{"id":215249,"date":"2026-07-12T14:59:26","date_gmt":"2026-07-12T12:59:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215249"},"modified":"2026-07-12T15:04:56","modified_gmt":"2026-07-12T13:04:56","slug":"chroniques-01-battements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-battements\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | battements"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 |\u00a0du monde<\/strong><br><br><span style=\"font-size: 15px;font-style: normal;white-space: normal\">Un monde qui s\u2019enroule sur lui-m\u00eame et rentre dans sa coquille r\u00eave une g\u00e9ographie aplanie.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 |\u00a0le r\u00e9el<\/strong><br><br>L\u2019odeur fra\u00eeche de l\u2019eau qui coule dans le bassin hexagonal de la fontaine plant\u00e9e au milieu du carrefour. Le profil italien du Mont-Blanc au loin, \u00e0 peine flout\u00e9 par la brume malgr\u00e9 la chaleur d\u00e9j\u00e0 vive du matin. Le hameau sur l\u2019autre versant de la petite vall\u00e9e, immobile, rassurant, bardages de bois bruns et pierres grises. Un homme \u00e0 la modeste barbe blanche descend la rue du haut du village. Casquette enfonc\u00e9e sur le cr\u00e2ne jusqu\u2019\u00e0 la ligne des sourcils, il tire une petite valise. A son passage, Bazar, le gros chien noir au collier rouge, couch\u00e9 en travers, se contente de lui jeter un regard humide et fatigu\u00e9. Le bruit rond des roulettes, bringuebalant lors du passage sur les gravillons, heurtement de m\u00e9tal sur la grille toute neuve de la cunette de drainage des eaux de pluie. De la fen\u00eatre ouverte, les cris du petit-fils de R\u00e9gis. Une jeep gar\u00e9e le long de l\u2019abri poubelles, une \u00e9norme hache clips\u00e9e sur le flanc. Un petit camion \u00e0 plateau fait le tour de la fontaine et s\u2019engage entre deux maisons dans la ruelle en pente, \u00e7a passe juste mais le chauffeur \u00e0 l\u2019habitude. Sur le plateau, les \u00e9tais d\u2019un \u00e9chafaudage. A cause de la jeep, le voisin \u00e0 la voiture rouge man\u0153uvre pour prendre le virage \u00e0 la sortie de sa ruelle. Il me fait signe, on descend au ravitaillement tu as besoin de quelque chose\u00a0?Allez on y go. Un cycliste fluorescent et en sueur appuie fort sur les p\u00e9dales d\u2019un VTT. Il se dirige vers la piste de la for\u00eat. Les chats longent les murs dans l\u2019ombre. Ils m\u2019ont \u00e0 l\u2019oeil et d\u00e9talent si je m\u2019arr\u00eate pour les regarder.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 |\u00a0insomnie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut pas que je bouge. Si je reste immobile, je vais me rendormir, lourde de mon corps pos\u00e9 \u00e0 plat ventre sur le matelas, un corps abandonn\u00e9, plein du sommeil paisible du noir de la nuit. Il ne faut pas que j\u2019ouvre les yeux, le noir de la nuit enfoui sous mes paupi\u00e8res, je vais me rendormir. Le moindre mouvement. La moindre clart\u00e9. Ma pens\u00e9e se pose sur ma respiration tranquille, calme, je vais me rendormir. Je savoure d\u00e9j\u00e0 ce prompt retour du sommeil quand d\u2019un coup mon corps se retourne et me plaque le dos contre le matelas, mes yeux s\u2019\u00e9carquillent et scrutent l\u2019obscurit\u00e9 en qu\u00eate, en qu\u00eate de quoi\u00a0? quoi\u00a0? Je contrecarre le mouvement dans l\u2019instant, replie les jambes, bascule sur un c\u00f4t\u00e9, remonte les genoux vers la poitrine, mon dos s\u2019arrondit, ma nuque cherche confort, le coude repousse le coussin et se glisse sous la t\u00eate, l\u2019oreille trouve sa place dans le creux du bras, un instant je deviens cet encha\u00eenement de gestes et d\u2019ajustements puis je m\u2019immobilise. C\u2019est alors que surgit la pens\u00e9e, c\u2019est quelle heure\u00a0?, en boucle, quelle heure, obs\u00e9dante, chut\u00a0!, je siffle sans bruit, chut\u00a0!, tais-toi\u00a0!, c\u2019est une bataille, ne pas regarder le t\u00e9l\u00e9phone portable laiss\u00e9 au sol, ne pas voir l\u2019heure s\u2019afficher sur l\u2019\u00e9cran, ne pas se pencher vers le bord du lit, tendre le bras, je tends le bras, un simple effleurement, la lumi\u00e8re bleut\u00e9e, 2.12, je roule jusqu\u2019\u00e0 poser les pieds par terre, le parquet ti\u00e8de, je bascule et ne me redresse pas pleinement et c\u2019est ainsi que je me l\u00e8ve, pli\u00e9e \u00e0 hauteur d\u2019estomac et la t\u00eate basse, n\u2019avoir pas su me couler dans cette nuit, devant moi les heures \u00e0 abattre avant les premi\u00e8res clart\u00e9s, petits pas, je marche dans l\u2019obscurit\u00e9, le carrelage du couloir, petits pas jusqu\u2019\u00e0 la cuisine, je n\u2019appuie pas sur l\u2019interrupteur, pas cette lumi\u00e8re, le coin de la table, l\u2019\u00e9vier, je prends garde \u00e0 ne pas heurter sur l\u2019\u00e9gouttoir la vaisselle du soir, j\u2019ouvre le robinet et laisse couler l\u2019eau sur mes mains, une fra\u00eecheur de matin, j\u2019ai soif, je bois au creux de mes paumes, essuie mon nez mouill\u00e9 d\u2019un revers de poignet, tire un tabouret de sous la table et m\u2019assieds. J\u2019attends.