{"id":215150,"date":"2026-07-12T09:41:36","date_gmt":"2026-07-12T07:41:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215150"},"modified":"2026-07-12T10:12:55","modified_gmt":"2026-07-12T08:12:55","slug":"chroniques-1-vacances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-1-vacances\/","title":{"rendered":"Chroniques #1 &#8211; Vacances."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/4a8901d0-9536-48b1-981a-8f9d926d4489-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-215161\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/4a8901d0-9536-48b1-981a-8f9d926d4489-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/4a8901d0-9536-48b1-981a-8f9d926d4489-420x236.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/4a8901d0-9536-48b1-981a-8f9d926d4489-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/4a8901d0-9536-48b1-981a-8f9d926d4489-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/4a8901d0-9536-48b1-981a-8f9d926d4489.jpeg 2016w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Un monde qui m\u00e9prise les enfants et sacrifie ses anciens va sans tarder s\u2019effondrer sur lui-m\u00eame.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le r\u00e9el, le r\u00e9el encore le r\u00e9el<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>En vacances partir marcher un jour d\u2019ennui. D\u00e9ambulation dans le village (1188 habitants au dernier comptage). Je passe rue de Kerbilic puis place du centre. J\u2019emprunte la rue de la gare et laisse derri\u00e8re moi l\u2019\u00e9glise et de rares maisons. Il n\u2019y a plus de train depuis longtemps. Seulement une agence postale et l\u2019ancienne gare devenue une habitation. Le cimeti\u00e8re se trouve \u00e0 une centaine de m\u00e8tres au milieu d\u2019une fourche. Il est gigantesque et concentrationnaire avec de grandes grilles noires et des montants couronn\u00e9s de deux urnes fun\u00e9raires. Son enceinte en granit est bard\u00e9e de contreforts massifs. Ici les morts sont en s\u00e9curit\u00e9. Le mur gauche longe une route assez fr\u00e9quent\u00e9e qui m\u00e8ne \u00e0 la maison o\u00f9 j\u2019ai grandi et plus loin \u00e0 la mer. \u00c0 droite, juste un chemin bitum\u00e9 couvert d\u2019ombre qui serpente entre les fermes. Des herbes folles un peu partout et m\u00eame ces jolies gramin\u00e9es duveteuses qu\u2019on ne trouve qu\u2019en bord de mer. Le bitume semble \u00e9corch\u00e9 dans la lumi\u00e8re de midi. Les cloches sonnent et leur tonalit\u00e9 \u00e0 la fois flamboyante et \u00e9raill\u00e9e me ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019adolescence. L\u2019impression est inconfortable et sans nostalgie. Je me suis immens\u00e9ment ennuy\u00e9e ici. En bruit de fond les cloches qui scandaient les heures et au-dessus de la t\u00eate la menace d\u2019un repas o\u00f9 il fallait arriver \u00e0 l\u2019heure. Au carrefour donc trois options. Le village o\u00f9 il ne se passait jamais rien. La route angoissante de la maison. La campagne en semi-libert\u00e9 qui \u00e9tait toujours mieux que le reste. Je me rappelle des errances douloureuses. J\u2019observais les plantes sans pouvoir les nommer. J\u2019abordais parfois l\u2019or\u00e9e d\u2019un chemin creux sans oser le parcourir. J\u2019espionnais dans les jardins des fermes. Je traversais les champs en titubant sur les talus. Pr\u00e9mices d\u2019exploration avec le temps et la famille comme laisse autour du cou.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9crire avec C. Lispector<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce que je sais c\u2019est qu\u2019il est tard. Ou t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019entends sonner les cloches du village mais encore percluse par la moiteur de la nuit, impossible de compter les coups. Une porte mal ferm\u00e9e cogne par intermittence , pouss\u00e9e par l\u2019air de la fen\u00eatre qui s\u2019infiltre laborieusement dans la maison surchauff\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me tourne sur le c\u00f4t\u00e9 gauche, puis sur le c\u00f4t\u00e9 droit. Je m\u2019allonge sur le ventre, la nuque me tire. Je m\u2019emp\u00eatre dans les draps et finis par me lever. Le t\u00e9l\u00e9phone indique trois heures. Les phares d\u2019une voiture \u00e9clairent tr\u00e8s bri\u00e8vement le couloir. J\u2019atteins la cuisine sans allumer la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la fen\u00eatre, la nuit est claire. Je distingue sans peine les arbres du verger et au loin des masses sombres et mouvantes. Le silence est total. Un caf\u00e9 me fait terriblement envie mais je ne peux allumer la machine, qui fait broyeur et percolateur, sans risquer de r\u00e9veiller toute la maisonn\u00e9e. Devant moi, une seconde porte est grande ouverte sur la nuit chaude. Je cherche dans la p\u00e9nombre le contour des feuilles, je guette le bruit du vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derri\u00e8re moi, un bruit l\u00e9ger, un tapotement sur le carrelage. Un grognement appr\u00e9ciateur et aussit\u00f4t, une chaleur insistante et tr\u00e8s douce contre mes mollets. Je continue \u00e0 fixer l\u2019ombre. Le