{"id":215095,"date":"2026-07-12T00:49:41","date_gmt":"2026-07-11T22:49:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215095"},"modified":"2026-07-12T00:49:41","modified_gmt":"2026-07-11T22:49:41","slug":"chroniques-01-roundabouts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-roundabouts\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 |\u00a0roundabouts"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;<strong><em>Un monde | qui<\/em><\/strong>&nbsp;se fait sauter lui-m\u00eame | ne permet plus | qu\u2019on lui fasse le portrait&nbsp;\u00bb Enseigne au n\u00e9on dans exposition d\u2019Anne et Patrick Poirier (Nantes) [sans ponctuation]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui survit et perd peu \u00e0 peu de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 n\u2019est que l\u2019ombre de lui-m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/strong> &#8211; Roundabouts<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur un tee-shirt expos\u00e9 en vitrine d\u2019une boutique de Carmel, Indiana, on peut lire\u00a0<em>we roundabouts<\/em>. Surprenant pour un pays dont les voies de circulation empruntent majoritairement des trajectoires rectilignes. Les ronds-points font rarement partie du paysage routier aux \u00c9tats-Unis, mais depuis quelques ann\u00e9es, certaines agglom\u00e9rations s\u2019en sont pourvues. En particulier cette ville de Carmel, au nord d\u2019Indianapolis, (\u00e0 ne pas confondre avec la c\u00e9l\u00e8bre Carmel-by-the-Sea, Californie, ville dont Clint Eastwood a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu maire en 1986) qui est devenue en plusieurs d\u00e9cennies la capitale du\u00a0<em>roundabout<\/em>\u00a0avec plus de 150 carrefours \u00e0 sens giratoire install\u00e9s depuis 1996. Pour la petite histoire, c\u2019est lors d\u2019un voyage en Europe que son maire, nouvellement \u00e9lu, avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 des ronds-points. Aujourd\u2019hui, je regarde sur Google Maps le trac\u00e9 des rues de <a href=\"https:\/\/www.carmel.in.gov\/311\/Carmel-is-the-roundabout-capital-of-the-\">Carmel<\/a> et je d\u00e9couvre un nombre incalculable de petits points noirs \u00e0 l\u2019intersection de nombreuses voies. J\u2019agrandis la carte. Des panneaux\u00a0<em>One Way<\/em>\u00a0indiquent le sens de rotation et des fl\u00e8ches blanches au sol les voies de circulation. Au centre, les\u00a0<em>roundabouts<\/em>\u00a0sont am\u00e9nag\u00e9s, v\u00e9g\u00e9talis\u00e9s. Je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion de voir beaucoup de ronds-points dans les \u00e9tats que j\u2019ai travers\u00e9s, mais je me souviens de mon \u00e9tonnement la premi\u00e8re fois que nous en avons rencontr\u00e9s. Les conducteurs, peu habitu\u00e9s \u00e0 cette pratique, \u00e9taient pour la plupart empot\u00e9s, perdus dans la compr\u00e9hension des codes de signalisation et de navigation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet espace. Nous avions bien plus de pratique qu\u2019eux, cependant, ignorant nous-m\u00eames leur pratique, nous avons d\u00fb les surprendre en utilisant le clignotant pour sortir du giratoire. Proc\u00e9d\u00e9 non observ\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent chez les conducteurs \u00e9tasuniens. Cependant, en ce qui me concerne, m\u00eame si ce concept semble r\u00e9soudre des questions relevant de la s\u00e9curit\u00e9 des conducteurs, il me contrarie dans mon imaginaire sur les routes am\u00e9ricaines. Ces ronds-points m\u2019\u00e9voquent trop l\u2019Europe. Quand je roule aux \u00c9tats-Unis, c\u2019est justement ce paysage de carrefour qui fait qu\u2019on se sent ailleurs que chez nous. Ces grandes art\u00e8res en croix, ces\u00a0<em>traffic lights<\/em>\u00a0jaunes suspendus dans le vide au milieu de l\u2019intersection par des c\u00e2bles, les passages pi\u00e9tons, longues lignes z\u00e9br\u00e9es qui ourlent le carr\u00e9 central o\u00f9 tous se croisent dans une forme de ballet bien rythm\u00e9, c\u2019est ce clich\u00e9 bien connu de tous qui nourrit ce mythe am\u00e9ricain que j\u2019aime traverser. Alors, \u00e0 l\u2019avenir, \u00e9viter de traverser Carmel, sauf si n\u00e9cessit\u00e9 de parcours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[<em>Codicille\u00a0: en cette p\u00e9riode de canicule, il fait trop chaud pour accorder un temps d\u2019observation en r\u00e9el \u00e0 la ville. Alors, on s\u2019adapte, on r\u00e9fl\u00e9chit et on trouve une parade enfouit dans sa m\u00e9moire<\/em>.]