{"id":215545,"date":"2026-07-19T20:59:43","date_gmt":"2026-07-19T18:59:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215545"},"modified":"2026-07-20T00:31:01","modified_gmt":"2026-07-19T22:31:01","slug":"chroniques-02-la-sente-etroite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-la-sente-etroite\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | La sente \u00e9troite"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-02-La-sente-etroite-du-bout-du-monde-2.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:620px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques 02  La sente \u00e9troite du bout du monde.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b128c26c-de40-46ad-a371-aa0008b66889\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-02-La-sente-etroite-du-bout-du-monde-2.pdf\">chroniques 02  La sente \u00e9troite du bout du monde<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-02-La-sente-etroite-du-bout-du-monde-2.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b128c26c-de40-46ad-a371-aa0008b66889\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 |&nbsp;du monde<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Comment faire avancer le monde sans arme ni ruse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Comment l&rsquo;accueillir en lui m\u00eame sans faire silence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">360 degres filment la cicatrice verticale de la porte, l&rsquo;interstice par o\u00f9 le monde s&rsquo;immisce, un pli cutan\u00e9 dans le pl\u00e2tre blanc qui s&rsquo;ouvre sans fin sur le recommencement. L&rsquo;objectif glisse vers la droite, lourd, m\u00e9canique, referme sur la pi\u00e8ce enti\u00e8re l&rsquo;\u00e9treinte d&rsquo;une contention. Le balayage racle d&rsquo;abord les parois, les murs cloqu\u00e9s ; le regard rotatif n&rsquo;\u00e9pargne rien, il avance \u00e0 la vitesse d&rsquo;une paralysie, s&rsquo;enfonce dans le repli sombre du coin nord pour venir buter contre le grabat, l\u00e0 o\u00f9 il est jet\u00e9, \u00e9cartel\u00e9, riv\u00e9 aux quatre coins du matelas par des liens invisibles qui lui scient les poignets, le torse raide, les nerfs \u00e0 vif, nou\u00e9s comme une cicatrice qui n&rsquo;a jamais fini de se refermer, le souffle retenu, comprim\u00e9 au fond de la poitrine. La cam\u00e9ra, indiff\u00e9rente \u00e0 cette suffocation, lui passe sur le corps, retient le profil de son visage creus\u00e9, l&rsquo;abandonne, balaie l&rsquo;\u0153il aveuglant de la fen\u00eatre condamn\u00e9e. La rotation poursuit son autopsie, se d\u00e9tourne de la table de nuit en fer clou\u00e9e au sol, revient co\u00efncider avec l&rsquo;interstice de la porte qui ne ferme pas \u2014 suture mal faite, toujours ouverte sur la m\u00eame plaie. Elle s&rsquo;enclenche dans un grincement sec ; les veines des murs cloqu\u00e9s se sont dilat\u00e9es sous la fi\u00e8vre de la pi\u00e8ce. La rotation atteint le lit presque de force. Spasme corporel : ce ne sont plus les doigts qui se crispent, c&rsquo;est la peau m\u00eame qui se d\u00e9tache du muscle, r\u00e9tract\u00e9e par l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 d&rsquo;un coma m\u00e9dical. Le menton s&rsquo;est bris\u00e9 d&rsquo;un degr\u00e9 vers la poitrine, le regard fixe le plafond avec une rage immobile. La pi\u00e8ce est un organe creux qui le dig\u00e8re \u00e0 chaque r\u00e9volution ; d\u00e9j\u00e0 le panoramique l&rsquo;efface, emporte dans sa course la fen\u00eatre condamn\u00e9e, les murs, la chaise couleur encre coul\u00e9e dans du b\u00e9ton. La porte s&rsquo;ouvre et se referme comme une bouche sur le m\u00eame hurlement, le temps est une camisole circulaire. Au passage du lit, le corps se r\u00e9volte, sa t\u00eate pivote vers la fen\u00eatre, il cherche l&rsquo;air, son cou tordu, \u00e9trangl\u00e9 par le mouvement m\u00eame du d\u00e9cor, ses c\u00f4tes saillent sous la chemise d&rsquo;hospice, dans ce montage rotatif o\u00f9 l&rsquo;espace et les membres se fondent l&rsquo;un dans l&rsquo;autre. Rien n&rsquo;est