{"id":215637,"date":"2026-07-14T22:24:04","date_gmt":"2026-07-14T20:24:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215637"},"modified":"2026-07-14T22:26:24","modified_gmt":"2026-07-14T20:26:24","slug":"chroniques-02-suspensions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-suspensions\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | Suspensions"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-02-Suspensions.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques-02-Suspensions.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-bd3da148-5a42-4dd0-9822-19cbe2c1943c\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-02-Suspensions.pdf\">chroniques-02-Suspensions<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-02-Suspensions.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-bd3da148-5a42-4dd0-9822-19cbe2c1943c\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_20251018_231751-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-215638\" style=\"aspect-ratio:0.750009931275573;width:286px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_20251018_231751-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_20251018_231751-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_20251018_231751-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_20251018_231751-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_20251018_231751-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">1 |&nbsp;du monde<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">COMMENT LES LAISSER REVER SANS LEUR DEMANDER DE FERMER LES YEUX&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Installer cette enseigne \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une grande ville. C&rsquo;est un panneau de direction.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un lecteur de cassettes dont l\u2019anse est un peu ab\u00eem\u00e9e, mais le son est bon, il est suffisamment fort. Un album tourne en boucle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Gainsbourg chante Mon L\u00e9gionnaire. Sur le sol, un tas de chaussettes et des v\u00eatements emm\u00eal\u00e9s entre eux. Le chauffage marche \u00e0 fond. L\u2019appareil est ancien et sa queue qui finit en prise \u00e9lectrique lui permet de tenir le rythme. Sous la porte, une vieille couverture compresse l\u2019espace qu\u2019il reste avec le sol. Les chaussures sont au chaud \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la chambre. Elle s\u00e8che. Le plafond bariol\u00e9 est d\u00e9laiss\u00e9 par les regards. Il n\u2019y a que le lit qui compte. En partant des pieds on arrive au ventre puis jusqu\u2019\u00e0 la t\u00eate, o\u00f9 son visage fixe le mur d\u2019en face dont l\u2019aspect est effac\u00e9 par les souvenirs qui se projettent dessus. \u00c0 son pied, un sac \u00e0 dos couch\u00e9 et dont les livres se r\u00e9pandent comme un groupe de coureurs qui se seraient arr\u00eat\u00e9s d\u2019un coup dans leur \u00e9lan. Les plinthes du sol ont perdu leur couleur d\u2019origine, la moquette d\u00e9coll\u00e9e est encore pimpante sur les bords de ce mur. La fen\u00eatre \u00e0 l\u2019angle fixe la rue qui se trouve derri\u00e8re les immeubles. Sur ses cheveux fris\u00e9s se dissipe encore la fra\u00eecheur de la douche froide de la baignoire une place qui se trouve dans l\u2019autre pi\u00e8ce. Celle dont il imagine, sans pouvoir le faire, l\u2019action n\u00e9cessaire pour changer la fen\u00eatre bris\u00e9e qui laisse passer le froid. Assis sur le lit, un pull sur le dos, la couverture le recouvrant, il badigeonne d\u2019id\u00e9es une double feuille de classeur. Les fautes d\u2019orthographe s\u2019accrochent et troublent les id\u00e9es naissantes encore trop obscures que le corps pli\u00e9 essaie de faire surgir. Il \u00e9tend ses pieds, entre les respirations qui expriment son malaise venant de la chaleur qui lutte contre le froid. Gainsbourg chante les substances illicites et l\u2019enregistrement studio se m\u00e9lange avec les souvenirs de l\u2019enregistrement public. La t\u00e9l\u00e9 est le premier fant\u00f4me de la pi\u00e8ce. Un sac contenant des v\u00eatements est \u00e9tendu sur le sol, grand ouvert. Au fond se trouvent des pantalons, des pulls et des tee-shirts. Ils sont sommairement pli\u00e9s. Le