{"id":215534,"date":"2026-07-14T11:02:39","date_gmt":"2026-07-14T09:02:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215534"},"modified":"2026-07-14T15:20:38","modified_gmt":"2026-07-14T13:20:38","slug":"215534-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/215534-2\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | l\u00e0-bas"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1| Du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u00ab&nbsp;Comment continuer sans se souvenir d\u2019un seul mot.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2| Le r\u00e9el encore le r\u00e9el&nbsp;: la danse des petits pains &nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0128-200x200.jpeg\" alt=\"L\u2019image actuelle n\u2019a pas de texte alternatif. Le nom du fichier est\u00a0: IMG_0128.jpeg\" style=\"width:330px;height:auto\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Juste avant sa repr\u00e9sentation, au cirque Romulus, Vassili, grim\u00e9 en Charlie Chaplin, a pris l\u2019habitude de passer voir Genevi\u00e8ve. Et tous les soirs, 18h00, dans le clair-obscur de la chambre, deux mains gant\u00e9es de satin blanc poussent la lourde porte anti-feu de la chambre 104. Juste une petite visite pour d\u00e9poser un sourire de mains, une pr\u00e9sence de mains qui disent, je suis l\u00e0, je veille, ne vous inqui\u00e9tez pas \u2026D\u00e9licatement, les mains blanches bordent la belle pour la nuit. Elles ajustent d\u00e9licatement le bras de perfusion, v\u00e9rifient la poche de sodium, repoussent la tablette et son plateau, verre d\u2019eau \u00e0 demi-rempli, assiette pleine d\u2019une omelette \u00e9miett\u00e9e noy\u00e9e dans une mare verte d\u2019\u00e9pinards. Deux petits pains dor\u00e9s sont pos\u00e9s juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du plat. Un pot de compote vide au couvercle en aluminium d\u00e9chir\u00e9 est renvers\u00e9 et une petite cuill\u00e8re g\u00eet, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, pleine de salissures framboises. Les gants de satin replacent pr\u00e8s de la fen\u00eatre, le si\u00e8ge \u00e0 roulettes, capitonn\u00e9 en formica vert, attendant son visiteur depuis des d\u00e9cennies. Dans l\u2019armoire suspendue au mur, deux chemises en coton liberty, accroch\u00e9es \u00e0 une penderie, et au pied du lit, deux mules \u00e0 pompons gris de tailles 37 sont compl\u00e8tement neuves. Deux mains gant\u00e9es se posent sur les barres du lit et avancent \u00e0 t\u00e2tons dans le clair-obscur de la chambre. Elles sautent sur le bras articul\u00e9&nbsp; du volet et le tournent dans une valse \u00e0 trois temps, le volet s\u2019abaisse presque jusqu\u2019\u00e0 l\u2019huisserie en bois qui crisse sous la chaleur du soir. Puis les mains font jouer la cr\u00e9maill\u00e8re, entreb\u00e2illent la fen\u00eatre, l\u2019air vient rafraichir le corps inerte de la vieille dame, enflent sa chemise comme la voile d\u2019un bateau. Elle r\u00eave les yeux mi-clos. L\u2019air fr\u00f4le les barres argent\u00e9es du lit et s\u2019engouffre dans ses beaux cheveux gris, un souffle s\u2019infiltre par les narines qui ouvrent et gonflent ses poumons, ses seins blancs tout aplatis. Le vent fait enfin son entr\u00e9e et souleve d\u2019un courant d\u2019air une vague ouat\u00e9e qui caresse son visage et son corps tout entier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apais\u00e9e, elle s\u2019\u00e9veille enfin pour le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s qu\u2019il chausse ses gants blancs, ses mains ne lui appartiennent plus. Elles sont sa voix, sa musique. Ses doigts et ses paumes claquent, et d\u00e9tonnent m\u00eame, dans un silence d\u2018h\u00f4pital. Sa main, \u00e0 elle, presse une petite poire reli\u00e9e au goutte-\u00e0-goutte, distillent lentement le liquide translucide. Ses mains, \u00e0 lui, avant d\u2019entrer en sc\u00e8ne ex\u00e9cutent quelques exercices d\u2018assouplissement, &nbsp;r\u00e9chauffent ses articulations. Il sait que ce qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re&nbsp;: la danse des petits pains accroch\u00e9s aux fourchettes &nbsp;qui s\u2019animent et entament une chor\u00e9graphie qui la fait rire, irr\u00e9sistiblement. Tous les soirs 18h00, mains et petits pains, promesse de joie et d\u2019oubli, renaissent dans la m\u00e9moire de la Dame comme s\u2019ils n\u2019avaient jamais exist\u00e9. Mains savantes, parlant toutes les langues, tous les alphabets du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3| Ecrire avec Clarisse Lispector\u00a0: \u00ab\u00a0l\u00e0-bas\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont \u00ab&nbsp;les gens du voyage&nbsp;\u00bb. Ce mot \u00ab&nbsp;voyage&nbsp;\u00bb faisait un peu