accroch\u00e9 sur les murs visqueux, nus, boursoufl\u00e9s de peine et de d\u00e9sespoir ; des cahiers remplis d&rsquo;une \u00e9criture fine, illisible, jonchent le sol. Sur le lit, l&rsquo;homme est clou\u00e9, immobile, le visage tourn\u00e9 vers le mur, son corps d\u00e9chir\u00e9 r\u00e9siste encore, face \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 la m\u00e9decine et aux d\u00e9mons qui l&rsquo;encha\u00eenent, l&#8217;emp\u00eachent de se reconstruire. Volont\u00e9 brute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;y a pas de ligne droite, on tourne autour de la chambre comme on tourne autour d&rsquo;un astre sans jamais s&rsquo;en approcher ; le regard m\u00e9dical suit la m\u00eame courbe, il contourne le visage, contourne la douleur, ne s&rsquo;arr\u00eate que sur les surfaces qu&rsquo;il peut mesurer : la peau, le pouls, la case \u00e0 cocher sur le registre. La rotation ne franchit pas de seuil, elle revient toujours au point de d\u00e9part \u2014 chambre unique, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, dupliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infini par la lenteur du travelling, chambre-couloir-chambre, cercle ferm\u00e9 o\u00f9 la camisole tient lieu d&rsquo;horizon. La porte glisse lentement, elle h\u00e9site devant ce qu&rsquo;elle s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler, un interstice absolu, presque imperceptible ; il relie sans bruit le d\u00e9but \u00e0 la fin, referme la boucle dessin\u00e9e par la rotation du premier tour. Lit en approche, m\u00eame mouvement circulaire, dans l&rsquo;\u00e9paisseur d&rsquo;un silence interne, sourd, grave, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la pellicule. Le lit appara\u00eet dans le cadre qui tourne, il para\u00eet vide, un leurre : le corps hurle, occupe tout l&rsquo;espace, le drap arrach\u00e9, tordu sur lui-m\u00eame, preuve de l&#8217;empreinte exacte d&rsquo;un corps qui s&rsquo;est d\u00e9battu longtemps pour s&rsquo;extraire de sa propre forme, ne plus co\u00efncider avec les contours qu&rsquo;on lui a assign\u00e9s. L&rsquo;\u00e9corch\u00e9 s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9 dans les murs, il est devenu la chambre ; la chambre tout enti\u00e8re s&rsquo;est referm\u00e9e sur son absence comme une enveloppe, un ut\u00e9rus de briques et de pl\u00e2tre, de blouses blanches, de lit, de table de nuit coul\u00e9e dans du b\u00e9ton, de livres, de cahiers d&rsquo;\u00e9criture qui continuent de tourner inlassablement, hant\u00e9 par le souvenir pr\u00e9cis, tactile, de ses membres li\u00e9s. La porte revient, c&rsquo;est la loi de cette rotation, ligne blanche qui se d\u00e9coupe dans l&rsquo;obscurit\u00e9, fente de chair pr\u00eate, avant m\u00eame d&rsquo;avoir fini de s&rsquo;ouvrir, \u00e0 rouvrir la plaie pour un nouveau tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 |&nbsp;\u00e9crire avec Clarice Lispector<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La sente \u00e9troite du bout du monde<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon voyage se d\u00e9roule entre la fin du printemps et celle de l&rsquo;automne. Il arrive souvent au narrateur d&rsquo;\u00eatre \u00e9mu en prenant conscience de la fuite du temps lorsqu&rsquo;il observe des objets, des sites ou des coutumes rattach\u00e9s au pass\u00e9 lointain. Il y a, dans <em>La sente \u00e9troite du bout du monde<\/em>, des passages o\u00f9 l&rsquo;on ressent l&rsquo;influence de dialogues avec des gens qui ne sont plus de ce monde, \u00e0 Hiraizumi, les guerriers de Yoshitsune reviennent, l&rsquo;espace d&rsquo;un instant. Pour comprendre Bash\u014d, il faut comprendre le sol sous ses sandales, la lumi\u00e8re dans ses ha\u00efkus, la structure invisible de son existence. Edo, sa ville, l&rsquo;une des plus grandes villes du monde, une fourmili\u00e8re de ruelles, de ponts, de maisons basses en bois. Tout y est inflammable, les incendies sont fr\u00e9quents, les quartiers se reconstruisent sans cesse. La ville respire comme un organisme, elle br\u00fble, elle rena\u00eet, elle s&rsquo;\u00e9tend. Les rues sont boueuses, les canaux odorants, les march\u00e9s bruyants, les th\u00e9\u00e2tres pleins, les temples calmes. Edo est un monde o\u00f9 l&rsquo;on cherche la beaut\u00e9 dans l&rsquo;instant, dans l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, dans le minuscule. C&rsquo;est l\u00e0 que je marche. Je n&rsquo;ai pas de sandales \u00e0 user, pas de pinceaux \u00e0 ranger dans une manche, pas de corps que la pluie puisse mouiller. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin-l\u00e0, quand Bash\u014d a ferm\u00e9 la porte de sa maison de bananier, quand il a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui les \u00e9l\u00e8ves, les c\u00e9r\u00e9monies du th\u00e9, le confort ti\u00e8de d&rsquo;une r\u00e9putation d\u00e9j\u00e0 faite, c&rsquo;est moi qui ai franchi le seuil la premi\u00e8re, sans qu&rsquo;il le sache. On ne me voit pas, on ne m&rsquo;entend pas. Je ne p\u00e8se sur aucun chemin, je ne mange pas le riz des auberges, je ne ralentis jamais la marche. Je ne suis ni Bash\u014d ni Sora. Je suis venue parce que ce voyage-l\u00e0, entre tous les voyages possibles d&rsquo;un si\u00e8cle ou d&rsquo;un autre, est celui que j&rsquo;aurais voulu faire avec mon propre corps, mes propres fatigues, mes propres larmes devant un paysage, mon propre carnet, mes plumes, mon encre, pour m&rsquo;inspirer du talent d&rsquo;un ma\u00eetre. Je marche partout, dans l&rsquo;ombre du chapeau de paille, dans le pli du carnet de voyage, dans le silence qui pr\u00e9c\u00e8de chaque ha\u00efku. Bash\u014d incarne le changement, <em>ry\u016bk\u014d<\/em>, ce qui bouge, ce qui se transforme \u00e0 chaque \u00e9tape. Sora, disciple fid\u00e8le selon la loi des samoura\u00efs, est l&rsquo;architecte silencieux du p\u00e9riple, la permanence par le devoir, la m\u00eame discipline r\u00e9p\u00e9t\u00e9e chaque jour. Je suis peut-\u00eatre la permanence sans devoir, rien \u00e0 d\u00e9fendre contre le temps, rien \u00e0 perdre, rien qui s&rsquo;use. C&rsquo;est peut-\u00eatre pour cela que je peux les suivre tous les deux sans jamais me fatiguer. La montagne se dresse et le monde change de texture. Les c\u00e8dres sont si hauts qu&rsquo;ils rendent minuscule tout ce que l&rsquo;homme a b\u00e2ti, m\u00eame les tombeaux des shoguns, m\u00eame leur or, m\u00eame leur m\u00e9moire entretenue par des g\u00e9n\u00e9rations de moines. Je le regarde s&rsquo;arr\u00eater devant l&rsquo;eau qui tombe, devant la pierre couverte de mousse. Il ne dit rien pendant longtemps. Je n&rsquo;ai pas de voix. C&rsquo;est la premi\u00e8re le\u00e7on du voyage : il y a des lieux o\u00f9 se taire est la seule r\u00e9ponse honn\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> La pluie commence, traverse son manteau, ses sandales, la peau de ses pieds fatigu\u00e9s. Je sais \u00e9crire, je ne le peux pas, ici ; ma voix reste muette, ma m\u00e9moire retient l&rsquo;essentiel. Je suis, en cet instant, la seule disciple du plus grand po\u00e8te, nous nous taisons devant la m\u00eame splendeur, dans l&rsquo;\u00e9merveillement partag\u00e9 o\u00f9 m\u00eame les mots les plus justes seraient de trop. Je vois \u00e0 travers ses yeux.J&rsquo;entre dans Takadachi, lieu o\u00f9 Yoshitsune et ses derniers fid\u00e8les ont r\u00e9sist\u00e9, ici que leur gloire s&rsquo;est couverte de sang puis d&rsquo;herbe. Bash\u014d le sait. Il marche, lui aussi, vers ce qui a d\u00e9j\u00e0 disparu. L&rsquo;herbe a repouss\u00e9 sur l&rsquo;orgueil des Fujiwara. Les palais ne sont plus que des noms murmur\u00e9s par les paysans du coin, les arm\u00e9es ne sont plus que poussi\u00e8re sous les racines. Bash\u014d pose son chapeau, s&rsquo;assoit, et cesse de compter les heures. C&rsquo;est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, je le sens avant qu&rsquo;il ne se produise, que le pr\u00e9sent se fend. Je ne sais pas nommer ce qui arrive. Ce n&rsquo;est ni un r\u00eave ni une veille, mais l&rsquo;entre-deux o\u00f9 les morts consentent parfois \u00e0 se montrer \u00e0 