deuxi\u00e8me fant\u00f4me, c\u2019est la pr\u00e9sence de celle qui lui fait poser son stylo et fixer le plafond, une nouvelle fois sans le voir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">3 |&nbsp;\u00e9crire avec Clarice Lispector<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019on est toujours entre deux lieux, n\u2019est-ce pas&nbsp;? De plus, l\u2019on subit l\u2019influence des voyages que l\u2019on a faits. De ce que l\u2019on a appris. Ce sont les voyages qui m\u2019ont fabriqu\u00e9. Ils sont les ma\u00eetres des histoires que je tente de raconter et le fait que je n\u2019\u00e9crive pas pr\u00e9cis\u00e9ment un livre de mes voyages me permet de faire autre chose de ces souvenirs. De les laisser flotter autour de moi. Parce que dans ces tours de monde, il y a des parties de moi qui sont en question. Des identit\u00e9s diverses et dispers\u00e9es qui m\u00e8nent toujours plus loin. Des interpr\u00e9tations qui ne sont peut-\u00eatre pas si r\u00e9elles tellement j\u2019\u00e9tais inspir\u00e9 par ces voyages. Si j\u2019\u00e9crivais un livre de voyage, il serait terrifiant. Il consisterait \u00e0 me priver d\u00e9finitivement et consciemment de tous ces souvenirs, ces veilles de d\u00e9part, ces lumi\u00e8res qui ne sont jamais les m\u00eames le jour o\u00f9 l\u2019on part et toujours pareilles lorsque l\u2019on revient. Il y a aussi ces odeurs que l\u2019on emm\u00e8ne avec nous, sans oublier ces go\u00fbts que l\u2019on entraine d\u00e9j\u00e0 dans les restaurants des gares et des a\u00e9roports. On se muscle le palais en altitude, dans les airs, au gr\u00e9 des verres de vin et de champagnes en attendant le th\u00e9 et le caf\u00e9. \u00c0 la fin de ce livre, il y aurait une page blanche et tant de questionnements. Une vraie soif de voyage pour se refaire des souvenirs, pour rattraper le temps, remplir \u00e0 nouveau sa malle de voyages, pour devenir un autre homme,&nbsp;diff\u00e9rent de celui qu\u2019on \u00e9tait sans tous ces nouveaux d\u00e9parts et toutes ces arriv\u00e9es. Le drame s\u2019exprimerait dans la perte d\u00e9finitive de tous les autres voyages dont je n\u2019aurais plus aucune trace, aucune image, mais dont je serais, malgr\u00e9 tout, le d\u00e9positaire, inconscient. Le livre s\u2019appellerait&nbsp;: La qu\u00eate du voyage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">4 |&nbsp;de soi-m\u00eame, et d\u2019\u00e9crire<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sylvie lit Gilles ou Fr\u00e9quences Fant\u00f4mes\u00a0<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab \u00c0 cette porte int\u00e9rieure qu\u2019il te faut<\/em> <em>pousser pour te rencontrer&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une table.<\/em> <em>Un micro.<\/em> <em>Un casque.<\/em> <em>Un sac de lettres.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une femme \u00e9l\u00e9gamment habill\u00e9e entre.<\/em> <em>Elle porte des lunettes noires.<\/em> <em>Elle est visiblement en joie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle s\u2019approche.<\/em> <em>Elle s\u2019installe \u00e0 la table.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Quelqu\u2019un que l\u2019on ne per\u00e7oit pas lui apporte un caf\u00e9.<\/em> <em>Elle suit du regard la personne qui s\u2019\u00e9loigne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle tient entre ses doigts la tasse.<\/em> <em>Elle la porte \u00e0 ses l\u00e8vres.<\/em> <em>Elle la savoure.<\/em> <em>Elle repose la tasse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle se l\u00e8ve.<\/em> <em>Elle sort un instant de sc\u00e8ne.<\/em> <em>Elle revient.<\/em> <em>Sans sa veste.<\/em> <em>Sans ses lunettes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle mime qu\u2019on s\u2019approche d\u2019elle.<\/em> <em>Que l\u2019on commence \u00e0 la maquiller.<\/em> <em>Elle se laisse faire.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle se redresse.<\/em> <em>Elle parcourt l\u2019espace du regard.<\/em> <em>Elle \u00e9chauffe sa voix.<\/em> <em>Grave.<\/em> <em>Clair.<\/em> <em>Plus fort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle regarde vers la technique.