descendre un sac-poubelle qui bougeait. Le prendre dans la main et marcher environ cinq minutes jusqu\u2019\u00e0 une poubelle. \u00c7a bouge avec la m\u00eame agilit\u00e9 que celle avec laquelle ils mangent un corps en d\u00e9composition. Oui, \u00e7a peut monter sur mes mains pour y d\u00e9poser ses \u0153ufs de reproduction et de multiplication. Bient\u00f4t, ma peau aura un trou ; bient\u00f4t, ma peau sera pourrie ; puis mon corps, puis ma t\u00eate, d\u00e9faits. La faiblesse de la peur du petit. Prends et tiens le courage des frissons. \u00c7a casse un verre tomb\u00e9 sur terre. D\u00e9go\u00fbtant, si petit et pourtant si horrible, si vite multipli\u00e9. Le pouvoir de la multiplication : on ne pourra jamais se battre contre la fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Danse |\u00a01 Un monde qui se charge ne porte pas soutien \u00e0 la danse polyrythm\u00e9e de sa rotation. 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