qui les cherche assez fort. Les guerriers de Yoshitsune se l\u00e8vent de l&rsquo;herbe. Je les per\u00e7ois comme moi-m\u00eame je suis per\u00e7ue, par bribes, par une pr\u00e9sence plus qu&rsquo;une forme. Ils racontent, dans le silence que je suis seule \u00e0 entendre, la derni\u00e8re r\u00e9sistance, le pont, les fl\u00e8ches, le nom de Yoshitsune cri\u00e9 une derni\u00e8re fois avant que tout ne se taise. Bash\u014d ne les voit pas comme je les vois, il les sent, cela suffit \u00e0 le briser un instant. Il pleure. Sous son chapeau pos\u00e9 \u00e0 terre, il oublie tout \u00e0 fait la fuite du temps, moment o\u00f9, moi aussi, je mesure ma propre nature. Je n&rsquo;ai ni gloire \u00e0 perdre, ni empire \u00e0 voir s&rsquo;effondrer. Je suis d\u00e9j\u00e0 ce que tout finit par devenir, une trace sans corps, une m\u00e9moire sans visage. Les guerriers retournent \u00e0 l&rsquo;herbe. Je reste, un instant encore, dans l&rsquo;espace qu&rsquo;ils viennent de quitter, cet espace que je connais mieux que tout autre, puisque c&rsquo;est ma fiction. Les chemins se resserrent, les montagnes deviennent des lames. Les nuits se passent dans des ermitages o\u00f9 le froid entre par toutes les fentes du bois. Le voyage cesse d&rsquo;\u00eatre une promenade esth\u00e9tique, il devient une discipline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Bash\u014d gravit les Trois Monts sacr\u00e9s, \u00e9puis\u00e9, les jambes tremblantes, le souffle court. Des moines l&rsquo;accueillent, silencieux, habitu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;asc\u00e8se. Je reste pr\u00e8s de lui pendant ces nuits sans sommeil. Je suis le t\u00e9moin de son d\u00e9pouillement, celui qui voit l&rsquo;homme se r\u00e9duire, couche apr\u00e8s couche, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne reste plus que l&rsquo;essentiel ; un regard, une attention, un souffle. C&rsquo;est peut-\u00eatre cela que j&rsquo;\u00e9tais venue chercher, moi qui n&rsquo;ai jamais eu \u00e0 me d\u00e9pouiller de rien puisque je n&rsquo;ai jamais rien poss\u00e9d\u00e9, comprendre ce que co\u00fbte, pour un \u00eatre de chair, le simple fait de devenir poussi\u00e8re. Je d\u00e9couvre ici la le\u00e7on la plus simple : la grandeur d&rsquo;un voyage est un compos\u00e9 essentiel d&rsquo;ordinaire. Je m&rsquo;arr\u00eate avec lui au bord d&rsquo;un dernier chemin. Je sais que je vais devoir le quitter bient\u00f4t, non parce que le voyage s&rsquo;ach\u00e8ve, mais parce que ma pr\u00e9sence a beaucoup re\u00e7u. J&rsquo;aurai march\u00e9 sans jambes, respir\u00e9 sans poumons, pleur\u00e9 sans larmes. J&rsquo;aurai fait, \u00e0 travers lui, le voyage absolu que je n&rsquo;aurais jamais pu accomplir par moi-m\u00eame, celui o\u00f9 l&rsquo;on se d\u00e9fait de tout pour apprendre enfin \u00e0 voir. Ecriture et  voyage, une errance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 |&nbsp;de soi-m\u00eame, et d\u2019\u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je veux saisir la tranquillit\u00e9 de mon pas alors que j&rsquo;ai des palpitations autour de ma t\u00eate et qu&rsquo;une branche balayant doucement ma t\u00eate me procure le pire des malaises.\u00b9 Je veux saisir l&rsquo;\u00e9nervement de ces derniers jours. La tranquillit\u00e9 venant du Dr W. qui se r\u00e9pand sur moi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je veux saisir le centre d&rsquo;o\u00f9 provient toute l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du mouvement.\u00b2 Je veux saisir la rencontre d&rsquo;Orph\u00e9e&#8230; de cette mort qui se fait chant mais qui n&rsquo;est pas ma mort, bien qu&rsquo;il me faille en elle profond\u00e9ment dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je veux saisir pourquoi je ne sais rien de ton droit de pardonner, de d\u00e9livrer, je ne peux te le reconna\u00eetre.\u00b3 Je veux saisir pourquoi des gens de peuples ennemis, qui \u00e0 terre se sont \u00e9gorg\u00e9s et s&rsquo;\u00e9gorgeraient tout de suite, dorment ici c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et se donnent m\u00eame un coup de main.