<\/em> <em>Elle attend un signe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle tourne sur elle-m\u00eame, les bras \u00e9cart\u00e9s,<\/em> <em>en un mouvement de danse victorieuse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle exerce sa voix.<\/em> <em>Elle la d\u00e9multiplie.<\/em> <em>Elle imite plusieurs voix.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sylvie regarde vers la technique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>SYLVIE<\/em> : <em>D\u2019accord, d\u2019accord, Lucien !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle pousse sa voix. Sa puissance enveloppe l\u2019espace.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>SYLVIE<\/em> : <em>Ma voix, \u00e7a va ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle se tourne de nouveau vers la technique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>SYLVIE<\/em> : <em>Merci, Karl, tu es un chou !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sylvie respire d\u00e9licatement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>SYLVIE<\/em> : <em>Oui, Lucien !<\/em> <em>Je suis pr\u00eat moi, on peut y aller !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un souffle. Elle fredonne le jingle de l\u2019\u00e9mission.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle s\u2019adresse aux spectateurs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>SYLVIE<\/em> : <em>Bonjour \u00e0 tous, vous \u00eates sur Radio Fr\u00e9quence 27.3 !<\/em> <em>Dans un nouvel \u00e9pisode de \u00ab Racontez-moi votre histoire \u00bb.<\/em> <em>C\u2019est Sylvie, votre h\u00f4te.<\/em> <em>Aujourd\u2019hui encore, je me ferai un plaisir de lire la lettre de l\u2019un d\u2019entre vous.<\/em> <em>Sans plus attendre, tirons au sort une lettre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sylvie l\u00e8ve la main, plonge dans le sac, en extrait une.<\/em> <em>Elle fixe le public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Elle ouvre d\u00e9licatement la lettre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">5 | \u00e0 vous la cantonade&nbsp;!<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu&rsquo;est-ce \u00e7a br\u00fble les doigts ! Mais \u00e0 chaque fois que j&rsquo;essaie l&rsquo;inspiration se fait la malle. Elle me retrouve quelques jours plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Attrape-moi si tu peux ! qu&rsquo;elle me crie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle pense que j&rsquo;ai pas les \u00e9paules. Tout dire ! D\u00e9j\u00e0, faut se lever le matin et ne pas se demander quand on va boxer l&rsquo;oreiller, faire valser les draps. Je dirais que je ne le fais pas, pas pour la r\u00e9\u00e9criture et ses va-et-vient incessants. Je ne crains pas non plus les proc\u00e8s, ni m\u00eame d\u2019\u00eatre mis au banc de la soci\u00e9t\u00e9, ou interpell\u00e9. Rien de tout cela ne m\u2019effraie&nbsp;! Pourtant si j&rsquo;essayais ce serait Byzance. Je d\u00e9voilerais toutes mes lubies, mes r\u00e9ponses toutes faites, je r\u00e8glerais des comptes, j&rsquo;afficherais mes faiblesses, mes croyances, mes solutions pour le monde, mes pr\u00e9dictions, je jouerais de la trompette et je ferais du banjo. Il y a cette question technique qui me taraude. Je n&rsquo;ai jamais essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire un roman. Enfin, si mais il a trop cuit. Des fois, je me dis qu&rsquo;il faudrait peut-\u00eatre que j&rsquo;essaie de tout dire, de ne rien censurer. D\u2019abord, m\u2019appara\u00eet la forme, il faudrait un plan. Alors que je ne fais jamais de plan. Il faudrait donc que je sorte de ma zone de confort. Il faudrait une envie ou bien \u00eatre au pied du mur pour se d\u00e9passer. Du coup, c\u2019est excitant. Merci beaucoup \u00e0 cet esprit machiav\u00e9lique qui nous a concoct\u00e9 cette id\u00e9e sans foi ni loi . Y songer fait du bien. Finalement pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |&nbsp;du monde COMMENT LES LAISSER REVER SANS LEUR DEMANDER DE FERMER LES YEUX&nbsp; Installer cette enseigne \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une grande ville. C&rsquo;est un panneau de direction. 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el Un lecteur de cassettes dont l\u2019anse est un peu ab\u00eem\u00e9e, mais le son est bon, il est suffisamment fort. 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