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 |\u00a0de soi-m\u00eame<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je lisse les angles des pages corn\u00e9es des livres avant de les relire. J\u2019entends vain dans le verbe vaincre. J\u2019ai toujours envie de prendre le chemin qui monte le plus raide. Je bois dans le creux de mes mains m\u00eame s\u2019il y a un verre propre sur l\u2019\u00e9vier. Quand je m\u2019ennuie je compte, les secondes, c\u2019est le rythme parfait. Je sais dire \u00ab\u00a0ce n\u2019est pas grave\u00a0\u00bb en tha\u00eflandais. J\u2019admire les orties, elles s\u2019installent dans les lieux ravag\u00e9s. Malencontreusement est un mot qui ne me dit rien. Je ne sais toujours pas pourquoi il y a toujours un trou dans la raquette. L\u2019odeur de corde mouill\u00e9e des semelles d\u2019espadrilles me rappelle les vestiaires du gymnase. J\u2019use le bord ext\u00e9rieur des talons de mes chaussures, surtout \u00e0 droite. Tourner et retourner un b\u00e2ton de pluie me fascine. Je ne sais pas quoi faire de mes pieds quand je conduis une voiture automatique. J\u2019ai du mal \u00e0 r\u00e9gler les r\u00e9troviseurs, la r\u00e9alit\u00e9 de ce qui me suit m\u2019\u00e9chappe. J\u2019ai rencontr\u00e9 celle qui alors n\u2019\u00e9tait pas encore celle qu\u2019elle est devenue. Je surnomme l\u2019homme qui habite l\u2019appartement au-dessus du mien Dinosaure, il n\u2019est ni grand ni gros mais son pas lent et lourd \u00e9branle le plafond. Quand j\u2019\u00e9tais petite, un m\u00e9decin a dit \u00e0 ma m\u00e8re que j\u2019\u00e9tais t\u00eatue comme une mule verte. Pour \u00eatre visible \u00e0 l\u2019arr\u00eat, j\u2019ai ajout\u00e9 un condensateur \u00e0 la dynamo bouteille de mon v\u00e9lo. Je me cogne toujours dans les gens. Je ne m\u2019assieds jamais dans l\u2019abribus, dans le bus oui sinon il faut s\u2019accrocher fort. Enfant, je voulais \u00eatre berger, pas berg\u00e8re \u00e0 cause des princes qui tombent souvent amoureux des berg\u00e8res. Je m\u2019assieds au bord de la chaise, le dos droit. Jusqu\u2019\u00e0 <br>quand ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 |\u00a0chauves-souris<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ville d\u00e9gorge la chaleur accumul\u00e9e au soleil br\u00fblant du mois d&rsquo;ao\u00fbt. Fen\u00eatre de la chambre grande ouverte sur la nuit, soir apr\u00e8s soir je cherche en vain le sommeil. C&rsquo;est d&rsquo;abord un bruit souple de froissement, comme si on agitait une feuille de papier. Tout de suite, je pense aux battements d&rsquo;ailes de chauve-souris, je les entendais les soirs d&rsquo;\u00e9t\u00e9 dans les for\u00eats d&rsquo;eucalyptus du camping de Solero.\u00a0Plus de bruit. J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9.\u00a0A nouveau le papier froiss\u00e9, c&rsquo;est s\u00fbr, une chauve-souris est entr\u00e9e dans ma chambre. Je ne vois rien mais je ressens le vol vif, saccad\u00e9, elle tourne dans la pi\u00e8ce. J&rsquo;allume. Elles sont deux. La lumi\u00e8re les aveugle, l&rsquo;une s&rsquo;accroche \u00e0 l&rsquo;abat-jour, t\u00eate en bas et blottie dans ses replis de peau, l&rsquo;autre d\u00e9gringole derri\u00e8re le radiateur. J&rsquo;\u00e9teins. Elles volent un instant puis le silence. Je vais \u00e0 la fen\u00eatre voir si des nu\u00e9es de chauves-souris balayent le quartier. Rien, le ciel est vide. L&rsquo;air de la chambre \u00e0 pr\u00e9sent plus lourd. Il ne se passera plus rien. La nuit sera longue.<br>Le lendemain, elles reviennent. Je ne bouge pas.\u00a0Deux souris oiseaux, fragiles d\u00e9mons ail\u00e9s dansent au-dessus de moi, transforment ma chambre en caverne, je go\u00fbte la magie des parois humides, me perds dans la fra\u00eecheur min\u00e9rale du d\u00e9dale des vo\u00fbtes, d\u00e9plie les doigts de mes mains et m&rsquo;envole vers le plus profond.\u00a0Je\u00a0m\u2019endors enfin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |\u00a0du monde Un monde qui s\u2019enroule sur lui-m\u00eame et rentre dans sa coquille r\u00eave une g\u00e9ographie aplanie. 2 |\u00a0le r\u00e9el L\u2019odeur fra\u00eeche de l\u2019eau qui coule dans le bassin hexagonal de la fontaine plant\u00e9e au milieu du carrefour. Le profil italien du Mont-Blanc au loin, \u00e0 peine flout\u00e9 par la brume malgr\u00e9 la chaleur d\u00e9j\u00e0 vive du matin. Le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-01-battements\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | battements<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":404,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134,1],"tags":[],"class_list":["post-215249","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/404"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=215249"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215249\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215256,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215249\/revisions\/215256"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=215249"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=215249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}