{"id":215130,"date":"2026-07-12T09:18:29","date_gmt":"2026-07-12T07:18:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215130"},"modified":"2026-07-12T10:27:40","modified_gmt":"2026-07-12T08:27:40","slug":"chronique-01-semaine-un","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-01-semaine-un\/","title":{"rendered":"#chronique #01 | une rencontre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | (n\u00e9on)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un monde qui br\u00fble d\u00e9truit tout m\u00eame les incr\u00e9dules<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | (carrefour)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudrait sortir quand on vit terr\u00e9s il faudrait se couvrir la t\u00eate s\u2019armer d\u2019eau de courage de folie aussi pour sortir il faudrait entrer dans une voiture au&nbsp; volant br\u00fblant \u00e0 l\u2019air suffoquant il faudrait affronter le mur de chaleur cet ennemi hostile au vivant ce monstre que nous avons engendr\u00e9 et qui nous d\u00e9passe nous d\u00e9vore nous emp\u00eache de sortir de vivre de respirer et que certains nient depuis leur maison climatis\u00e9e leur voiture climatis\u00e9e leur piscine leur jet leur projet de partir vivre sur Mars devenir ces martiens hier redout\u00e9s aujourd\u2019hui envi\u00e9s partir sur Mars ce nouvel eldorado quand ils en auront fini de tourner de voler de polluer de nous emp\u00eacher de sortir de vivre de respirer et d\u2019aller voir ce qu\u2019il se trame dehors sur un rond-point autour duquel tournent ou stationnent des camions de pompiers \u00e9puis\u00e9s ou des curieux ou des insens\u00e9s qui ne craignent pas de sortir de fumer de jeter n\u00e9gligemment un m\u00e9got parce que de lien de cause \u00e0 effet ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ils ne voient pas d\u2019ailleurs impossible ils ne croient pas d\u2019ici invivable ils n\u2019ont pas compris admis tant qu\u2019ils peuvent encore allumer leur t\u00e9l\u00e9 leur ordi leur BFM leur FM leur r\u00e9seaux tant qu\u2019ils peuvent ne pas penser ne pas voir ne pas relier deux plus deux alors on reste terr\u00e9s et m\u00e9tamorphos\u00e9s en taupes on attend dans des maisons aux volets ferm\u00e9s coll\u00e9s \u00e0 des ventilateurs qui brassent de l\u2019air ti\u00e8de \u00e0 attendre la nuit pour sortir et surveiller le vent l\u2019oeil riv\u00e9 sur les sites d\u2019incendie la pens\u00e9e toute tourn\u00e9e vers les villages tout pr\u00e8s et les massifs plus pr\u00e8s encore o\u00f9 l\u2019herbe cr\u00e9pite les animaux paniquent les hommes les femmes les enfants et les vieillards fuient et raniment ces images de l\u2019exode de l\u2019exode contemporain celui du climat dont on voudrait nier le changement le bouleversement qui est l\u00e0 sous nos yeux ferm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 | (insomnie)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu continues de travailler. Tout le monde dort, dans le lit tes yeux sont ferm\u00e9s. Demain est l\u00e0. D\u00e9file la liste des t\u00e2ches \u00e0 accomplir. Tu \u00e9cris un mail, r\u00e9ponds \u00e0 une question, fais une course, corriges, ranges un classeur. Dans le lit tes yeux sont ferm\u00e9s. Tu r\u00e9diges un corrig\u00e9, tu cherches un texte, \u00e9labores un argument. Dans le lit tes yeux sont ferm\u00e9s. Tu te souviens d\u2019une parole dite, la compl\u00e8tes, rectifies, fais une objection, y r\u00e9ponds. Inutile d\u2019essayer, tu ne vas pas t\u2019endormir. Dans le lit tes yeux se sont ouverts. Tu te redresses, allumes la lampe, regardes l\u2019heure, attrapes le livre pos\u00e9 \u00e0 main droite, reprends ta lecture. Le corps se d\u00e9tend. Un, deux, trois, quatre, cinq, dix pages plus tard, tu poses le livre, \u00e9teins. Il faudra penser \u00e0 changer le c\u00e2ble de la lampe. Tu attrapes dans le noir ton portable, fonction rappel, \u00ab&nbsp;changer le c\u00e2ble de la lampe&nbsp;\u00bb, r\u00e9currence \u00ab&nbsp;chaque jour&nbsp;\u00bb, priorit\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e9lev\u00e9e&nbsp;\u00bb (peu probable que tu t\u2019en acquittes d\u00e8s demain). Dans le lit tes yeux sont ferm\u00e9s. Un chat saute sur tes jambes. Tu l\u2019entends ronronner.