{"id":214662,"date":"2026-07-10T12:44:07","date_gmt":"2026-07-10T10:44:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214662"},"modified":"2026-07-10T12:44:07","modified_gmt":"2026-07-10T10:44:07","slug":"chroniques-01-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-2\/","title":{"rendered":"#chroniques #01"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><em>1 | DU MONDE<\/em><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Un monde qui travaille \u00e0 ce point du chapeau ne peut s&rsquo;attendre \u00e0 aucune f\u00e9licitation\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Un monde qui ne prend pas le tragique au s\u00e9rieux prend le risque du comique en s\u00e9rie&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">\u00c7a pue\u00a0; \u00e7a suinte\u00a0; et puis \u00e7a gueule\u00a0; surtout depuis l&rsquo;enceinte\u00a0; l&rsquo;appareil pas la femme\u00a0; elle est assise au milieu du trottoir sur une chaise pliante de chez D\u00e9cathlon mais elle n&rsquo;est pas enceinte\u00a0; c&rsquo;est l&rsquo;appareil qui gueule\u00a0; \u00e0 rendre aveugle ou imb\u00e9cile ; on ne peut pas reconna\u00eetre en quelle langue \u00e7a chante tellement les aigus saturent\u00a0; c&rsquo;est une forme de musique d&rsquo;ext\u00e9rieur comme les supermarch\u00e9s en font \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur pour d\u00e9sorienter les clients\u00a0; d\u00e9sorient\u00e9 en plein carrefour reste un must ; le bitume est luisant de liquides en tous genres ; il y a un peu d&rsquo;huile de vidange et un peu d&rsquo;essence arc-en-ciel qui serpente d&rsquo;objet rare en d\u00e9chet de tous les jours ; ils sont difficiles \u00e0 distinguer parce que certains objets de tous les jours ont ch\u00e8rement conquis le statut de d\u00e9chet rare\u00a0; \u00e0 la limite du pr\u00e9cieux\u00a0; les caniveaux sont peupl\u00e9s de ce petit monde d&rsquo;objets sales qui grouille et gicle \u00e0 chaque d\u00e9part de voiture\u00a0; \u00e7a saute au visage et \u00e7a fatigue les yeux\u00a0; l&rsquo;arm\u00e9e des livreurs en faction en perd son latin ; quelques fant\u00f4mes de toile glissent au pied des murs\u00a0sans voix ni regard\u00a0; \u00e7a glisse aussi du c\u00f4t\u00e9 des claquettes et \u00e7a rappelle le pas gliss\u00e9 de certaines danses anciennes\u00a0; cette danse-l\u00e0 r\u00e9p\u00e8te toujours le m\u00eame et unique pas qui glisse et traine et glisse\u00a0; une grande tour rouge donne des allures de Nouvelle-Angleterre \u00e0 une cit\u00e9 qui ne tient plus debout sur la dalle qu&rsquo;elle cr\u00e8ve\u00a0; on dirait que tout se vend au son du crin crin qui crache ses clopes ; tout se vend\u00a0; les tontons des chaises de camping jouent les tours de contr\u00f4le\u00a0; les r\u00e8gles de leur jeu sont \u00e9crites au fond de tous les business\u00a0; tout se vend parce que tout s&rsquo;ach\u00e8te\u00a0; on peut payer dans toutes les monnaies\u00a0; une ou deux terrasses l\u00e0-bas derri\u00e8re\u00a0; c&rsquo;est s\u00fbrement un groupe de femmes attabl\u00e9es ensemble\u00a0; c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elles sont\u00a0; la tonalit\u00e9 de leurs exclamations laisse supposer qu&rsquo;elles sont asiatiques\u00a0; \u00e7a sonne chinois\u00a0; beaucoup d&rsquo;\u00e9clats\u00a0; un \u00e9tal remarquable plein de fruits du genre ouvert toujours \u00a0; ce qui est remarquable c&rsquo;est que \u00e7a ne sent rien\u00a0; \u00e7a ne sent pas les fruits\u00a0; le parfum des fruits a pris le gris de tout le reste ; il y a bien un grand \u00e9cran d&rsquo;arbres verts qui laisse deviner le p\u00e9riph \u00e9ternel mais ils sont gris ; d&rsquo;un gris color\u00e9 certes, comme dans les cours de couleur des Beaux-Art ; mais \u00e7a reste gris ; la ville s&rsquo;\u00e9tait choisi pour slogan des ann\u00e9es 2000 \u00ab\u00a0le gris est une couleur qui va bien \u00e0 Paris\u00a0\u00bb\u00a0; c&rsquo;\u00e9tait vrai\u00a0; c&rsquo;\u00e9tait un temps o\u00f9 Paris pouvait s&rsquo;offrir le luxe du terne ; et le luxe \u00e7a se d\u00e9place et \u00e7a tourne toujours \u00e0 l&rsquo;ordinaire ; on s&rsquo;habitue bien vite ; des coups de klaxon pour une sortie de garage encombr\u00e9e\u00a0; ils insistent\u00a0; ils ont le dessus et mettent les crachats de l&rsquo;enceinte KO\u00a0; l&rsquo;appareil\u00a0pas la femme\u00a0; les femmes ne crachent pas\u00a0; cracher c&rsquo;est r\u00e9serv\u00e9 aux hommes ; c&rsquo;est bien connu\u00a0;<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La veille trompe. C&rsquo;est elle qui vous endort, comme on se fait endormir son portefeuille. Elle vous fait