{"id":215184,"date":"2026-07-12T16:25:34","date_gmt":"2026-07-12T14:25:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215184"},"modified":"2026-07-12T16:25:34","modified_gmt":"2026-07-12T14:25:34","slug":"%e2%89%a01-chroniques-%e2%89%a001-croisee-des-chemins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/%e2%89%a01-chroniques-%e2%89%a001-croisee-des-chemins\/","title":{"rendered":"\u22601 chroniques \u226001 crois\u00e9e des chemins"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 Le Monde <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui est en sourdine est avide de se faire entendre et d\u2019exulter<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2 Le r\u00e9el <\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 l\u2019angle du Boulevard Montesquieu et de la rue Anatole France qui remonte vers Croix Saint Pierre, un quartier banal dont il n\u2019y a rien \u00e0 dire. Tout au long du boulevard qui relie les pompes fun\u00e8bres au boucher et au fromager, des arbres fournissent une ombre r\u00e9guli\u00e8re. Un homme est assis l\u00e0, tous les jours d\u00e8s que le temps le permet, sur une chaise qu\u2019il a sortie de son petit studio, une simple chambre peut-\u00eatre, qu\u2019il occupe au rez-de-chauss\u00e9e. La maison fait l\u2019angle et il s\u2019installe c\u00f4t\u00e9 boulevard, \u00e0 cause de l\u2019ombre et peut-\u00eatre parce qu\u2019il y a plus de passage. Les voitures, les camions et les bus font bloc jusqu\u2019au feu, les v\u00e9los, les scooters et les trottinettes doublent \u00e0 fond de train. Une table de camping devant lui, un verre et une bouteille d\u2019eau, il avait, encore tout \u00e0 l\u2019heure, son immuable chapeau sur la t\u00eate, un bermuda et des chaussures de marche avec lesquelles il a baroud\u00e9, peut-\u00eatre, avant. La porte de la maison qui abrite son minuscule chez lui est ouverte. On devine \u00e0 quel point c\u2019est petit, une seule pi\u00e8ce o\u00f9 tout est r\u00e9uni. De son bout de trottoir, il a fait une terrasse, il improvise une extension de son espace. Vue sur rue, dans la rue. Il affiche souvent un sourire, il fait signe, il entame une causette avec un passant, un voisin. On le voit ainsi depuis des ann\u00e9es, parfois debout, appuy\u00e9 sur un b\u00e2ton, l\u2019\u0153il rieur et affable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 Ne rien faire d&rsquo;autre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours revenir sur la m\u00eame chose, ne rien faire d\u2019autre. le cerveau lourd de \u00e7a, le cerveau dans une ar\u00e8ne sans issue. R\u00e9ver d&rsquo;une transfusion de pens\u00e9es. Tourner en rond, faire des tours de pistes, traverser l\u2019espace de part en part, revenir l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait, le refaire, repasser mille fois dans ses propres traces.\u00a0 La t\u00eate pr\u00eate \u00e0 exploser de \u00e7a, la t\u00eate en tension. Se faire un caf\u00e9, le charger en sucre. Arpenter l\u2019appartement, devenu l\u2019ar\u00e8ne. Dans ses membres, sentir plus qu\u2019une lassitude, une fatigue, un \u00e9puisement. Les membres habit\u00e9s par \u00e7a, d\u00e9vor\u00e9s. Dehors, la nuit est profonde, imp\u00e9n\u00e9trable. L\u2019air est chaud. Caresser les fleurs, embrasser les branches basses, flirter avec les \u00e9pines. Dans la rue, des gens rentrent chez eux, claquement de porti\u00e8res, palabres, rires. Rire. Au fond de la tasse reste un sirop \u00e9pais et translucide. Se recoucher, les draps sont moites. Se placer au centre de l\u2019ar\u00e8ne, attendre, ne pas savoir ce qu\u2019on attend, ce n\u2019est m\u00eame plus le sommeil. Revenir toujours sur la m\u00eame chose, ne rien faire d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 Une envie qui renait <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait encore frais sur la terrasse ce matin. L&rsquo;ordinateur est grand ouvert, pr\u00eat \u00e0 accueillir la moisson du jour. Me revient depuis quelques jours l&rsquo;envie de reprendre un projet. Un guide des id\u00e9es n\u00e9gatives, en miroir des livres de d\u00e9veloppement