{"id":215286,"date":"2026-07-12T16:28:12","date_gmt":"2026-07-12T14:28:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215286"},"modified":"2026-07-12T16:52:29","modified_gmt":"2026-07-12T14:52:29","slug":"chroniques01-penser-dans-les-spires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques01-penser-dans-les-spires\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | Penser dans les spires"},"content":{"rendered":"\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Du monde.\u00a0<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous \u00eates ici consciemment au monde en pleine vie \u00e0 \u00e9quidistance de ses confins et de son centre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fine impression noire au pochoir entre la marque rouge et la marque blanche qui font les balises des sentiers de grande randonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<ol start=\"2\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Carrefour Alli\u00e9s Stalingrad. Borne \u00e0 incendie sous lampadaire. J&rsquo;y pense au feu qui menace en canicule, quand la Bastille et le Diois flambent. Lettres blanches en relief sur fond vert. Pharmacie de l&rsquo;Alliance. Clignotements d&rsquo;enseigne et visuels grand format qui recouvrent les vitres. Jambes d&rsquo;un coureur et sourire d&rsquo;un vieil homme. J&rsquo;y pense au destin des m\u00e9dicaments invendus. Rem\u00e8des qui se font poisons. Vitres teint\u00e9es des services&nbsp; de l&rsquo;ADATE et du milieu ouvert du Codase. J&rsquo;y pense aux 3 000 enfants \u00e0 la rue, aux 3 500 enfants en danger sur liste d&rsquo;attente d&rsquo;un placement de protection, aux 70 000 dossiers de plaintes touchant des enfants accumul\u00e9s dans les tribunaux,&nbsp; aux 400 000 mineurs suivis par l&rsquo;aide sociale \u00e0 l\u2019enfance. Colonne qui n&rsquo;est pas Morris, parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de qui annonce \u00e9t\u00e9 au parc, inauguration de Tour Perret et bal du 14 juillet. J&rsquo;y pense \u00e0 celles et ceux qui traverseront l&rsquo;\u00e9t\u00e9 en ville. Station service. Terrain en friche clos par des grilles, bitume fendu sous les marronniers. J&rsquo;y pense \u00e0 ces photos des ann\u00e9es 60 aper\u00e7ues dans une exposition. Des voies ferr\u00e9es vers le march\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eat national en chantier et les usines Lou, des champs et des fermes. Villa Kominski \u00e0 deux pas. Arc de cercle moderniste et toits plats. Portes en parpaings apr\u00e8s les ann\u00e9es de squatte. J&rsquo;y pense \u00e0 ces m\u00e8tres-carr\u00e9s vides, ces ruines r\u00e9centes dont on ne sait que faire. Et tous ces habitants mal log\u00e9s. Volets m\u00e9talliques toujours clos au rez-de-chauss\u00e9e, angle de rue. J&rsquo;y pense \u00e0 ces appartements invivables que les bus fr\u00f4lent. All\u00e9es et venues pi\u00e9tons, cyclistes et voiture, tout \u00e7a que coordonnent feux rouges, oranges et verts. J&rsquo;y pense \u00e0 ces d\u00e9placements nombreux jusqu&rsquo;au gymnase de la Capuche avec ma troupe d&rsquo;ados. Ceux que je retrouve une canette \u00e0 la main \u00e0 la sortie du Liddle,&nbsp; celles qui se maquillent \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de bus, celui qui surveille ses arri\u00e8res au passage-pi\u00e9tons.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<ol start=\"2\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Plus d&rsquo;amont, plus d&rsquo;aval. Sorti de son lit, le cours de la pens\u00e9e entre des cylindres d\u00e9terminants. Qu&rsquo;ils m&rsquo;atteignent ces minuscules cristaux d&rsquo;\u00e9veil. Qu&rsquo;ils s&rsquo;incrustent. Qu&rsquo;ils s&rsquo;amalgament dans l&rsquo;invisible. En tant que d\u00e9s illisibles, qu&rsquo;ils scellent un sort \u00e0 ma conscience. Qu&rsquo;ils mirent mon existence de leurs faces nombreuses, les reflets de mon pass\u00e9 proche et lointain. Qu&rsquo;ils me d\u00e9forment et m&rsquo;aveuglent. Me voil\u00e0 moi-m\u00eame sans y reconna\u00eetre grand-chose. Un \u00e9parpillement de ces d\u00e9s faussement lisibles scelle mon sort. Ignorant que ce matelas est solide, que les murs et le plafond se rapprochent. Et l&rsquo;esprit fore dans sa propre m\u00e9moire, dans sa propre densit\u00e9, dans sa propre gravit\u00e9, et taraude le parfait pas de vis. Pour de la lucidit\u00e9 h\u00e9lico\u00efde. Pour de la r\u00e9p\u00e9tition jusqu&rsquo;\u00e0 tourner dans le vide. Penser dans les spires. Repenser dans les spires. Sans terme. Par inqui\u00e9tude. Par incompr\u00e9hension. Par refus. Par chagrin. Par p\u00e9ril en la demeure. Par lutte de soi \u00e0 soi. Sans distance. Sans distinction. Sans avancer d&rsquo;un iota. Sans savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail de sappe ou de r\u00e9novation. Le corps cruciforme cherche sa position. La peau transpire. Entendre son&nbsp; souffle et les craquements des ligaments. Penser avec ses muscles. O\u00f9 