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | \u00e9crire avec clarice lispector<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce stade de la nuit, je suis plong\u00e9e dans la lecture d\u2019un livre qui me passionne. Ce sentiment de jouissance qui m\u2019habite me procure un bien \u00eatre r\u00e9confortant. L\u2019envie de prolonger ce moment jusqu\u2019au bord de la rupture me s\u00e9duit. Il reste encore beaucoup \u00e0 lire et je me demande jusqu\u2019\u00e0 quelle page je pourrais tenir. \u00catre oblig\u00e9e d\u2019envisager l\u2019interruption de ce moment me chagrine, mais je veux tenter l\u2019exp\u00e9rience. Traverser la nuit, seule avec mon livre. Les intrigues se nouent et se d\u00e9nouent, les personnages se r\u00e9v\u00e8lent. Sans me l\u2019avouer vraiment, j\u2019ai mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s dont j\u2019encourage les actions vers des d\u00e9cisions qui, sur le papier, ne seront pas les m\u00eames. Mentalement, je r\u00e9\u00e9cris l\u2019histoire telle que j\u2019aurais aim\u00e9 la construire. Et je me disperse, le regard perdu, ailleurs. \u00c0 ce stade de la nuit, je suis toujours \u00e9veill\u00e9e. J\u2019\u00e9coute la nuit, curieuse de d\u00e9couvrir un son inconnu.&nbsp;<em>Dong<\/em>, mon t\u00e9l\u00e9phone me pr\u00e9vient de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un message par une sonnerie d\u2019alerte programm\u00e9e depuis une application. Je diff\u00e8re la lecture, je suis cens\u00e9e dormir. Les alertes \u00e9mettent un bruit diff\u00e9rent selon le choix qu\u2019on leur a attribu\u00e9, j\u2019ai du mal \u00e0 me souvenir de ces d\u00e9tails. Dans la pi\u00e8ce l\u2019air est lourd, pourtant, la fen\u00eatre est ouverte. Dehors, tout semble calme, aucune voiture ne passe sur l\u2019avenue proche, les oiseaux dorment, les chiens aussi. Seuls, des chats r\u00f4dent et expriment parfois leur m\u00e9contentement \u00e0 l\u2019approche d\u2019un de leurs cong\u00e9n\u00e8res qui viendrait \u00e0 entrer sur leur territoire. Je me demande quel est ce message. \u00c0 ce stade de la nuit, je descends les escaliers. La plupart des marches craquent sous mes pieds. J\u2019\u00e9vite celle qui grince le plus, ce qui m\u2019oblige \u00e0 faire une grande enjamb\u00e9e. Je me retiens \u00e0 la rampe. Ce d\u00e9placement nocturne consiste \u00e0 rejoindre la cuisine pour me rafraichir en buvant un verre d\u2019eau, me d\u00e9gourdir les jambes. Je t\u00e2tonne dans l\u2019obscurit\u00e9 de la pi\u00e8ce, compte mes pas, tends la main pour allumer la lumi\u00e8re de la hotte, plus douce que celle du plafonnier. L\u2019id\u00e9e de me faire couler un caf\u00e9 chaud m\u2019effleure, ce n\u2019est pas raisonnable. Attendre le matin. \u00c0 ce stade de la nuit, j\u2019imagine que je ne suis pas seule \u00e0 d\u00e9ambuler dans la profondeur de la nuit. Je l\u2019\u00e9cris sur une feuille de papier qui traine sur la table. Je songe \u00e0 toutes ces vies solitaires aux quatre coins du monde et je me demande comment les relier. Sur la feuille, entre les mots, j\u2019inscris des noms de villes, de pays, de continents, la t\u00eate me tourne. \u00c0 ce stade de la nuit, l\u2019\u00e9criture devient plus dense, les mots s\u2019\u00e9chappent par vague, mon esprit vagabonde. Je m\u2019\u00e9chappe ailleurs, remonte m\u2019allonger sur le lit. Le jour ne va pas tarder et pourtant la nuit est encore bien pr\u00e9sente. Aucun bruit \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qui pr\u00e9viendrait d\u2019un changement d\u2019activit\u00e9. Tous dorment encore. Je me sens seule et en m\u00eame temps cette condition me pla\u00eet, je ressens le monde \u00e0 ma port\u00e9e et \u00e7a me fait du bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[<em>Codicille\u00a0: cette proposition m\u2019a ramen\u00e9e \u00e0 la lecture, il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, d\u2019un texte de Maylis de Kerangal,\u00a0\u00e0 ce stade de la nuit. Anaphore qu\u2019elle utilise \u00e0 chaque d\u00e9but de chapitre et que je me suis permis de lui emprunter. J\u2019ai \u00e9galement pens\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode de la Covid o\u00f9 durant la nuit, la perception de la ville la nuit avait chang\u00e9<\/em>.]