&nbsp; Un coup d\u2019oeil au r\u00e9veil. Dans cinq heures il faut te lever. Tu dois t\u2019efforcer de dormir. Tu as abandonn\u00e9 les podcasts, les exercices de relaxation. Tu ne vas plus te promener dans le hameau de ton enfance. Depuis quelques mois, tu comptes. \u00c0 l\u2019envers. Tu commences \u00e0 deux cents, lentement. Surtout ne penser \u00e0 rien. Ne rien laisser s\u2019immiscer entre deux nombres, sans quoi tu recommences. \u00c0 partir de deux cents. Cent quatre-vingt-quinze, un premier b\u00e2illement. C\u2019est bon signe. Rester concentr\u00e9e. Le corps se rel\u00e2che. Cent quatre-vingt-neuf, second b\u00e2illement.&nbsp; Ne pas laisser entrer l\u2019id\u00e9e. Continuer de compter. Lentement. Ton compagnon vient de se retourner. Cent quatre-vingt-quatre. Cent quatre-vingt-trois. Cent quatre-vingt-deux. Tu reconnais ce bruit lancinant, vite, attraper le t\u00e9l\u00e9phone, \u00e9teindre l\u2019alarme, se lever, n\u2019\u00e9veiller personne. La course recommence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | (autoportrait)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve toujours la premi\u00e8re. Je n\u2019aime boire que l\u2019eau tr\u00e8s fra\u00eeche, glac\u00e9e-m\u00eame. Je ne me souviens pas de mes r\u00eaves. Mon corps vit au pr\u00e9sent, mon esprit dans le pass\u00e9. J\u2019ai deux fils, mes rois je les appelle. J\u2019ai deux maisons, mon mari en est le propri\u00e9taire. Enfant, j\u2019aimais sauter \u00e0 la corde. J\u2019aime cueillir des fleurs au bord du chemin. Quand je couds ou brode, c\u2019est comme si je rentrais chez moi. Mon mari n\u2019aime pas que je dise ne serait-ce que deux mots de politesse aux voisins. Jeune, j&rsquo;aimais coudre pour des clientes. Le matin, je bois de la chicor\u00e9e. Je ne rate jamais la messe. Contre la toux, j\u2019ai toujours dans mon sac quelques pastilles valda. Mes parents me manquent. Je n\u2019ai pas le droit de voir mes soeurs. Je n\u2019aime pas avoir les joues rouges. Tous les matins, je fais le m\u00e9nage. Le mercredi, la lessive. Mes parents \u00e9taient jardiniers. Je suis n\u00e9e entre le Lirou et le Gasquinoy. Ma peau est fine et blanche. Je salue toujours les gens que je croise. Je ne voudrais pas que l\u2019on puisse dire de moi que je suis mal \u00e9lev\u00e9e ou n\u00e9glig\u00e9e. J\u2019aime les gens. Je n\u2019aime pas mon mari. Je n\u2019ai jamais le temps de m\u2019ennuyer. Je suis tr\u00e8s souvent seule. Je sors tr\u00e8s peu de chez moi. J\u2019aime raconter l\u2019ancien temps. Enfant, on m\u2019a interdit de parler patois. Je dors du c\u00f4t\u00e9 droit du lit. Je hais la guerre. J\u2019aurais aim\u00e9 faire des \u00e9tudes. Je suis habitu\u00e9e \u00e0 compter. Je ne sais ni conduire ni faire de la bicyclette, ni nager. Les canaris me tiennent compagnie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | (Animal sauvage)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sentir un regard sur soi.&nbsp; Comme on sent un souffle d\u2019air. Le regard se d\u00e9place, fusille, sourit, alors pourquoi pas souffle, caresse? A moins que ce ne soit la pr\u00e9sence, l\u2019odeur que j\u2019ai senties? Mais non. Rien ne bougeait. Peut-\u00eatre est-ce cette immobilit\u00e9, ce silence anormal que j\u2019ai sentis? Il faisait nuit, pas une nuit noire, sans doute la lune devait-elle \u00eatre pleine ou presque, ou assez pour que j\u2019aie pu le voir. Pas d\u2019embl\u00e9e. Je m\u2019appr\u00eatais sans doute \u00e0 fermer le volet, la main sur la barre de fer pr\u00eate \u00e0 la passer dans l\u2019orifice qui permet de tenir le volet ferm\u00e9, quand j\u2019ai lev\u00e9 la t\u00eate, lev\u00e9 la t\u00eate machinalement, lev\u00e9 la t\u00eate \u00e0 la nuit, \u00e0 la terrasse la nuit, au silence, \u00e0 la glycine, au jour qui s\u2019ach\u00e8ve, j\u2019ai lev\u00e9 la t\u00eate avant de rentrer, de rejoindre mon lit et le