{"id":214739,"date":"2026-07-10T13:52:15","date_gmt":"2026-07-10T11:52:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=214739"},"modified":"2026-07-10T13:54:20","modified_gmt":"2026-07-10T11:54:20","slug":"214739-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/214739-2\/","title":{"rendered":"chroniques #01 | un quatre-chemins, une insomnie et un colibri&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_01_emarot.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques_01_emarot.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-491e39c9-935d-4b60-8fd6-d5888941c7e0\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_01_emarot.pdf\">chroniques_01_emarot<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_01_emarot.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-491e39c9-935d-4b60-8fd6-d5888941c7e0\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 |\u00a0du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui \u00ab&nbsp;se d\u00e9tourne de l\u2019amour&nbsp;\u00bb exige de nous assauts de \u00ab&nbsp;d\u00e9sirades&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Bell Hooks, <em>A Propos d\u2019amour<\/em>.<br>Daniel Maximin<em>, L\u2019Invention des d\u00e9sirades<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el\u00a0:<\/strong> <strong>un quatre-chemins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au creux des quatre coudes que forme le croisement des deux rues du quatre-chemins&nbsp;: quatre maisons. Une case en bois en ruine&nbsp;: peinture beige et ocre d\u00e9fraichie, portes \u00e9ventr\u00e9es, toit affaiss\u00e9. V\u00e9g\u00e9tation dense. On ne devine m\u00eame plus l\u2019entr\u00e9e. Une maison cl\u00f4tur\u00e9e d\u2019un haut grillage avec une pancarte rouge&nbsp;: <em>Attention&nbsp;au chien&nbsp;!<\/em> Mais je n\u2019ai jamais entendu de chien aboyer. Tout au bord de la maison, deux voitures y sont gar\u00e9es, l\u2019une derri\u00e8re l\u2019autre, sous l\u2019ombrage d\u2019un grand arbre. Une multitude de plantes en pots. Une maison avec un petit jardin et une \u00e9chelle pos\u00e9e le long d\u2019un arbre. Une quatri\u00e8me maison \u00e0 peine visible, avec un jardin aussi. Une t\u00f4le rouge le long d\u2019un grillage en guise de brise-vue. Murets de pierres in\u00e9gales. Goutti\u00e8re qui forme un coude pour \u00e9vacuer l\u2019eau de pluie dans la rue. Les maisons tout autour, agglutin\u00e9es, et \u00e7a fait un quartier&nbsp;: Caf\u00e9i\u00e8re. Visible du carrefour, au bout d\u2019une des rues, sur les hauteurs, le flanc du volcan. Vert dense. Nuages \u00e9pais et gris. Vent. Chants d\u2019oiseaux. Des accotements herbus le long des maisons. Pas de trottoir, pas de signal\u00e9tique routi\u00e8re. Il est pr\u00e8s de quatorze heures. Le vent qui fait rouler les nuages, les arbres et la v\u00e9g\u00e9tation qui se fraient un passage tant bien que mal dans peu d\u2019espace, crevant b\u00e9ton, pierre et bois, la proximit\u00e9 du volcan et les derni\u00e8res ond\u00e9es de la nuit et de la matin\u00e9e, rafraichissent le bitume. Le quatre-chemins est vide. Le vieux monsieur qui s\u2019assoit parfois sur le muret au bord de la maison en ruine n\u2019est pas l\u00e0. Une voiture klaxonne \u2013 les rues sont tr\u00e8s \u00e9troites -. Elle est blanche. De la fen\u00eatre ouverte, la musique envahit le quartier et couvre le chant des oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 |\u00a0\u00e9crire avec Clarice Lispector\u00a0: insomnie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je yeux ouverts brusquement sur l\u2019obscurit\u00e9 de la chambre. Je desserre les dents. Je laisse disparaitre les bribes de r\u00eaves sans chercher \u00e0 en retenir une. Contours gris des meubles. Douceur du drap. Un poids dans le ventre. Ronronnement de la clim. Luminosit\u00e9 aveuglante du portable avant de pouvoir lire&nbsp;: 4h18. Par la petite fen\u00eatre de la salle de bains sans porte, ce n\u2019est pas la nuit noire&nbsp;: nuit grise du quartier&nbsp;: nuit lune. Dehors le vent et la pluie dans les arbres et tout contre le volet roulant. Lumi\u00e8re du portable qui s\u2019\u00e9teint progressivement jusqu\u2019\u00e0 rendre la chambre \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9. Je r\u00e9siste, je ne regarde pas les messages&nbsp;: il fera jour