peur \u00e0 tout le monde. Ils arrivaient en moto, voiture, caravane, camion, semi-remorque. Ils s\u2019installent, hommes, femmes et enfants, sur le dernier terrain vague avant l\u2019entr\u00e9e de l\u2019autoroute A7. D\u2019autres auraient h\u00e9siter \u00e0 planter leur tente ici, car d\u2019un certain c\u00f4t\u00e9, ce champ faisait office, je ne dirais pas, de d\u00e9chetterie, mais de d\u00e9p\u00f4t d\u2019objets d\u00e9suets, du vieil-\u00e9lectrom\u00e9nager dont on ne veut plus, jusqu\u2019aux meubles de cuisine, tables et fauteuils d\u00e9mod\u00e9s \u00ab&nbsp;qui pourraient int\u00e9resser quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb mais qui pourrissent sur place . On ne sait pas trop, quel nom donner \u00e0 cet espace. Alors, le \u00ab&nbsp;l\u00e0-bas&nbsp;\u00bb suffit amplement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc \u00ab&nbsp;les gens du voyage&nbsp;\u00bb d\u00e9barquent \u00abl\u00e0-bas\u00bb chaque ann\u00e9e, sans sanitaire, ni \u00e9lectricit\u00e9 et \u00e7a ne pose de probl\u00e8me \u00e0 personne. Ils ont plus d\u2019un tour dans leur sac, ils sont,tous, un peu magicien\u2026 &nbsp;Le village a l\u2019habitude. \u00ab&nbsp;L\u00e0-bas&nbsp;\u00bb reprend vie, chaque saison gr\u00e2ce \u00e0 un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne, transport\u00e9 et install\u00e9 au bord du terrain. De cette matrice, serpentent, dans l\u2019herbe, des c\u00e2bles \u00e9pais qui alimentent chaque caravane, et le ma\u00eetre chapiteau, \u00e9rig\u00e9, le plus haut de la colonie, en une nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, je les imagine reprendre la route comme il \u00e9taient arriv\u00e9s, discr\u00e8tement. M\u00eame les animaux ne rugissent pas, les cheveux restent tranquilles dans leur camion. Le convoi glisse lentement sur la nationale, traverse les zones de ville nouvelle en construction, des chantiers qui grandissent comme des \u00e9levages de champignons de Paris. Le convoi passait tout juste sous les tunnels et les \u00e9changeurs, longeaient les voies ferr\u00e9es s \u2018arr\u00eate pour la nuit pr\u00e8s d\u2019une rivi\u00e8re comme la France en compte tant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au matin , il se remette en branle apr\u00e8s avoir bien abreuver les animaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4| De soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9crire, un titre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est bien question d\u2019un titre qui dit toutes mes h\u00e9sitations. Mon texte, r\u00e9cit, roman existe dans mon fichier sous le titre \u00ab&nbsp;point de fuite&nbsp;\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9. D\u2019abord c\u2019\u00e9tait \u00ab&nbsp;enceintes&nbsp;\u00bb au pluriel, \u00e7a aurait pu \u00eatre \u00ab&nbsp;limites&nbsp;\u00bb. Est venue, ensuite, l\u2019envie de l\u2019 illustrer \u00e0 l\u2019encre de chine. Le point de fuite, mot technique du dessin, peut exister en dehors du cadre de l\u2019image pour asseoir une perspective. Quelle est donc la perspective de mon livre&nbsp;? o\u00f9 va-t-il&nbsp;? y-a-t-il un voyage qui s\u2019esquisse dans l\u2019histoire&nbsp;? je ne sais pas encore. Dans le mot \u00ab&nbsp;fuite&nbsp;\u00bb il y a le sens \u00ab&nbsp;d\u2019\u00e9chapper&nbsp;\u00bb \u00e0 un lieu, une condition, une obsession. D\u2019aller ailleurs, de partir, de d\u00e9passer ses limites. C\u2019est exactement le sujet de ce chantier&nbsp;? Comment chaque personnage se d\u00e9passe, en voulant r\u00e9soudre une \u00e9nigme par l\u2019\u00e9criture, dans un projet artistique, dans la construction mat\u00e9rielle d\u2019un objet qui sert \u00e0 s\u2019\u00e9lever par le haut. Il s\u2019agira en effet dans la derni\u00e8re partie de ce texte, de la construction d\u2019un a\u00e9ronef, qui fera choisir au personnage leur point de fuite. Aller au-del\u00e0 de soi, et choisir son ailleurs. Encore la possibilit\u00e9 d\u2019un voyage pour certains personnages alors que d\u2019autres resteront dans l\u2019enceinte de la vie, prisonnier des fronti\u00e8res impos\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9, le rejet des diff\u00e9rences. Beaucoup de pistes dans ce \u00ab&nbsp;point de fuite&nbsp;\u00bb qui n\u2019a pas encore trouv\u00e9 sa direction. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1| Du monde &nbsp;\u00ab&nbsp;Comment continuer sans se souvenir d\u2019un seul mot.&nbsp;\u00bb 2| Le r\u00e9el encore le r\u00e9el&nbsp;: la danse des petits pains &nbsp; Juste avant sa repr\u00e9sentation, au cirque Romulus, Vassili, grim\u00e9 en Charlie Chaplin, a pris l\u2019habitude de passer voir Genevi\u00e8ve. 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