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 |  de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9criture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Profusion de projets d\u2019\u00e9criture, point mort sur les chantiers en cours et premi\u00e8res propositions de l\u2019atelier d\u2019\u00e9t\u00e9. La gestion de l\u2019\u00e9criture elle-m\u00eame ressemble \u00e0 un labyrinthe dans lequel je me perds souvent. Alors, accepter de patauger, de s\u2019enliser parfois et saisir l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une \u00e9criture r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 plusieurs. Celle qui r\u00e9tablit, relance, apaise. Celle qui permet d\u2019oser, de tenter, de se d\u00e9tourner. Celle qui assure un \u00e9change, un regard diff\u00e9rent, un mot qui change tout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 |  \u00e0 vous la cantonade\u00a0!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le documentaire,&nbsp;<em>Le Chant des for\u00eats<\/em>, Vincent Munier part \u00e0 la recherche du grand t\u00e9tras, aujourd\u2019hui en voie d\u2019extinction dans la for\u00eat des Vosges. Ayant grandi \u00e0 la campagne, j\u2019avais connaissance du grand t\u00e9tras, plus famili\u00e8rement appel\u00e9 coq de bruy\u00e8re. \u00c0 la vue de ces po\u00e9tiques images, je le d\u00e9couvre simplement. Dans le cr\u00e9puscule, une silhouette assombrie par l\u2019effet de contre-jour appara\u00eet, je suis \u00e9mue par tant de beaut\u00e9. Autour, le silence. On l\u2019accompagne, il montre le chemin. On le suit, accroch\u00e9 \u00e0 ses pas. Une patte apr\u00e8s l\u2019autre, il les pose d\u00e9licatement sur la neige glac\u00e9e, c\u2019est majestueux. Sa parure sombre en harmonie avec des plages de vert, de marron et une pointe de blanc se d\u00e9tache dans un sous-bois enneig\u00e9. Il l\u00e8ve la t\u00eate, se cabre, et dans la p\u00e9nombre, son \u0153il soulign\u00e9 d\u2019un \u00e9clat de rouge se nourrit des secrets de la for\u00eat. Il avance, discret et m\u00e9fiant, dans un paysage connu de lui depuis la nuit des temps. Le rencontrer rel\u00e8ve d\u2019un privil\u00e8ge acquis par de longues heures d\u2019attente et d\u2019observation, mais le spectacle est si envoutant qu\u2019il en vaut bien la peine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | du monde \u00ab&nbsp;Un monde | qui&nbsp;se fait sauter lui-m\u00eame | ne permet plus | qu\u2019on lui fasse le portrait&nbsp;\u00bb Enseigne au n\u00e9on dans exposition d\u2019Anne et Patrick Poirier (Nantes) [sans ponctuation] Un monde qui survit et perd peu \u00e0 peu de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 n\u2019est que l\u2019ombre de lui-m\u00eame 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el &#8211; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-roundabouts\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 |\u00a0roundabouts<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":70,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-215095","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215095","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/70"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=215095"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215095\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215096,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215095\/revisions\/215096"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215095"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=215095"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=215095"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}