bien assez t\u00f4t pour poser le pied par terre et faire face. Petit voyant vert de la clim qui fait p\u00e2lir le mur comme un halo. On dirait une luciole. Dans la nuit du lit comme un espace-temps suspendu. Se dire qu\u2019il faut dormir. D\u00e9sirer et redouter le silence. &nbsp;S\u2019absorber dans ses ruminations jusqu\u2019\u00e0 en oublier la nuit de la chambre le contour gris des meubles le bruit de la clim le vent et la pluie contre le volet roulant. Le dehors, c\u2019est le dedans, le dedans, c\u2019est le dehors. S\u2019apercevoir qu\u2019on serre \u00e0 nouveau les dents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 |\u00a0de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9crire\u00a0: je lire \u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas par o\u00f9 commencer. Je n\u2019\u00e9cris qu\u2019en atelier, ou alors, quand \u00e7a ne va pas, sur mon carnet-journal num\u00e9rique, \u00e7a m\u2019aide. J\u2019aimerais lire davantage et plus vite. Je suis assise sur mon ballon bleu, c\u2019est le matin et par la fen\u00eatre&nbsp;: la v\u00e9g\u00e9tation bouscul\u00e9e par le vent. Je ne retiens pas les livres que j\u2019ai lus, alors parfois je prends des notes. Je pars demain. J\u2019aime l\u2019\u00e9criture fragmentaire. Dans le fouillis de la v\u00e9g\u00e9tation, je remarque un r\u00e9gime de bananes. Je ne suis pas une raconteuse d\u2019histoires. Je ne veux pas que mon propri\u00e9taire \u00e9lague les arbres : j\u2019ai peur de perdre ce petit terrain de for\u00eat sur lequel donne ma chambre-bureau.&nbsp; Je lis souvent plusieurs livres \u00e0 la fois. J\u2019ai parfois l\u2019impression de vivre tout au bord de catastrophes \u2013 \u00e0 bien des \u00e9gards, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas &#8211; , ou sur une ligne de cr\u00eates d\u2019o\u00f9 je pourrais tomber \u00e0 tout moment. J\u2019aime qu\u2019une lecture en entra\u00eene une autre&nbsp;: j\u2019ai entrepris il y a longtemps un journal de mes lectures qui d\u00e9crivait ce fil qui m\u2019amenait d\u2019une lecture \u00e0 une autre, mais je l\u2019ai abandonn\u00e9. Je m\u2019aper\u00e7ois que le silence total est rare&nbsp;: ronronnement de la clim, chant d\u2019un coq dans le quartier, bruit du vent autour de la maison. Quand j\u2019\u00e9cris, seules mes mains s\u2019activent sur le clavier, et la main droite sur la souris&nbsp;: le reste du corps est immobile, tout entier tendu vers les mots qui s\u2019\u00e9crivent. J\u2019ai peur de perdre&nbsp;: mon ordinateur, mes proches, mon temps, la t\u00eate. Dans la v\u00e9g\u00e9tation, une trou\u00e9e&nbsp;: toit de t\u00f4le de la maison voisine, au loin un bout de mer bleu. J\u2019ai besoin de temps pour lire et pour \u00e9crire. Depuis trois jours, \u00e0 nouveau, mon corps me fait mal. La question qui te fait \u00e9crire&nbsp;: comment tout cela a pu exister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 |\u00a0\u00e9crire gr\u00e2ce \u00e0 Laurent Stratos\u00a0: un monde de b\u00eates<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvent, \u00e0 la fen\u00eatre de mon bureau &#8211; que je ne peux ouvrir compl\u00e8tement, car il faudrait pour cela que je d\u00e9place mon ordinateur, et la pile de livres qui s\u2019accumulent de part et d\u2019autre, et sans doute aussi le globe lumineux qui me sert de lampe de bureau \u2013 vient voler, tout contre le double-vitrage, un colibri. Derri\u00e8re cette fen\u00eatre, c\u2019est un tout un petit monde de b\u00eates qui s\u2019agitent&nbsp;: papillons, insectes, sauterelles vertes, mais seul <em>ce<\/em> colibri, bleu et vert \u2013 car j\u2019aime \u00e0 penser que c\u2019est toujours le m\u00eame \u2013 s\u2019attarde, monte et descend le long de la haute vitre, fait du sur place et me fige le temps de sa pr\u00e9sence. J\u2019imagine le bourdonnement de ses ailes que je n\u2019entends pas. Face \u00e0 face silencieux, temps suspendu, fragment de beaut\u00e9 bien vivante, qui invitent \u00e0 ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer totalement du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |\u00a0du monde Un monde qui \u00ab&nbsp;se d\u00e9tourne de l\u2019amour&nbsp;\u00bb exige de nous assauts de \u00ab&nbsp;d\u00e9sirades&nbsp;\u00bb. 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