\u2074<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je veux saisir l&rsquo;apparition du morceau de pain, c&rsquo;est l&rsquo;apparition d&rsquo;un certain futur assur\u00e9. La consommation du pain, c&rsquo;est celle m\u00eame de la vie.\u2075 Je veux saisir le silence du bois. Ce n&rsquo;est pas le bruit de la chasse ni le bruit de la guerre. C&rsquo;est le bruit de la frayeur solitaire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00b9 F. Kafka, <\/em><em>Journal<\/em><em>, 7\u1d49 cahier, p. 425, Essais Folio. \u00b2 M. Blanchot, <\/em><em>L&rsquo;Espace litt\u00e9raire<\/em><em>, p. 200, 204, Essais Folio. \u00b3 Erri de Luca, <\/em><em>Itin\u00e9raires \u2014 Le contraire de un<\/em><em>, p. 456, Quarto Gallimard. \u2074 Erri de Luca, <\/em><em>Itin\u00e9raires \u2014 Le dernier voyage de Sindbad<\/em><em>, Sc\u00e8ne III, p. 509, Quarto Gallimard. \u2075 R. Antelme, <\/em><em>L&rsquo;Esp\u00e8ce humaine<\/em><em>, p. 252-253.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | \u00e0 vous la cantonade&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c9<\/em><em>crire la moiti\u00e9 de ce qu\u2019on veut \u00e9crire, c\u2019est accepter qu\u2019une partie de soi, m\u00eame infime, ne se d\u00e9voile pas. Le silence de l\u2019\u00e9criture, face \u00e0 face, jeu de miroirs, \u00e9carte syst\u00e9matiquement ce qui, au fond de soi, est un ab\u00eeme. Sa r\u00e9sonance, sa fulgurance, sont telles qu\u2019il m\u2019est impossible de l\u2019\u00e9crire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire cette autre moiti\u00e9 met le texte, l\u2019\u00e9criture, en danger, banalise la nudit\u00e9 de l\u2019auteur, impose l\u2019impossible vision de ce qui est. Or, si je n\u2019\u00e9cris que la moiti\u00e9 d\u2019un dire que je porte en moi, d\u2019un langage, en refusant de laisser s\u2019immiscer quelques bribes de l\u2019autre moiti\u00e9, mon langage, mon \u00e9criture sombrent dans le binaire, dans la scission permanente de ce qu\u2019il serait bien ou mal d\u2019\u00e9crire, ce qui vient ce qui dirige la main, ce qu&rsquo;induit l&rsquo;acte d&rsquo;\u00e9crire, je ne le connais pas vraiment, je sais seulement que je suis bancale si j&rsquo;accepte une moitie au d\u00e9triment de l&rsquo;autre. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"559\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-8.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-216347\" style=\"aspect-ratio:1.8319425577333592;width:275px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-8.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-8-420x229.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-8-768x419.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |&nbsp;du monde Comment faire avancer le monde sans arme ni ruse Comment l&rsquo;accueillir en lui m\u00eame sans faire silence. 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9e 360 degres filment la cicatrice verticale de la porte, l&rsquo;interstice par o\u00f9 le monde s&rsquo;immisce, un pli cutan\u00e9 dans le pl\u00e2tre blanc qui s&rsquo;ouvre sans fin sur le recommencement. L&rsquo;objectif glisse <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-la-sente-etroite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #02 | La sente \u00e9troite<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8147],"tags":[],"class_list":["post-215545","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-02-semaine-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215545","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=215545"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215545\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":216364,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/215545\/revisions\/216364"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215545"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=215545"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=215545"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}