livre \u00e0 ses pieds, et l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a jamais rien, rien d\u2019autre que la rambarde rouill\u00e9e, quelqu\u2019un \u00e9tait l\u00e0 qui m\u2019observait. Depuis combien de temps? Deux yeux ronds qui me fixaient. Droit. Que faisais-je l\u00e0? Des yeux qui ne te l\u00e2chent pas, des yeux qui attrapent les tiens, soutiennent ton regard. La b\u00eate \u00e9tait l\u00e0, et ce n\u2019\u00e9tait plus ma terrasse, et ce n\u2019\u00e9tait plus ma maison. La b\u00eate \u00e9tait l\u00e0 parce que c\u2019\u00e9tait la nuit et que mon heure \u00e9tait finie, oust les humains, c\u2019est le temps des b\u00eates sauvages, c\u2019est l\u2019heure des \u00eatres de la nuit, de ceux qui sortent enfin quand ont cess\u00e9 les bruits des moteurs, les voix humaines, les agitations vaines des bip\u00e8des b\u00eatement affair\u00e9s. Il \u00e9tait l\u00e0, bien droit, pos\u00e9 sur la rambarde de la terrasse, \u00e0 trois ou quatre m\u00e8tres de moi (il faudrait que je mesure la terrasse&nbsp; pour savoir exactement, mais pour quoi faire, quel int\u00e9r\u00eat, il n\u2019y avait plus de maison, de m\u00e8tre et de ma\u00eetre, il y avait la nuit et les animaux, le blaireau devait fouiner en contre-bas qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 dans le jardin, les taupes qui le transforment en petites montagnes russes, les couleuvres dont on retrouve la peau quand vient le temps de la mue, les oiseaux dont le vent parfois fait basculer un nid, la genette qui attaque les poussins, le renard qui d\u00e9capite les poules, les sangliers qui viennent boire au ruisseau, les chauve-souris au vol erratique) et lui que je n\u2019avais jamais vu, lui qui me somme de rentrer, de retourner dans le monde domestiqu\u00e9, dans les maisons aux volets ferm\u00e9s, tandis qu\u2019eux se d\u00e9ploient dans l\u2019espace, les pr\u00e9s et les ruisseaux, les arbres et les toits, les jardins et les fleuves, alors je suis rentr\u00e9e et ne l\u2019ai jamais oubli\u00e9 ce regard.&nbsp; Sans doute est-il revenu. Plus tard. Peut-\u00eatre attend-il que nous soyons couch\u00e9s, que nous nous soyons enfin tus, nous les humains et leurs machine bruyantes, pour revenir, la nuit. Lui, le hibou.<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chronique-semaine-1-selon-modele-1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chronique semaine 1 selon mod\u00e8le.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-0cc25dd9-151b-47c0-8ed8-4ed3d0354474\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chronique-semaine-1-selon-modele-1.pdf\">chronique semaine 1 selon mod\u00e8le<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chronique-semaine-1-selon-modele-1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-0cc25dd9-151b-47c0-8ed8-4ed3d0354474\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | (n\u00e9on) Un monde qui br\u00fble d\u00e9truit tout m\u00eame les incr\u00e9dules 2 | (carrefour) Il faudrait sortir quand on vit terr\u00e9s il faudrait se couvrir la t\u00eate s\u2019armer d\u2019eau de courage de folie aussi pour sortir il faudrait entrer dans une voiture au&nbsp; volant br\u00fblant \u00e0 l\u2019air suffoquant il faudrait affronter le mur de chaleur cet ennemi hostile au <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-01-semaine-un\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chronique #01 | une rencontre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":649,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134,1],"tags":[],"class_list":["post-215130","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215130","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/649"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=215130"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215167,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215130\/revisions\/215167"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=215130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=215130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}