{"id":215430,"date":"2026-07-13T13:17:44","date_gmt":"2026-07-13T11:17:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215430"},"modified":"2026-07-13T13:17:44","modified_gmt":"2026-07-13T11:17:44","slug":"01-chroniques-ete-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/01-chroniques-ete-2026\/","title":{"rendered":"#01 chroniques \u00e9t\u00e9 2026"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 |&nbsp;Un monde qui&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Anaphore en vue. On pourrait en lister \u00ab&nbsp;des mondes qui\u2026&nbsp;\u00bb, mais par crainte d\u2019\u00eatre trop pessimiste je ne pr\u00e9f\u00e8re pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">L\u2019inverse serait \u00e9galement possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui saurait se relever de ses blessures ne peut r\u00e9v\u00e9ler que sa beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">\u2026 \u00c0 voir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | Au carrefour de soi | La gare de Dax<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019attends sur un si\u00e8ge fix\u00e9 au sol, entour\u00e9e de valises, remparts inutiles contre la chaleur. L\u2019air br\u00fble, le vent est chaud quand il souffle. Une double porte est ouverte sur les quais, les portes donnant sur la place qui fond au soleil sont ouvertes. Sur le panneau d\u2019affichage, les trains en retard succ\u00e8dent aux trains annul\u00e9s. On annonce le train en provenance de Hendaye. L\u00e0, un agent SNCF accompagne une femme \u00e2g\u00e9e en fauteuil roulant&nbsp;; ici, un autre prend l\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne venue chercher un enfant non accompagn\u00e9. Un autre train rempli jusqu\u2019\u00e0 la gueule entre en gare. Dans le hall, des gens se croisent, certains arrivent, d\u2019autres partent. Peau de p\u00eache, teint dor\u00e9 et vigoureuse jeunesse. Je reste accabl\u00e9e sur mon si\u00e8ge de m\u00e9tal fix\u00e9 au sol. Comme si l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019air m\u2019alourdissait. Derri\u00e8re moi, un distributeur de boissons gazeuses et de confiseries ronronne en continu. Soudain, l\u2019appareil bourdonne plus fort, sa climatisation fonctionne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | Ne pas interrompre le flux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les yeux ouverts sur l\u2019obscurit\u00e9, le dos endolori, des phrases que j\u2019aimerais noter au fil de la pens\u00e9e et qui seront oubli\u00e9es le matin, tournent comme de d\u00e9licieuses m\u00e9lodies, elles \u00e9gr\u00e8nent les pens\u00e9es. L\u2019esprit est fluide entre deux mondes. Je ne bouge pas, ne veux pas interrompre le ballet de mots. J\u2019aimerais avoir le pouvoir d\u2019enregistrer instantan\u00e9ment ce flux de pens\u00e9es, ces mots si fragiles. Au premier mouvement, ceux-ci s\u2019\u00e9vaporent, au premier geste pour prendre le stylo et le carnet pos\u00e9 sur la table de nuit&nbsp;; j\u2019aimerais noter m\u00eame dans le noir, mais ils sont indomptables, effarouch\u00e9s . Au moindre mouvement, ils prennent la fuite. Parfois, lorsque le sommeil ne vient pas, je me l\u00e8ve, je change de pi\u00e8ce, je migre vers le canap\u00e9 du salon. Je mange un yaourt davantage par envie de manger que par faim. J\u2019aime la fraicheur qui sort du frigo. De la fen\u00eatre de cuisine, j\u2019observe la nuit, les fen\u00eatres de l\u2019immeuble au loin, quelques-unes encore \u00e9clair\u00e9es, je ne suis pas seule \u00e0 veiller. Au pied de l\u2019immeuble, les petites maisons aux volets clos et leurs jardinets obscurs sont silencieux. Une envie de descendre frapper \u00e0 toutes les portes comme les enfants sortant de l\u2019\u00e9cole qui partent en courant apr\u00e8s avoir appuy\u00e9 sur la sonnette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019allume une lampe de table et tente de lire. Je me m\u00e9fie, la lumi\u00e8re fait fuir le sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;La nuit je mens,<br>Je prends des trains \u00e0 travers la plaine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>La nuit je mens,<br>Je m&rsquo;en lave les mains.<br>J&rsquo;ai dans les bottes des montagnes de questions<br>O\u00f9 subsiste encore ton \u00e9cho<br>O\u00f9 subsiste encore ton \u00e9cho.