personnel. Des conseils pour couver pessimisme et tristesse, pour cultiver au mieux ses \u00e9checs, son isolement ou sa m\u00e9fiance. <br>Court <strong>extrait<\/strong>:<br>Victimes de l\u2019imposture que constituent la recherche du bonheur et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, le grand mensonge du vivre mieux et du vivre ensemble, constamment sous la pression des lobbies de marchands bien-\u00eatre, nous ne savons plus go\u00fbter \u00e0 la simplicit\u00e9 du pessimisme, nous perdons le go\u00fbt des id\u00e9es noires, de la m\u00e9lancolie et du pass\u00e9isme. Nous n\u2019osons plus y go\u00fbter, stigmatis\u00e9s d\u00e8s que nous \u00e9mettons ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler une id\u00e9e n\u00e9gative. Le bonheur est pourtant une parfaite utopie, tant de t\u00e9moignages le prouvent. Il rime avec d\u00e9ception et sa qu\u00eate \u00e9perdue finit par faire souffrir. Certains en font le but de leur vie comme d&rsquo;un objectif supr\u00eame. Ils y laissent beaucoup de leur temps et de leur \u00e9nergie car la course au bonheur est vorace et les obstacles nombreux sur le chemin.\u00a0 Ils y laissent aussi beaucoup d&rsquo;argent pour nourrir des conseillers en tout genre, des th\u00e9rapeutes et des grands gourous. <br>Renouer avec la noirceur qui sommeille en vous et que vous n\u00e9gligez est au contraire le but de cet ouvrage. Vous vous d\u00e9marquerez ainsi de la masse, vous d\u00e9couvrirez qu&rsquo;\u00eatre malheureux est un \u00e9tat plus facile \u00e0 prolonger qu&rsquo;\u00eatre heureux et que cela n\u00e9cessite moins de sacrifices. Vous serez s\u00e9duits par des r\u00e9actions telles que la suspicion, tant vis-\u00e0-vis des autres que de vous-m\u00eame, vous r\u00e9aliserez combien il peut \u00eatre bon de s\u2019isoler et tourner le dos \u00e0 ce qui ne vous ressemble et combien il est vain de se remettre en question et de chercher les cl\u00e9s de soi et du monde.<br>Ne pas \u00eatre heureux et en faire un principe se travaille n\u00e9anmoins et n\u00e9cessitera quelques am\u00e9nagements dans vos habitudes. Ce manuel, simple et pratique, s\u2019adresse \u00e0 tous. Il est constitu\u00e9 d\u2019exemples concrets et d\u2019exercices faciles \u00e0 mettre en \u0153uvre, chacun pourra facilement retrouver sa morosit\u00e9, sa mauvaise humeur, ses moments de spleen et apprendre \u00e0 les entretenir.<br>A suivre &#8230; <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 les abeilles <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On les entend. Un bourdonnement tranquille et r\u00e9gulier occupe l\u2019espace sonore tout le long du mur. C\u2019est un microcosme. Quelques centim\u00e8tres carr\u00e9s de vigne vierge \u00e9cart\u00e9s pour y laisser entrer les yeux. Les tiges sont un labyrinthe dans lequel le regard se perd vite, des lianes qui s\u2019accrochent au mur avec des ventouses, de larges feuilles qui se pr\u00e9lassent au vent et des abeilles par dizaines qui se r\u00e9galent des petites fleurs cach\u00e9es par le feuillage. Quand on \u00e9carte une feuille, elles apparaissent, affair\u00e9es, par groupes de trois ou quatre, leurs rayures en suspension, tendues vers le nectar. De moi qui les observe, elles ne se pr\u00e9occupent pas., pas plus que des deux colonnes de fourmis qui se sont mise en branle pour descendre le mur en ordre parfait. \u00a0Elles sont tout \u00e0 leur but, se gorger de sucre. Ce soir, on n\u2019entend plus rien et on ne les a pas vu partir. Demain, elles seront l\u00e0. Un petit cadavre est \u00e0 d\u00e9plorer aujourd\u2019hui, tomb\u00e9 sur la terrasse. Un corps de de la taille d\u2019un ongle. Le groupe s&rsquo;est-il rendu compte de la perte de l&rsquo;un des sien? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Le Monde Un monde qui est en sourdine est avide de se faire entendre et d\u2019exulter 2 Le r\u00e9el C\u2019est \u00e0 l\u2019angle du Boulevard Montesquieu et de la rue Anatole France qui remonte vers Croix Saint Pierre, un quartier banal dont il n\u2019y a rien \u00e0 dire. 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