croire des tas de trucs. Notamment que vous voulez dormir. Avoir sommeil est quand m\u00eame une dr\u00f4le d&rsquo;expression. Encore une minute, monsieur le bourreau. Une minute de sens, une minute de corps las, de petits v\u00e9los des dessous, de mon dieu mon dieu pourquoi comment. \u00c7a n&rsquo;est pas moi, je vous assure, \u00e7a se fait tout seul, \u00e7a se tend, \u00e7a s&rsquo;attend. Au diable&nbsp;! Rien qu&rsquo;une petite insomnie, pour ne pas r\u00eaver, pour croire encore un peu. C&rsquo;est lourd, un corps. Et \u00e7a mouille les draps. Il y a bien un peu de bruit, un peu de pr\u00e9texte, mais c&rsquo;est derri\u00e8re les yeux que \u00e7a pousse, \u00e0 ne pas vouloir faire la place. C&rsquo;est fou, ce boucan l\u00e0-dedans. Ils sont mille dans cette arm\u00e9e de veilleurs. Se lever ne marche jamais, m\u00eame pour aller manger dans la cuisine. Il y a trop de monde. En g\u00e9n\u00e9ral, un truc hurlant fend le noir, un ivrogne, un b\u00e9b\u00e9, des \u00e9bats. En terme de diversion, ils ne font pas vraiment le poids. Trois \u00e0 cinq, c&rsquo;est mon cinq \u00e0 sept, mon tour de man\u00e8ge, ma Foire du Tr\u00f4ne. Encore une minute. Demain, je vais encore piquer du nez dans mon assiette. De toutes fa\u00e7ons c&rsquo;est \u00e0 cinq heures que je me rendors. Je ne sais jamais comment mais ne comptez sur rien d&rsquo;autre. Cinq heures. C&rsquo;est p\u00e9nible de lire avec les yeux qui poussent. J&rsquo;esp\u00e8re toujours un peu de ce va-et-vient-l\u00e0, alors que les autres n&rsquo;y font jamais rien. Enfin&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">4 | DE SOI-M\u00caME, ET D\u2019\u00c9CRIRE<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Avant d&rsquo;imiter, copier, voire recopier, \u00e0 la main cela va sans dire. La prose est une ressource qui connait ses limites. Enfin, il faudrait quand m\u00eame qu&rsquo;elle les connaisse, voire qu&rsquo;elle les reconnaisse. Ce serait plus pratique, plus poli, plus correct. \u00c7a permettrait de comprendre ce qu&rsquo;elle cr\u00e9e, au moins comment. S&rsquo;entendre est redout\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on se laisse prendre par ce qu&rsquo;on a racont\u00e9. Cette douce et indispensable illusion du sens en a sauv\u00e9 plus d&rsquo;un du naufrage narcissique. Il faut continuer ou recommencer, c&rsquo;est-\u00e0-dire continuer. C&rsquo;est un scandale, cette impossibilit\u00e9 de manger du chocolat. La question demeure de donner de la simplicit\u00e9 \u00e0 ce qui est in\u00e9vitablement complexe. Il n&rsquo;est pas envisageable de passer du temps \u00e0 convaincre qui que ce soit. Plus je dors mieux je travaille n&rsquo;est pas une lapalissade. L&rsquo;absence de sucre am\u00e9liore la vue, la mienne au moins, qui est fort mauvaise, avec ou sans chocolat. Je n&rsquo;ai pas toujours aim\u00e9 me lever t\u00f4t. J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 me lever t\u00f4t. Je n&rsquo;\u00e9cris pas de vignette clinique par discr\u00e9tion mais aussi parce que c&rsquo;est impossible. Le sport de combat est une affaire de moine soldat, ou de chevalerie d&rsquo;\u00e9p\u00e9e, celle de la fin&rsquo;amor, sublimation oblige. Dessiner est aussi une pratique. La th\u00e9orie ne peut rien \u00eatre d&rsquo;autre qu&rsquo;un compte rendu. Je parle est souvent une fa\u00e7on de dire je t\u00e9moigne \u00e0 mon insu. Il faut continuer ou recommencer, c&rsquo;est-\u00e0-dire continuer. Notre besoin de continuit\u00e9 est impossible \u00e0 rassasier. Longtemps j&rsquo;ai aim\u00e9 les voyages et puis vint le jour o\u00f9 j&rsquo;ai aim\u00e9 avec qui je voyageais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE \u00ab&nbsp;Un monde qui travaille \u00e0 ce point du chapeau ne peut s&rsquo;attendre \u00e0 aucune f\u00e9licitation\u00bb \u00ab&nbsp;Un monde qui ne prend pas le tragique au s\u00e9rieux prend le risque du comique en s\u00e9rie&nbsp;\u00bb 2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL \u00c7a pue\u00a0; \u00e7a suinte\u00a0; et puis \u00e7a gueule\u00a0; surtout depuis l&rsquo;enceinte\u00a0; l&rsquo;appareil pas la femme\u00a0; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":724,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-214662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/724"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214662"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214662\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":214717,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214662\/revisions\/214717"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}