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>La nuit je mens<br>Effront\u00e9ment\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">(Jean Fauque | Alain Bashung, <em>Fantaisie militaire<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | Parler de soi et \u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Parler de soi. Sais pas faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9marrage difficile du cycle \u00e9t\u00e9, happ\u00e9e par d\u2019autres imp\u00e9ratifs, pas certaine de la compr\u00e9hension de toutes les consignes, mais le but \u00e9tant d\u2019\u00e9crire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne parviens pas \u00e0 tenir un journal d\u2019\u00e9criture. \u00c0 un moment ou \u00e0 un autre \u00e7a d\u00e9vie toujours et \u00e7a devient n\u2019importe quoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Extrait <em>Jos\u00e9phine<\/em> en cours d\u2019\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parking de Fleury-M\u00e9rogis ressemblait \u00e0 n\u2019importe quel parking. J\u2019ai gar\u00e9 la voiture entre une berline allemande et un break Renault. Le break appartenait \u00e0 un confr\u00e8re que je connaissais de vue. Sa cliente, dont j\u2019avais oubli\u00e9 le nom, \u00e9tait au quartier femmes. Elle avait \u00e9trangl\u00e9 son mari pour des raisons que personne ne contestait. Elle n\u2019avait encore \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au sas d\u2019entr\u00e9e, j\u2019ai laiss\u00e9 mes cl\u00e9s, mon t\u00e9l\u00e9phone et ma ceinture. Je tenais contre ma poitrine le dossier Ferrand et la chemise plus mince qui contenait mes notes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le couloir jusqu\u2019au parloir des avocats \u00e9tait trop \u00e9clair\u00e9, la peinture blanche des murs en rajoutait. Ferrand est entr\u00e9 dans le box deux minutes apr\u00e8s moi. \u00c0 peine le temps d\u2019ouvrir le dossier et de sortir mon stylo dont l\u2019encre coulait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il avait maigri depuis ma derni\u00e8re visite en novembre. Son surv\u00eatement gris faisait des plis \u00e9tranges sur les \u00e9paules. Il avait coup\u00e9 ses cheveux tr\u00e8s courts. Il s\u2019est assis et il a pos\u00e9 les mains sur la table, paumes contre le plateau. Il se rongeait les ongles. Il a referm\u00e9 les mains, ses jointures blanchissaient. L\u2019une de ses jambes tr\u00e9pignait de mani\u00e8re presque incontr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Edouard Lev\u00e9 | <em>Autoportrait<\/em><br>\u00e0 venir dans un post \u00e0 part<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | Un monde de b\u00eates<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le froid mordait encore la terre quand je suis entr\u00e9e dans la bergerie. Une odeur de laine et de fumier, \u00e9paisse, presque vivante. Et lui, couch\u00e9 l\u00e0, sous la mangeoire, comme s&rsquo;il avait toujours eu sa place parmi les b\u00eates. Je me suis approch\u00e9e sans bruit. Mes bottes dans la paille ne faisaient qu\u2019un souffle. Du bout du pied je l\u2019ai touch\u00e9, une fois, deux fois, et rien, pas un fr\u00e9missement, pas un tressaut d&rsquo;oreille. Il dormait comme dorment les morts, ou les innocents, ce qui revient parfois au m\u00eame. Je me suis relev\u00e9e. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019il a ouvert les yeux. Des pupilles de chat, fendues, jaunes, o\u00f9 logeait quelque chose que je n\u2019ai pas su nommer tout de suite, de la peur, sans doute, mais aussi cette lueur ancienne des b\u00eates qui n\u2019ont jamais fait confiance \u00e0 l&rsquo;homme et qui ont raison de ne pas le faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une seconde. Une seule, temps suspendu o\u00f9 nous nous sommes regard\u00e9s, lui et moi, deux animaux surpris dans la m\u00eame nuit. Puis, il a bondi, il a travers\u00e9 la bergerie dans un \u00e9clair roux, il a fil\u00e9 entre les moutons qui se sont agit\u00e9s en d\u00e9sordre, souvent affol\u00e9s d\u2019un rien. Il a disparu par la br\u00e8che de la haie, dans les champs gris de givre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis rest\u00e9e plant\u00e9e \u00e0 regarder sa queue touffue s\u2019effacer dans l\u2019aube persuad\u00e9e de laisser partir quelque chose d\u2019important.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |&nbsp;Un monde qui&#8230; Anaphore en vue. On pourrait en lister \u00ab&nbsp;des mondes qui\u2026&nbsp;\u00bb, mais par crainte d\u2019\u00eatre trop pessimiste je ne pr\u00e9f\u00e8re pas. L\u2019inverse serait \u00e9galement possible. Un monde qui saurait se relever de ses blessures ne peut r\u00e9v\u00e9ler que sa beaut\u00e9. \u2026 \u00c0 voir&nbsp;! 2 | Au carrefour de soi | La gare de Dax J\u2019attends sur un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/01-chroniques-ete-2026\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#01 chroniques \u00e9t\u00e9 2026<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":635,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-215430","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/635"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=215430"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215430\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215431,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215430\/revisions\/215431"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=215430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=215430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}