va cet avant-bras? Pourquoi tordre sa nuque? Ce qui, sur le dos, manque \u00e0 l&rsquo;abandon. Ce qui resserre les tensions dans le trap\u00e8ze. Le corps en i grec. Ici et l\u00e0. Ici et maintenant. Scruter l&rsquo;envers du d\u00e9cor. Ces lignes d&rsquo;ombre sur les poutres qui font que les affiches prennent vie. La dominante bleu-nuit du monde. Les objets agrandis. Les insectes qui passent tout pr\u00e8s. Les fentes lumineuses \u00e0 la fen\u00eatre qui entaillent durablement l&rsquo;univers. Recevoir le bruit d&rsquo;un moteur \u00e0 travers les volets et le miaulement d&rsquo;un chat. Sortir du lit en roulant sur le c\u00f4t\u00e9. Se redresser. Pieds nus sur les carreaux jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9vier pour un verre d&rsquo;eau. Un verre avec son ombre. Jeter un \u0153il \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Aux \u00e9toiles et aux arbres. \u00c0 la vibration du feuillage. \u00c0 ce Vercors opaque et rep\u00e8re. S&rsquo;allonger en premi\u00e8re intention. \u00c9largir le thorax. \u00catre \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de sa respiration. Circonscrire ce qui d\u00e9pend de soi. Pour peut-\u00eatre moins craindre et moins esp\u00e9rer.&nbsp; Se recueillir en enfance sur un radeau, sur un tra\u00eeneau, sur une rive, sous une vo\u00fbte, dans un camp de base, dans un igloo, dans un cocon, sur la terre chaude, dans le pr\u00e9, vers un bivouac.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol start=\"4\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Qu&rsquo;est-ce que tu deviens?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que nous apprennent les devenirs des enfants \u00e9prouv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-animal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-ennui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-d\u00e9ception.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-femme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-homme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-effondrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-emprise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-soi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-g\u00e9n\u00e9alogie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-source.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-ailleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-conscience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du devenir-politique.<\/p>\n\n\n\n<ol start=\"5\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Au plan d&rsquo;eau&nbsp;<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par une unique luciole. Par le survol du h\u00e9ron. Par ce corbeau de plus en plus lointain. Par le scarab\u00e9e sous la lune. Par l\u2019araign\u00e9es d&rsquo;eau en surface dans le halo de ta torche. Par le saut du poisson et le bruit des \u00e9claboussures. Par cette petite libellule aux ailes bleues. Par ces toiles. Par ces vols. Par le chant de cette grenouille dans les roseaux. Par sa conversation avec son peuple. Par ce moustique. Par la couleuvre qu&rsquo;on s&rsquo;imagine. Et le martin-p\u00eacheur. Par des coups de langue dans l&rsquo;eau. Au-del\u00e0 des fourr\u00e9s. Vers les aulnes et les orties. En ce d\u00e9but de nuit. Par ce grognement f\u00e9roce qui acc\u00e9l\u00e8re nos c\u0153urs. Et l&rsquo;\u00e9cho. Notre sursaut. Notre instinct de fuite. Notre instinct d&rsquo;attente. Notre curiosit\u00e9 inqui\u00e8te. B\u00eate sauvage? B\u00eate abandonn\u00e9e? B\u00eate \u00e9chapp\u00e9e? B\u00eate bless\u00e9e?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous \u00eates ici consciemment au monde en pleine vie \u00e0 \u00e9quidistance de ses confins et de son centre.&nbsp; Une fine impression noire au pochoir entre la marque rouge et la marque blanche qui font les balises des sentiers de grande randonn\u00e9e. Ce que nous apprennent les devenirs des enfants \u00e9prouv\u00e9s. Du devenir-animal. Du devenir-vivant. Du devenir-travail. Du devenir-amour. Du devenir-ennui. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques01-penser-dans-les-spires\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #01 | Penser dans les spires<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":147,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8134],"tags":[],"class_list":["post-215286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-01-semaine-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/147"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=215286"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215286\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215306,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215286\/revisions\/215306"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=215286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=215286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}