bourdonnement s\u2019interrompt. La masse ti\u00e8de qui bondit sur mes genoux et la piq\u00fbre des griffes sur mes cuisses me tirent brutalement de mon demi-sommeil. Je sais que dans quelques heures il faudra prendre la route, travailler et supporter une autre journ\u00e9e harassante, les muscles perclus par le manque de sommeil. Je suis bien, au c\u0153ur de la nuit. Pour une fois, j\u2019ai envie d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9crire. <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je souffre de migraines depuis que j\u2019ai l\u2019\u00e2ge de 6 ans. J\u2019habite en Aveyron mais je retourne tous les ans passer une semaine en Bretagne. Le cheval que j\u2019ai mont\u00e9 pour la premi\u00e8re fois m\u2019a jet\u00e9 au sol. Ma couleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e est le vert sombre. J\u2019ai officiellement 38 ans mais pour toujours 22 ans dans ma t\u00eate. Dans une ville inconnue, je commence en g\u00e9n\u00e9ral par visiter le cimeti\u00e8re. J\u2019aime mes mains, mes yeux, mes cheveux, mes \u00e9paules. J\u2019ai rat\u00e9 trois fois l\u2019examen du Cappei et j\u2019ai eu du mal \u00e0 m\u2019en remettre jusqu\u2019au moment o\u00f9 j\u2019ai compris qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une erreur d\u2019orientation. Mes yeux sont bleus, gris, verts. Pendant des ann\u00e9es, mon meilleur ami a \u00e9t\u00e9 un cheval du voisinage nomm\u00e9 Visage (il a disparu un jour, je ne sais pas ce qu\u2019il est devenu). En breton, on dit glaz. Les comp\u00e9titions sportives me r\u00e9vulsent. J\u2019ai v\u00e9cu deux fois neuf mois de n\u00e9vrose anxio-d\u00e9pressive (un \u00e9pisode par grossesse donc). J\u2019adore les noix, je d\u00e9teste les noisettes. En tant que v\u00e9g\u00e9tarienne, je cache avec honte mon amour du steak tartare. Je mesure 168 cm alors que le m\u00e9decin avait pr\u00e9dit un m\u00e8tre quatre-vingts \u00e0 mes parents. \u00c0 la demande de ma fille, je me laisse pousser les cheveux jusqu\u2019aux reins. Pour mon malheur, j\u2019ai des yeux tr\u00e8s expressifs qui mettent \u00e0 mal toute tentative de diplomatie lors d\u2019un conflit. Je collectionne de fa\u00e7on obsessionnelle le mat\u00e9riel de dessin et de peinture. En fran\u00e7ais, on dit glauque. J\u2019ai une grosse bosse sur le pied, souvenir d\u2019un footing qui a mal tourn\u00e9. Ce qui me plaisait le plus lors de mes ann\u00e9es de trouble alimentaire, c\u2019\u00e9tait le vertige de la discipline. Dans les pubs, je commande syst\u00e9matiquement une Guinness. J\u2019ai su lire vers 3 ans mais j\u2019ai eu le permis \u00e0 23 ans (c\u2019est tardif \u00e0 la campagne). Les personnes qui se sentent le devoir de rectifier le vocabulaire de leur interlocuteur me donnent envie de les gifler. Ma classe est rang\u00e9e, ma voiture est une poubelle. J\u2019ai gard\u00e9 un souvenir incroyable de mon allaitement. J\u2019\u00e9coute du m\u00e9tal m\u00eame si je n\u2019y connais pas grand-chose. Je d\u00e9teste mon ventre, mes bras, mes sourcils trop clairs. En 5 ans de danse classique, je ne suis jamais mont\u00e9e sur pointes. J\u2019ai longtemps d\u00e9test\u00e9 ma couleur de cheveux. J\u2019ai vol\u00e9 en parapente avec un ancien para et ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019exp\u00e9rience la plus reposante de ma vie. Parmi les peintres paysagistes, j\u2019aime Constable et les deux Van Ruysdael. Je m\u2019imagine invariablement tr\u00e8s mince ; du coup, quand je me regarde dans le miroir, je suis toujours un peu d\u00e9\u00e7ue. J\u2019\u00e9cris les pr\u00e9sentes lignes avec ma ni\u00e8ce Elena, trois ans et demi, sur les genoux, ce qui est sympathique mais fort peu commode. Je bois tellement de tisane que je les confectionne moi-m\u00eame (culture, r\u00e9colte, s\u00e9chage des plantes inclus), c\u2019est moins cher. Je regarde la t\u00e9l\u00e9vision tout en la d\u00e9testant cordialement. J\u2019ai une relation toxique avec le jardinage. Pour moi, la plus belle saison de l\u2019ann\u00e9e commence quand l\u2019\u00e9t\u00e9 se termine et juste avant que l\u2019automne ne commence (de mi-ao\u00fbt \u00e0 mi-septembre). La conduite m\u2019est tellement une corv\u00e9e que je pr\u00e9f\u00e8re la marche, le train ou le covoiturage (en d\u00e9pit de mon \u00e2ge avanc\u00e9). En mati\u00e8re de relations humaines, je n\u2019oublie jamais rien, ni le bon, ni le mauvais. Je me place \u00e0 un m\u00e8tre du micro-ondes quand je le mets en route. \u00c0 force d\u2019entra\u00eenement, j\u2019arrive \u00e0 parler aux gens en les regardant dans les yeux. Je suis incapable de faire quoi que ce soit avant d\u2019avoir pris ma douche et bu trois caf\u00e9s.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du monde Un monde qui m\u00e9prise les enfants et sacrifie ses anciens va sans tarder s\u2019effondrer sur lui-m\u00eame. Le r\u00e9el, le r\u00e9el encore le r\u00e9el En vacances partir marcher un jour d\u2019ennui. D\u00e9ambulation dans le village (1188 habitants au dernier comptage). Je passe rue de Kerbilic puis place du centre. 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